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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2119872

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2119872

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2119872
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantBEGUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 septembre 2021, M. A B, représenté par Me Béguin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de ses arrêts de travail du 9 mars au 15 septembre 2021 ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de reconnaître l'imputabilité au service de l'ensemble de ses arrêts de travail du 9 mars au 15 septembre 2021 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été mis à même de consulter son dossier administratif avant la réunion de la commission de réforme, d'une part, et, à supposer qu'il ait été mis à même de le consulter, son dossier administratif était incomplet en raison notamment de l'absence de ses notations, annulées par le tribunal, et du rapport d'enquête administrative diligentée en novembre 2019, d'autre part ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les faits de harcèlement moral et de violence psychologique qu'il a subis de la part de sa hiérarchie ainsi que la dégradation de ses conditions de travail sont en lien avec sa pathologie dépressive ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 dès lors qu'elle constitue un harcèlement moral.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juin 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, M. B n'a pas respecté la procédure de déclaration d'accident de service prescrite par l'article 47-2 du décret du 14 mars 1986, de sorte qu'il était fondé à refuser la demande de reconnaissance d'imputabilité au service du requérant au titre des arrêts de travail du 9 mars au 15 septembre 2021 ;

- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pény,

- les conclusions de M. Cicmen, rapporteur public,

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, capitaine de police, est entré dans les cadres de la police nationale le 6 janvier 2005. Il a été affecté, à compter du 18 décembre 2013, au commissariat du 4ème arrondissement de Paris, en qualité de chef des unités d'appui de proximité. Depuis le 20 août 2019, il est affecté au commissariat du 16ème arrondissement de Paris, en qualité d'officier du service de sécurisation du quotidien (SSQ) en charge des unités de nuit. Par un courrier du 20 mai 2021, M. B a sollicité auprès du commissaire central en charge du 16ème arrondissement de Paris, la reconnaissance en tant que blessure de service de ses arrêts maladie entamés le 9 mars 2021. Cette demande a été rejetée par une décision implicite dont M. B demande l'annulation.

2. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " I. - Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service () ". Aux termes de l'article 12 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Dans chaque département, il est institué une commission de réforme départementale compétente à l'égard des personnels mentionnés à l'article 15. Cette commission, placée sous la présidence du préfet ou de son représentant, qui dirige les délibérations mais ne participe pas aux votes, est composée comme suit : () / 4. Les membres du comité médical prévu à l'article 6 du présent décret () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 5 de ce décret, auquel renvoie sur ce point le deuxième alinéa de l'article 6, dans sa version applicable : " () Ce comité comprend deux praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, pour l'examen des cas relevant de sa qualification, un spécialiste de l'affection pour laquelle est demandé le bénéfice du congé de longue maladie ou de longue durée prévu à l'article 34 (3e et 4e) de la loi du 11 janvier 1984 susvisée ". Aux termes de l'article 19 du même décret, dans sa version alors en vigueur : " La commission de réforme ne peut délibérer valablement que si la majorité absolue des membres en exercice assiste à la séance ; un praticien de médecine générale ou le spécialiste compétent pour l'affection considérée doit participer à la délibération. / Les avis sont émis à la majorité des membres présents. / Lorsqu'un médecin spécialiste participe à la délibération conjointement avec les deux praticiens de médecine générale, l'un de ces deux derniers s'abstient en cas de vote () ". Aux termes de l'article 18 de ce décret, dans sa version applicable : " Le médecin chargé de la prévention attaché au service auquel appartient le fonctionnaire dont le cas est soumis au comité médical ou à la commission de réforme est informé de la réunion et de son objet. Il peut obtenir, s'il le demande, communication du dossier de l'intéressé. Il peut présenter des observations écrites ou assister à titre consultatif à la réunion ; il remet obligatoirement un rapport écrit dans les cas prévus aux articles 26, 32, 34 et 43 ci-dessous ". Aux termes de l'article 26 du décret, dans sa version en vigueur : " Sous réserve du deuxième alinéa du présent article, les commissions de réforme prévues aux articles 10 et 12 ci-dessus sont obligatoirement consultées dans tous les cas où un fonctionnaire demande le bénéfice des dispositions de l'article 34 (2°), 2° alinéa, de la loi du 11 janvier 1984 susvisée. Le dossier qui leur est soumis doit comprendre un rapport écrit du médecin chargé de la prévention attaché au service auquel appartient le fonctionnaire concerné ".

3. M. B soutient que la procédure d'édiction de la décision attaquée est irrégulière dès lors qu'il n'a pas été mis à même de consulter son dossier administratif et, qu'en tout état de cause, celui-ci était incomplet. Toutefois, la commission de réforme n'ayant pas été saisie de l'imputabilité au service de cet arrêt de travail, M. B n'est pas fondé à se prévaloir des dispositions précitées de l'article 19 du décret du 14 mars 1986, qui trouvent uniquement à s'appliquer en cas de réunion de cette dernière. Dès lors, le requérant ne peut utilement soutenir que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure au motif qu'il n'a pu consulter son dossier et que celui-ci n'était pas complet. Par suite, ces moyens doivent être écartés comme inopérants.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () / 2° A des congés de maladie () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite () ".

5. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

6. M. B soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que l'arrêt de travail dont il a bénéficié du 9 mars au 15 septembre 2021 est en lien direct avec les conditions de travail dégradées et la violence psychologique qu'il subit depuis 2012 de la part de sa hiérarchie. Toutefois, s'il ressort des comptes rendus de rendez-vous médicaux rédigés par un psychiatre agréé, entre le 28 avril 2014 et le 24 février 2021, que M. B présentait fréquemment durant cette période un état de forte anxiété associé à des douleurs morales, ces mêmes documents ne font toutefois état d'aucun lien entre son état de santé et ses conditions de travail. En outre, le compte rendu du 24 février 2021, contemporain de la demande de M. B, faisait état d'une " anxiété modérée " sans signe de " série dépressive " ni " aucune idée de suicide " et jugeait l'intéressé " apte au service ordinaire avec arme ". M. B, ne produit, au surplus, aucun certificat médical ou document dans la présente instance permettant d'établir la réalité de sa pathologie dépressive pendant la période où il était en arrêt maladie, le rapport d'expertise psychologique du 3 mars 2017 diligentée par le tribunal de grande instance de Paris attestant de la dégradation de l'état de santé psychique de l'intéressé " en réaction aux faits de harcèlement et de chantage qu'il dénonce ", ayant, à cet égard, été rédigé près de quatre ans avant les arrêts de travail en cause. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors en vigueur, dans sa version applicable : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel () ". Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

8. M. B soutient que dès son arrivée, en 2013, au commissariat du 4ème arrondissement de Paris, il a reçu des ordres illégaux relatifs à des contrôles dits " au faciès ", qu'il a refusé d'exécuter et qui l'ont conduit à saisir le Défenseur des droits, lequel a confirmé de telles pratiques dans sa décision n°2019-090 du 2 avril 2019. Il allègue qu'en conséquence de son refus, il a fait l'objet de harcèlement moral, lequel est à nouveau matérialisé par la décision en litige, ce qui a gravement compromis son avenir professionnel.

9. S'il n'est pas contesté que M. B s'est opposé à des pratiques relevant de " contrôles au faciès ", dont le caractère illégal a du reste été confirmé par un arrêt de la Cour de cassation du 9 novembre 2016 et par la décision du Défenseur des droits précitée, et que cette opposition le plaçait dans une position difficile vis-à-vis de sa hiérarchie, il ne produit, dans la présente instance, aucun élément de nature à faire présumer qu'il subirait des faits de harcèlement moral ou de violence psychologique de la part de ses supérieurs hiérarchiques. A cet égard, la décision du Défenseur des droits, du 2 avril 2019, ne fait aucunement mention du harcèlement moral allégué. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision implicite, née le 20 juillet 2020, en tant qu'elle refuse de reconnaître l'imputabilité au service de ses arrêts de travail du 9 mars au 15 septembre 2021 révélerait une pratique relevant du harcèlement moral de la part de sa hiérarchie.

10. Il résulte de ce tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent en tout état de cause être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Delesalle, président,

- Mme Deniel, première conseillère,

- M. Pény, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.

Le rapporteur,

A. Pény Le président,

H. Delesalle

La greffière,

A. Cardon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2119872/6-3

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