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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2121934

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2121934

vendredi 1 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2121934
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre
Avocat requérantCHATELAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 octobre 2021 et 31 mai 2022, la société civile immobilière (SCI) Venice Beach Real Estate (VBRE), représentée par Me Chatelain, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice du remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée de 69 000 euros au titre de l'année 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a valablement opté pour l'assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée de ses locations de locaux nus à usage professionnel ;

- elle se prévaut sur le fondement de l'alinéa 2 de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales et de l'alinéa 2 de l'article L. 49 du même livre de la position que le service a formellement prise sur la taxe sur la valeur ajoutée déductible dans la proposition de rectification du 1er février 2021, notamment en calculant la taxe collectée sur les revenus tirés de la location ; du fait de cette prise de position, le fait que les redressements ont été notifiés dans le cadre de la procédure de taxation d'office ne lui est pas opposable ; l'administration ne peut pas, dans une même proposition de rectification, admettre l'assujettissement à la taxe des produits de location et refuser le remboursement de crédit de taxe auquel il ouvre droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Aubert, présidente ;

- et les conclusions de M. Degand, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière (SCI) Venice Beach Real Estate (VBRE), qui exerce l'activité de location de terrains et d'autres biens immobiliers et a opté pour l'assujettissement des revenus tirés de cette activité à la taxe sur la valeur ajoutée, demande au tribunal de lui accorder, pour les trois immeubles qu'elle exploite, le bénéfice du remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 69 000 euros au titre de l'année 2020 que l'administration lui refuse au motif qu'elle n'a pas opté pour l'application de la taxe pour chaque immeuble.

Sur les conclusions à fin de remboursement :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

2. Aux termes de l'article 261 D du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " Sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée : / () / 2° Les locations de terrains non aménagés et de locaux nus, à l'exception des emplacements pour le stationnement des véhicules ; toutefois, ces dispositions ne sont pas applicables lorsque les locations constituent pour le bailleur un moyen de poursuivre, sous une autre forme, l'exploitation d'un actif commercial ou d'accroître ses débouchés ou lorsque le bailleur participe aux résultats de l'entreprise locataire () ". Aux termes de l'article 260 du même code : " Peuvent sur leur demande acquitter la taxe sur la valeur ajoutée : / () / 2° Les personnes qui donnent en location des locaux nus pour les besoins de l'activité d'un preneur assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée ou, si le bail est conclu à compter du 1er janvier 1991, pour les besoins de l'activité d'un preneur non assujetti () ". L'article 193 de l'annexe II au code général des impôts dispose que " () Les personnes qui donnent en location plusieurs immeubles ou ensembles d'immeubles doivent exercer une option distincte pour chaque immeuble ou ensemble d'immeubles () ". Aux termes de 195 de l'annexe II au même code : " L'option et sa dénonciation sont déclarées dans les conditions et selon les modalités prévues par le 1° du I de l'article 286 du code général des impôts pour les assujettis à la taxe sur la valeur ajoutée, en cas de commencement ou de cessation d'entreprise ". L'article 286 du code général des impôts dispose : " I. Toute personne assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée doit : 1° Dans les quinze jours du commencement de ses opérations, souscrire au bureau désigné par un arrêté une déclaration conforme au modèle fourni par l'administration. Une déclaration est également obligatoire en cas de cessation d'entreprise () ". Enfin, aux termes de l'article 286 ter du même code : " Est identifié par un numéro individuel : /1° Tout assujetti qui effectue des livraisons de biens ou des prestations de service lui ouvrant droit à déduction, autres que des livraisons de biens ou des prestations de services pour lesquelles la taxe est due uniquement par le destinataire ou par le preneur () ". Par application combinée des dispositions précitées, l'option prévue par l'article 260 du code général des impôts doit faire l'objet d'une déclaration expresse à l'administration et distincte pour chaque immeuble ou ensemble d'immeubles.

3. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à l'impôt ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération.

4. Par les courriers du 1er mai 2016 et du 4 mai 2016 dont elle se prévaut, la SCI VBRE s'est bornée, d'une part, à opter pour l'assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée pour l'ensemble de son activité et, d'autre part, à adresser au service une attestation d'existence en application de l'article 222 du code général des impôts et de l'article 46 B de l'annexe III à ce code, ce qui ne constitue pas l'exercice de l'option distincte pour chaque immeuble exigée par l'article 193 de l'annexe II au même code. En outre, la circonstance que l'administration fiscale a accusé réception de ces courriers en lui adressant, le 31 mai 2016, un document synthétique relatif à sa création qui mentionne son assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée ne la dispensait pas de s'acquitter de son obligation d'exercer une option distincte pour chaque immeuble afin de bénéficier du droit à déduction résultant de cet assujettissement.

En ce qui concerne la prise de position formelle du service :

5. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. / Il en est de même lorsque, dans le cadre d'un examen ou d'une vérification de comptabilité ou d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle, et dès lors qu'elle a pu se prononcer en toute connaissance de cause, l'administration a pris position sur les points du contrôle, y compris tacitement par une absence de rectification () ". Aux termes de l'article L. 49 du même livre dans sa rédaction issue de loi n° 2018-727 du 10 août 2018 et applicable aux contrôles dont les avis ont été adressés à compter du 1er janvier 2019 : " Quand elle a procédé à un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'une personne physique au regard de l'impôt sur le revenu, à une vérification de comptabilité ou à un examen de comptabilité, l'administration des impôts doit en porter les résultats à la connaissance du contribuable, même en l'absence de rectification. / Les points contrôlés mentionnés au second alinéa de l'article L. 80 A et au 10° de l'article L. 80 B sont indiqués au contribuable sur la proposition de rectification ou sur l'avis d'absence de rectification, y compris s'ils ne comportent ni insuffisance, ni inexactitude, ni omission, ni dissimulation au sens de l'article L. 55 ".

6. Il résulte de l'instruction, notamment des mentions de la proposition de rectification du 1er février 2021, que l'existence dans son principe d'une taxe sur la valeur ajoutée déductible fait partie des points examinés par le service bénéficiant de la garantie fiscale mais que le vérificateur ne s'est pas prononcé en revanche sur la régularité de l'exercice de l'option de la déduction au titre de la location des trois immeubles mis en location. En outre, si l'un des chefs de redressement y porte sur la taxe sur la valeur ajoutée déductible, il n'en résulte pas que cette déduction a le même objet que celle faisant l'objet du présent litige. Il suit de là que la société requérante n'est pas fondée à se prévaloir d'une prise de position formelle du service sur ce point.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SCI VBRE doit être rejetée dans toutes ses conclusions y compris celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI VBRE est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière (SCI) Venice Beach Real Estate (VBRE) et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris (pôle juridictionnel administratif).

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Aubert, présidente,

M. Julinet, premier conseiller,

M. Medjahed, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.

La présidente-rapporteure,

S. AUBERT

L'assesseur le plus ancien

S. JULINET

La greffière,

A. LOUART

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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