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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2122893

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2122893

mercredi 20 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2122893
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET HERVE-ANTOINE COUDERC AVOCAT (SELUR)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 octobre 2021, la société Alvarium Investment Advisors, représentée par Me Dinh, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur les salaires mis à sa charge au titre des années 2017 à 2019 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition en litige :

- le service, en procédant aux rappels litigieux, a remis en cause la position du service ayant procédé à des rectifications au titre du même impôt pour les années 2015 et 2016 et qui les avait abandonnées à la suite de ses observations ; ainsi, il a méconnu les principes de sécurité juridique et de confiance légitime ;

- il a retiré une décision créatrice de droit en méconnaissance de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle a soumis l'intégralité de ses frais de gestion FIA à la taxe sur la valeur ajoutée, à la suite de la précédente position du service ; son assujettissement à la taxe sur les salaires implique une double taxation contraire à l'équité ;

En ce qui concerne la majoration de 40 % pour défaut de déclaration :

- l'application automatique de cette majoration, alors qu'elle estimait, au regard des conclusions du précédent contrôle, ne pas être assujettie à la taxe sur les salaires, méconnaît les principes constitutionnel et conventionnel d'individualisation et de proportionnalité des peines.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2022, l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la société Alvarium Investment Advisors n'est fondé.

Par ordonnance du 12 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 12 septembre suivant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, notamment son Préambule ;

- la décision du conseil constitutionnel n° 2010-105\106 QPC du 17 mars 2011 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Barruel,

- les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique,

- et les observations de Me Poumeaud, représentant la société Alvarium Investment Advisors.

Une note en délibéré présentée par la société Alvarium Investment Advisors a été enregistrée le 12 décembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. La société Alvarium Investment Advisors, qui exerce une activité de gestion de portefeuilles pour le compte de tiers et de conseil en investissement, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019. L'administration lui a notifié, par proposition de rectification du 18 décembre 2020, des rappels de taxe sur les salaires selon la procédure de taxation d'office en application du 3° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales au titre de la période vérifiée. Par la présente requête, la société Alvarium Investment Advisors demande la décharge, en droits et pénalités, des impositions supplémentaires ainsi mises à sa charge.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

2. Aux termes de l'article 231 du code général des impôts : " 1. Les sommes payées à titre de rémunérations aux salariés () sont soumises à une taxe égale à 4,25 % de leur montant (). Cette taxe est à la charge des entreprises et organismes qui emploient ces salariés () qui paient ces rémunérations lorsqu'ils ne sont pas assujettis à la taxe sur la valeur ajoutée ou ne l'ont pas été sur 90 % au moins de leur chiffre d'affaires au titre de l'année civile précédant celle du paiement desdites rémunérations ".

3. En premier lieu, la société Alvarium Investment Advisors fait valoir qu'à l'issue d'un précédent contrôle réalisé en 2018 et portant sur la même imposition que celle en litige au titre des années 2015 et 2016, le service vérificateur a abandonné tout rappel de taxe sur les salaires à la suite de ses observations. Elle soutient que, dans ces conditions, les impositions litigieuses qui remettent en cause la méthode de calcul de son assujettissement à cette taxe méconnaît les principes de sécurité juridique et de loyauté. Cependant, par la décision non motivée du 20 mars 2018 invoquée, la direction générale des finances publiques, si elle a abandonné les rappels de taxe sur les salaires mis à la charge de la société pour les années 2015 et 2016, n'a pas pris position sur le principe de son assujettissement à cette taxe. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en procédant aux rehaussements en litige, l'administration fiscale aurait méconnu les principes de sécurité juridique et de loyauté.

4. En deuxième lieu, les principes de confiance légitime et de sécurité juridique, qui font partie des principes généraux du droit de l'Union européenne, ne trouvent à s'appliquer dans l'ordre juridique national que dans le cas où la situation juridique soumise au juge administratif national est régie par le droit de l'union. Tel n'est pas le cas de la taxe sur les salaires qui est entièrement régie par des règles de l'ordre juridique interne. Par suite la société Alvarium Investment Advisors ne peut utilement invoquer la méconnaissance de ces principes.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ".

6. Les impositions en litige qui portent sur les années 2017 à 2019 n'ont ni pour objet ni pour effet d'abroger la décision du 20 mars 2018 par laquelle la direction générale des finances publiques a abandonné les rappels de taxe sur les salaires mis à la charge de la société requérante pour les années 2015 et 2016. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

7. En quatrième lieu, si la société Alvarium Investment Advisors invoque une double imposition contraire à l'équité, elle n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes, notamment en droit, permettant d'en apprécier le bien-fondé.

Sur les pénalités :

8. Le I de l'article 1728 du code général des impôts prévoit que : " Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : / a. 10 % en l'absence de mise en demeure ou en cas de dépôt de la déclaration ou de l'acte dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai ; / b. 40 % lorsque la déclaration ou l'acte n'a pas été déposé dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai ".

9. En premier lieu, les dispositions de l'article 1728 proportionnent la pénalité à la gravité des agissements du contribuable en prévoyant des taux de majoration différents selon que le défaut de déclaration dans le délai est constaté sans mise en demeure de l'intéressé ou après une mise en demeure infructueuse. Le juge de l'impôt, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, décide, dans chaque cas, selon les résultats de ce contrôle, soit de maintenir le taux auquel l'administration s'est arrêtée, soit de lui substituer un taux inférieur parmi ceux prévus par le texte s'il l'estime légalement justifié, soit de ne laisser à la charge du contribuable que les intérêts de retard, s'il estime que ce dernier ne s'est pas abstenu de souscrire une déclaration ou de déposer un acte dans le délai légal. Il dispose ainsi d'un pouvoir de pleine juridiction conforme aux principes de proportionnalité et d'individualisation des peines, qui découlent de l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 ainsi qu'aux stipulations du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, lesquelles n'impliquent pas que le juge puisse moduler l'application du barème résultant de l'article 1728. Ainsi, si la société Alvarium Investment Advisors a entendu soulever la méconnaissance, par ces dispositions, de ces principes, ce moyen ne pourra qu'être écarté.

10. En second lieu, il résulte de l'instruction que la société requérante n'a pas déposé de déclaration de taxe sur les salaires malgré la mise en demeure d'y procéder que lui a adressée l'administration le 28 février 2020. Par suite, c'est à bon droit que l'administration lui a appliqué la majoration de 40 % prévue par le b. du I de l'article 1728 du code général des impôts précités, alors même que la société aurait estimé ne pas être redevable de cette taxe.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur les salaires mis à la charge de la société au titre des années 2017 à 2019 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

13. Ces dispositions font obstacle à ce soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Alvarium Investment Advisors demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par la société Alvarium Investment Advisors est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Alvarium Investment Advisors et à l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 11 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Le Roux, présidente,

Mme Barruel, première conseillère,

Mme Berland, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.

La rapporteure,

L. BARRUELLa présidente,

M-O. LE ROUX

La greffière,

F. RAJAOBELISON

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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