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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2122872

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2122872

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2122872
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantZZ DESAC_D'ANGLEMONT DE TASSIGNY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 27 octobre 2021 et 23 juillet 2022, M. B A, représenté par Me d'Anglemont de Tassigny, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la note diplomatique émise par la direction des immeubles et de la logistique (DIL) du ministère de l'Europe et des affaires étrangères (MEAE) ainsi que la décision implicite de rejet de sa demande de prise à bail, ensemble le rejet de son recours hiérarchique ;

2°) d'enjoindre à l'Etat français représenté par le ministère de l'Europe et des affaires étrangères de faire droit à sa demande de prise à bail ;

3°) de condamner l'Etat français à lui verser la somme de 42 000 euros correspondant au montant des indemnités de logement octroyées dans le cadre de la prise à bail, à titre rétroactif à compter du 7 juillet 2020, date de son arrivée en poste et jusqu'au 23 juillet 2022, somme à parfaire jusqu'à la date de la décision à intervenir ;

4°) de condamner l'Etat français à lui verser la somme de 1 750 euros correspondant au montant des indemnités de logement octroyées dans le cadre de la prise à bail pour les mensualités restantes jusqu'au terme de sa mission à Stockholm, la somme de 2 592 euros (108 x 24) au titre de la perte de chance d'obtenir une indemnité complémentaire au titre du parking de son véhicule et des frais de stationnement, la somme de 8 000 euros (2 000 euros par enfant et par an) au titre de la réduction des activités ludiques de ses enfants ;

5°) de condamner l'Etat français à lui verser la somme de 5 000 euros au titre de son préjudice moral ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 15 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de le condamner aux entiers dépens.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- la décision attaquée a été prise dans le cadre d'une procédure irrégulière ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de forme ;

- elle ne comporte aucune mention relative aux voies et délais de recours opposables ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 4123-1 du code de la défense ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Par des mémoires en défense enregistrés les 23 juin 2022 et 15 septembre 2022, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête, tardive, est irrecevable ;

- à titre subsidiaire, elle est mal fondée.

Par ordonnance du 15 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 17 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la défense ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le décret n° 67-290 du 28 mars 1967 ;

- le décret n° 97-900 du 1er octobre 1997 ;

-l'arrêté du 1er octobre 1997 pris pour l'application des dispositions du décret n° 97-900 du 1er octobre 1997 fixant les modalités de calcul de la rémunération des militaires affectés à l'étranger ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kanté, première conseillère ;

- les conclusions de Mme Lambrecq, rapporteure publique,

- et les observations de Me d'Anglemont de Tassigny représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, officier marinier, titulaire du grade de maître-principal a été affecté en qualité d'assistant de l'attaché de défense près l'ambassade de France à Stockholm (Suède) à compter du 7 juillet 2020 pour une durée de trois ans. Le 5 avril 2020, M. A a contracté, pour lui et sa famille, un bail locatif pour un logement à Stockholm. En sa qualité d'assistant de l'attaché de défense près l'ambassade de France à Stockholm, M. A a pris attache avec sa hiérarchie ainsi qu'avec la direction des immeubles et de la logistique (DIL) du ministère de l'Europe et des affaires étrangères (MEAE) et a présenté un dossier de demande de prise à bail de son logement le 6 avril 2020. Le 15 mai 2020, M. A a été informé par la consule de France à Stockholm et cheffe du service général administratif de l'ambassade de France de la réponse négative donnée à sa demande. Par " note diplomatique " du 18 mai 2020, la DIL du MEAE a confirmé à la consule de France à Stockholm, son refus de prendre en charge la prise à bail demandée par M. A. Le 19 août 2021, M. A a formé un recours hiérarchique à l'encontre de la décision rejetant sa demande de prise à bail ainsi qu'une demande indemnitaire préalable, lesquels ont été implicitement rejetés. M. A demande l'annulation de la note diplomatique émise par la direction des immeubles et de la logistique (DIL) du ministère de l'Europe et des affaires étrangères (MEAE), de la décision de rejet de sa demande de prise à bail, et du rejet de son recours hiérarchique ainsi que, dans le dernier état de ses écritures, la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 42 000 euros correspondant au montant des indemnités de logement octroyées dans le cadre de la prise à bail, à compter du 7 juillet 2020, à parfaire jusqu'à la date du présent jugement, les sommes de 2 592 euros au titre de la perte de chance d'obtenir une indemnité complémentaire pour le parking de son véhicule et ses frais de stationnement, 8 000 euros au titre de la réduction des activités ludiques de ses enfants et 5 000 euros en indemnisation du préjudice moral qu'il estime avoir subi du fait de l'illégalité de la décision de refus de prise à bail.

2. Il résulte de l'instruction que M. A a eu connaissance de la décision implicite de refus de prise à bail, dès le 15 mai 2020, par le biais de la consule de France à Stockholm et cheffe du service général administratif de l'ambassade de France, et en tout état de cause, au plus tard, le 20 mai 2020, date à laquelle lui a été transmise la note du 18 mai 2020 diplomatique émise par la direction des immeubles et de la logistique (DIL) du ministère de l'Europe et des affaires étrangères (MEAE) faisant état de ce refus. Il n'a exercé son recours hiérarchique à l'encontre de la décision litigieuse qui, ne comportant aucune autre conséquence que financière pour son destinataire n'a pas d'objet autre qu'exclusivement pécuniaire, que le 19 août 2021, soit plus d'une année après sa naissance. En tout état de cause, à cette date, cette décision était devenue définitive, le délai de deux mois pour se pourvoir contre une telle décision implicite courant dès sa naissance à l'encontre d'un agent public, alors même que l'administration n'a pas accusé réception de la demande de cet agent. Et les circonstances invoquées par le requérant tirées de ce que la question de la prise à bail n'aurait pas été tranchée et qu'il n'a pu transmettre son recours hiérarchique sans en avoir reçu l'ordre de sa hiérarchie, au demeurant non établies, ne sont pas de nature à présenter le caractère de circonstances particulières permettant la prolongation du délai de recours. Par suite, les conclusions à fin d'annulation et d'injonction présentées par M. A au-delà de l'expiration du délai de recours contentieux, ne peuvent qu'être rejetées comme tardives. Par ailleurs, l'expiration du délai permettant d'introduire un recours en annulation contre une décision dont l'objet est, comme en l'espèce, purement pécuniaire, fait obstacle à ce que soient présentées des conclusions indemnitaires ayant la même portée. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par le requérant, fondées sur l'illégalité de la décision attaquée, de même portée que celle-ci, également irrecevables, ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées par M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles tendant à la condamnation de l'Etat aux entiers dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'Europe et des affaires étrangères.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ho Si Fat, président,

Mme Kanté, première conseillère,

M. Hélard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

La rapporteure,

C. KantéLe président,

F. Ho Si Fat

La greffière,

V. Lagrède

La République mande et ordonne au ministre de l'Europe et des affaires étrangères en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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