mardi 24 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2119678 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | TESTARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2021, la confédération nationale des travailleurs solidarité ouvrière (CNT), représentée par Me Testard, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 34 300,75 euros au titre de son préjudice matériel et celle de 20 000 euros au titre de son préjudice moral ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- concernant les crédits pour la 3ème édition de l'élection destinée à mesurer l'audience syndicale dans les très petites entreprises (TPE), la clé de répartition choisie méconnaît le principe d'égalité ; le critère de la représentativité des organisations syndicales pris en compte par le ministre, qui s'est basé sur l'année 2016, ne prend pas en considération l'évolution ultérieure de la représentativité ; en outre, le critère de la proportionnalité entre les ressources du syndicat et le montant de la subvention est aussi entaché d'illégalité ;
- elle est fondée à demander la condamnation de l'Etat à lui rembourser la somme de 34 300,75 euros au titre de son préjudice matériel et la somme de 20 000 euros au titre de son préjudice moral.
En application des dispositions de l'article R. 612-3 du code de justice administrative, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion a été mis en demeure de conclure le
3 décembre 2021.
Par une ordonnance du 5 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 septembre 2022 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Renvoise,
- les conclusions de Mme Beugelmans-Lagane, rapporteure publique,
- les observations de Me Testard pour le syndicat CNT-SO.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre de l'organisation de la troisième édition de l'élection destinée à mesurer l'audience syndicale dans les très petites entreprises, qui s'est tenue du 22 mars au
4 avril 2021, l'Etat a accordé une aide financière exceptionnelle aux candidats pour les dépenses d'information du public. La confédération nationale des travailleurs solidarité ouvrière (CNT) a ainsi obtenu une subvention d'un montant de 26 000 euros. Elle a déposé une demande préalable le 18 juin 2021 afin d'obtenir réparation de son préjudice causé par l'illégalité de la répartition des subventions octroyées entre les différents candidats à cette élection, qui a été rejetée de manière implicite par le ministre du travail. Par la présente requête, la CNT demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 34 300,75 euros au titre de son préjudice matériel et celle de 20 000 euros au titre de son préjudice moral.
Sur l'acquiescement aux faits :
2. Aux termes des dispositions de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Si, lorsque le défendeur n'a produit aucun mémoire, le juge administratif n'est pas tenu de procéder à une telle mise en demeure avant de statuer, il doit, s'il y procède, en tirer toutes les conséquences de droit et il lui appartient seulement, lorsque les dispositions précitées sont applicables, de vérifier que l'inexactitude des faits exposés dans les mémoires du requérant ne ressort d'aucune pièce du dossier.
3. En l'espèce, malgré la mise en demeure qui lui a été adressée, le ministre chargé du travail n'a produit aucune observation en défense avant la clôture de l'instruction. Ainsi, il est réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient toutefois au tribunal de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par les pièces du dossier et qu'aucune règle d'ordre public ne s'oppose à ce qu'il soit donné satisfaction à la requérante.
Sur la responsabilité de l'Etat :
En ce qui concerne la faute alléguée :
4. Un ministre peut en principe définir, même implicitement, les critères d'attribution des crédits mis à sa disposition, sous réserve du respect du principe d'égalité.
5. Il ressort des pièces du dossier que le ministre du travail a fixé trois critères pour procéder à la répartition d'une aide financière exceptionnelle aux candidats pour les dépenses d'information du public, définis comme suit :
- l'écart important en termes d'audience qui sépare les sept principales organisations nationales interprofessionnelles des autres organisations (lesquelles ont toutes réalisé un score inférieur à 1% à l'issue de la première mesure de l'audience au niveau interprofessionnel) ;
- le souci de préserver une proportionnalité entre les ressources de l'organisation candidate et le montant de sa subvention. Il apparaît en effet nécessaire d'éviter, eu égard au montant élevé de l'enveloppe à répartir, que la subvention versée par l'Etat ne constitue in fine la principale ressource financière de l'organisation candidate, sans quoi son indépendance financière et, par suite, sa représentativité seraient mises en cause ;
- la proportionnalité des besoins de campagne au champ de la candidature. Les organisations syndicales professionnelles ou régionales font en effet campagne auprès d'un public restreint qui justifie qu'elles perçoivent un montant inférieur aux organisations nationales et interprofessionnelles dont le public cible est plus large.
6. Sur la base de ces trois critères, le ministre a octroyé une subvention d'un montant de 512 000 euros aux syndicats CGT, CFDT, CGT FO, CFE CGC, CFTC, UNSA et SOLIDAIRES et une subvention d'un montant de 26 000 euros à d'autres organisations dont le syndicat requérant et enfin une subvention d'un montant de 18 000 euros aux dernières organisations.
7. La CNT fait valoir que le premier critère relatif à l'audience des syndicats est entaché d'illégalité, le ministre n'ayant pas pris en compte l'évolution ultérieure de la représentativité.
8. En l'espèce, compte tenu de ce qui a été dit au point 3, la répartition des subventions entre les syndicats, opérée par le ministre et rappelée aux points 5 et 6, qui résulte de l'instruction, doit être regardée comme établie. Il s'ensuit que le ministre a fait une distinction entre les sept principales organisations nationales interprofessionnelles et les autres organisations interprofessionnelles ayant réalisé un score inférieur à 1% lors de la première mesure de l'audience, en 2012, et qu'il a retenu notamment ce critère pour attribuer aux premières une subvention de 512 000 euros et à la CNT SO une subvention de 26 000 euros. Un tel critère n'est pas pertinent au regard de l'objet de la mesure consistant à favoriser la participation des électeurs aux élections prévues pour 2021, le ministre n'ayant pas tenu compte des évolutions ultérieures de la représentativité des syndicats depuis 2012. Dans ces conditions, la CNT est fondée à soutenir que le principe d'égalité a été méconnu par le ministre. Dès lors, la CNT est fondée à demander l'engagement de la responsabilité pour faute de l'Etat à ce titre.
En ce qui concerne les préjudices :
S'agissant du préjudice matériel :
9. Si la CNT fait valoir qu'elle a déboursé la somme de 34 300,75 dans ses fonds propres euros au titre de la préparation de l'organisation de la troisième édition de l'élection destinée à mesurer l'audience syndicale dans les très petites entreprises, le préjudice ainsi invoqué est sans lien direct et certain avec la faute susmentionnée.
S'agissant du préjudice moral :
10. La CNT est fondée à demander à être indemnisée du préjudice moral résultant pour elle des fautes commises par l'Etat. Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, il sera fait une juste évaluation du préjudice moral subi en fixant à 1 000 euros la somme que l'Etat sera condamné à verser à la requérante à titre de réparation de ce chef de préjudice.
Sur les frais du litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante, une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat versera à la confédération nationale des travailleurs solidarité ouvrière la somme (CNT SO) de 1 000 (mille) euros en réparation de son préjudice moral.
Article 2 : L'Etat versera à la confédération nationale des travailleurs solidarité ouvrière la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la confédération nationale des travailleurs solidarité ouvrière et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Gracia, président,
- Mme Merino, première conseillère,
- Mme Renvoise, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.
La rapporteure,
T. RENVOISE
Le président,
J-Ch. GRACIALa greffière,
C. YAHIAOUI
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/3-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2535565
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour et ordonnant son éloignement. Le tribunal a jugé que le préfet avait légalement appliqué l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en fondant son refus sur la condamnation de l'intéressée pour des faits relevant des articles 222-34 à 222-40 du code pénal. Il a également estimé que les circonstances invoquées (emploi stable, sursis) étaient sans incidence sur la légalité de la décision et n'ont pas constaté de méconnaissance de l'article 8 de la CEDH.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2534617
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement du titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante brésilienne. La juridiction a retenu que le préfet avait méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne procédant pas à une appréciation individuelle et concrète de la situation de l'intéressée, notamment au regard de son état de santé et de son droit au respect de la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH). Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2411323
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours pour excès de pouvoir contre le refus du préfet de police de délivrer un titre de séjour à un ressortissant algérien. Le tribunal a annulé la décision attaquée, considérant que l'administration n'avait pas procédé à l'examen de la situation personnelle du requérant au regard de son pouvoir discrétionnaire de régularisation exceptionnelle. Cette solution s'appuie sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, qui régit le séjour des ressortissants algériens sans interdire une telle régularisation.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2428408
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement d'une carte de séjour "talent" à une artiste-interprète. La juridiction a relevé d'office que le refus, fondé sur un seuil de ressources fixé par un arrêté ministériel (annexe 10 du CESEDA), était entaché d'incompétence, car ce seuil relève d'un décret en Conseil d'État selon l'article L. 421-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a enjoint au préfet de reconsidérer la demande dans un délai de quatre mois.
26/03/2026