mercredi 20 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2121738 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET LALOS, CHAUMEIL (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 octobre 2021, la société Ly Eco Limited, représentée par Me Lalos, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires à l'impôt sur les sociétés, de cotisations minimale de taxe professionnelle et sur la valeur ajoutée des entreprises auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2008 à 2014 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.
Elle soutient que :
- elle n'exerce pas, en France, d'activité occulte ; elle a été régulièrement constituée à Hong Kong et réalise l'ensemble des formalités auprès des autorités de Hong Kong ;
- elle n'exploite pas d'établissement stable en France ; ses activités relèvent d'un cycle commercial complet à Hong Kong.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2022, l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la société Ly Eco Limited n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la Région administrative spéciale de Hong Kong de la République populaire de Chine en vue d'éviter les doubles impositions en matière d'impôts sur le revenu et sur la fortune et de prévenir l'évasion et la fraude fiscales signé à Paris le 21 octobre 2010 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Barruel,
- et les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société Ly Eco Limited, créée en 2008, située à Hong Kong et qui exerce une activité de commerce de gros (commerce interentreprises) d'autres produits intermédiaires, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour la période du 1er janvier 2005 au 31 décembre 2014. L'administration lui a notifié, par proposition de rectification du 31 mars 2017, notamment des cotisations supplémentaires à l'impôt sur les sociétés, de cotisations minimale de taxe professionnelle et sur la valeur ajoutée des entreprises selon la procédure de taxation d'office en application du 2° de l'article L. 66 et de l'article L. 68 du livre des procédures fiscales au titre des années 2008 à 2014. Par la présente requête, la société Ly Eco Limited demande la décharge, en droits et pénalités, des impositions supplémentaires ainsi mises à sa charge.
Sur le principe de l'imposition en France :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 209 du code général des impôts : " I. Sous réserve des dispositions de la présente section, les bénéfices passibles de l'impôt sur les sociétés sont déterminés () en tenant compte uniquement des bénéfices réalisés dans les entreprises exploitées en France () ainsi que de ceux dont l'imposition est attribuée à la France par une convention internationale relative aux doubles impositions () ".
3. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à l'impôt sur les sociétés.
4. D'une part, il est constant que la société Ly Eco Limited, immatriculée à Hong Kong où est situé son siège social, a pour principal client le groupe Vicbag, fabricant et distributeur de sacs réutilisables, dont la plupart des filiales sont détenues par une holding, la société Vicbag Holding SA, laquelle détient, depuis 2011, l'ensemble des parts de la société requérante. Il résulte de l'instruction, notamment des termes de la proposition de rectification adressée à la société Ly Eco Limited ainsi que des pièces saisies dans le cadre de la procédure menée sur le fondement de l'article L. 16 B du livre des procédures fiscales et des constatations opérées au cours de la vérification de comptabilité mentionnée au point 1 que la société requérante ne dispose pas de salarié à Hong Kong sur la période vérifiée pour exercer ses activités mais utilise les locaux du groupe Vicbag, situés à Paris, son matériel de bureau, informatique et de télécommunication, son personnel et que l'ensemble des documents reçus à l'adresse de son siège sont réexpédiés en France. Si elle soutient détenir des bureaux et des salariés à Hong Kong, au Vietnam et en Chine, elle ne produit aucune pièce de nature à l'établir.
5. D'autre part, il ressort des documents saisis et notamment des rapports de stage, sur lesquels l'administration fiscale pouvait se fonder pour identifier le fonctionnement de la société requérante, que les personnels situés en France assurent les tâches administratives et commerciales de la société, notamment les commandes, la négociation des contrats, des prix et des délais, le contrôle qualité ainsi que la livraison et le suivi de la marchandise. De même la facturation, la comptabilité et le paiement des factures sont réalisés en France, pour partie par le groupe Vicbag. La société requérante fait valoir que les services réalisés en France se situent en amont ou en aval du cycle commercial, lequel est réalisé de manière complète à Hong Kong, et correspondent à des services communs au groupe ou répondent à des objectifs de contrôle interne. Cependant, elle ne produit aucun document de nature à établir la réalité de ces allégations, les échanges de courriels produits, en nombre très restreint, datés de 2014 et adressés en majorité à des salariés du groupe Vicbag, étant insuffisants pour caractériser une activité régulière et autonome à Hong Kong et les photos d'usine n'étant assorties d'aucune indication tenant notamment au lieu et à la date auxquels elles ont été prises. La circonstance qu'elle traite avec des usines de fabrication sous-traitantes établies au Vienam, en Chine et en Inde étant à ce titre également insuffisante.
6. Enfin, le service vérificateur a relevé que le pouvoir de décision et d'engagement de la société Ly Eco Limited, notamment l'ouverture des comptes bancaires, la fixation et la négociation des prix, des marges et la négociation des contrats, est exercé depuis la France notamment par M. A B, dirigeant sur une partie de la période vérifiée et gérant de fait, et M. de Ponton d'Amecourt, président de la société Vicbag France, tous deux domiciliés en France. Si la société Ly Eco Limited soutient que sa direction est assurée par M. C B, elle ne détaille pas les responsabilités de ce dernier ni n'établit qu'il serait domicilié à Hong Kong alors qu'elle soutient sans précision qu'il était " basé au Canada entre 2006 et 2010 () et à Hong Kong et en Chine à partir de 2012 " et ainsi ne conteste pas sérieusement les constats opérés par le service. Elle n'établit pas davantage la direction opérationnelle assurée au Vietnam qu'elle invoque.
7. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 6 que la société Ly Eco Limited doit être regardée comme ayant exploité une entreprise en France au sens du I de l'article 209 précité du code général des impôts.
8. En second lieu, l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la Région administrative spéciale de Hong Kong de la République populaire de Chine en vue d'éviter les doubles impositions en matière d'impôts sur le revenu et sur la fortune et de prévenir l'évasion et la fraude fiscales signé à Paris le 21 octobre 2010 et publié par décret du 5 décembre 2011 au journal officiel de la république française du 7 décembre suivant n'est pas entré en vigueur avant l'année 2012, en application de son article 28.
9. D'une part, la société Ly Eco Limited ne peut en invoquer les stipulations pour les impositions mises à sa charge au titre des années antérieures à 2012.
10. D'autre part, aux termes de l'article 1er de cet accord : " Personnes visées / Le présent Accord s'applique aux personnes qui sont des résidents d'une Partie contractante ou des deux Parties contractantes ". Aux termes de l'article 4 : " Résident / Au sens du présent Accord, l'expression " résident d'une Partie contractante " désigne toute personne qui, en vertu de la législation en vigueur de cette Partie, est assujettie à l'impôt dans cette Partie, en raison de son domicile, de sa résidence, de son siège de direction ou de tout autre critère de nature analogue () ". Ces stipulations doivent être interprétées conformément au sens ordinaire à attribuer à leurs termes, dans leur contexte et à la lumière de leur objet et de leur but. Or, l'objet principal de cette convention étant d'éviter les doubles impositions, une personne exonérée d'impôt dans l'une des parties contractantes à raison de son statut ou de son activité ne peut être regardée comme assujettie à cet impôt au sens du 1 de l'article 4 de cette convention, ni, par voie de conséquence, comme résident de cet Etat.
11. Il est constant que la société Ly Eco Limited, qui réalise la totalité de son chiffre d'affaires à l'exportation, n'est soumise à aucun impôt à Hong Kong. Par suite, elle ne peut, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, utilement invoquer le bénéfice de l'accord entre la France et Hong Kong pour contester les impositions mises à sa charge au titre des années 2012 à 2014.
12. Il résulte de ce tout qui précède que la société Ly Eco Limited n'est pas fondée à soutenir que ses bénéfices ne pouvaient être imposés en France.
Sur le bien-fondé des impositions :
13. Aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Par exception aux dispositions du premier alinéa, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due, lorsque le contribuable exerce une activité occulte ou lorsqu'il est bénéficiaire de revenus distribués par une personne morale exerçant une activité occulte. L'activité occulte est réputée exercée lorsque le contribuable ou la personne morale mentionnée à la première phrase du présent alinéa n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et soit n'a pas fait connaître son activité à l'organisme mentionné au deuxième alinéa de l'article L. 123-33 du code de commerce, soit s'est livré à une activité illicite ".
14. Il résulte de ces dispositions que dans le cas où un contribuable n'a ni déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire, ni fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, son activité est réputée occulte s'il n'est pas en mesure d'établir qu'il a commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ses obligations déclaratives. S'agissant d'un contribuable qui fait valoir qu'il a satisfait à l'ensemble de ses obligations fiscales dans un Etat autre que la France, la justification de l'erreur commise doit être appréciée en tenant compte de l'ensemble des circonstances de l'espèce et notamment du niveau d'imposition dans cet autre État et des modalités d'échange d'informations entre les administrations fiscales des deux Etats.
15. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 12 que la société Ly Eco Limited qui, a, entre 2008 et 2014, exploité une entreprise en France dont les bénéfices étaient imposables en France, n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce et n'a déposé aucune déclaration dans le délai légal. Si la société requérante fait valoir, sans invoquer d'erreur, qu'elle a été régulièrement constituée à Hong Kong et réalise l'ensemble des formalités auprès des autorités de Hong Kong, elle ne l'établit pas. De plus, ainsi qu'il a été dit au point 11, il est constant que la société requérante qui réalise la totalité de son chiffre d'affaires à l'exportation, n'est soumise à aucun impôt à Hong Kong. Dans ces conditions, la différence de niveau d'imposition entre la France et Hong Kong ne permet pas à la société de justifier avoir commis, en ne s'acquittant pas de ses obligations déclaratives en France, une erreur de nature à écarter la présomption d'activité occulte énoncée au point 14. Par suite, l'administration fiscale établit que l'activité litigieuse exercée en France présentait un caractère occulte et pouvait exercer son droit de reprise sur une période supérieure à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur les sociétés, de cotisations minimale de taxe professionnelle et sur la valeur ajoutée des entreprises mis à la charge de la société Ly Eco Limited au titre des années 2008 à 2014 ainsi que des pénalités correspondantes doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par la société Ly Eco Limited est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Ly Eco Limited et à l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 11 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Le Roux, présidente,
Mme Barruel, première conseillère,
Mme Berland, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.
La rapporteure,
L. BARRUEL La présidente,
M-O. LE ROUX
La greffière,
F. RAJAOBELISON
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/4-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2417280
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé les décisions du ministre de la justice refusant un changement de nom. Le juge a estimé que la requérante justifiait d'un intérêt légitime exceptionnel, fondé sur des motifs affectifs, pour porter le nom de son père biologique et affectif, et ce malgré l'existence d'une filiation paternelle légalement établie à l'égard d'un autre homme. La décision s'appuie sur l'article 61 du code civil, qui n'assujettit pas l'intérêt légitime à changer de nom à l'existence d'un lien de filiation avec le porteur du nom sollicité.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2402737
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler les arrêtés d'expulsion et de fixation du pays de destination. La juridiction a estimé que le ministre de l'intérieur avait légalement fondé sa décision sur l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, considérant que les condamnations et le comportement agressif de l'intéressé, évoluant vers des menaces à caractère terroriste, constituaient une menace grave pour l'ordre public et portaient atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État. Le tribunal a également jugé que l'arrêté fixant le Maroc comme pays de destination ne méconnaissait pas l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2504315
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A..., un ressortissant chinois condamné pour meurtre, qui demandait l'annulation de son arrêté d'expulsion du 5 décembre 2024. Le tribunal a jugé que le préfet de police était compétent pour signer l'arrêté et que la motivation de la décision, qui invoquait une menace grave pour l'ordre public, était suffisante au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (article L. 631-1) et du code des relations entre le public et l'administration. La demande d'aide juridictionnelle provisoire a également été rejetée, faute d'urgence démontrée.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406377
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la SCI Habitat Cavaignac visant à annuler l'arrêté municipal du 17 janvier 2024 refusant la transformation d'un local commercial en meublé de tourisme. La juridiction a jugé que le refus de la Maire de Paris était légal, car il était justifié par la nécessité de protéger l'environnement urbain et l'équilibre entre les fonctions de la ville, conformément au règlement municipal adopté sur le fondement du code du tourisme (articles L. 324-1-1 et R. 324-1-5). La demande d'injonction et de condamnation pécuniaire à l'encontre de la Ville a également été rejetée.
23/03/2026