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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2119870

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2119870

mardi 31 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2119870
TypeDécision
PublicationD
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantKERIHUEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 septembre 2021, Mme C A B, représentée par Me Kerihuel, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 23 avril 2021 par lesquelles le préfet de police l'a placée en fuite et prolongé son délai de transfert ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile ainsi que le formulaire de demande d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir ses conditions matérielles d'accueil dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions de placement en fuite et de prolongation du délai de transfert sont entachées d'incompétence ;

- elles ne sont pas motivées ;

- elles méconnaissent l'article 9 du règlement (UE) n° 118/2014 du 30 janvier 2014, dans la mesure où le préfet de police n'apporte pas la preuve que les autorités italiennes ont été informées de la prolongation de son délai de transfert ;

- elles méconnaissent l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, dès lors qu'elle ne peut être regardée comme s'étant placée en fuite ; elle n'a pu honorer deux convocations en avril 2021 du fait du contexte sanitaire et du confinement ; elle était également dans l'impossibilité de déférer à la convocation à l'aéroport en l'absence de moyens d'acheminement mis en place par la préfecture, à la méconnaissance des lieux géographiques, l'éloignement de son domicile, la pandémie et le confinement ; le préfet ne justifie pas les diligences accomplies pour procéder au transfert ; une seule absence à une convocation ne permet pas de caractériser une intention de fuite ;

- la décision mettant fin à ses conditions matérielles d'accueil est entachée d'incompétence ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'elle s'est présentée à toutes les convocations qui lui ont été adressées par les autorités chargées de l'asile, à l'exception de celle à l'aéroport, qu'elle n'a pu honorer du fait d'une situation de grève ;

- elle porte une atteinte manifestement illégale au droit d'asile en ce qu'elle méconnaît l'article 17-1 de la directive 2013/33/UE et l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de l'obligation d'assurer au demandeur d'asile le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 novembre 2021, le préfet de police conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et, subsidiairement, à son rejet.

Il soutient que :

- la prolongation du délai de transfert a pour seul effet de maintenir en vigueur la décision de transfert aux autorités de l'Etat responsable et ne fait naître aucune décision nouvelle ;

- les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui n'a pas produit d'observations malgré une mise en demeure du 21 janvier 2022.

Par une ordonnance du 10 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 mars 2022 à 12 heures.

Mme A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juillet 2022.

Par un courrier du 30 juin 2023, Me Kerihuel, avocate désignée au titre de l'aide juridictionnelle, a informé le tribunal de l'impossibilité d'obtenir des informations auprès de Mme A B et de produire un mémoire. Cette situation a été portée à la connaissance de la requérante par un courrier du tribunal du 17 juillet 2023 lui indiquant que, faute de réponse de sa part dans le délai qui lui était imparti, le litige serait jugé en l'état.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Riou ;

- et les conclusions de Mme Lambrecq, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante ivoirienne née le 15 décembre 1994, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée en procédure " Dublin " le 14 décembre 2020 et accepté, le même jour, les conditions matérielles d'accueil qui lui ont été proposées. Par un arrêté du 17 mars 2021, le préfet de police a décidé de son transfert aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Le tribunal administratif de Paris a rejeté le recours qu'elle a formé à l'encontre de cette mesure par un jugement n° 2106465 du 16 avril 2021. Par la présente requête, Mme A B demande l'annulation de la décision du 23 avril 2021 par laquelle le préfet de police l'a placée en fuite et prolongé son délai de transfert. Elle doit également être regardée comme contestant la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté sa demande tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil.

Sur les décisions de placement en fuite et de prolongation du délai de transfert :

2. La prolongation du délai de transfert, qui résulte du seul constat de fuite du demandeur et qui ne donne lieu qu'à une information de l'Etat responsable de la demande d'asile par l'Etat membre qui ne peut procéder au transfert, a pour effet de maintenir en vigueur la décision de transfert aux autorités de l'Etat responsable et ne suppose pas l'adoption d'une nouvelle décision. Cette prolongation n'est ainsi qu'une des modalités d'exécution de la décision initiale de transfert et ne peut être regardée comme révélant une décision susceptible de recours. Il en est de même s'agissant du placement en fuite du demandeur d'asile. Par suite, et ainsi que le fait valoir le préfet de police en défense, les conclusions tendant à l'annulation des décisions de placement en fuite et de prolongation du délai de transfert sont irrecevables et doivent, dès lors, être rejetées.

Sur la décision implicite portant refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil :

3. En premier lieu, la décision implicite en cause est réputée avoir été prise par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

4. En deuxième lieu, en vertu de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. En l'espèce, la requérante ne justifie pas avoir sollicité la communication des motifs de la décision implicite attaquée. Par suite, le moyen invoqué doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () ".

6. Le préfet indique dans ses écritures que Mme A B ne s'est pas présentée dans les locaux de la préfecture de police les 14 et 21 avril 2021 en vue de l'exécution de sa mesure de transfert. La requérante soutient s'être présentée à toutes les convocations à l'exception de celle à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, dont elle ne précise d'ailleurs pas la date, qu'elle n'aurait pu honorer en raison d'une situation de grève. Toutefois, elle n'apporte aucun commencement de preuve à l'appui de ses allégations, au demeurant contradictoires, la requérante s'étant prévalu d'un autre motif, auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, fondé sur le contexte sanitaire et une situation de confinement à la date de la convocation en cause. Dans ces conditions et en l'absence de tout motif légitime justifiant ses manquements, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

7. En quatrième lieu, Mme A B n'est pas fondée à se prévaloir d'une méconnaissance de l'article 17-1 de la directive 2013/33/UE qui a été transposée.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente, en application du présent chapitre. Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre ". Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, notamment du placement en fuite de Mme A B et de la prolongation des délais de son transfert, l'intéressée n'établit pas que les dispositions citées ci-dessus auraient été méconnues.

9. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que Mme A B a méconnu les obligations auxquelles elle avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Au demeurant, elle ne fait valoir aucun élément susceptible de révéler la vulnérabilité de sa situation. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait porté atteinte à son droit d'asile.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris sa demande présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : Le jugement sera notifié à Mme C A B, au préfet de police, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Kerihuel.

Délibéré après l'audience du 19 octobre à laquelle siégeaient :

- Mme Riou, présidente,

- Mme Kanté, première conseillère,

- Mme Lamarche, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 31 octobre 2023.

La présidente-rapporteure,

C. RiouL'assesseure la plus ancienne,

C. Kanté

La greffière,

V. Lagrède

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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