vendredi 24 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2122501 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET ANNE BOST AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 octobre 2021, Mme B A, représentée par Me Bost, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 avril 2021 mettant fin à son détachement dans le corps de constatation des douanes, à la Trésorerie générale des douanes, ensemble la décision de la direction générale des douanes et droits indirects du 23 août 2021 rejetant son recours hiérarchique ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'un vice d'incompétence ;
- l'arrêté du 28 avril 2021 est entaché d'un vice de forme au regard de l'article L. 212-1 et de l'article L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le non-renouvellement de son détachement repose sur un motif discriminatoire lié à son état de santé.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 juillet 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 19 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 4 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 ;
- le décret n° 79-88 du 25 janvier 1979 modifié ;
- le décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kanté, première conseillère ;
- les conclusions de Mme Lambrecq, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Bost représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, alors adjointe administrative principale de 2ème classe du ministère de la défense, a été placée en position de détachement au sein des services de la direction générale des douanes et droits indirects, dans le corps des agents de constatation des douanes, à compter du 1er juin 2018, pour une durée d'un an renouvelable. Par un arrêté du 10 mai 2019, son détachement a été renouvelé à compter du 1er juin 2019 pour une durée de deux années soit jusqu'au 31 mai 2021. Par un arrêté du 28 avril 2021, il a été mis fin au détachement de Mme A qui n'a pas été renouvelé. Mme A demande l'annulation de cet arrêté et de la décision de la directrice générale des douanes et droits indirects du 23 août 2021 rejetant son recours hiérarchique.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, d'une part, conformément aux dispositions du III de l'article 1 du décret n° 79-88 du 25 janvier 1979 modifié fixant le statut particulier du corps des agents de constatation des douanes et de l'article 1er du décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement, Mme F, nommée directrice générale des douanes et droits indirects par décret du 28 août 2019, régulièrement publié au JORF n° 200 du 29 août 2019, était compétente pour signer, au nom du ministre, la décision contestée du 23 août 2021 rejetant le recours hiérarchique de Mme A.
3. D'autre part, M. E D, administrateur des douanes et droits indirects, auteur de l'arrêté du 28 avril 2021 mettant fin au détachement de Mme A dans le corps de constatation des douanes à la trésorerie générale des douanes, avait reçu délégation régulière par décision du 1er septembre 2020, de M. C, administrateur général des douanes, directeur interrégional à Bordeaux, pour prendre en son nom la décision attaquée. M. C avait lui-même reçu délégation régulière de la directrice générale des douanes et droits indirects, Mme F, afin de signer, en son nom, les actes de gestion administrative des agents des douanes, incluant les arrêtés relatifs au détachement, en application de la convention de délégation de gestion administrative des cartières des personnels de la direction générale des douanes et droits indirects du 30 juin 2016 telle que modifiée par l'avenant n° 2 du 4 février 2020. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence, qui manque en fait, doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Et aux termes de l''article L. 212-2 de ce même code : " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : () 2° Les décisions administratives relatives à la gestion de leurs agents produites par les administrations sous forme électronique dans le cadre de systèmes d'information relatifs à la gestion ou à la dématérialisation de processus de gestion des ressources humaines conforme aux articles 9, 11 et 12 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 précitée, quelles que soient les modalités de notification aux intéressés, y compris par l'intermédiaire d'un téléservice mentionné au 1° ".
5. L'administration soutient sans être contredite que les actes de gestion administrative des agents des douanes, dont les arrêtés liés au détachement, sont produits de manière informatisée au moyen du système informatisé de gestion des ressources humaines " SIRHIUS", système commun à toutes les directions du ministère de l'économie, des finances et de la relance. Dans ces conditions, la circonstance qu'aucune signature ne soit apposée sur l'arrêté du 28 avril 2021 est sans incidence sur sa légalité, dès lors que conformément aux dispositions précitées, il comporte bien, ainsi qu'il ressort des pièces du dossier, les prénom, nom et qualité de son auteur, à savoir M. E D, administrateur des douanes et droits indirects ainsi que la mention du service auquel il appartient. Le moyen tiré du vice de forme doit par suite être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 modifiée : " () Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille ou de grossesse, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race ".
7. Aux termes de l'article premier de la loi du 27 mai 2008 portant diverses dispositions d'adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations, qui a transposé en droit interne les dispositions de la directive n° 2000/78 du Conseil du 27 novembre 2000 portant création d'un cadre général en faveur de l'égalité de traitement en matière d'emploi et de travail : " Constitue une discrimination directe la situation dans laquelle, sur le fondement de son origine, de son sexe, de sa situation de famille, de sa grossesse, de son apparence physique, de la particulière vulnérabilité résultant de sa situation économique, apparente ou connue de son auteur, de son patronyme, de son lieu de résidence ou de sa domiciliation bancaire, de son état de santé, de sa perte d'autonomie, de son handicap, de ses caractéristiques génétiques, de ses mœurs, de son orientation sexuelle, de son identité de genre, de son âge, de ses opinions politiques, de ses activités syndicales, de sa capacité à s'exprimer dans une langue autre que le français, de son appartenance ou de sa non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une prétendue race ou une religion déterminée, une personne est traitée de manière moins favorable qu'une autre ne l'est, ne l'a été ou ne l'aura été dans une situation comparable./ Constitue une discrimination indirecte une disposition, un critère ou une pratique neutre en apparence, mais susceptible d'entraîner, pour l'un des motifs mentionnés au premier alinéa, un désavantage particulier pour des personnes par rapport à d'autres personnes, à moins que cette disposition, ce critère ou cette pratique ne soit objectivement justifié par un but légitime et que les moyens pour réaliser ce but ne soient nécessaires et appropriés.() ". Et aux termes de l'article 4 de cette même loi : " Toute personne qui s'estime victime d'une discrimination directe ou indirecte présente devant la juridiction compétente les faits qui permettent d'en présumer l'existence. Au vu de ces éléments, il appartient à la partie défenderesse de prouver que la mesure en cause est justifiée par des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. (). S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination.
8. Mme A, qui a été placée en position de détachement au sein des services de la direction générale des douanes et droits indirects, dans le corps des agents de constatation des douanes à compter du 1er juin 2018 pour une durée d'un an renouvelable et a vu son détachement renouvelé à compter du 1er juin 2019 pour une durée de deux années jusqu'au 31 mai 2021, soutient que le non-renouvellement de celui-ci à l'issue de cette période est, en réalité, lié à son état de santé. Elle fait valoir que pendant les périodes de crise sanitaire liées au Covid-19, elle était absente du service, son supérieur hiérarchique, le trésorier général des douanes, ne lui ayant pas permis, s'agissant d'une personne vulnérable au sens de l'avis du 14 mars 2020 du Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) et ne pouvant donc exercer ses fonctions en présentiel, malgré les indications du médecin de prévention favorables à ce qu'elle exerce une activité en télétravail 2 à 3 jours par semaine, d'exercer cette activité dans ces conditions. Elle affirme ainsi que lors de l'entretien individuel du 22 octobre 2020, le trésorier général des douanes lui a expliqué que la raison de la " non-prorogation " de son détachement tenait à son absence et qu'il ignorait qu'elle était malade lorsqu'il l'avait recrutée. Ces éléments de fait doivent être regardés comme permettant de faire présumer l'existence d'une discrimination en raison de l'état de santé de l'intéressée. Par suite, il appartient à la partie défenderesse d'établir que la décision de non-renouvellement du détachement reposait sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination.
9. En l'espèce, l'administration fait valoir que la décision du chef de service de la trésorerie générale des douanes (TGD) de ne pas accorder de jours de télétravail à Mme A n'était pas fondée sur un motif discriminatoire, réduisant ainsi sa présence au service, cette mesure s'appliquant sans distinction à l'ensemble des agents du service concerné. Et il ressort, en effet, des pièces du dossier, notamment de la note du trésorier général des douanes du 2 novembre 2020 portant organisation du travail durant les quatre semaines du deuxième confinement, qu'aucune des fonctions confiées aux agents du service de l'agence comptable de la trésorerie générale des douanes, dont Mme A, ne se prêtait au télétravail et que ces agents étaient alors soumis à la contrainte d'exercer leurs missions exclusivement en présentiel. Si Mme A conteste le caractère spécifique des activités de ce service excluant la possibilité de tout télétravail, ses allégations ne sont pas établies, alors que l'administration fait valoir sans être sérieusement contredite, que les tâches effectuées par Mme A tout comme celles de ses collègues ne pouvaient être effectuées en télétravail, précisant notamment que le suivi des carnets d'admission temporaire, tâche confiée plus spécifiquement à la requérante au sein du service, constituait une activité ne pouvant être réalisée dans des conditions satisfaisantes que sur site professionnel. Tous les agents de la trésorerie générale des douanes étant ainsi placés dans une situation identique à celle de la requérante au regard de l'impossibilité d'effectuer leurs tâches en télétravail pendant la période de crise sanitaire, cette dernière n'est, dès lors, pas fondée à soutenir qu'elle avait été victime d'une discrimination directe ou indirecte. Son placement pendant cette période en autorisation spéciale d'absence 5 jours par semaine était ainsi conforme aux consignes ministérielles et directionnelles visant à assurer la protection de la santé et la sécurité des agents dans le contexte de l'épidémie de Covid-19 et s'inscrivait dans le cadre des instructions données par la direction générale portant organisation du travail pendant la période de crise sanitaire. Les différents échanges entre le chef de service de la trésorerie générale des douanes et Mme A témoignaient d'ailleurs de la préoccupation constante de sa hiérarchie de la protéger compte tenu de sa vulnérabilité. La mesure en cause était dès lors justifiée par des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. De sorte que la requérante, qui n'établit pas ses allégations relatives aux propos tenus par le trésorier général des douanes lors de l'entretien du 22 octobre 2020, n'est pas fondée à soutenir que la décision du 28 avril 2021 mettant fin à son détachement dans le corps de constatation des douanes, à la Trésorerie générale des douanes, et la décision de la directrice générale des douanes et droits indirects du 23 août 2021 rejetant son recours hiérarchique, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles soient empreintes de discrimination, sont entachées d'illégalité. Par suite, ses conclusions tendant à l'annulation de ces décisions doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme A doivent dès lors être rejetées.
D E C I D E
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Riou, présidente,
Mme Kanté, première conseillère,
Mme Lamarche, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2023.
La rapporteure,
C. Kanté
La présidente,
C. Riou
La greffière,
V. Lagrède
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2226519
Le Tribunal administratif de Paris rejette la demande indemnitaire de la société Le Quasimodo Notre-Dame, qui réclamait près de 1,74 million d'euros à l'État pour les préjudices économiques liés à l'incendie de la cathédrale. La juridiction estime que la société, exploitant un restaurant à proximité, n'était pas usagère de l'ouvrage public et n'a pas subi de dommage accidentel direct causé par celui-ci. Le jugement applique les principes de la responsabilité administrative sans faute pour dommages de travaux publics, mais les écarte en l'espèce.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2312358
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête d'un agent public demandant l'annulation du refus de sa nomination à un poste d'expert juridique. Le tribunal a jugé que cette décision de rejet constituait une simple mesure d'ordre intérieur, car elle ne portait pas atteinte aux droits statutaires, à la rémunération ou aux perspectives de carrière de l'agent. Par conséquent, le recours pour excès de pouvoir a été déclaré irrecevable.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2313750
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête d'un gardien de la paix contestant son placement en disponibilité d'office pour raison de santé. La juridiction a jugé la requête irrecevable car elle ne contenait aucun exposé de moyens, et ce défaut n'a pas été régularisé dans les délais. La décision s'appuie sur les dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative relatives aux conditions de saisine.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2326202
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours pour excès de pouvoir visant l'annulation d'un arrêté ministériel portant tableau d'avancement à l'échelon spécial du grade de pharmacien général de santé publique. Le tribunal a annulé l'arrêté du 18 septembre 2023, considérant que l'administration avait méconnu les conditions posées par l'article 15 du décret n° 92-1432 du 30 décembre 1992, en y inscrivant des agents ne remplissant pas les critères statutaires requis pour cet avancement. Par voie de conséquence, les décisions individuelles de nomination prises sur le fondement de ce tableau sont également illégales.
02/04/2026