vendredi 1 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2122877 |
| Type | Décision |
| Formation | 5e Section - 4e Chambre |
| Avocat requérant | CRUSOE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire, enregistrée le 26 octobre 2021, et des mémoires complémentaires, enregistrés les 9 mai et 30 juin 2023, Mme C D, représentée par Me Lionel Crusoé, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 26 août 2021 par laquelle le président du musée du Louvre a refusé de reporter ses jours congés annuels non pris de l'année 2020 et sa décision du 6 octobre 2021 de rejet de son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;
- elles sont entachées d'une insuffisance de motivation en droit et en fait ;
- elles méconnaissent l'article 7 de la directive 2003/88/CE du Parlement et du Conseil du 4 novembre 2003 en ce qu'elle refuse à un agent en situation d'absence pour cause de maladie la possibilité de bénéficier d'un report de ses congés annuels ;
- si l'autorité administrative a reconnu qu'elle n'a pas pu, durant l'année 2020, exercer ses fonctions du fait de son état de santé et compte tenu de son placement en autorisation spéciale d'absence, elle a estimé à tort que son maintien dans cette dernière position n'ouvrait pas de droit au report des congés annuels en méconnaissance de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne ; un agent placé en autorisation spéciale d'absence en considération de la fragilité de son état de santé et de la vulnérabilité qui est la sienne en période de crise sanitaire ne peut être regardé comme dans une situation différente d'un agent en congé de maladie ordinaire ;
- elles méconnaissent le principe d'égalité de traitement, les agents en autorisation spéciale d'absence et les agents en congé maladie étant dans une situation comparable voire identique ;
- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation ;
- elles méconnaissent le droit à l'information de l'agent rappelé par la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt C-619/16 du 6 novembre 2018 " Sebastian W. Kreuziger c./ Land Berlin ".
Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 septembre 2022 et 5 juin 2023, l'établissement public du musée du Louvre, représenté par l'AARPI CLL Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme D la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003 ;
- l'arrêt C-214/10 du 22 novembre 2011 de la Cour de justice de l'Union européenne ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'ordonnance n° 2020-430 du 15 avril 2020 ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;
- le décret n° 84-972 du 26 octobre 1984 relatif aux congés annuels des fonctionnaires de l'Etat ;
- le décret n° 92-1338 du 22 décembre 1992 portant création de l'Etablissement public du musée du Louvre ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 novembre 2023 :
- le rapport de M. Medjahed, premier conseiller ;
- les conclusions de M. Degand, rapporteur public ;
- et les observations de Me Dugued représentant le musée du Louvre.
Une note en délibéré, présentée pour Mme D par Me Crusoé, a été enregistrée le 24 novembre 2023 et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, adjointe technique d'accueil, de surveillance et de magasinage au musée du Louvre, a bénéficié d'une autorisation spéciale d'absence durant la période de crise sanitaire de Covid-19 du 24 avril 2020 au 28 février 2021 inclus. Il lui restait, au titre de l'année 2020, vingt-deux jours de congés annuels et six jours de récupération non pris. Par une décision du 26 août 2021, le président du musée du Louvre a refusé de reporter ses jours de congés annuels non pris de l'année 2020 puis a confirmé son refus par une décision du 6 octobre 2021. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de ces deux décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 19 du décret du 22 décembre 1992 portant création de l'Etablissement public du musée du Louvre : " Le président dirige l'établissement public. A ce titre : / () / 6° Il gère le personnel. () / 7° Il a autorité sur l'ensemble des personnels de l'établissement et les affecte dans les différents services. / ()". Par une décision DFJM/DRH/2021/20 du 9 avril 2021 régulièrement publiée sur le site internet du musée du Louvre, la présidente-directrice du musée du Louvre a donné délégation à M. B E, directeur des ressources humaines, et à M. A F, chef du service de la gestion du personnel, pour prendre les décisions relatives à la gestion du personnel. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
4. La décision du 26 août 2021, dont la motivation en droit a été complétée par la décision du 6 octobre 2021, comporte l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fonde. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, il résulte d'une jurisprudence constante de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment d'un arrêt du 20 janvier 2009 Gerhard SchultzHoff contre Deutsche Rentenversicherung Bund et Stringer e.a. contre Her Majesty's Revenue and Customs, C-350/06 et C-520/06, que " le travailleur doit normalement pouvoir bénéficier d'un repos effectif, dans un souci de protection efficace de sa sécurité et de sa santé, puisque ce n'est que dans le cas où il est mis fin à la relation de travail que l'article 7, paragraphe 2, de la directive 2003/88 permet que le droit au congé annuel payé soit remplacé par une compensation financière (voir, en ce sens, arrêts précités BECTU, point 44, et Merino Gómez, point 30) " (point 23), qu'" il est constant que la finalité du droit au congé annuel payé est de permettre au travailleur de se reposer et de disposer d'une période de détente et de loisirs () cette finalité [différant] en cela de celle du droit au congé de maladie ", " ce dernier [étant] accordé au travailleur afin qu'il puisse se rétablir d'une maladie " (point 25), que " l'article 7, paragraphe 1, de la directive 2003/88 ne s'oppose pas, en principe, à des dispositions ou à des pratiques nationales selon lesquelles un travailleur en congé de maladie n'est pas en droit de prendre un congé annuel payé durant une période incluse dans un congé de maladie, sous réserve, toutefois, que ledit travailleur ait la possibilité d'exercer le droit que cette directive lui confère pendant une autre période " (point 29), qu'" il s'ensuit que, s'agissant de travailleurs en congé de maladie dûment prescrit, le droit au congé annuel payé conféré par la directive 2003/88 elle-même à tous les travailleurs (arrêt BECTU, précité, points 52 et 53) ne peut pas être subordonné par un État membre à l'obligation d'avoir effectivement travaillé pendant la période de référence établie par ledit État " (point 41) et qu'" une disposition nationale prévoyant une période de report pour congés annuels non pris à la fin de la période de référence poursuit, en principe, la finalité d'ouvrir pour le travailleur ayant été empêché de prendre ses congés annuels une possibilité supplémentaire de jouir desdits congés " (point 42).
6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorisation spéciale d'absence accordée du 24 avril au 31 décembre 2020 durant la crise sanitaire de Covid-19 était justifiée par une maladie dont Mme D aurait souffert et qui l'aurait empêchée de poser des congés annuels et d'en jouir afin de se reposer et de disposer d'une période de détente et de loisirs et, par suite, aurait justifié un report des congés annuels non pris durant l'année 2020. Il ressort au contraire des pièces du dossier que ces autorisations spéciales d'absence lui ont été accordées en raison certes de son état de santé vulnérable mais afin d'éviter sa contamination par le virus alors que ses missions ne pouvaient être exercées en télétravail. En outre, il ne ressort d'aucune disposition ni d'aucun principe qu'un agent public ne peut poser ni jouir des congés annuels durant ces autorisations spéciales d'absence. Dans ces conditions, les autorisations spéciales d'absences accordées à Mme D du 24 avril au 31 décembre 2020 ne peuvent être regardées comme s'assimilant à des congés de maladie et, par suite, comme permettant un report de ses jours congés annuels non pris à la fin de l'année 2020. Par suite, la requérante ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 7 de la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003, qui se rapportent au régime juridique applicable aux congés de maladie, à l'encontre des décisions attaquées. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
7. En quatrième lieu, le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général pourvu que, dans l'un comme l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des motifs susceptibles de la justifier. Ces modalités de mise en œuvre du principe d'égalité sont applicables à l'édiction de normes régissant la situation d'agents publics qui, en raison de leur contenu, ne sont pas limitées à un même corps ou à un même cadre d'emplois de fonctionnaires. Contrairement à ce qu'elle soutient, Mme D, qui bénéficiait d'autorisations spéciales d'absence, n'était pas dans une situation identique à celle des agents placés en congés de maladie. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'égalité doit être écarté.
8. En cinquième et dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à l'information de l'agent dégagé par la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt C-619/16 du 6 novembre 2018 " Sebastian W. Kreuziger c./ Land Berlin " est inopérant contre la décision refusant de faire droit à une demande de report de congés. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que Mme D a été informée, par un courriel du chef de service administratif du 2 février 2021, des modalités d'utilisation de ses jours de congés et de récupération. Dès lors, ce moyen doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du musée du Louvre, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme D, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du musée du Louvre présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du musée du Louvre présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au musée du Louvre.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Aubert, présidente,
M. Julinet, premier conseiller,
M. Medjahed, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.
Le rapporteur,
N. MEDJAHED
La présidente,
S. AUBERT
La greffière,
A. LOUART
La République mande et ordonne à la ministre de la culture, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2304140
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A, agent contractuel, qui contestait une retenue sur son traitement de 250 euros pour un indu de prime exceptionnelle liée à la pandémie. La requérante invoquait un défaut de motivation et une faute de l'administration, mais le tribunal a jugé que la décision de retenue était fondée sur l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 et le décret n° 2020-570 du 14 mai 2020. Il a estimé que l'administration avait établi le bien-fondé de l'indu, car Mme A ne remplissait pas les conditions pour bénéficier de la prime, et qu'aucune faute n'était caractérisée. Les conclusions indemnitaires et subsidiaires ont également été rejetées.
25/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2305883
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé le compte rendu d'entretien professionnel de Mme B..., capitaine de police, établi le 23 janvier 2023 au titre de l'année 2017. La requérante soutenait notamment que l'évaluation avait été réalisée par une autorité incompétente et sans entretien préalable. Le tribunal a fait droit à sa demande en se fondant sur l'autorité de la chose jugée attachée à un précédent jugement du 25 mars 2022, qui avait déjà annulé un premier compte rendu pour les mêmes motifs (absence d'entretien et évaluation partielle). La décision s'appuie sur les dispositions de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 et du décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 relatifs à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires.
25/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2307997
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B A, réserviste opérationnel, qui demandait l'annulation de la décision du 18 janvier 2023 de la commission de recours de l'invalidité lui refusant une pension militaire d'invalidité pour une affection non imputable au service. Le tribunal a jugé que M. A n'apportait pas la preuve, exigée par les articles L. 121-1 et suivants du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, que son infirmité était directement causée par l'exercice de ses fonctions de réserviste. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête, incluant la demande de pension et celle au titre des frais de justice.
25/09/2025