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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2122888

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2122888

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2122888
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantJORION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 25 octobre 2021 et 30 avril 2024, M. A B, représenté par Me Jorion, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de Mayotte a refusé de faire droit à sa demande indemnitaire ;

2°) de condamner le conseil départemental de Mayotte à lui verser une somme de 295 706,60 euros en indemnisation des préjudices qu'il a subis ;

3°) de mettre à la charge du conseil départemental de Mayotte une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'il a fait l'objet d'un harcèlement moral lié à sa qualité de représentant du personnel.

La requête a été transmise au conseil départemental de Mayotte qui n'a, alors qu'il a été mis en demeure de conclure, le 21 décembre 2022, pas produit d'écritures en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Errera,

- les conclusions de M. Coz, rapporteur public,

- et les observations de Me Jorion, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ingénieur territorial principal employé par le conseil départemental de Mayotte, a été mis à disposition de l'union régionale de la confédération française de l'encadrement - confédération générale des cadres (CFE-CGC) de Mayotte en qualité de représentant du personnel du 1er juillet 2015 au 10 juin 2020, date à laquelle le président du conseil départemental de Mayotte a mis fin à cette mise à disposition et l'a affecté à la délégation de Mayotte à Paris pour y exercer les fonctions de chef de service formation, insertion-documentation. Par un courrier en date du 4 juin 2021, M. B a formé une demande indemnitaire préalable, dans laquelle il a demandé au président du conseil départemental de Mayotte de l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis au titre des faits constitutifs de harcèlement moral dont il considère avoir fait l'objet. Du silence gardé par le conseil départemental de Mayotte est née une décision implicite de rejet. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision et de condamner le conseil départemental de Mayotte à lui verser une somme de 295 706,60 euros en indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis. En présentant devant le tribunal tant des conclusions à fin d'annulation du rejet de sa demande indemnitaire préalable que des conclusions indemnitaires, le requérant doit être regardé comme ayant donné à sa requête un caractère de plein contentieux tendant exclusivement à la condamnation du conseil départemental de Mayotte à l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis.

2. D'une part, il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. D'autre part, pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui, le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime devant alors être intégralement réparé.

3. Dans ses écritures, M. B retrace l'évolution de sa carrière au cours des années qui ont précédé l'introduction de sa requête, et décrit ce qu'il présente comme une situation de conflit dans laquelle il s'est retrouvé, vis-à-vis du président du conseil départemental de Mayotte d'une part, et du président de l'union régionale CFE-CGC d'autre part. Il énumère les différents épisodes dont il soutient qu'ils constituent autant de manifestations d'un comportement de harcèlement moral mené à son encontre motivé par sa qualité de représentant du personnel.

4. Il résulte ainsi de l'instruction que M. B fait état d'une baisse de son régime indemnitaire intervenue lors de sa mise à disposition de l'union régionale CFE-CGC en 2015, du rôle qu'il a joué dans le cadre des protestations émises à l'encontre de la réorganisation des services lancée par le président du conseil départemental en 2016, et du signalement qu'il a effectué auprès du parquet, le 26 juillet 2018, concernant la gestion financière de l'union régionale du syndicat CFE-CGC. M. B évoque également les conditions de la fin de sa mise à disposition auprès du syndicat CFE-CGC, dont le tribunal a eu à connaître dans le cadre du jugement n° 2016880 du 12 décembre 2022, au titre des modalités de détermination du régime indemnitaire de M. B, et notamment du montant de l'indemnité mensuelle de fonctions, de sujétions et d'expertise.

5. M. B soutient également que, depuis l'année 2018, il ne bénéficie plus du supplément familial de traitement, au titre de ses cinq enfants. Cette affirmation est corroborée par ses bulletins de paie, versés au dossier et qui font apparaître que le supplément familial de traitement a cessé de lui être versé à compter du mois d'octobre 2018. Toutefois, le versement du supplément familial de traitement est subordonné à la condition que les enfants soient à la charge de l'agent. En l'espèce, M. B ne verse pas au dossier d'éléments précis relatifs à sa situation familiale, de nature à permettre au tribunal de déterminer s'il était effectivement éligible au versement du supplément familial de traitement.

6. M. B fait valoir qu'il n'a pas été traité de la même manière que les autres agents du conseil départemental de Mayotte affectés à Paris, au regard du remboursement des frais de transports. Les éléments qu'il verse au dossier à ce sujet ne permettent pas de déterminer en quoi M. B aurait fait l'objet d'un traitement différencié à cet égard alors, au demeurant, que le seul courrier qu'il produit, en date du 30 juin 2020, fait état de la nécessité de " corriger " la situation de l'intéressé sur ce point.

7. Si M. B fait état de difficultés à obtenir le remboursement des trajets qu'il a effectués entre Paris et Mayotte dans le cadre de ses fonctions de représentation syndicale, le tribunal a déjà eu l'occasion de relever, au point 18 du jugement n° 2016880 du 12 décembre 2022, que l'intéressé n'établissait pas le caractère indispensable de sa présence physique à Mayotte dans ce cadre, alors que les convocations aux réunions du comité technique, versées au dossier, font, pour la plupart, expressément mention de la possibilité de participer à ces réunions en visioconférence.

8. Enfin, si M. B fait état de ce qu'il aurait fait l'objet de discriminations en raison de son activité syndicale, il n'assortit pas cette allégation de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé, les tensions existantes avec le Conseil départemental de Mayotte d'une part et l'union régionale CFE-CGC d'autre part n'apparaissant pas dépasser le cadre normal des conflits professionnels.

9. Il résulte de ce qui précède que l'ensemble des faits invoqués par M. B ne peuvent être regardés comme laissant présumer qu'il aurait été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au conseil départemental de Mayotte.

Délibéré après l'audience du 16 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Errera, premier conseiller,

Mme Abdat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

Le rapporteur,

A. ERRERA

Le président,

J. SORIN

La greffière,

D.-E. JEANG

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2/2-

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