vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2122935 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 4e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET ANDRÉ HOIN & PARTENAIRES (SELAS) |
Vu la procédure suivante :
Par une réclamation, adressée le 25 novembre 2020 au directeur régional du contrôle fiscal d'Ile-de-France et transmise au tribunal par application du troisième alinéa de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales, enregistrée le 5 février 2021, et des mémoires, enregistrés les 24 février et 28 juillet 2022, M. B C, représenté par le cabinet André Hoin et Partenaire, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge totale ou, à titre subsidiaire, partielle de l'amende pour non désignation des bénéficiaires des revenus distribués mis à la charge de la société Nettoyage services hôtel qui lui a été réclamée, en sa qualité de débiteur solidaire, au titre des années 2012 et 2013 s'élevant respectivement à 326 392 euros et 225 724 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 30 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la procédure suivie méconnaît l'article 117 du code général des impôts, le représentant légal de la société Nettoyage services hôtels n'ayant pas été régulièrement invité à désigner les bénéficiaires des revenus présumés distribués ;
- l'amende prévue à l'article 1759 du code général des impôts n'a pas été motivée à l'égard du débiteur principal, la société Nettoyage services hôtels, en l'absence de lettre de motivation adressée à cette dernière ou au mandataire de justice chargé de la représenter ;
- les courriers ultérieurs à l'avis de vérification de comptabilité n'ont été correctement adressés ni à la société Nettoyage services hôtels, en l'absence de mention de la domiciliation " chez Aides interentreprises ", ni au liquidateur puis au mandataire ad hoc désigné par le tribunal de commerce, M. A, en l'absence de courriers adressés en ces qualités au siège de la liquidation qui est le siège social de la société Nettoyage services hôtels ainsi que le mentionnaient le BODACC et l'annonce légale publiée ; la proposition de rectification du 30 novembre 2015 et la lettre de motivation des amendes du 19 janvier 2016 ont été irrégulièrement notifiées à M. A en qualité de liquidateur et non en qualité de mandataire de justice chargé de représenter la société vérifiée et à son adresse personnelle au lieu de l'être à l'adresse de la société liquidée ;
- l'administration lui a rendu opposable, ainsi qu'au mandataire désigné, l'ordonnance de désignation d'un mandataire ad hoc, sans justifier de la remise d'une copie de l'ordonnance et de la requête avant la date d'envoi de l'avis de vérification et de la proposition de rectification ;
- M. A n'a pas été désigné en qualité de mandataire ad hoc et ne pouvait pas être désigné par le tribunal de commerce comme mandataire de justice en l'absence d'inscription sur la liste nationale des mandataires de justice, cette nullité étant d'ordre public ;
- les rectifications proposées et les pénalités n'ont pas été établies dans le délai de reprise tant à l'égard du débiteur principal que des débiteurs solidaires et sont donc prescrites ;
- les articles 117 et 1759 du code général des impôts ne sont pas applicables à la société Nettoyage services hôtels qui était liquidée et radiée à la date à laquelle le service vérificateur lui a demandé de désigner les bénéficiaires des revenus présumés distribués, le fait générateur de l'amende constitué par l'expiration du délai imparti à la société pour répondre à cette demande étant postérieur à la clôture de la liquidation et à sa radiation ;
- si les dispositions des articles 117 et 1759 du code général des impôts s'appliquent à une société liquidée et radiée, l'amende est une sanction infligée automatiquement au débiteur solidaire, le débiteur principal ne pouvant pas s'en acquitter en l'absence d'actif du fait de la clôture de sa liquidation, de sorte qu'elles méconnaissent le principe de personnalité des peines, la présomption d'innocence garantie par l'article 9 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et le principe du respect des droits de la défense ;
- l'administration ne justifiant pas de la notification régulière de l'avis de mise en recouvrement de la pénalité de 100 %, le recouvrement de celle-ci ne peut pas être recherché auprès du débiteur solidaire ;
- les dispositions des articles 1754 V 3 et 1759 du code général des impôts sont inopposables à M. C, ressortissant et résident fiscal italien, la convention fiscale franco-italienne ne s'appliquant qu'à l'impôt et non pas également aux amendes ;
- le service vérificateur a appliqué l'amende sur la totalité des revenus présumés distribués sans démontrer que les sommes portées au crédit des comptes bancaires ont été effectivement versées ou distribuées à des tiers dont la société n'a pas révélé l'identité et ainsi effectivement désinvesties et, par suite, n'a pas correctement déterminé l'assiette de l'amende ;
- le montant de l'amende est manifestement disproportionné, la rectification des dotations aux amortissements exclues des charges déclarées par le service n'étant pas susceptible de matérialiser un désinvestissement effectif ; le montant de la trésorerie disponible au 30 septembre est erroné ; le montant des comptes client à l'ouverture et à la clôture de chaque exercice vérifié ne devait pas être pris en compte s'agissant de créances en attente de règlement.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 février 2021 et 8 juillet 2022, l'administrateur général des finances publiques représentant la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 28 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 juillet 2022.
Un mémoire présenté par l'administrateur général des finances publiques représentant la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France a été enregistré le 24 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République italienne en vue d'éviter les doubles impositions en matière d'impôts sur le revenu et sur la fortune et de prévenir l'évasion et la fraude fiscales, signée le 5 octobre 1989, ainsi que le protocole et l'échange de lettres qui y sont annexés ;
- le code civil ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de procédure civile ;
- le décret du 3 juillet 1978 relatif à l'application de la loi n° 78-9 du 4 janvier 1978 modifiant le titre IX du livre III du code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 juin 2024 :
- le rapport de M. Medjahed, premier conseiller ;
- et les conclusions de M. Degand, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Nettoyage services hôtel, qui exerçait une activité de nettoyage courant des bâtiments et dont le gérant et associé minoritaire était M. C, devait faire l'objet à compter du 20 mars 2015 d'une vérification de comptabilité pour la période du 1er octobre 2011 au 30 septembre 2014, étendue en matière de taxe sur la valeur ajoutée jusqu'au 31 janvier 2015. Le 19 février 2015, les associés réunis en assemblée générale ont prononcé la dissolution anticipée de la société et sa mise en liquidation amiable à compter du 19 février 2015 et désigné M. A en qualité de liquidateur. Le 28 février 2015, ils ont prononcé la clôture des opérations de liquidation amiable à compter du 28 février 2015. La clôture de la liquidation a été enregistrée au registre du commerce et des sociétés le 13 avril 2015 et la société a été radiée le même jour de ce registre. Saisie d'une requête de l'administration fiscale enregistrée le 22 juillet 2015, le tribunal de commerce a, par ordonnance du 29 juillet 2015, nommé M. A mandataire de justice chargé de représenter la société auprès de l'administration fiscale dans le cadre de la procédure de contrôle qu'elle a engagée. Dans sa proposition de rectification du 30 novembre 2015, l'administration a, en application de l'article 117 du code général des impôts, demandé la désignation des bénéficiaires des revenus distribués par cette société. A défaut de réponse dans le délai de trente jours, elle a appliqué l'amende de 100 % prévue par les dispositions de l'article 1759 du même code et par un avis de mise en recouvrement du 30 octobre 2020, l'a mise à la charge de M. C sur le fondement du 3 du V de l'article 1754 du même code, en qualité de débiteur solidaire des amendes dues par la société dont il était le gérant et associé. La réclamation de M. C du 25 novembre 2020 tendant à la décharge de l'amende mise à sa charge a été soumise d'office au tribunal par l'administration fiscale en application du troisième alinéa de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales. M. C, dont la réclamation a été transmise d'office au tribunal, demande que soit prononcée la décharge totale ou partielle de l'amende qui lui a été réclamée, en sa qualité de débiteur solidaire, au titre des années 2012 et 2013 s'élevant respectivement à 326 392 euros et 225 724 euros.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article 1844-7 du code civil : " La société prend fin : /()/ 4° Par la dissolution anticipée décidée par les associés () ". Aux termes de l'article 1844-8 du même code : " La dissolution de la société entraîne sa liquidation () Elle n'a d'effet à l'égard des tiers qu'après sa publication. / Le liquidateur est nommé conformément aux dispositions des statuts. Dans le silence de ceux-ci, il est nommé par les associés () La nomination et la révocation ne sont opposables aux tiers qu'à compter de leur publication () La personnalité morale de la société subsiste pour les besoins de la liquidation jusqu'à la publication de la clôture de celle-ci () ". Aux termes de l'article 10 du décret du 3 juillet 1978 relatif à l'application de la loi n° 78-9 du 4 janvier 1978 modifiant le titre IX du livre III du code civil, dont les dispositions sont applicables à toutes les sociétés dotées de la personnalité morale, sauf dispositions expresses contraires : " /()/ La décision de clôture de la liquidation est prise par les associés, après approbation des comptes définitifs de la liquidation ()". Aux termes de l'article 14 du même décret : " La société est radiée du registre du commerce et des sociétés sur justification de l'accomplissement des formalités prescrites par les articles 10 et 29 ". Enfin, l'article 29 de ce décret dispose que " L'avis de clôture de la liquidation, signé par le liquidateur, est publié, à la diligence de celui-ci, dans le journal d'annonces légales et, si la société a fait publiquement appel à l'épargne, au Bulletin des annonces légales obligatoires () ".
3. Il résulte de ces dispositions que si une société, même non commerciale, prend fin par la dissolution anticipée décidée par les associés, sa personnalité morale subsiste pour les besoins de la liquidation jusqu'à la publication de la clôture. Jusqu'à la date d'enregistrement de la clôture de la liquidation au registre du commerce et des sociétés, le liquidateur a qualité pour représenter la société. En revanche, postérieurement à cet enregistrement, sauf décision qui aurait été prise par les associés conformément aux statuts de la société et qui aurait prolongé le mandat du liquidateur au-delà de cette date, seul un mandataire spécialement désigné par la juridiction judiciaire, à la demande de l'administration ou des anciens associés de la société, dispose de la qualité de représentant de cette société. C'est, par suite, avec celui-ci que les opérations de contrôle doivent se dérouler et à lui que, dès lors, toute nouvelle pièce de la procédure doit être adressée. Ces dispositions ne font pas obstacle, durant la période courant de la date d'enregistrement de la clôture de la liquidation de la société au registre du commerce et des sociétés à la date de désignation d'un mandataire spécialement désigné, à la poursuite des opérations de contrôle, à l'exclusion de la notification de nouvelles pièces de procédure, avec toute personne pouvant être regardée, dans les circonstances particulières de chaque espèce, comme mandataire.
4. Aux termes de l'article 117 du code général des impôts dans sa version alors applicable : " Au cas où la masse des revenus distribués excède le montant total des distributions tel qu'il résulte des déclarations de la personne morale visées à l'article 116, celle-ci est invitée à fournir à l'administration, dans un délai de trente jours, toutes indications complémentaires sur les bénéficiaires de l'excédent de distribution. / En cas de refus ou à défaut de réponse dans ce délai, les sommes correspondantes donnent lieu à l'application de la pénalité prévue à l'article 1759. ". L'article 1759 du même code dispose que : " Les sociétés et les autres personnes morales passibles de l'impôt sur les sociétés qui versent ou distribuent, directement ou par l'intermédiaire de tiers, des revenus à des personnes dont, contrairement aux dispositions des articles 117 et 240, elles ne révèlent pas l'identité, sont soumises à une amende égale à 100 % des sommes versées ou distribuées. Lorsque l'entreprise a spontanément fait figurer dans sa déclaration de résultat le montant des sommes en cause, le taux de l'amende est ramené à 75 %. ". Aux termes du 3 du V de l'article 1754 de ce code : " Les dirigeants sociaux mentionnés à l'article 62 et aux 1°, 2° et 3° du b de l'article 80 ter ainsi que les dirigeants de fait gestionnaires de la société à la date du versement ou, à défaut de connaissance de cette date, à la date de déclaration des résultats de l'exercice au cours duquel les versements ont eu lieu, sont solidairement responsables du paiement de l'amende prévue à l'article 1759 ".
5. Il résulte de ces dispositions que la pénalité fiscale instituée par l'article 1759 du du code général des impôts pour sanctionner le refus par une personne morale passible de l'impôt sur les sociétés de révéler l'identité des bénéficiaires d'une distribution de revenus a pour fait générateur l'expiration du délai imparti pour ce faire à cette personne morale en vertu de l'article 117 du même code.
6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le fait générateur de l'amende litigieuse est intervenu le 2 janvier 2016, date d'expiration du délai de trente jours prévu par l'article 117 du code général des impôts courant à compter du 2 décembre 2015, date de première présentation de la demande de désignation de bénéficiaires des revenus distribués formulée dans la proposition de rectification du 30 novembre 2015, régulièrement adressée, ainsi qu'il sera dit ci-après, à M. A qui était, à cette date, mandataire de justice chargé de représenter la société auprès de l'administration fiscale dans le cadre de la procédure de contrôle engagée. Dans ces conditions et alors même que la société Nettoyage services hôtel était à cette date liquidée et radiée du registre du commerce et des sociétés, l'administration fiscale pouvait à bon droit demander au mandataire de justice la représentant dans le cadre de la procédure fiscale de désigner les bénéficiaires des revenus distribués. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que les dispositions des articles 117 et 1759 du code général des impôts et du 3 du V de l'article 1954 du même code ne sont pas applicables en raison de la liquidation et de la radiation. Dès lors, ce moyen doit être écarté.
7. En deuxième lieu, si l'administration peut s'adresser au dirigeant d'une société à laquelle a été infligée l'amende en vue d'en obtenir le paiement dès lors qu'il en est solidairement responsable, la garantie que constitue, pour le Trésor public, l'existence de débiteurs tenus solidairement au paiement d'une créance fiscale ne peut être mise en œuvre, lorsqu'il existe un débiteur principal de l'impôt ou de la pénalité fiscale qui est le contribuable, que si cette créance a été régulièrement établie à son égard et, en particulier, s'il a été destinataire d'un avis de mise en recouvrement régulièrement notifié dans le délai de reprise. Par suite, la personne qui est recherchée en paiement solidaire d'une imposition ou d'une pénalité mise à la charge d'un débiteur principal est fondée à soutenir que l'imposition ou la pénalité n'a pas été régulièrement établie si l'administration n'a pas, avant l'expiration du délai de reprise, régulièrement notifié au débiteur principal un avis de mise en recouvrement.
8. Il résulte de l'instruction qu'antérieurement à la publication au bulletin officiel des annonces civiles et commerciales (Bodacc) le 28 avril 2015 de la dissolution anticipée de la société Nettoyage services hôtel et de la clôture de sa liquidation amiable, un avis de vérification de compatibilité du 25 février 2015 lui a été adressé par un courrier recommandé avec accusé de réception distribué le 9 mars 2015 à son siège social 14 rue du Pont-Neuf dans le 1er arrondissement de Paris ainsi qu'une première mise en garde pour opposition à contrôle fiscal du 27 mars 2015 faite par courrier recommandé avec accusé de réception présenté et avisé à la même adresse le 30 mars 2015. L'administration fiscale a ensuite communiqué l'avis de vérification du 25 février 2015, la charte des droits et obligations du contribuable vérifié et la première mise en garde pour opposition à contrôle fiscal du 27 mars 2015 à M. A en sa qualité de liquidateur de la société par un courrier recommandé avec accusé de réception du 27 mars 2015 distribué à son domicile personnel le 28 mars 2015 ainsi que la deuxième mise en garde du 27 avril 2015 par un courrier recommandé avec accusé de réception présenté et avisé à son domicile personnel le 29 avril 2015. Elle a de nouveau communiqué à M. A en sa qualité de mandataire de justice chargé de représenter la société dans le cadre de la procédure fiscale l'avis de vérification du 25 février 2015 et la charte du contribuable vérifié et lui a demandé de fixer les dates et lieux pour permettre au vérificateur d'effectuer le contrôle, par un courrier recommandé avec accusé de réception du 31 août 2015 adressé à son domicile personnel, dont l'accusé de réception comporte la signature du destinataire ou de son mandataire, ainsi qu'une mise en garde pour opposition à contrôle fiscal par un courrier recommandé avec accusé de réception du 13 octobre 2015 présenté et avisé à son domicile personnel le 14 octobre 2015. Le 2 novembre 2015, le service a dressé un procès-verbal pour opposition à contrôle fiscal qui a été porté à la connaissance de M. A par un courrier recommandé avec accusé de réception présenté et avisé à son domicile personnel le 3 novembre 2015. La proposition de rectification du 30 novembre 2015, qui comporte la demande de désignation des bénéficiaires des revenus distribués, a été adressée à M. A par un courrier recommandé avec accusé de réception présenté et avisé à son domicile personnel le 2 décembre 2015. La lettre de motivation des amendes infligées sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts a été adressée à M. A par un courrier recommandé avec accusé de réception du 19 janvier 2016 présenté et avisé à son domicile personnel le 20 janvier 2016. Enfin, il résulte de l'instruction et n'est pas contesté qu'un avis de mise en recouvrement des amendes du 29 février 2016 a été adressé et réceptionné par M. A à son domicile personnel.
9. Pour contester l'opposabilité de ces notifications M. C ne se prévaut pas utilement de la double circonstance que les actes de la procédure adressés à la société Nettoyage services hôtels l'ont été à son siège social sans la mention de sa domiciliation " chez Aides interentreprises " pour les actes ultérieurs à l'avis de vérification, son siège social tel qu'il résulte du Bodacc du 28 avril 2015 ne comportant pas de mention de cette domiciliation, et que les actes de la procédure ont été notifiés à M. A en sa qualité de liquidateur puis de mandataire de justice chargé de la représenter auprès de l'administration fiscale à son domicile privé et sans mentionner sa qualité à l'égard de la société, aucun principe et aucun texte ne sanctionnant l'une ou l'autre de ces deux particularités des notifications effectuées. De même, le requérant ne se prévaut pas utilement, en l'absence de preuve d'un refus de remise du pli de la part des services postaux, de l'erreur purement matérielle ayant consisté, sur l'un des courriers, à faire précéder les prénom et nom du mandataire de la mention " Madame " au lieu de " Monsieur ". Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'invitation à désigner les bénéficiaires des revenus distribués prévue par l'article 117 du code général des impôts a été irrégulièrement faite et que la lettre de motivation des amendes n'a pas été adressée à la société Nettoyage services hôtels ou à son mandataire. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article 495 du code de procédure civile : " L'ordonnance sur requête est motivée. / Elle est exécutoire au seul vu de la minute. / Copie de la requête et de l'ordonnance est laissée à la personne à laquelle elle est opposée ".
11. Il résulte de ces dispositions que l'ordonnance désignant le mandataire ad hoc est exécutoire au seul vu de la minute, sans qu'il soit besoin de rechercher si elle a fait l'objet de formalités la rendant opposable. Il n'appartient pas, en tout état de cause, au juge administratif de statuer sur la légalité de cette ordonnance. Par suite, les moyens tirés de ce que la procédure est irrégulière l'administration ne justifiant pas de la remise à la société, au mandataire désigné ou au débiteur solidaire d'une copie de l'ordonnance de désignation de M. A en qualité de mandataire ad hoc par le tribunal de commerce et de la requête avant la date d'envoi de l'avis de vérification et de la proposition de rectification et de ce que M. A n'a pas être désigné par le tribunal de commerce en qualité de mandataire ad hoc et ne pouvait pas l'être en qualité de mandataire de justice en l'absence d'inscription sur la liste nationale des mandataires de justice doivent être écartés.
Sur le bien-fondé de l'amende :
12. En premier lieu, les actes de procédure ayant été régulièrement notifiés à la société Nettoyage services hôtel puis au liquidateur puis au mandataire de justice la représentant auprès de l'administration fiscale, ainsi qu'il est dit aux points 8 et 9 ci-dessus, M. C n'est pas fondé à soutenir que les rectifications proposées et les amendes infligées sont prescrites faute d'avoir été établies dans le délai de reprise tant à l'égard du débiteur principal que des débiteurs solidaires. Par suite, ce moyen doit être écarté.
13. En deuxième lieu, les articles 117 et 1759 du code général des impôts étant applicables à la personne morale débitrice principale de l'amende fiscale alors même qu'elle a été liquidée et radiée du registre du commerce et des sociétés, ainsi qu'il est dit au point 6 ci-dessus, cette amende ne peut être regardée comme étant, du fait de la liquidation et de la radiation de la société, directement infligée au débiteur solidaire. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que ces dispositions méconnaissent le principe de personnalité des peines, la présomption d'innocence et le principe du respect des droits de la défense. Dès lors, ce moyen doit être écarté.
14. En troisième lieu, il ne résulte d'aucune stipulation de la convention fiscale franco-italienne du 5 octobre 1989 ni d'aucun principe qu'une amende fiscale ne puisse pas être infligée à un débiteur solidaire ressortissant et résident fiscal italien. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que, du fait de cette double qualité qui est la sienne, les dispositions de l'article 1759 du code général des impôts lui sont inopposables. Dès lors, ce moyen doit être écarté.
15. En dernier lieu, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; () ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109, les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés. / () ". Il résulte de ces dispositions et de celles des articles 117 et 1759 du code général des impôts citées au point 4 que doit être pris en compte, pour l'assiette de la pénalité fiscale qu'elles prévoient, le montant des sommes effectivement versées ou distribuées.
16. Il appartient au tribunal de se prononcer sur ceux des moyens relatifs au bien-fondé des impositions mises à la charge de la société qui sont susceptibles d'avoir une incidence sur le montant des revenus regardés comme distribués et donc sur celui de l'amende en litige.
17. Il résulte de l'instruction que l'administration a retenu, pour déterminer l'assiette de l'amende, le montant des bénéfices qu'elle a reconstitués pour les exercices 2012 et 2013 à partir des comptes bancaires de la société en l'absence de présentation de la comptabilité et qu'elle a regardés, pour ceux excédant le montant total des distributions tel qu'il résulte des déclarations de la société, comme ayant été désinvestis de la société et constituant de ce fait des revenus distribués au sens du 1° de l'article 109 du code général des impôts. L'amende de 326 392 euros pour 2012 et de 225 724 euros pour 2013 qu'elle a mise à la charge de M. C correspond ainsi au montant des distributions occultes réalisées, selon elle, par la société pour ces deux exercices.
18. La société, dont les recettes et les résultats ont été évalués d'office pour opposition à contrôle fiscal, supporte, en application des dispositions de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales, la charge d'établir l'exagération des impositions. Elle s'est abstenue, à l'occasion des opérations de vérification dont elle a fait l'objet, de présenter une comptabilité, ce qui a conduit le service à dresser un procès-verbal pour défaut de présentation de comptabilité. L'administration a ensuite, selon une méthode qui n'est pas sommaire, reconstitué le chiffre d'affaires pour les exercices 2012 et 2013 à partir des encaissements constatés sur les comptes bancaires de la société Nettoyage services hôtel après avoir écarté des charges d'exploitation la déduction des dotations aux amortissements en l'absence de toute justification quant à leur comptabilisation. Pour sa part, M. C n'a produit aucun élément issu de la comptabilité de la société susceptible de justifier la réalité de ses recettes ni l'écart entre les recettes reconstituées et les revenus distribués déclarés ou de démontrer que la société a bien exposé des charges en France. Ainsi, l'administration établit le bien-fondé de l'évaluation des revenus distribués à laquelle elle a procédé et, par conséquent, celui de l'amende, tant dans son principe que dans son montant. Par suite, M. C n'est pas fondé à contester le montant de l'amende.
19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et à la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France.
Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Aubert, présidente,
M. Julinet, premier conseiller,
M. Medjahed, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
Le rapporteur,
N. MEDJAHED
La présidente,
S. AUBERT
La greffière,
A. LOUART
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2304140
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A, agent contractuel, qui contestait une retenue sur son traitement de 250 euros pour un indu de prime exceptionnelle liée à la pandémie. La requérante invoquait un défaut de motivation et une faute de l'administration, mais le tribunal a jugé que la décision de retenue était fondée sur l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 et le décret n° 2020-570 du 14 mai 2020. Il a estimé que l'administration avait établi le bien-fondé de l'indu, car Mme A ne remplissait pas les conditions pour bénéficier de la prime, et qu'aucune faute n'était caractérisée. Les conclusions indemnitaires et subsidiaires ont également été rejetées.
25/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2305883
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé le compte rendu d'entretien professionnel de Mme B..., capitaine de police, établi le 23 janvier 2023 au titre de l'année 2017. La requérante soutenait notamment que l'évaluation avait été réalisée par une autorité incompétente et sans entretien préalable. Le tribunal a fait droit à sa demande en se fondant sur l'autorité de la chose jugée attachée à un précédent jugement du 25 mars 2022, qui avait déjà annulé un premier compte rendu pour les mêmes motifs (absence d'entretien et évaluation partielle). La décision s'appuie sur les dispositions de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 et du décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 relatifs à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires.
25/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2307997
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B A, réserviste opérationnel, qui demandait l'annulation de la décision du 18 janvier 2023 de la commission de recours de l'invalidité lui refusant une pension militaire d'invalidité pour une affection non imputable au service. Le tribunal a jugé que M. A n'apportait pas la preuve, exigée par les articles L. 121-1 et suivants du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, que son infirmité était directement causée par l'exercice de ses fonctions de réserviste. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête, incluant la demande de pension et celle au titre des frais de justice.
25/09/2025