jeudi 28 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2119796 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | GAUTIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 17 septembre 2021 et 3 janvier 2023, M. B C, représenté par Me Gauthier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 mars 2021 par lequel le recteur de l'académie de Paris a refusé de le titulariser et mis fin à son contrat d'enseignement, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au recteur de de l'académie de Paris de le réintégrer et de le titulariser ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 45 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de l'illégalité des décisions précitées ;
4°) de condamner l'Etat à lui verser " les salaires et indemnités légales, augmentés des intérêts aux taux légal sur la somme de 9 120 euros à compter du 9 mars 2021 ", ainsi que les heures supplémentaires et les heures effectuées au titre du dispositif " devoirs faits " ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des frais de justice.
Il soutient que :
- le signataire de l'arrêté de licenciement était incompétent ;
- les délibérations des commissions consultatives paritaires ne lui ont pas été communiquées et il n'est pas démontré que cette commission se soit réunie pour examiner sa situation en 2019 et en 2021 ni le cas échéant qu'elle était régulièrement composée ;
- l'administration n'a pas pris en compte ses congés maladie ordinaire ;
- son dossier administratif ne lui pas été communiqué ;
- il n'a pas eu de réponse à la suite de sa demande de communication des délibérations de la dernière commission académique du 8 janvier 2020 ;
- il n'a pas reçu les rapports de son 3ème tuteur, de la cheffe d'établissement de la cité scolaire Jean de la Fontaine, le rapport de janvier 2019 de l'inspecteur académique et il n'a reçu aucun rapport avant les séances des deux commissions consultatives paritaires et des deux commissions académiques et n'a pas été invité à assister aux séances de ces commissions ;
- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure dès lors que le jury académique s'est uniquement fondé sur les rapports émis par l'inspecteur d'académie et la cheffe d'établissement ; le jury n'a pas pris en compte les différents rapports de ses tuteurs ;
- en estimant que sa manière de servir justifiait un licenciement pour insuffisance professionnelle et en refusant de le titulariser, l'administration a commis une erreur de fait et une erreur d'appréciation ;
- il n'a pas été en mesure de remplir ses fonctions compte tenu du manque de moyens mis à sa disposition et eu égard à son handicap ;
- la décision de juin 2019 de la commission académique ne lui a pas été notifiée ;
- il aurait dû exercer ses fonctions à mi-temps de 2019 à 2020 ;
- il ne pouvait faire l'objet que d'un seul renouvellement pour une durée équivalente ;
- les délibérations et décisions des commissions académiques ne lui ont pas été communiquées ;
- un tiers lui a communiqué la décision de la commission académique du 7 juillet 2019 ;
- sa demande de rectification de son 2ème procès-verbal d'installation n'a pas été traitée ;
- le deuxième arrêté d'affectation du 9 mars 2021 a été antidaté ;
- la commission académique n'a pas pris en compte le rapport d'inspection de M. A à la suite de sa visite pédagogique du 11 février 2019 ;
- le rapport de son tuteur n° 3 établi lors de sa 2ème année ne lui a pas été communiqué ;
- l'arrêté du 9 mars 2021 a été pris alors qu'il était en congé de maladie ;
- l'arrêté du 9 mars 2021 ne mentionne pas les premiers et derniers contrats de travail ;
- il aurait dû être titularisé à la fin de l'année 2019 ;
- les documents nécessaires à l'ouverture de ses droits au chômage lui ont été communiqués tardivement ;
- l'administration ne lui a pas réglé ses heures supplémentaires ;
- sa demande d'aménagement d'horaires fondé sur son handicap n'a pas été prise en compte ;
- ses demandes d'allègement de service et de modification de son emploi du temps ont été refusées ;
- l'administration n'a pris aucune nouvelle de lui pendant le confinement alors qu'il faisait partie des personnes à risques COVID ;
- l'entretien préalable à son licenciement n'a pas eu lieu ;
- l'illégalité de son licenciement engage la responsabilité de l'Etat ; il a subi un préjudice qu'il convient d'indemniser ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a jamais, malgré sa demande, été destinataire de la grille d'évaluation et des délibérations rendues le 8 janvier 2021 par le jury académique et de la commission paritaire académique du 25 janvier 2021 en méconnaissance de l'article 7 de l'arrêté du 22 août 2014 ;
- il n'a pas été en mesure de préparer utilement sa défense et son entretien lors de son passage devant le jury académique en méconnaissance de l'article 6 de l'arrêté du 22 août 2014 ;
- il n'a pas été informé de la possibilité de consulter son dossier en méconnaissance des articles L. 122-1 et L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il n'a pas été invité à présenter ses observations avant la tenue le 14 décembre 2021 du jury académique ; il n'a pas été convoqué devant le jury académique par lettre recommandé mais par mail ;
- la commission consultative paritaire et les deux commissions académiques n'ont pas été correctement informées.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 janvier 2023, le recteur de l'académie de Paris conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens ne sont pas fondés
Par une ordonnance du 4 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 25 janvier 2023.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires pour défaut de liaison du contentieux.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;
- le décret n° 72-581 du 4 juillet 1972 modifié relatif au statut particulier des professeurs certifiés ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rebellato, rapporteur,
- et les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, à qui la qualité de travailleur handicapé a été reconnue, a été recruté sur le fondement de l'article 27 de la loi du 11 janvier 1984, par un premier contrat d'une période d'un an, à compter du 1er septembre 2018, par le rectorat de l'académie de Paris afin d'assurer un enseignement en sciences industrielles de l'ingénieur option architecture et construction. Il a bénéficié du renouvellement de son contrat pour une période d'un an à compter du 1er septembre 2019, puis d'un second renouvellement à compter du 1er septembre 2020 pour une période d'un an. Le 8 janvier 2021 et le 25 janvier 2021, le jury académique, puis la commission administrative paritaire, ont émis deux avis défavorables à sa titularisation. Par un arrêté du 9 mars 2021, le recteur de l'académie de Paris a refusé de le titulariser et a mis fin à son contrat d'enseignement. Par un courrier du 16 mai 2021, M. C a formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté. Le silence du recteur a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :
2. D'une part, aux termes de l'article 27 de la loi du 11 janvier 1984 relative à la fonction publique de l'État, applicable au litige : " () II.-Les personnes mentionnées aux 1°, 2°, 3°, 4°, 9°, 10° et 11° de l'article L. 5212-13 du code du travail [travailleurs handicapés] peuvent être recrutées en qualité d'agent contractuel dans les emplois de catégories A, B et C pendant une période correspondant à la durée de stage prévue par le statut particulier du corps dans lequel elles ont vocation à être titularisées. Le contrat est renouvelable, pour une durée qui ne peut excéder la durée initiale du contrat. A l'issue de cette période, les intéressés sont titularisés sous réserve qu'ils remplissent les conditions d'aptitude pour l'exercice de la fonction (). Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités d'application des deux alinéas précédents, notamment () les conditions du renouvellement éventuel du contrat, les modalités d'appréciation, avant la titularisation, de l'aptitude à exercer les fonctions () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 24 du décret du 4 juillet 1972 susvisé : " Les candidats reçus aux concours prévus aux articles 6 et 11 ou ayant bénéficié d'une dispense en application du premier alinéa de l'article 23, et remplissant les conditions de nomination dans le corps, sont nommés fonctionnaires stagiaires et affectés pour la durée du stage dans une académie par le ministre chargé de l'éducation. Le stage a une durée d'un an. Ses prolongations éventuelles sont prononcées par le recteur de l'académie dans le ressort de laquelle il est accompli. Au cours de leur stage, les professeurs stagiaires bénéficient d'une formation dispensée, dans le cadre des orientations définies par l'Etat, sous la forme d'actions organisées à l'université, d'un tutorat, ainsi que le cas échéant d'autres types d'actions d'accompagnement. Les modalités du stage et les conditions de son évaluation par un jury sont arrêtées par le ministre chargé de l'éducation. " Aux termes de l'article 26 du même décret : " A l'issue du stage, la titularisation est prononcée par le recteur de l'académie dans le ressort de laquelle le stage est accompli, sur proposition du jury mentionné à l'article 24. La titularisation confère le certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement du second degré ou le certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement technique. Les stagiaires qui n'ont pas été titularisés peuvent être autorisés par le recteur de l'académie dans le ressort de laquelle ils ont accompli leur stage à effectuer une seconde année de stage ; (). A l'issue de cette année, ils sont titularisés dans les conditions fixées au premier alinéa. Les stagiaires qui n'ont pas été autorisés à accomplir une seconde année de stage ou qui, à l'issue de la seconde année de stage, n'ont pas été titularisés sont soit licenciés, soit réintégrés dans leur corps ou cadre d'emplois d'origine s'ils avaient la qualité de fonctionnaire. " Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 12 mai 2010 susvisé : " Après délibération, le jury établit la liste des fonctionnaires stagiaires qu'il estime aptes à être titularisés. () Le jury entend au cours d'un entretien tous les fonctionnaires stagiaires pour lesquels il envisage de ne pas proposer la titularisation. Les stagiaires qui n'ont pas été jugés aptes à être titularisés à l'issue de la première année de stage et qui accomplissent une deuxième année de stage subissent obligatoirement une inspection. " Aux termes de l'article 6 du même arrêté : " Le recteur prononce la titularisation des stagiaires estimés aptes par le jury et arrête par ailleurs la liste de ceux qui sont autorisés à accomplir une seconde année de stage. Les stagiaires qui n'ont été ni titularisés ni autorisés à accomplir une seconde année de stage sont, selon le cas, licenciés ou réintégrés dans leur corps, cadre d'emplois ou emploi d'origine. " Aux termes de l'article 7-2 du décret du 25 août 1995 relatif au recrutement des travailleurs handicapés dans la fonction publique : " Quand, du fait des congés successifs de toute nature autres que le congé annuel, le contrat a été interrompu, celui-ci est prolongé dans les conditions de prolongation de la période de stage prévues à l'article 27 du décret n° 94-874 du 7 octobre 1994 susmentionné. Lorsqu'il est fait application de l'alinéa précédent, la mise en œuvre des dispositions de l'article 8 intervient à l'issue de la prolongation. "
4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () " Aux termes de l'article L. 211.5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "
5. Le licenciement en cours de stage est au nombre des décisions qui, selon les termes de L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration " retirent ou abrogent une décision créatrice de droits " et qui doivent, être motivées. En l'espèce, un troisième contrat de recrutement en qualité d'agent contractuel correspondant à une année de stage pour une durée d'un an à compter du 1er septembre 2020 a été conclu avec le rectorat de Paris. En cas de prorogation du stage, celui-ci prend fin de plein droit à l'issue de la période de prorogation. L'arrêté du 9 mars 2021, par lequel le recteur de l'académie de Paris a mis fin au contrat de M. C, est intervenu antérieurement au 1er septembre 2021, soit au cours de son stage. Il n'indique toutefois pas les considérations de fait ayant fondé l'appréciation de l'administration. Il est, par suite, insuffisamment motivé. M. C est dès lors fondé à en demander l'annulation ainsi que par voie de conséquence la décision implicite de rejet de son recours gracieux
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Compte tenu du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué n'implique pas d'enjoindre au recteur de l'académie de Paris de le réintégrer et de le titulariser. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
7. Il ressort des termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative que lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable devant la juridiction qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. M. C n'ayant pas justifié du dépôt d'une telle demande préalable, ses conclusions à fin d'indemnisation doivent être rejetées.
Sur les frais de justice :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 9 mars 2021 et la décision implicite de rejet du recours gracieux sont annulés.
Article 2 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au recteur de l'académie de Paris.
Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gros, président,
M. Feghouli, premier conseiller,
M. Rebellato, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 28 septembre 2023.
Le rapporteur,
J. Rebellato
Le président,
L. Gros
La greffière,
V. Lagrède
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2311393
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'obligation de verser une indemnité forfaitaire suite à sa démission de la police nationale. Le tribunal a jugé que le requérant ne démontrait pas l'existence de difficultés personnelles graves l'ayant contraint à démissionner, au sens de l'article 9 du décret du 9 mai 1995. Il a considéré que M. B... n'avait pas établi que sa situation familiale et financière rendait impossible la conciliation avec ses obligations professionnelles ou justifiait une dispense de cette indemnité de rupture d'engagement.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2418264
Le Tribunal Administratif de Paris a statué sur trois requêtes d'un agent d'AgroParisTech concernant un titre exécutoire pour redevance de logement de fonction, une demande indemnitaire liée à un transfert, et un licenciement. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation du titre exécutoire, considérant que le logement n'était pas une concession par nécessité absolue de service justifiant la gratuité, en application du code général de la propriété des personnes publiques. Les autres conclusions ont également été rejetées.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431599
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de M. D... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte de résident. Le juge a estimé que la décision du préfet de police, fondée sur l'article L. 432-3 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers, était régulière, suffisamment motivée et ne méconnaissait pas l'article 8 de la CEDH. Il a considéré que le requérant, en raison de son casier judiciaire et de ses signalements, constituait une menace grave pour l'ordre public justifiant le refus.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2504435
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B..., ressortissante marocaine, qui contestait le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était suffisamment motivé et que la requérante, sollicitant un titre au titre du travail, ne pouvait se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, celles-ci étant écartées par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 qui régit spécifiquement cette matière. Le tribunal a également jugé que le préfet n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation et n'avait pas méconnu l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
26/03/2026