jeudi 12 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2121341 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | PITTI-FERRANDI |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 7 octobre 2021 sous le numéro 2121341, M. C D, représenté par Me Pitti-Ferrandi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet de son recours préalable obligatoire à l'encontre du titre de perception émis le 11 décembre 2020 portant sur le reversement d'un trop perçu de 3 289,08 euros pour la période du 12 au 31 août 2020 ;
2°) de le décharger de cette somme ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des frais de justice.
Il soutient que :
- le signataire de la décision était incompétent ;
- le titre de perception est insuffisamment motivé ;
- le titre de perception est illégal en raison de l'illégalité de l'arrêté du 3 juillet 2020 portant exclusion temporaire de fonctions pendant une durée de deux mois : la sanction du 3 juillet 2020 et l'arrêté de réintégration du 6 août 2020 sont entachés d'incompétence ; le droit à la communication de son dossier a été méconnu ; la présidente du conseil de discipline n'était ni indépendante ni impartiale ; l'avis du conseil de discipline n'était pas motivé ; le ministre a méconnu l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 ; il a été sanctionné pour les mêmes faits en méconnaissance du principe non bis in idem ; la décision est une sanction disciplinaire déguisée ; le ministre a méconnu le principe de non rétroactivité des actes administratifs ; le ministre a entaché sa décision d'erreurs de faits et d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 octobre 2022, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués par M. D ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 22 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 24 octobre 2022.
II. Par une requête enregistrée le 7 octobre 2021 sous le numéro 2121345, M. C D, représenté par Me Pitti-Ferrandi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet de son recours préalable obligatoire à l'encontre du titre de perception émis le 20 janvier 2021 portant sur le reversement d'un trop perçu de 17 436,93 euros pour la période du 10 au 29 février 2020 ;
2°) de le décharger de cette somme ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des frais de justice.
Il soutient que :
- le signataire de la décision était incompétent ;
- le titre de perception est illégal en raison de l'illégalité des décisions du 5 février 2020 par laquelle le ministre de l'Europe et des affaires étrangères a prononcé sa mutation dans l'intérêt du service à compter du 7 février 2020 et du 12 février 2020 par laquelle la même autorité l'a affecté en qualité de missionnaire de renfort à la DGA/DRH/RH2/RH2A : les décisions des 5 et 12 février 2020 sont entachées d'incompétence ; les décisions des 5, 12 et 21 février sont insuffisamment motivées ; le ministre a méconnu l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 ; le ministre a méconnu le principe de non rétroactivité des actes administratifs ; le ministre a entaché sa décision d'un détournement de pouvoir et les décisions constituent une sanction disciplinaire déguisée.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 octobre 2022, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rebellato, rapporteur,
- les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique,
- et les observations de Me Pitti-Ferrandi, représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D était cadre titulaire du ministère des affaires étrangères, au grade de secrétaire des affaires étrangères principal. Par un arrêté du 25 mai 2018, il a été affecté en qualité de premier conseiller auprès de l'ambassade de France à Moroni (Comores). Par un arrêté du 8 octobre 2019, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères l'a suspendu de ses fonctions, à titre conservatoire, pour une durée maximale de quatre mois. Par un arrêté du 3 juillet 2020, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères a prononcé à l'encontre de M. D la sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de deux mois en raison d'un harcèlement sexuel envers une collaboratrice. Par un arrêté du 6 août 2020, la même autorité l'a réintégré dans son corps d'origine et l'a affecté à la direction des ressources humaines en qualité de missionnaire de renfort. Par un jugement du 2 juin 2022, les requêtes de M. D à l'encontre de ces décisions ont été rejetées. A la suite de ces décisions, M. D, a reçu deux titres de perception émis les 11 décembre 2020 et 20 janvier 2021. Le premier lui réclamant le remboursement d'une somme de 3 289,08 euros en raison d'un trop perçu pour la période allant du 12 au 31 août 2020. Le second lui réclamant le remboursement de la somme de 17 436,93 euros en raison d'un trop perçu pour la période du 10 au 29 février 2020. Les 7 et 21 février 2021, M. D a formé deux recours administratifs préalables obligatoires à l'encontre de ces deux titres de perception. Deux décisions implicites de rejet sont nées à la suite du silence gardé par l'administration. Par les présentes requêtes, M. D demande au tribunal d'annuler ces deux décisions et de le décharger desdites sommes.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées n° 2121341 et n° 2121345, présentées pour M. D, concernent la situation d'un même fonctionnaire et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'incompétence des signataires des titres de perception :
3. D'une part, M. J I, adjoint au responsable de secteur du bureau de la comptabilité centrale, signataire du titre de perception en date du 11 décembre 2020, a par décision du 17 septembre 2020 publiée au journal officiel de la république française reçu délégation à l'effet de signer notamment les décisions relatives aux dépenses et aux opérations de régularisation. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire du titre de perception manque en fait et doit être écarté.
4. D'autre part, Mme E K, adjointe à la cheffe du bureau de la compatibilité centrale, signataire du second titre de perception émis le 20 janvier 2021, a par décision du 21 décembre 2020 publiée au journal officiel de la république française reçu délégation à l'effet de signer notamment les décisions relatives aux dépenses et aux opérations de régularisation. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire du titre de perception manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne l'insuffisance de motivation :
5. Les titres de perception attaqués détaillent les bases et les éléments de calcul sur lesquels l'administration s'est fondée pour déterminer l'indu de rémunération versé à M. D. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces décisions doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne l'exception d'illégalité :
6. Par un arrêté du 8 octobre 2019, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères a suspendu M. D de ses fonctions, à titre conservatoire, pour une durée maximale de quatre mois. Par quatre décisions des 5, 12, 21 et 28 février 2020, il a été successivement, muté dans l'intérêt du service à compter du 7 février 2020, affecté en qualité de missionnaire de renfort à la direction des ressources humaines au sein de l'administration centrale, placé en congé annuel à compter du 6 janvier 2020, puis admis à la retraite pour limite d'âge à compter du 11 octobre 2020. Enfin, par un arrêté du 3 juillet 2020, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères a prononcé à son encontre, la sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de deux mois en raison d'un harcèlement sexuel envers une collaboratrice. M. D soutient que les titres exécutoires litigieux sont illégaux en raison de l'illégalité de ces décisions administratives.
7. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : 1° Les secrétaires généraux des ministères, les directeurs d'administration centrale, les chefs des services à compétence nationale mentionnés au premier alinéa de l'article 2 du décret du 9 mai 1997 susvisé et les chefs des services que le décret d'organisation du ministère rattache directement au ministre ou au secrétaire d'Etat ; 2° Les chefs de service, directeurs adjoints, sous-directeurs, les chefs des services à compétence nationale mentionnés au deuxième alinéa de l'article 2 du décret du 9 mai 1997 susvisé ainsi que les hauts fonctionnaires et les hauts fonctionnaires adjoints mentionnés aux articles R. 1143-1 et R. 1143-2 du code de la défense ; () ".
8. Par un décret du 3 juillet 2019, régulièrement publié au Journal officiel de la République française le 4 juillet 2019, Mme A L a été nommée directrice générale de l'administration et de la modernisation à l'administration centrale du ministère de l'Europe et des affaires étrangères, à compter du 1er août 2019. En application des dispositions précitées de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005, Mme L, du fait de sa qualité de directrice, était compétente pour signer la sanction du 3 juillet 2020 d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de deux mois. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'arrêté du 3 juillet 2020 manque en fait et doit être écarté.
9. Par une décision du 27 décembre 2019 publiée au Journal officiel de la République française, M. F G, chef du centre de services des ressources humaines à la délégation des affaires générales a reçu délégation à l'effet de signer, au nom du ministre des affaires étrangères, tous actes, arrêtés et décisions relatifs notamment aux actes de recrutement, de fin de fonctions, d'affectation. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté de réintégration du 6 août 2020 doit être écarté comme manquant en fait.
10. En sa qualité de sous-directeur des personnels au sein de la direction des ressources humaines du ministère de 1'Europe et des affaires étrangères, nommé par arrêté du Premier ministre et du ministre de l'Europe et des affaires étrangères en date du 16 juin 2017, publié au Journal officiel de la République française du 18 juin 2017, M. Jean-Marie Safa, conseiller des affaires étrangères, bénéficiait, en application des dispositions précitées de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005, d'une délégation l'habilitant, à la date du 17 novembre 2017, à signer des actes, au nombre desquels figure la décision du 5 février 2020 portant mutation dans l'intérêt du service, ressortissant des affaires relevant de ses attributions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision de mutation doit être écarté.
11. La décision du 12 février 2020 a été signée par Mme Anne Denis-Blanchardin, conseillère des affaires étrangères, adjointe au sous-directeur des personnels et cheffe du bureau des parcours professionnels des agents titulaires, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par décision en date du 27 décembre 2019, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision manque en fait.
12. En deuxième lieu, aucune disposition législative ou réglementaire non plus qu'aucun principe général, n'exige qu'une décision de mutation dans l'intérêt du service soit motivée.
13. En outre, la décision du 12 février 2020, qui affecte M. D à la direction des ressources humaines au sein de l'administration centrale, ne constitue pas une décision administrative individuelle défavorable au sens des dispositions citées ci-dessus de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté comme inopérant. Il en est de même de l'arrêté du 21 février 2020 qui n'avait pas à être motivé.
14. En troisième lieu, aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dispose que : " Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier. " Aux termes de l'article 1er du décret du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'Etat: " L'administration doit dans le cas où une procédure disciplinaire est engagée à l'encontre d'un fonctionnaire informer l'intéressé qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel et de tous les documents annexes et la possibilité de se faire assister par un ou plusieurs défenseurs de son choix. / Les pièces du dossier et les documents annexes doivent être numérotés. "
15. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 25 mars 2020 du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, M. D a été régulièrement informé de l'engagement d'une procédure disciplinaire prise à son encontre et de son droit d'obtenir la communication de l'intégralité de son dossier individuel. S'il soutient avoir demandé une copie de la plainte de Mme H et de son dossier individuel oralement le 9 octobre 2019 puis par écrit le lendemain, il ne le justifie pas. Par ailleurs, le courrier du 14 novembre 2019 tendant à la communication de son dossier administratif ne concernait pas la procédure disciplinaire litigieuse qui n'avait pas encore été engagée à cette date. Enfin, s'il a sollicité la communication de son dossier, dans un courrier du 29 avril 2020, l'administration, a répondu, dans un courrier du 20 mai 2020 qu'il lui appartenait de contacter le centre d'archives et de documentation de la direction des ressources humaines en lui indiquant l'adresse mail de ce service, afin de consulter son dossier sur place. M. D n'allègue pas avoir contacté ce service. Dans ces conditions, le moyen doit donc être écarté.
16. En quatrième lieu, la circonstance que Mme B, directrice générale de l'administration et de la modernisation du ministère de l'Europe et des affaires étrangères, ait engagé les poursuites disciplinaires à l'encontre de M. D ne faisait pas obstacle à ce qu'elle puisse régulièrement présider le conseil de discipline, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait, dans la conduite des débats, manqué à l'impartialité requise ou manifesté une animosité particulière à l'égard de l'intéressé. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort pas de l'avis du conseil de discipline qu'elle aurait notamment aggravé, dans son rapport de saisine du conseil de discipline, les allégations de Mme H, ni qu'elle aurait porté " un crédit inconditionnel " au témoignage de cette dernière. Il ne ressort pas plus des pièces du dossier qu'elle aurait pris position, publiquement, en séance, sur la culpabilité de l'intéressé ni qu'elle aurait utilisé ses pouvoirs afin d'orienter les débats et d'influer le sens de l'avis du conseil de discipline. Par suite le moyen tiré du défaut d'indépendance et d'impartialité de la présidente du conseil de discipline doit être écarté comme manquant en fait.
17. En cinquième lieu, aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " () Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe par les dispositions statutaires relatives aux fonctions publiques de l'Etat () ne peut être prononcée sans consultation préalable d'un organisme siégeant en conseil de discipline dans lequel le personnel est représenté. L'avis de cet organisme de même que la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés. "
18. Il ressort des pièces du dossier que l'avis du conseil de discipline du 30 juin 2020 comporte l'énoncé des considérations de droit qui en constituent le fondement et relate de manière détaillée les faits reprochés au requérant. Un tel avis, qui permet à l'intéressé de connaître les raisons pour lesquelles le conseil s'est prononcé en faveur de l'exclusion de fonctions d'une durée de deux mois, est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'avis du conseil de discipline doit être écarté.
19. En sixième lieu, aux termes de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. / Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement et les prestations familiales obligatoires. Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. () "
20. Si M. D fait valoir que le prononcé de la sanction du 3 juillet 2020 est intervenu au-delà du délai maximum de quatre mois pour régler sa situation, il ne donne aucune précision à l'appui de ce moyen qui doit par suite être écarté.
21. L'arrêté du 6 août 2020 a pour objet de réintégrer le requérant dans son corps d'origine à compter du 9 septembre 2020. Contrairement à ce que soutient M. D, il ne ressort pas des termes de cet arrêté, qu'il fixerait rétroactivement la date d'effet de la sanction au 3 juillet 2020. En outre, si la décision du 12 février 2020 affecte l'intéressé à la direction des ressources humaines à compter du 10 février 2020 et si l'arrêté du 21 février 2020 fixe au 6 janvier 2020 la date de d'effet de son congé annuel, le titre de perception du 20 janvier 2021 n'a pas été pris pour l'application de la décision d'affectation et n'en constitue pas la base légale. Par suite, le moyen selon lequel cet arrêté méconnaitrait le principe de non rétroactivité des actes administratifs doit être écarté comme manquant en fait.
22. II ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 6 août 2020 portant réintégration de M. D dans son corps d'origine et l'affectant à la direction des ressources humaines à la sous-direction des personnels du ministère de l'Europe et des affaires étrangères est fondé sur l'intérêt du service. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cet arrêté aurait été pris dans un but autre que celui de préserver l'intérêt et donc le bon fonctionnement de l'ambassade, compte-tenu des faits reprochés au requérant. Il n'est pas plus établi, par les pièces produites, que l'administration aurait eu, par cette mesure, l'intention de le sanctionner une seconde fois. Dès lors, cette mesure ne constitue pas une sanction disciplinaire déguisée, et ne méconnaît pas le principe non bis in idem. Enfin, le détournement de pouvoir allégué dont seraient entachées les décisions litigieuses n'est pas établi.
23. En dernier lieu, aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : () / Troisième groupe : la rétrogradation ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans () ".
24. Aux termes de l'article 6 ter de la loi du 13 juillet 1983 : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les faits : a) Soit de harcèlement sexuel, constitué par des propos ou comportements à connotation sexuelle répétés qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante ; b) Soit assimilés au harcèlement sexuel, consistant en toute forme de pression grave, même non répétée, exercée dans le but réel ou apparent d'obtenir un acte de nature sexuelle, que celui-ci soit recherché au profit de l'auteur des faits ou au profit d'un tiers. " () Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou enjoint de procéder aux faits de harcèlement sexuel mentionnés aux trois premiers alinéas. ". Il résulte de cette disposition que des propos, ou des comportements à connotation sexuelle, répétés ou même, lorsqu'ils atteignent un certain degré de gravité, non répétés, tenus dans le cadre ou à l'occasion du service, non désirés par celui ou celle qui en est le destinataire et ayant pour objet ou pour effet soit de porter atteinte à sa dignité, soit, notamment lorsqu'ils sont le fait d'un supérieur hiérarchique ou d'une personne qu'elle pense susceptible d'avoir une influence sur ses conditions de travail ou le déroulement de sa carrière, de créer à l'encontre de la victime, une situation intimidante, hostile ou offensante sont constitutifs de harcèlement sexuel et, comme tels, passibles d'une sanction disciplinaire.
25. Aux termes de l'article 25 de la même loi : " Le fonctionnaire exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité. () Le fonctionnaire traite de façon égale toutes les personnes et respecte leur liberté de conscience et leur dignité. "
26. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
27. Pour prononcer la sanction disciplinaire contestée, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères a considéré que M. D s'est rendu responsable de harcèlement sexuel, au sens de l'article 6ter de la loi du 13 juillet 1983, à l'encontre de Mme H. A cet égard, l'arrêté précise qu'il avait eu, en septembre 2019, à plusieurs reprises, sur son lieu de travail et en dehors de celui-ci, des attitudes et des propos déplacés et contraires à la dignité de Mme H. L'arrêté mentionne également qu'en tout état de cause M. D avait manqué à son devoir de dignité et d'exemplarité au sens de l'article 25 de la loi du 13 juillet 1983 en ayant tenu des propos peu compatibles avec les exigences de ses fonctions, et en ayant eu un comportement inapproprié en sollicitant de la part de Mme H dont il connaissait la vulnérabilité et sur laquelle il avait autorité, des faveurs sexuelles.
28. Si les visites quotidiennes dans le bureau de Mme H et les propos tenus le 20 septembre 2019 ainsi que la teneur du texto du 18 septembre sont établis, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D aurait tenu des propos ou eu un comportement à connotation sexuelle répétés ou exercé une forme de pression grave, même non répétée, exercée dans le but réel ou apparent d'obtenir un acte de nature sexuelle. Le contenu des appels et des messages, dont une partie a été effacée par Mme H ne permet pas de reconstituer les faits allégués par cette dernière. Pour autant, la sanction attaquée repose également sur le motif tiré de ce que M. D n'a pas eu le comportement de dignité et d'exemplarité attendu d'un supérieur hiérarchique, par ses visites répétées, ses propos obscènes du 20 septembre 2019 ainsi que par sa volonté insistante d'entrer en contact avec Mme H comme en témoignent les échanges téléphoniques qu'il a initiés. En estimant que ces faits reprochés au requérant constituaient des fautes de nature à justifier une sanction, l'autorité investie du pouvoir disciplinaire ne les a pas inexactement qualifiés. Eu égard à la nature de ces faits, l'autorité disciplinaire n'a pas, en l'espèce, pris une sanction disproportionnée.
29. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de
M. D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins de décharge.
Sur les frais d'instance :
30. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions de M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. D sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à la ministre de l'Europe et des affaires étrangères.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gros, président,
M. Rebellato, premier conseiller,
M. Hélard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 12 octobre 2023.
Le rapporteur,
J. REBELLATO
Le président,
L. GROS
La greffière,
A. LOUART
La République mande et ordonne à la ministre de l'Europe et des affaires étrangères en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2 - 2121345
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26/03/2026