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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2119856

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2119856

mercredi 31 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2119856
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET ANDRÉ HOIN & PARTENAIRES (SELAS)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 18 septembre 2021 et les 26 juillet, 21 septembre et 15 octobre 2022, l'EURL Pam Prod, représentée par Me Hoin, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015 pour un montant total de 171 413 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 15 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-la procédure est irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi que l'avis de vérification de comptabilité lui aurait été régulièrement notifié, en méconnaissance de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales ;

-elle n'a pas bénéficié d'un véritable débat contradictoire en méconnaissance de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales en raison de la délocalisation des opérations de contrôle dans le bureau de son expert-comptable qui n'était pas mandaté par sa gérante ;

-la vérification de comptabilité s'est achevée le 14 octobre 2016 avant la rencontre entre le vérificateur et Me Hoin, qu'elle a mandaté pour la représenter.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 15 mars, 25 août, 23 septembre et 27 octobre 2022, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Dousset,

-et les conclusions de M. Guiader, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Pam Prod, qui a pour activité la production de spectacles chorégraphiques musicaux et de variété, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les exercices clos en 2014 et 2015. Par une proposition de rectification du 7 décembre 2017, le service lui a notifié des rappels de taxe sur la valeur ajoutée. La société Pam Prod demande la décharge, en droits et pénalités, de ces impositions.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales : " () une vérification de comptabilité ne peut être engagée sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification. / Cet avis doit préciser les années soumises à vérification et mentionner expressément, sous peine de nullité de la procédure, que le contribuable a la faculté de se faire assister par un conseil de son choix () ".

3. Lorsque le contribuable soutient que l'accusé de réception d'un pli recommandé, portant notification de l'engagement d'une vérification de comptabilité, n'a pas été signé par lui, il lui appartient d'établir que le signataire de l'avis n'avait pas qualité pour recevoir le pli dont il s'agit. Dans le cas où le contribuable n'apporte aucune précision sur l'identité de la personne signataire de l'avis litigieux et s'abstient de dresser la liste des personnes qui, en l'absence de toute habilitation, auraient néanmoins eu qualité pour signer un tel avis, il ne peut être regardé comme ayant démontré que le signataire de l'avis de réception n'était pas habilité à réceptionner ce pli.

4. Il résulte de l'instruction et en particulier de l'avis de réception produit par l'administration que l'avis de vérification de comptabilité du 23 juin 2016 a été expédié à l'adresse du siège social de la société Pam Prod, chez " comptoir des projets " 18 bis rue d'Anjou 75008 Paris et qu'il a été distribué le 27 juin 2016. La société requérante soutient que le pli ne peut être regardé comme lui ayant été régulièrement notifié dès lors qu'il a été remis non à un de ses représentants mais à la société auprès de laquelle elle est domiciliée et qu'elle ignore l'identité de la personne qui a signé l'accusé de réception. Toutefois, elle ne produit aucun élément de nature à établir que le signataire de l'avis n'avait pas qualité pour recevoir ce pli. En outre, si elle soutient que c'est l'employé chargé de la distribution lui-même qui a signé l'avis, elle ne l'établit pas davantage. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales ne peut qu'être écarté.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales : " Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables ". Si au cours d'une procédure de vérification le contribuable doit se voir offrir la possibilité d'avoir avec le vérificateur un débat oral et contradictoire portant sur les constatations opérées lors de ce contrôle, dans le cas où la vérification de la comptabilité d'une entreprise a été effectuée, soit, comme il est de règle, dans ses propres locaux, soit, si son dirigeant ou représentant l'a expressément demandé, dans les locaux du comptable dans lesquels sont déposés les documents comptables, il appartient au contribuable qui allègue que les opérations de vérification ont été conduites sans qu'il ait eu la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur, de justifier que ce dernier se serait refusé à un tel débat, soit avec lui-même, soit avec ses conseils, préposés ou mandataires de droit ou de fait.

6. Il résulte de l'instruction que le vérificateur s'est présenté au siège social de la société Pam Prod, chez " comptoir des projets " 18 bis rue d'Anjou 75008, le 12 juillet 2016, comme indiqué dans l'avis de vérification de comptabilité, et qu'il a été reçu par M. A, qui lui a présenté le fonctionnement de la société et par M. B, qui a indiqué être l'expert-comptable de cette dernière, a précisé qu'il pouvait la représenter et indiqué qu'il était en attente d'un mandat écrit. Il est constant que M. B était chargé de la gestion comptable de la société requérante jusqu'au 18 octobre 2017, qu'il centralisait ses documents comptables dans les locaux dans lesquels la société avait domicilié son activité et qu'il était le seul interlocuteur connu de l'administration. L'apparence ainsi créée par la société Pam Prod était de nature à conduire le vérificateur à considérer M. B comme ayant la qualité d'expert-comptable de la requérante et, par suite, à le regarder comme habilité à dialoguer avec elle, en attente du mandat annoncé. Dans ces conditions, la circonstance que les premiers rendez-vous se soient déroulés en la seule présence de M. B n'est pas de nature à entacher la procédure d'irrégularité. Pour les mêmes motifs, la société Pam Prod n'est pas fondée à soutenir, alors qu'elle supporte la charge de la preuve sur ce point, qu'elle n'a pas bénéficié d'un véritable débat oral et contradictoire. Les circonstances qu'un seul rendez-vous et un entretien téléphonique aient eu lieu entre le vérificateur et la personne qu'elle a finalement désignée pour la représenter le 18 janvier 2017, après plusieurs relances de l'administration et en particulier des courriers de mise en garde des 8 et 21 décembre 2016, Me Houin, dans le cabinet duquel elle a élu domicile, et qu'aucune discussion n'aurait plus été possible avec ce dernier, la vérification de comptabilité s'étant, selon elle, terminée le 14 octobre 2016, n'ont pas d'incidence sur ce point. Au surplus, d'une part, la société n'établit pas que le vérificateur se soit refusé à tout échange de vues avec Me Houin et, d'autre part, il ne résulte pas de l'instruction que, lorsque le vérificateur a rencontré Me Houin, ce dernier aurait remis en cause la validité des fichiers comptables remis par M. B ni les éléments discutés par ce dernier lors de ses entretiens avec le vérificateur. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Pam Prod doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : La requête de la société Pam Prod est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Pam Prod et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rohmer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Lenoir, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2024.

La rapporteure,

A. DOUSSET

Le président,

B. ROHMER

La greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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