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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2120457

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2120457

lundi 9 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2120457
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET BOUYEURE, BAUDOUIN, DAUMAS, CHAMARD, BENSAHEL(SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 17 septembre 2021 et les 10 mars, 8 avril et 25 mai 2022, Mme D C, Mme F E et M. A H, représentés par Me Baudouin, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler le permis de construire n° PC 075 116 20 V0036 accordé le 23 mars 2021 par la Ville de Paris à la société LA 4 T pour le changement de destination d'une construction existante à R+1 à usage d'artisanat et de bureaux en locaux à usage d'hébergement hôtelier avec surélévation et modification de l'aspect extérieur, située 5 villa Malakoff à Paris dans le 16ème arrondissement de Paris ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle la maire de Paris a rejeté leur recours gracieux aux fins du retrait du permis de construire ;

3°) de mettre à la charge de la Ville de Paris la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il méconnaît l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article R. 431-14 du code de l'urbanisme ;

- la maire de Paris n'a pas fait application de la version du règlement du plan local d'urbanisme alors en vigueur ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article UG 2.1 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article UG 4.3 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article UG 10.1 et 10.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article UG 11.1.1 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article UG 15.3.1-1 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article UG 15.3.1-2 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article UG 15.4 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article UG 15.2 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 57-2 du règlement sanitaire du département de Paris ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les articles L. 425-3 du code de l'urbanisme, L. 111-8 du code de la construction et de l'habitation et l'article GN 8 de l'arrêté du 25 juin 1980 portant approbation des dispositions générales du règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public (ERP).

Par des mémoires, enregistrés les 12 janvier et 25 avril 2022, la société LA 4 T, représentée par Me Estellon, conclut au rejet de la requête et à la condamnation des requérants à lui verser une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens sont inopérants ou ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2022, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens sont inopérants ou ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code du patrimoine ;

- l'arrêté du 23 novembre 1979 portant règlement sanitaire du département de Paris ;

- l'arrêté du 25 juin 1980 portant approbation des dispositions générales du règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public ;

- le règlement du plan local d'urbanisme de la Ville de Paris ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Voillemot,

- les conclusions de Mme de Schotten, rapporteure publique,

- et les observations de Me Bensahel, représentant les requérants, et de Me Estellon, représentant la société LA 4 T.

Considérant ce qui suit :

1. La société LA 4 T a déposé le 12 juin 2020 une demande de permis de construire portant sur le changement de destination d'une construction existante à R+1 à usage d'artisanat et de bureaux en locaux à usage d'hébergement hôtelier et la surélévation et la modification de son aspect extérieur, située au 5 villa Malakoff dans le 16ème arrondissement de Paris. Par un arrêté du 23 mars 2021, la maire de Paris a délivré le permis de construire demandé. Les requérants ont formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté, qui a implicitement été rejeté. Ils demandent l'annulation de l'arrêté du 23 mars 2021 ainsi que de la décision implicite rejetant leurs recours gracieux. Un permis de construire modificatif portant sur la modification de la notice architecturale par l'insertion de précisions se rapportant à la gestion des eaux pluviales et aux caractéristiques thermiques et énergétiques de la construction a été délivré le 1er mars 2022 par la maire de Paris.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la compétence du signataire de l'arrêté attaqué :

2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire () est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu () ". Aux termes de l'article L. 2511-27 du code général des collectivités territoriales : " Le maire de la commune peut donner sous sa surveillance et sa responsabilité, par arrêté, délégation de signature () aux responsables de services communaux. () ".

3. Par un arrêté du 4 janvier 2021, régulièrement publié au bulletin municipal officiel de la Ville de Paris du 8 janvier suivant, la maire de Paris a donné délégation à M. G B, chef de la circonscription ouest, qui inclut le 16ème arrondissement de Paris, du service du permis de construire, signataire de l'arrêté attaqué du 23 mars 2021, en vue de signer, notamment, les arrêtés concernant les permis de construire. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne le contenu du dossier de permis de construire :

4. Aux termes de l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire comprend : / a) Les informations mentionnées aux articles R. 431-5 à R. 431-12; / b) Les pièces complémentaires mentionnées aux articles R. 431-13 à R. * 431-33-1 ; / c) Les informations prévues aux articles R. 431-34 et R. 431-34-1. / () / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente ".

5. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

S'agissant de la méconnaissance de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme :

6. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. "

7. Il ressort des pièces du dossier que le dossier de demande de permis de construire comporte un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet par rapport aux constructions avoisinantes ainsi que des documents photographiques permettant de situer le terrain d'assiette du projet dans son environnement proche et lointain. Si les requérants soutiennent qu'aucun document photographique ne représente l'espace libre à végétaliser devant leur bâtiment, cette circonstance n'est pas de nature à démontrer que les services instructeurs n'auraient pas pu apprécier correctement la conformité du projet à la réglementation applicable.

S'agissant de la méconnaissance de l'article R. 431-14 du code de l'urbanisme :

8. Aux termes de l'article R. 431-14 du code de l'urbanisme : " Lorsque les travaux sont projetés dans un cœur de parc national, la notice mentionnée à l'article R. 431-8 indique également les matériaux utilisés et les modalités d'exécution des travaux et la demande comprend les pièces complémentaires mentionnées au II de l'article R. 331-19 du code de l'environnement. () ". Aux termes du II de l'article L. 621-30 du code du patrimoine : " () En l'absence de périmètre délimité, la protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, visible du monument historique ou visible en même temps que lui et situé à moins de cinq cents mètres de celui-ci ".

9. Il ressort des pièces du dossier d'une part que, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le terrain d'assiette du projet n'est pas situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable. D'autre part, si le terrain d'assiette du projet est situé à moins de cinq-cents mètres de plusieurs monuments historiques, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il soit en situation de covisibilité avec l'un ou plusieurs d'entre eux. Dès lors, les requérants ne peuvent utilement invoquer une méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-14 du code de l'urbanisme.

En ce qui concerne le défaut de base légale :

10. Une omission ou une erreur dans les visas d'un acte administratif n'est pas de nature à en affecter la légalité. Dès lors, les requérants ne peuvent utilement soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'illégalité en ce qu'il vise la révision du plan local d'urbanisme de Paris approuvée en 2016 alors qu'une modification est intervenue en 2019.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article UG 2.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris :

11. Aux termes du b) de l'article UG.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris relatif aux occupations et utilisations du sol : " Dans les zones d'anciennes carrières souterraines, dans les zones comportant des poches de gypse antéludien et dans la Zone de risque de dissolution du gypse antéludien, la réalisation de constructions ou d'installations et la surélévation, l'extension ou la modification de bâtiments existants sont, le cas échéant, subordonnées aux conditions spéciales imposées par l'Inspection générale des carrières en vue d'assurer la stabilité des constructions projetées et de prévenir tout risque d'éboulement ou d'affaissement (la Zone de risque de dissolution du gypse antéludien est délimitée sur le Plan des secteurs de risques figurant dans l'atlas général ; le plan délimitant les zones d'anciennes carrières souterraines et les zones comportant des poches de gypse antéludien, ainsi que les prescriptions qui s'y appliquent, figurent dans les annexes du PLU, servitudes d'utilité publique, § IV, B : servitudes relatives à la sécurité publique).() ". Aux termes du c) du même article : " Lorsque des travaux nécessitent des fouilles ou une intervention dans le tréfonds, le pétitionnaire doit être en mesure, avant toute mise en œuvre, de justifier des précautions préalables prises pour éviter de compromettre la stabilité des constructions sur les terrains contigus ".

12. Les dispositions du b) et du c) de l'article UG 2.1 imposent seulement au pétitionnaire de se conformer aux prescriptions pouvant être émises par l'inspection générale des carrières et, avant commencement des travaux, de justifier des mesures de précaution, elles s'appliquent donc à la mise en œuvre du permis de construire et ne conditionnent pas sa légalité. Ainsi, le dossier de demande de permis de construire n'avait pas vocation à justifier des précautions préalables prises par le pétitionnaire visant à garantir la stabilité des constructions immédiatement voisines du projet litigieux. Dès lors, le moyen doit être écarté comme inopérant. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que l'inspection générale des carrières, par un avis du 17 juillet 2020, a subordonné la réalisation du projet de construction à la consolidation par piliers maçonnés ou bétonnés dans la hauteur de la carrière ou par injections de coulis dans la carrière sous le projet et ses abords ainsi qu'à la réalisation de fondations profondes par puits de béton, pieux forés ou micro-pieux, ancrés en pied de carrière souterraine avec comblement, ces prescriptions ayant été rendues impératives par l'article 2 de l'arrêté contesté auquel est annexé l'avis émis le 17 juillet 2020. Par conséquent, l'arrêté a pris en compte les risques allégués par les requérants pour la stabilité de leur immeuble et des immeubles voisins du projet.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article UG 4.3 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris :

13. Aux termes de l'article UG.4.3 relatif à l'assainissement : " 1° Eaux usées : Toute construction générant des eaux usées domestiques doit être raccordée au réseau d'assainissement de la Ville de Paris par un branchement particulier exécuté conformément aux prescriptions du règlement d'assainissement de Paris. () ".

14. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'avis favorable de la direction de la propreté et de l'eau du 13 janvier 2022 et du plan de masse du projet, que le bâtiment est raccordé au réseau d'assainissement par l'intermédiaire d'un branchement particulier déjà existant et situé avenue Raymond Poincaré. Si ce même avis précise que " le pétitionnaire devra vérifier qu'il est raccordé à ce branchement et qu'il peut être éventuellement réutilisé sous réserve de l'application des prescriptions du Règlement d'Assainissement de Paris ", cette mention relative aux conditions d'exécution des travaux en cas de réutilisation du branchement, n'est pas de nature, contrairement à ce que soutiennent les requérants, à établir que le projet ne serait pas conforme aux dispositions de l'article UG 4.3 du règlement du plan local d'urbanisme.

En ce qui concerne la méconnaissance des articles UG 10.1 et UG 10.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme :

15. Aux termes de l'article UG.10.1 2° du règlement du plan local d'urbanisme : " () Dans une E.C.M. ne comportant pas d'indication de hauteur, la hauteur des constructions est limitée, dans la totalité de l'emprise, par l'horizontale du gabarit-enveloppe défini sur le terrain en bordure de l'emprise, en application de l'article UG.10.2.2. Le point d'attache de ce gabarit-enveloppe est pris au niveau du sol existant avant travaux, au milieu de la façade de la construction ". Aux termes de l'article UG.10.2.2 " Gabarit-enveloppe au droit des voies ou espaces bordés par un filet de couleur aux documents graphiques du règlement (trait continu, trait pointillé, hachure, tireté court, tireté long, tireté mixte) " précise que : " Le gabarit-enveloppe se compose successivement : a - d'une verticale de hauteur H définie ci-après selon la couleur du filet : () / - filet kaki : H = 7,00 m () / b- d'un couronnement défini ci-après selon la nature du filet, limité par une horizontale située à une hauteur h au-dessus du sommet de la verticale : () / pente 2/1, h = 4,5 mètres : tireté mixte ". Enfin, aux termes de l'article UG.11.1 : " pour éviter de créer ou de laisser à découvert des murs pignons, la hauteur d'une construction projetée en bordure de voie peut être soit réduite, soit augmentée, nonobstant les dispositions de l'article UG.10.2, sans créer de décalage supérieur, en principe, à la hauteur moyenne d'un étage par rapport aux constructions contiguës ".

16. Il ressort des pièces du dossier que le projet de surélévation à R+2 aura pour effet de réduire la surface des murs pignons laissés à découvert par les immeubles voisins du bâtiment objet du litige, d'un niveau moyen R+4. Cette surélévation permettra ainsi, en comblant en partie la dent-creuse que forme l'immeuble du 5 villa Malakoff, d'apporter une plus grande cohérence avec la hauteur des immeubles environnants, assurant alors une insertion harmonieuse dans le paysage. En outre, il est constant que le décalage créé n'est pas supérieur à la hauteur moyenne d'un étage par rapport aux constructions contiguës. Par suite, alors même que la hauteur de la construction projetée aura une cote NVP de 76,49 dépassant ainsi de 0,22 la cote NVP maximale de 76,27, les requérants ne soutiennent pas utilement que le projet méconnaît les dispositions de l'article UG 10.2.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article UG 11.1 du règlement du plan local d'urbanisme :

17. Aux termes de l'article UG 11.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris : " Les interventions sur les bâtiments existants comme sur les bâtiments à construire, permettant d'exprimer une création architecturale, peuvent être autorisées. / L'autorisation de travaux peut être refusée ou n'être accordée que sous réserve de prescriptions si la construction, l'installation ou l'ouvrage, par sa situation, son volume, son aspect, son rythme ou sa coloration, est de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. / Notamment, pour éviter de créer ou de laisser à découvert des murs pignons, la hauteur d'une construction projetée en bordure de voie peut être soit réduite, soit augmentée, nonobstant les dispositions de l'article UG.10.2, sans créer de décalage supérieur, en principe, à la hauteur moyenne d'un étage par rapport aux constructions contiguës. () ". Aux termes du 2° de l'article UG 11.1.1 : " Composées d'un ou de plusieurs niveaux, les façades donnent à la construction son aspect général qui peut résulter de surélévations ou d'additions successives. La recherche d'une bonne cohérence d'ensemble ne doit pas nécessairement conduire à uniformiser le traitement des façades ; leur mise en valeur peut être recherchée à travers la restitution de matériaux d'origine, de reliefs (bow-windows, oriels, loggias, modénatures), d'accessoires ou de décors anciens disparus. L'harmonie de la façade peut être améliorée par le remplacement de garde-corps, de menuiseries ou de volets et persiennes manquants ou disparates. / Des éléments nouveaux à caractère contemporain peuvent contribuer à en qualifier l'aspect. () ".

18. Eu égard à la teneur des dispositions de l'article UG 11 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris, en particulier celles du point UG 11.1.1, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, d'apprécier si l'autorité administrative a pu légalement autoriser la construction projetée, compte tenu de ses caractéristiques et de celles des lieux avoisinants, sans méconnaître les exigences résultant de cet article. Dans l'exercice de ce contrôle, le juge doit tenir compte de l'ensemble des dispositions de cet article et de la marge d'appréciation qu'elles laissent à l'autorité administrative pour accorder ou refuser de délivrer une autorisation d'urbanisme.

19. Il ressort des pièces du dossier que les constructions environnantes au projet ne présentent pas d'homogénéité architecturale particulière, le bâtiment contigu situé à gauche du projet ne présentant au surplus aucune qualité architecturale particulière. En outre, il ressort notamment de la notice architecturale que le projet vise à redonner au bâtiment le style architectural d'atelier d'artiste, destination originelle du bâtiment lors de sa conception en 1901. A cet effet, d'une part, le projet autorisé prévoit de conserver et rénover les principaux matériaux de façades que sont la brique, le verre, le métal et le bois et de respecter les trois grandes trames existantes au rez-de-chaussée et R+1 en conservant les percements d'origine et en les reproduisant de manière similaire au niveau de la trame centrale du rez-de-chaussée. D'autre part, il résulte des pièces du dossier et notamment de l'étude historique et patrimoniale que l'installation de baies vitrées sur la future façade de l'étage supplémentaire s'inscrit dans l'aspect architectural des constructions à usage d'ateliers d'artistes de la fin du XIXème - début du XXème siècle se caractérisant par l'utilisation de verrières pour le traitement d'une partie de la toiture. Par ailleurs, la construction de telles baies vitrées ne constitue pas non plus une rupture architecturale avec les constructions entourant le projet contesté, l'immeuble situé en face, 6 villa Malakoff, étant doté d'une façade très largement vitrée. Ainsi, en estimant, pour accorder le permis de construire litigieux que le pétitionnaire avait recherché à intégrer le projet contesté à une bonne cohérence d'ensemble telle que décrite par les dispositions précitées, la Ville de Paris n'a pas commis d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions l'article UG 11.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article UG 15.2 du règlement du plan local d'urbanisme :

20. Aux termes de l'article UG 15.2 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris : " Les constructions nouvelles doivent comporter des locaux de stockage des déchets suffisamment grands, dimensionnés de manière à recevoir et permettre de manipuler sans difficulté tous les récipients nécessaires à la collecte sélective des déchets. () Les dispositions des deux alinéas précédents s'appliquent également en cas de réaménagement de bâtiments existants, sauf si leurs caractéristiques l'interdisent. "

21. Il ressort des plans du projet qu'un emplacement dédié au stockage des déchets est prévu au rez-de-chaussée du bâtiment, derrière la loge du gardien et donnant sur le hall. La circonstance que ces emplacements correspondent à des placards est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, dès lors que la manipulation des récipients peut s'effectuer sans difficulté. Or, il résulte des pièces du dossier que les ouvertures à double battant derrière lesquelles sont placés les trois récipients sont suffisamment larges pour extraire les récipients de collecte des déchets, dont il n'est pas établi que le nombre nécessaire ne pourrait être accueilli dans l'emplacement dédié au stockage des déchets. Par ailleurs, la circonstance que l'emplacement débouche sur le hall n'est pas de nature à engendrer des difficultés de circulation, dès lors que les portes à double battant et les récipients n'ont pas vocation à rester ouvertes de façon prolongée mais uniquement le temps de sortir les récipients pour les placer devant l'immeuble lors des collectes et le temps, pour les occupants, de déposer leurs déchets. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UG 15.2 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article UG 15.3.1 du règlement du plan local d'urbanisme :

S'agissant des règles relatives aux dispositifs d'économie d'énergie :

21. Aux termes de l'article UG.15.3.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris : " Les dispositions des §1 et 2 ci-après s'appliquent en cas de réhabilitation, modification ou surélévation de constructions existantes. / 1° Caractéristiques thermiques et énergétiques : L'installation dans les constructions de dispositifs d'économie d'énergie est obligatoire, sauf impossibilité technique ou contraintes liées à la préservation du patrimoine architectural ou à l'insertion dans le cadre bâti environnant. () / Conformément à l'article UG.11.2.3 (§1°), les dispositifs destinés à économiser de l'énergie ou à produire de l'énergie renouvelable dans les constructions, tels que panneaux solaires thermiques ou photovoltaïques, géothermie, toitures végétalisées, rehaussement de couverture pour l'isolation thermique, sont autorisés en saillie des toitures à condition que leur volumétrie s'insère harmonieusement dans le cadre bâti environnant ".

22. Si les requérants soutiennent que le projet ne prévoit pas d'installation d'un dispositif d'économie d'énergie, il ressort des pièces du dossier que le projet fait état de l'installation de deux terrasses végétalisées d'une surface totale de 6,8 m2 ainsi que d'une cuve de récupération des eaux pluviales de 3,16 m2 qui seront réutilisées pour un usage postérieur, ces dispositifs permettant ainsi, comme cela l'a été constaté par la direction de la propreté et de l'eau de la Ville de Paris, d'assurer un abattement des douze premiers millimètres de pluie. Il ressort de la notice architecturale modificative figurant au dossier du permis modificatif délivré le 1er mars 2022 que le projet recourt aux dispositifs d'économie d'énergie avec un choix d'équipements à faible consommation d'énergie pour le chauffage, l'eau chaude sanitaire, les éclairages intérieurs et extérieurs ainsi que les auxiliaires de génie climatique. Par suite, le projet est conforme à l'objectif d'économie d'énergie fixé par les dispositions suscitées.

S'agissant des règles relatives au choix des matériaux :

23. Aux termes des dispositions du 2° de l'article UG.15.3.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la Ville de Paris : " Tout projet doit recourir à des matériaux naturels, renouvelables, recyclables ou biosourcés, dont l'utilisation doit être privilégiée () ".

24. Il résulte de ces dispositions que le recours à de tels matériaux doit seulement être privilégié, sans imposer de prescriptions particulières au pétitionnaire. En tout état de cause, il ressort de la notice architecturale modificative que le projet prévoit le recours à la filière sèche et aux matériaux naturels, renouvelables et biosourcés tels que le bois, issu d'une gestion durable des forêts, le métal et la brique, matériaux durables, le verre, matériau recyclable ainsi qu'un enduit chaux-chanvre, isolant biosourcé en ouate de cellulose.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article UG 15.4 du règlement du plan local d'urbanisme :

25. Aux termes de l'article UG 15.4 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris : " L'enveloppe des constructions nouvelles doit garantir, notamment par la densité et la nature des matériaux, ainsi que par les procédés utilisés pour leur mise en œuvre, un niveau d'affaiblissement acoustique compatible avec l'environnement du terrain ".

26. En se bornant à soutenir que le projet ne manquera pas de créer des nuisances sonores, les requérants n'établissent pas que les dispositions précitées de l'article UG 15.4 du règlement du plan local d'urbanisme ont été méconnues. En outre, il ressort de la notice architecturale modifiée que le projet assure un traitement de l'acoustique pour le confort des habitants, que la surélévation sera réalisée en mur ossature bois avec un isolant biosourcé comme la ouate de cellulose et que toutes les unités nécessaires au bon fonctionnement du chauffage et ventilation seront implantés à l'intérieur du volume construit et isolés acoustiquement pour éviter toutes nuisances sonores envers les voisins. Par conséquent, en se bornant à soutenir que trois chambres " donneront sur une terrasse aménagée quasiment au droit des baies des logements des requérants ", les requérants n'établissent pas que l'enveloppe de la surélévation prévue par le projet ne garantit pas un niveau d'affaiblissement acoustique compatible avec l'environnement du terrain, tel que prévu par les dispositions précitées.

En ce qui concerne le respect des règles figurant au règlement sanitaire départemental :

27. Aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique ". Aux termes de l'article 57 du règlement sanitaire départemental de la ville de Paris : " 57-2 - Les chambres à la location en meublé ou en garni, ou à l'usage d'hôtel, doivent répondre aux conditions minimales ci-après : 1° Avoir une hauteur minimale sous plafond de 2,20 mètres ;() ".

28. Les dispositions des règlements sanitaires départementaux ne peuvent être utilement invoquées au soutien de la contestation de la légalité d'un permis de construire que lorsqu'elles concernent des règles d'urbanisme. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 57 du règlement sanitaire départemental de la Ville de Paris précité portant sur une règle de construction doit dès lors être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne le respect des règles relatives aux établissements recevant du public :

29. Aux termes de l'article L. 425-3 du code de l'urbanisme dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté contesté : " Lorsque le projet porte sur un établissement recevant du public, le permis de construire tient lieu de l'autorisation prévue par l'article L. 111-8 du code de la construction et de l'habitation dès lors que la décision a fait l'objet d'un accord de l'autorité administrative compétente qui peut imposer des prescriptions relatives à l'exploitation des bâtiments en application de l'article L. 123-2 du code de la construction et de l'habitation ". Aux termes de l'article L. 111-8 du code de la construction et d'habitation, dans sa version alors en vigueur : " Les travaux qui conduisent à la création, l'aménagement ou la modification d'un établissement recevant du public ne peuvent être exécutés qu'après autorisation délivrée par l'autorité administrative qui vérifie leur conformité aux règles prévues aux articles L. 111-7, L. 123-1 et L. 123-2. / Lorsque ces travaux sont soumis à permis de construire, celui-ci tient lieu de cette autorisation dès lors que sa délivrance a fait l'objet d'un accord de l'autorité administrative compétente mentionnée à l'alinéa précédent. ". Aux termes de l'article GN 8 de l'arrêté du 25 juin 1980 portant approbation des dispositions générales du règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public : " Principes fondamentaux de conception et d'exploitation d'un établissement pour tenir compte des difficultés rencontrées lors de l'évacuation : l'évacuation est la règle pour les personnes pouvant se déplacer jusqu'à l'extérieur du bâtiment. Pour tenir compte de l'incapacité d'une partie du public à évacuer ou à être évacué rapidement, et satisfaire aux dispositions de l'article R. 123-4 du code de la construction et de l'habitation, les principes suivants sont retenus : 1. Tenir compte de la nature de l'exploitation et en particulier de l'aide humaine disponible en permanence pour participer à l'évacuation ; 2. Formaliser dans le dossier prévu à l'article R. 123-22 la ou les solutions retenues pour l'évacuation de chaque niveau de la construction en tenant compte des différentes situations de handicap ; 3. Créer à chaque niveau des espaces d'attente sécurisés ; 4. Créer des cheminements praticables, menant aux sorties ou aux espaces d'attente sécurisés ; 5. Installer un équipement d'alarme perceptible tenant compte de la spécificité des locaux et des différentes situations de handicap des personnes amenées à les fréquenter isolément ; 6. Garder au niveau de l'exploitant la trace de la (ou des) solution (s) retenue (s) par le maître d'ouvrage et validée (s) par la commission de sécurité compétente ; 7. Elaborer sous l'autorité de l'exploitant les procédures et consignes d'évacuation prenant en compte les différents types de handicap. ". Aux termes de l'article O9 de cet arrêté : " Si les chambres aménagées et accessibles aux personnes circulant en fauteuil roulant sont traitées comme espaces d'attente sécurisés, alors, en atténuation, l'ensemble des niveaux n'est pas redevable des dispositions de l'article GN 8 (§ 3 et § 4). ". Aux termes de l'article CO 60 de cet arrêté : " L'absence d'un ou plusieurs espaces d'attente sécurisés peut être admise dans les cas suivants : 1. ERP à simple rez-de-chaussée avec un nombre adapté de dégagements praticables de plain-pied ; 2. ERP de plusieurs niveaux avec un nombre adapté de sorties praticables débouchant directement sur l'extérieur à chaque niveau et permettant de s'éloigner suffisamment de sorte que le rayonnement thermique envisageable ne soit pas en mesure de provoquer de blessures ; 3. Mise en œuvre d'une ou plusieurs mesures adaptées approuvées par la commission de sécurité compétente. ".

30. Il ressort des pièces du dossier que seul le rez-de-chaussée comporte un appartement adapté aux personnes à mobilité réduite, les autres appartements n'étant pas aménagés et accessibles aux personnes circulant en fauteuil roulant, et que ce niveau est accessible de plain-pied et débouchant directement sur l'extérieur. En outre, la direction des transports et de la protection du public de la préfecture de police de Paris a rendu un avis favorable assorti de prescriptions le 22 février 2021 en rappelant la nécessité d'assurer la formation du personnel à l'accueil des personnes en situation de handicap, de mettre en place un bouton d'appel au droit de la rampe d'accès à l'établissement et de respecter les obligations de repérage et guidages des cheminements accessibles au public, les espaces de manœuvre et d'usage, la hauteur des présentations, le doublage de toute information visuelle par une information sonore et la qualité de l'éclairage. Ainsi, la préfecture de police, qui n'a formulé aucune réserve sur l'absence d'espace d'attente sécurisé en étages, a nécessairement considéré que les mesures prévues par le pétitionnaire étaient adaptées et permettaient de déroger à l'obligation de prévoir un ou plusieurs espaces d'attente sécurisés en étages. Le moyen doit donc être écarté.

31. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur le bien-fondé du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UG 6.2 du règlement du plan local d'urbanisme, expressément abandonné par le mémoire du 25 mai 2022, que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté attaquée et de la décision rejetant implicitement leur recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

32. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

33. Les dispositions précitées font obstacle à ce que soit mis à la charge de la Ville de Paris, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre solidairement à leur charge la somme de 1 500 euros à verser à la société LA 4 T en application de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C, de Mme E et de M. H est rejetée.

Article 2 : Les requérants verseront une somme de 1 500 euros à la société LA 4 T au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, Mme F E, M. A H, à la société LA 4 T et à la Ville de Paris.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Simonnot, président,

Mme Voillemot, première conseillère,

M. Paret, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2023.

La rapporteure,Le président,

C. VOILLEMOT J-F. SIMONNOT

La greffière,

S. RAHMOUNI

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement./4-3

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