jeudi 18 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2122795 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET JASPER AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 octobre 2021, Mme C E, représentée par la SELARLU Tanger Avocats, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) et son assureur, à lui verser la somme totale de 148 043,85 euros en réparation des préjudices subis du fait de sa prise en charge à l'hôpital Bichat en décembre 2008 ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à lui verser la somme totale de 148 043,85 euros en réparation de ses préjudices ;
3°) de mettre à la charge de l'AP-HP, ou à titre subsidiaire de l'ONIAM, la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité de l'AP-HP est engagée du fait des fautes constituées par le défaut d'organisation du service en raison de l'absence de preuve de l'administration de l'antibioprophylaxie et du retard de traitement de l'infection pulmonaire ;
- la responsabilité de l'AP-HP est engagée sans faute en raison de la survenue d'une infection nosocomiale dès lors qu'aucune cause étrangère n'est pas établie ;
- l'AP-HP doit l'indemniser à hauteur de 90 % au titre de la perte de chance ;
- dans le cas où l'infection nosocomiale contractée ne serait pas imputée aux manquements de l'AP-HP, l'ONIAM doit prendre en charge son indemnisation au titre de la solidarité nationale au titre du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique dès lors que les experts ont fixé à 25% son taux de déficit fonctionnel permanent, supérieur au seuil de 24 % fixé par l'article D. 1142-1 du même code, et qu'elle a subi une période de déficit fonctionnel temporaire supérieure à 6 mois consécutifs du 31 décembre 2008 au 31 mai 2010 ;
- les préjudices subis doivent être évalués à la somme totale de 148 043,85 euros, se décomposant comme suit : 4 808,25 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 22 500 euros au titre des souffrances endurées, 55 462,50 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, 3 150 euros au titre du préjudice esthétique permanent, 4 500 euros au titre du préjudice d'agrément, 7 200 euros au titre du préjudice sexuel, 198 euros au titre des dépenses de santé actuelles, 3 456 euros au titre de la tierce personne temporaire, 148,50 euros au titre des dépenses de santé futures, 25 937,37 euros au titre de la tierce personne permanente, 4 320 euros au titre des frais de véhicule adapté, 7 200 euros au titre de l'incidence professionnelle, 9 163,23 euros au titre des frais d'assistance et de conseil.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 avril 2022 et le 3 juillet 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) conclut à sa mise hors de cause.
Il soutient que :
- il ne peut indemniser Mme E à défaut d'infections nosocomiales et en tout état de cause à défaut d'atteinte du seuil de gravité ;
- des fautes sont intervenues à hauteur de 90 % dans la survenue des dommages ;
- il ne peut être condamné à se substituer à un assureur défaillant.
Par un mémoire enregistré le 26 janvier 2023, la caisse générale de sécurité sociale de la Martinique indique ne pas intervenir dans l'instance.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 février 2023 et le 3 juillet 2023, l'AP-HP conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- les infections présentées par Mme E ne présentent pas de caractère nosocomial et sa responsabilité sans faute ne peut être engagée à ce titre ;
- la perte du dossier médical de Mme E et l'impossibilité de rapporter la preuve que l'antibioprophylaxie a été correctement administrée n'a pas entraîné de préjudice pour Mme E, dès lors que les infections préexistaient à l'intervention litigieuse ;
- l'infection à Eikenella corrodens est survenue en neuf jours, ce qui explique l'absence de mise en place d'antibiotique dès lors que les recommandations de bonnes pratiques préconisent le traitement d'un germe lorsqu'il est correctement identifié ;
- le traitement présomptif administré s'est avéré efficace ;
- aucune faute ne peut, par suite, engager sa responsabilité.
Par des mémoires enregistrés le 2 mai et le 3 août 2023, M. F E, M. B E et Mme A E, épouse D, déclarent reprendre l'instance engagée par Mme E, décédée le 9 septembre 2022.
Ils concluent aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Doan,
- et les conclusions de M. Cicmen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C E, née le 16 février 1961, souffrant d'une dyspnée et d'une image excavée apicale droite, a été prise en charge à l'hôpital Bichat de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) en novembre 2008, où il lui a été diagnostiquée une opacité lobaire supérieure droite excavée. Le 26 novembre 2008, une réunion de concertation pluridisciplinaire a décidé d'une chirurgie à visée diagnostique. Le 2 décembre 2008, elle a subi une lobectomie supérieure droite. Le 5 décembre 2008, l'ablation des drains a révélé que Mme E restait très encombrée et sécrétante. Le 7 décembre 2008, des prélèvements bactériologiques sont revenus positifs à Branhamella Catarrhalis. Le 17 décembre 2008, une hémoptysie avec saignement au drain a conduit à décider d'une reprise chirurgicale effectuée le 18 décembre 2008. Le 29 août 2019, Mme E a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI), qui a ordonné la réalisation d'une expertise, dont le rapport a été rendu le 26 février 2020. Le 25 juin 2020, l'avis de la CCI a retenu la responsabilité de l'AP-HP à 90 %. Le 14 décembre 2020, une demande de substitution a été adressée à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), lequel l'a refusée le 8 septembre 2021. Mme E est décédée le 9 septembre 2022. Par la présente requête, les ayants-droits de Mme E, M. F E, son époux, M. B E, son fils, et Mme A E, sa fille, demandent au tribunal, à titre principal, de condamner l'AP-HP à les indemniser des préjudices subis par leur épouse et mère à l'occasion de cette prise en charge.
Sur la réparation des préjudices :
En ce qui concerne le cadre juridique applicable :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. / II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret. ". Aux termes de l'article L. 1142-1-1 du même code : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : / 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales ; / (). ". Aux termes de l'article D. 1142-1 de ce code : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. / Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 %. / () ".
3. D'une part, ces dispositions font peser sur l'établissement de santé la responsabilité des dommages résultant des infections nosocomiales, qu'elles soient exogènes ou endogènes, à moins que la preuve d'une cause étrangère soit rapportée ou que le taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique de la victime soit supérieur à 25% ou que celle-ci décède. Dans ces derniers cas, la réparation des dommages incombe à la solidarité nationale par l'ONIAM. Par ailleurs, seule une infection, survenant au cours ou au décours d'une prise en charge et qui n'était ni présente ni en incubation au début de la prise en charge, peut être qualifiée de nosocomiale.
4. D'autre part, il résulte de ces dispositions que lorsqu'un dommage trouve sa cause directe dans une infection nosocomiale, le patient victime de l'infection et ses proches ont droit à la réparation intégrale de ce dommage.
En ce qui concerne la responsabilité de l'AP-HP :
5. Il résulte de l'instruction que Mme E a subi un infarcissement suppuré de la languette pulmonaire droite après l'opération de lobectomie supérieure droite réalisée le 2 décembre 2008 à l'hôpital Bichat, décidée à but thérapeutique et diagnostique en raison d'une pseudo-tumeur du poumon droit entraînée par une infection à Myocoplasma kansalsii. Cette complication a nécessité une thoracoplastie des deuxième e troisième côtes avec myoplastie du grand dentelé. Il résulte notamment des conclusions du rapport d'expertise du 26 février 2020 que la complication est directement liée à une infection postopératoire immédiate à Eikenella corrodens et à Streptococcus oralis, suivie d'une pneumopathie précoce à Branhamella catarhalis et à Streptococcus anginosus. Il résulte en particulier du rapport d'expertise que ces contaminations correspondent à une contamination bronchique à partir de la flore oropharyngée de la patiente. Si l'AP-HP fait valoir, par le biais de son médecin-conseil, que les germes retrouvés, sauf Branhamella catarhalis qui constitue le développement des infections précédentes, sont de croissance lente et ne pouvaient s'être développés en quarante-huit heures, et que les germes devaient par conséquent être présents dans la bouche et les voies respiratoires hautes de Mme E avant l'arrivée à l'hôpital, et si l'intoxication tabagique importante de la patiente entraînait chez elle une majoration importante du risque infectieux, surtout en présence d'une lésion pulmonaire excavée le 3 avril 2008, il n'en résulte pas moins de l'instruction que l'activation de ces germes, et les infections qui en ont suivi, ont résulté directement de l'opération de lobectomie du 2 décembre 2008. Par suite, dès lors que l'AP-HP n'établit pas que le déclenchement de l'infection a une autre origine que la prise en charge reçue par Mme E à l'hôpital Bichat, sa responsabilité doit être engagée en raison de la survenue d'infections nosocomiales les 2, 7 et 12 décembre 2008.
6. En second lieu, si l'incapacité de l'AP-HP à communiquer aux experts judiciaires l'intégralité du dossier médical de Mme E n'est pas, en tant que telle, de nature à établir l'existence de manquements fautifs de l'établissement de santé dans la prise en charge de la patiente, il appartient au juge, en revanche, de tenir compte de ce que le dossier médical est incomplet dans l'appréciation portée sur les éléments qui lui sont soumis pour apprécier l'existence des fautes reprochées à l'établissement dans la prise en charge du patient.
7. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que l'administration en peropératoire de 2g d'un antibiotique, la Cefazoline, aurait pu permettre de prévenir les complications infectieuses et aucun élément, en particulier aucune pièce médicale du dossier de Mme E, ne permet d'établir qu'une antibioprophylaxie conforme aux règles de l'art lui a été administrée le 2 décembre 2008. Dans ces conditions, et au surplus, l'AP-HP a également commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne le patrimoine responsable :
8. D'une part, et alors que les requérants ne sollicitent l'indemnisation par l'ONIAM qu'à titre subsidiaire, dans le cas où la responsabilité de l'AP-HP ne serait pas retenue, il résulte des dispositions du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, et indépendamment du taux de 24 % fixé par l'article D. 1142-1 du même code et de la période de déficit fonctionnel temporaire subie par Mme E, que l'Office doit être mis hors de cause à ce titre.
9. D'autre part, il résulte de l'instruction que le déficit fonctionnel permanent de Mme E a été évalué par les experts à 25 % et il n'en résulte pas, et il n'est pas allégué, que son décès aurait été provoqué par l'infection nosocomiale contractée. Par suite, la prise en charge par l'ONIAM ne saurait être ouverte au titre du 1° du II de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique.
10. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 à 9 que l'AP-HP doit être condamnée à réparer intégralité des préjudices subis par Mme E.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
S'agissant des dépenses de santé :
11. Les requérants soutiennent que sont restés à la charge de Mme E des frais correspondant à sept séances d'ostéopathie, dont trois postérieures à la date de consolidation, fixée au 1er juin 2010. Il y a lieu, au regard des justificatifs qu'ils produisent, de condamner l'AP-HP à leur rembourser les sommes respectives de 220 euros au titre des dépenses de santé actuelles et de 165 euros au titre des dépenses de santé postérieures à la consolidation.
S'agissant des frais divers :
12. Les requérants demandent le remboursement des frais du médecin conseil qui a assisté Mme E à l'occasion de l'expertise, ainsi que ses frais de transport. Ces frais résultant intégralement du dommage subi par Mme E, il y a lieu de leur accorder la somme de 10 181,37 euros à ce titre.
S'agissant des frais de véhicule adapté :
13. S'il résulte du rapport d'expertise que l'acquisition d'un véhicule automatique était souhaitable pour Mme E en raison des dommages subis du fait des infections litigieuses, les requérants n'établissent pas qu'elle a effectivement engagé cette dépense. Par suite, ils ne sont pas fondés à en solliciter le remboursement.
S'agissant des dépenses liées à l'assistance temporaire par une tierce personne pour les besoins de la vie quotidienne :
14. Il résulte de l'instruction que Mme E a eu besoin, en raison des infections litigieuses, d'une aide par tierce personne évaluée par l'expert à quatre heures hebdomadaires, hors période d'hospitalisation, du 31 décembre 2008 au 1er juin 2010. En retenant un montant journalier de 13 euros et en tenant compte des congés légaux, il y a lieu d'accorder aux requérants une somme de 4 340 euros à ce titre.
S'agissant des dépenses liées à l'assistance permanente par une tierce personne pour les besoins de la vie quotidienne :
15. Il résulte de l'instruction que Mme E a eu besoin, en raison des infections litigieuses, d'une aide par tierce personne évaluée par l'expert à trois heures hebdomadaires, hors période d'hospitalisation, du 1er juin 2010 au 1er juin 2011. En retenant un montant journalier de 13 euros et en tenant compte des congés légaux, il y a lieu d'accorder aux requérants une somme de 3 060 euros à ce titre.
S'agissant de l'incidence professionnelle :
16. Il résulte de l'instruction que les infections litigieuses n'ont pas privé Mme E de toute possibilité d'exercer une activité professionnelle. Toutefois, en raison de ces infections, et alors qu'elle travaillait depuis 2002 en qualité de comptable dans la même entreprise, elle a été contrainte de changer d'employeur pour prendre un poste de secrétaire comptable plus proche de son domicile, à moindres responsabilités et moindre rémunération. Cette perte de chance professionnelle et la nécessité de s'adapter à un nouveau poste à l'âge de 49 ans sont constitutifs d'une incidence professionnelle. Il en sera fait une juste appréciation en accordant aux requérants la somme de 5 000 euros à ce titre.
En ce qui concerne les préjudices personnels :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
17. Il résulte de l'instruction que Mme E a subi un déficit fonctionnel temporaire total, en raison des infections litigieuses, du 1er mars au 7 mai 2010, et un déficit fonctionnel temporaire évalué à 30% du 31 décembre 2008 au 28 février 2010 et du 8 au 31 mai 2010. Il y a lieu d'accorder la somme de 4 054 euros à ce titre. En revanche, la période allant du 21 novembre au 1er décembre 2008 étant antérieure au déclenchement des infections nosocomiales litigieuses, les requérants ne sont pas fondés à en solliciter l'indemnisation.
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
18. Il résulte de l'instruction que Mme E a subi un déficit fonctionnel permanent évalué par l'expert à 25%. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en accordant aux requérants la somme de 40 000 euros à ce titre.
S'agissant du préjudice esthétique :
19. Il résulte de l'instruction que le préjudice esthétique de Mme E a été évalué par l'expert à 1,5 à titre temporaire et 2 à titre permanent sur une échelle allant de 1 à 7. Il y a lieu d'accorder aux requérants la somme de 2 000 euros à ce titre.
S'agissant des souffrances endurées :
20. Il résulte de l'instruction que les souffrances endurées par Mme E en raison des infections litigieuses ont été évaluées à 5 sur une échelle allant de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en accordant aux requérants la somme de 12 000 euros.
S'agissant du préjudice d'agrément :
21. Il résulte de l'instruction que Mme E pratiquait la danse et la gymnastique. Il y a lieu, au regard des justificatifs produits, d'accorder à ce titre aux requérants la somme de 3 000 euros.
S'agissant du préjudice sexuel :
22. Il résulte de l'instruction que Mme E a subi, en raison des infections litigieuses, un préjudice sexuel dont il sera fait une juste appréciation en accordant aux requérants la somme de 3 000 euros.
Sur les droits de Mme E :
23. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'AP-HP à verser aux requérants la somme de 87 020,37 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date du présent jugement.
Sur les frais liés à l'instance :
24. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 1 500 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à verser aux ayants-droits de Mme E la somme de 87 020,37 euros en réparation de ses préjudices.
Article 2 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est mis hors de cause.
Article 3 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera aux ayants-droits de Mme E une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. F E, à M. B E, à Mme A E épouse D, à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à la caisse générale de sécurité sociale de la Martinique.
Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Delesalle, président,
- M. Pény, premier conseiller,
- M. Doan, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 janvier 2024.
Le rapporteur,
R. Doan
Le président,
H. DelesalleLa greffière,
A. Cardon
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
No 2122795/6-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2525597
**Sujet principal** : La requérante, une ressortissante salvadorienne, demande l'annulation du rejet implicite de sa demande de titre de séjour et l'injonction au préfet de police de lui délivrer un titre. **Juridiction** : Le Tribunal Administratif de Paris (6e Section - 3e Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la requête. Il estime que la requête dirigée contre un rejet implicite est irrecevable, car un refus exprès (un arrêté du 25 mars 2025) avait déjà été notifié. Le tribunal considère que les moyens au fond, invoquant notamment les articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 435-4 du CESEDA, ne sont pas de nature à justifier la délivrance d'un titre. **Textes appliqués** : Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), notamment ses articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 435-4, ainsi que le code de justice administrative.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2524412
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A..., un ressortissant algérien, qui contestait les décisions du préfet du Val-de-Marne l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour pour douze mois. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était suffisamment motivé et fondé sur un examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressé, qui était entré et séjournait irrégulièrement en France. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur la Convention européenne des droits de l'homme et l'accord franco-algérien de 1968.
19/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2414908
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours en excès de pouvoir concernant la responsabilité de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris pour une infection nosocomiale survenue après une intervention chirurgicale. La juridiction a reconnu la responsabilité de l'établissement et a procédé à une évaluation des préjudices du requérant, en se fondant notamment sur une expertise médicale ordonnée par le tribunal. La décision implicite de rejet de la demande d'indemnisation est annulée, et l'AP-HP est condamnée à verser une indemnité, dont le montant est déterminé par le tribunal en application des principes de responsabilité administrative.
19/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2419249
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté comme irrecevable la requête de M. B... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée. La juridiction a jugé que le recours contre la décision implicite de rejet était devenu sans objet, une décision expresse de rejet ayant été prise avant l'introduction de la requête et le recours contre cette dernière ayant fait l'objet d'un désistement. Le tribunal s'est fondé sur les règles de procédure du code de justice administrative pour constater l'irrecevabilité, sans avoir à examiner le fond du litige.
19/03/2026