jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2121767 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET GOMARJURIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 octobre 2021 et le 22 décembre 2021, Mme A B, représentée par Me Gomar, demande au tribunal :
1°) de condamner le Centre d'action sociale de la ville de Paris à lui verser la somme de 545 000 euros en réparation des préjudices moraux et financiers nés du harcèlement moral dont elle a été victime ;
2°) de mettre à la charge du Centre d'action sociale de la ville de Paris une somme de 8 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a subi un harcèlement moral de la part de ses collègues et de sa hiérarchie, constitué notamment en des insultes, menaces et maltraitances à compter de 2010 au sein de la permanence sociale d'accueil de Belleville du Centre d'action sociale de la Ville de Paris ;
- ce harcèlement est à l'origine de sa dépression et de sa dystonie cervicale ;
- son préjudice moral du fait du harcèlement subi doit être évalué à hauteur de 10 000 euros ;
- son préjudice doit être évalué à hauteur de 25 000 euros au titre des pertes de salaire entre 2015 et 2018, du fait de son placement en demi-traitement ;
- son préjudice de revenu entre 2019 et son départ en retraite en 2034 doit être évalué à hauteur de 22 000 euros par année, soit 330 000 euros ;
- son préjudice pour perte de pension de 2034 à 2054, date de son 87ème anniversaire, doit être évalué à hauteur de 180 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2021, le Centre d'action sociale de la Ville de Paris, représenté par Me Grimaldi, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme B le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les conclusions présentées à fin d'indemnisation sont prescrites et qu'en tout état de cause les prétentions de Mme B ne sont pas fondées.
Par ordonnance du 9 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 24 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fouassier,
- les conclusions de Mme Belkacem, rapporteure publique,
- et les observations de Me Belahouane, représentant le Centre d'action sociale de la Ville de Paris.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a été recrutée par le Centre d'action sociale de la Ville de Paris le 1er mai 2007 par la voie du concours interne au grade d'adjoint administratif et a été radiée des cadres de la Ville de Paris à la même date. Elle demande la condamnation du Centre d'action sociale de la Ville de Paris à lui verser une somme totale de 545 000 euros en réparation des préjudices nés du harcèlement moral dont elle soutient avoir été victime au sein du Centre d'action sociale de la Ville de Paris.
2. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
3. Mme B se prévaut de conditions de travail relevant d'un harcèlement, subies à compter de 2010, et jusqu'à son arrêt de travail en 2015, en ce que son activité en tant qu'adjoint administratif au sein de la permanence sociale d'accueil de Belleville l'a conduite à subir quotidiennement des maltraitances, menaces ou insultes. Mme B soutient notamment qu'un de ses collègues avait un comportement violent en paroles et en actes entre 2010 et 2012, qu'une autre de ses collègues avait un comportement agressif et que deux autres collègues l'ont maltraitée entre 2012 et 2015, faisant peser sur elle leur charge de travail et ayant ainsi provoqué du surmenage, des insomnies, un burn-out et une dépression réactionnelle. Elle soutient également que la sanction d'un avertissement, qui lui a été adressé par sa hiérarchie le 26 juin 2015, concourt à la situation de harcèlement qu'elle a subie, de même que l'attitude de son employeur lors du traitement de sa demande de reconnaissance de maladies professionnelles. En revanche, les faits dont la requérante se prévaut pour la période courant du mois d'août 2003 au 1er mai 2007 et subis alors qu'elle exerçait ses fonctions au sein de la Ville de Paris, personne morale distincte du Centre d'action sociale de la Ville de Paris, sont sans lien avec le présent litige.
4. Il n'est pas contesté par le Centre d'action sociale de la Ville de Paris que Mme B entretenait des relations conflictuelles avec certains de ses collègues, qui sont au demeurant mentionnées dans le compte-rendu d'une enquête administrative menée le 11 février 2015 que l'administration verse au débat. Il n'est pas plus contesté par le Centre d'action sociale de la Ville de Paris que ces faits ont eu une incidence négative sur le bien-être au travail de la requérante.
5. Toutefois, si Mme B expose les difficultés relationnelles rencontrées avec ses collègues, elle n'apporte aucun élément tangible permettant de caractériser un comportement constitutif d'un harcèlement. La requérante s'appuie essentiellement sur des courriels qu'elle a elle-même rédigés et qui ne sont pas corroborés par d'autres pièces versées au dossier, notamment en n'apportant aucun témoignage d'aucun collègue quant à sa situation. Elle se borne à décrire une situation professionnelle conflictuelle sans apporter d'éléments suffisamment circonstanciés pour caractériser des comportements constitutifs d'un harcèlement moral. Elle ne peut, par suite, être regardée comme ayant soumis des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de Mme B doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du Centre d'action sociale de la Ville de Paris, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme que demande le Centre d'action sociale de la Ville de Paris en application de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le Centre d'action sociale de la Ville de Paris au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au Centre d'action sociale de la Ville de Paris.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Fouassier, président,
M. Coz, premier conseiller,
Mme Arnaud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
Le président rapporteur,
C. FOUASSIER
L'assesseur le plus ancien,
Y. COZ
Le greffier,
C. EL HOUSSINE
La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517378
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'un ressortissant malien. La juridiction a estimé que le préfet avait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne tenant pas suffisamment compte de l'ancienneté et de la stabilité de l'insertion professionnelle du requérant, qui justifiait une admission exceptionnelle au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la situation du requérant dans un délai de quinze jours.
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Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2519184
Le Tribunal administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant un titre de séjour et imposant une obligation de quitter le territoire à M. B..., un ressortissant algérien. La juridiction a retenu que la décision était entachée d'une erreur de droit, notamment en méconnaissant l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 7 de l'accord franco-algérien, en ne tenant pas compte de la situation professionnelle ancienne et régulière du requérant. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois.
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