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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2122063

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2122063

mardi 12 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2122063
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET SELARL LEVY AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 octobre 2021, la société Sucrépice demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 août 2021, par laquelle le directeur général des finances publiques a rejeté ses demandes d'aide exceptionnelle pour les mois de novembre 2020 à février 2021 au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 ;

2°) d'enjoindre au directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris de lui accorder les aides sollicitées pour les mois de novembre 2020 à février 2021 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée ne comporte pas la signature de son auteur, en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation en ce qu'elle n'avait aucune dette fiscale mais était en réalité bénéficiaire d'un reliquat de 10 095,43 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2021, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au prononcé d'un non-lieu à statuer s'agissant de l'aide demandée pour le mois de février 2021 et au rejet du surplus de la requête.

Il soutient que :

- les moyens tirés des vices de forme sont inopérants en plein contentieux ;

- la dette fiscale de la société a été apurée le 2 mars 2021 et les délais pour solliciter les aides pour le mois de novembre et décembre 2020 étaient alors expirés ;

- la demande d'aide portant sur le mois de janvier 2021 a été présentée hors délai ;

- lorsqu'elle a déposé sa demande d'aide pour le mois de février 2021, la société Sucrépice n'avait plus de dette fiscale et elle est donc invitée à présenter une nouvelle demande.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;

- l'ordonnance n° 2020-705 du 10 juin 2020 ;

- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020, modifié ;

- le code de justice administrative.

Par une ordonnance en date du 16 novembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 décembre 2021.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Laforêt,

- et les conclusions de M. Mazeau, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, la société Sucrépice demande au tribunal l'annulation de la décision du 18 août 2021 par laquelle le directeur général des finances publiques a rejeté ses demandes d'aide exceptionnelle pour les mois de novembre 2020 à février 2021 au titre du premier volet du fonds de solidarité, institué à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19.

Sur l'exception de non-lieu à statuer sur la requête opposée par l'administration :

2. Si, dans son mémoire en défense, l'administration invite la requérante à formuler une nouvelle demande d'aide auprès de ses services pour le mois de février 2021, cette circonstance qui ne donne pas satisfaction à la société Sucrépice qui demande l'annulation de la décision du 18 août 2021, ne prive pas d'objet le présent litige. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée par le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 18 août 2021 dans son ensemble :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". L'article L. 212-2 du même code précise : " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : / 1° Les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice conforme à l'article L. 112-9 et aux articles 9 à 12 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives ainsi que les actes préparatoires à ces décisions ".

4. Si la société Sucrépice soutient que la décision du 18 août 2021 ne comporte pas la signature de son auteur, il résulte des dispositions de l'article L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration que ce moyen est inopérant dès lors qu'il s'agit d'une décision notifiée par l'intermédiaire d'un téléservice.

5. En deuxième lieu, la décision contestée, qui précise que les demandes sont rejetées au motif du règlement tardif par la société Sucrépice de sa dette fiscale, énonce les considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement et est, dès lors, suffisamment motivée.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'administration n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la société requérante. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

En ce qui concerne l'aide demandée au titre des mois de novembre et décembre 2020 :

7. Aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation, dans sa rédaction applicable au litige : " Il est institué, jusqu'au 31 août 2021, un fonds de solidarité ayant pour objet le versement d'aides financières aux personnes physiques et morales de droit privé exerçant une activité économique particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du covid-19 et des mesures prises pour en limiter la propagation. () ". L'article 3 de la même ordonnance dispose : " Un décret fixe le champ d'application du dispositif, les conditions d'éligibilité et d'attribution des aides, leur montant ainsi que les conditions de fonctionnement et de gestion du fonds () ". Les articles 3-14 et 3-15 du décret du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation disposent : " La demande est accompagnée des justificatifs suivants : / -une déclaration sur l'honneur attestant que l'entreprise remplit les conditions prévues par le présent décret et l'exactitude des informations déclarées, ainsi que l'absence de dette fiscale ou sociale impayée au 31 décembre 2019, à l'exception de celles qui, à la date de dépôt de la demande d'aide prévue par le présent décret, ont été réglées ou sont couvertes par un plan de règlement. Il n'est pas tenu compte des dettes fiscales inférieures ou égales à un montant total de 1 500 euros ni de celles dont l'existence ou le montant font l'objet au 1er septembre 2020 d'un contentieux pour lequel une décision définitive n'est pas intervenue ". Les articles 3-14 et 3-15 indiquent, en outre, que la demande d'aide doit être réalisée au plus tard le 31 janvier 2021 pour le mois de novembre 2020 et le 28 février 2021 pour le mois de décembre 2020.

8. La société Sucrépice fait valoir que c'est à tort que l'administration a estimé qu'elle avait une dette fiscale impayée pour lui refuser les aides sollicitées alors qu'elle était en réalité bénéficiaire d'un reliquat de 10 095,43 euros. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que si elle n'est plus redevable d'aucune somme à l'administration fiscale du fait d'une compensation entre sa créance de crédit d'impôt compétitivité emploi et sa dette de 2 270,57 euros, ce règlement n'est intervenu que le 2 mars 2021. Dès lors, sa dette fiscale n'était pas encore réglée les 31 janvier 2021 et 28 février 2021, dates au-delà desquelles les entreprises n'étaient plus recevables à solliciter l'aide au titre des mois de novembre et décembre 2020. Par suite, c'est à bon droit que l'administration lui refusé l'aide au titre des mois de novembre et décembre 2020.

En ce qui concerne l'aide demandée au titre du mois de janvier 2021 :

9. Aux termes du V de l'article 3-19 du décret du 30 mars 2020 : " La demande d'aide au titre du présent article est réalisée par voie dématérialisée au plus tard le 31 mars 2021 ".

10. La société requérante ne conteste pas avoir déposé sa demande d'aide au titre du mois de janvier 2021 le 30 avril 2021, soit après l'expiration du délai prescrit. Cette demande étant tardive, l'administration a pu, sans commettre d'illégalité, refuser d'y faire droit.

En ce qui concerne l'aide demandée au titre du mois de février 2021 :

11. En vertu de l'article 3-22 du décret du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation, la demande d'aide au titre du mois de février 2021 est réalisée par voie dématérialisée au plus tard le 30 avril 2021.

12. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'avis de compensation produit par la requérante, que si la société Sucrépice avait bien une dette fiscale impayée de 2 270,57 euros au 31 décembre 2019, celle-ci a été imputée sur le crédit compétitivité emploi de 12 366 euros qui lui a été accordé le 2 mars 2021 au titre de 2018. Dès lors, la société Sucrépice avait réglé sa dette lorsqu'elle a sollicité le bénéfice de l'aide exceptionnelle au titre du mois de février 2021 le 30 avril 2021, soit dans le délai prescrit par le décret. Par suite, elle est fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration lui a refusé l'aide demandée pour le mois de février au motif qu'elle avait une dette fiscale.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 18 août 2021 doit être annulée en tant seulement qu'elle rejette la demande d'aide exceptionnelle présentée par la société Sucrépice au titre du mois de février 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. L'exécution du présent jugement implique seulement que la demande d'aide présentée pour le mois de février 2021 par la société Sucrépice soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris de procéder à ce réexamen dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Sucrépice et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 18 août 2021 est annulée en tant qu'elle rejette la demande d'aide exceptionnelle présentée par la société Sucrépice au titre du mois de février 2021.

Article 2 : Il est enjoint au directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris de procéder au réexamen de la demande de la société Sucrépice tendant au bénéfice de l'aide financière exceptionnelle au titre du fonds de solidarité lié à l'épidémie de covid-19 pour le mois de février 2021 dans un délai d'un mois à compter du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à la société Sucrépice la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Sucrépice et au directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris, pôle juridictionnel administratif.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Evgénas, présidente,

Mme Laforêt, première conseillère,

M. Halard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2023.

La rapporteure,

L. LAFORÊT

La présidente,

J. EVGENAS

La greffière,

M-C. POCHOT

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2122063/2-1

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