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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2123044

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2123044

mardi 12 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2123044
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre
Avocat requérantALAIMO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 octobre 2021, M. A C, représenté par Me Denervaud demande au tribunal :

1°) de condamner l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui payer :

- 4 050 euros au titre de l'aide par tierce personne ;

- 4 000 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;

- 5 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;

- 7 000 euros au titre des souffrances endurées ;

- 4 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;

- 15 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;

- 10 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;

- 30 000 euros au titre de l'incidence professionnelle.

2°) de condamner l'AP-HP à lui rembourser les frais d'expertise ;

3°) de condamner l'AP-HP à lui payer la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a subi une section de l'appareil fléchisseur de son cinquième doigt au cours d'une opération chirurgicale qui visait à corriger un déficit de flexion ;

- il a subi trois interventions de " rattrapage " qui n'ont pas permis de récupérer une quelconque flexion active du doigt ;

- il est gêné pour ses activités personnelles et domestiques, ainsi que pour reprendre ses activités professionnelles ;

- il existe un lien de causalité entre la faute commise lors de la première intervention chirurgicale le 16 septembre 2015 et les souffrances qu'il subit, qui permettent de retenir la responsabilité pour faute de l'hôpital Saint-Antoine.

Par un mémoire en défense, enregistré les 26 avril 2022, l'Office national d'indemnisation de accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Saidji, demande au tribunal :

1°) de le mettre hors de cause ;

2°) de laisser les dépens à la charge du requérant.

Il soutient que les conditions de son intervention ne sont pas réunies.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 novembre 2023, l'AP-HP demande au tribunal, de ramener les demandes présentées par M. C à de plus justes proportions.

L'AP-HP fait valoir que :

- la section de l'appareil fléchisseur de l'auriculaire de M. C au cours de l'ostéotomie réalisée le 16 septembre 2015 constitue une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- cependant, M. C présentait antérieurement à l'ostéotomie une déformation de sa main droite et la faute commise n'a fait qu'aggraver cette déformation ;

- l'incidence professionnelle est à imputer à son état antérieur ;

- M. C ne justifie pas de sa pratique de la boxe ;

- l'assistance à tierce personne, le déficit fonctionnel temporaire et permanent, les souffrances endurées et le préjudice esthétique de M. C doivent être réévalués à de plus justes proportions.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Convoqué en application de l'article R. 621-10 du code de justice administrative, l'expert a comparu personnellement à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lambert,

- les conclusions de M. Thulard, rapporteur public,

- les explications de M. B, expert judiciaire,

- et les observations de Me Begeot, pour M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C a été opéré le 16 septembre 2015 dans le service de chirurgie de la main de l'hôpital Saint-Antoine relevant de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), d'une ostéotomie de correction avec ostéosynthèse par broches visant à corriger un déficit de flexion de son auriculaire gauche et à éliminer un cal vicieux séquellaire d'une fracture ancienne. Le 3 novembre 2015, les broches lui ont été retirées. Au début du mois de janvier 2016, M. C s'est plaint d'une absence complète de flexion des deux dernières articulations du doigt. Une échographie réalisée le 12 janvier 2016 a mis en évidence une section des tendons fléchisseurs superficiel et profond du doigt. M. C a dû être réopéré à trois reprises, les 3 février 2016, 16 mars 2016 et 13 juillet 2016 en vue de la reconstruction du tendon fléchisseur profond, d'abord par ténolyse, puis par greffe du muscle long palmaire, enfin par accourcissement du tendon au poignet. Se plaignant de la persistance de l'absence de flexion et de la déformation résiduelle de son auriculaire gauche, M. C a sollicité en référé une expertise judiciaire. Au vu des conclusions de l'expert, M. C met en cause la responsabilité de l'AP-HP et sollicite sa condamnation à l'indemniser de ses différents préjudices.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".

3. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise judiciaire, que l'état actuel de l'auriculaire gauche de M. C correspond à l'aggravation fonctionnelle d'une griffe de l'auriculaire préexistante et que cette déformation a été majorée, d'une part, par un cal vicieux osseux en dérotation cubitale, d'autre part et surtout, par " une section iatrogène lors de l'ostéotomie de l'appareil fléchisseur de l'auriculaire " réalisée le 16 septembre 2015. Il résulte de cette même instruction, éclairée par les précisions apportées par l'expert judiciaire à l'audience quant au vocabulaire utilisé dans son rapport, que l'accident subi par M. C au cours de l'intervention du 16 septembre 2015 a été causé par une maladresse fautive du chirurgien, engageant la responsabilité de l'établissement hospitalier, laquelle, d'ailleurs, n'est nullement contestée par l'AP-HP.

Sur les préjudices de M. C :

4. L'expert a fixé la date de consolidation des lésions de M. C à la date du 13 octobre 2016, date de sa dernière consultation à l'hôpital Saint-Antoine.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

S'agissant de l'assistance par tierce personne :

5. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise judiciaire, que l'état de santé de M. C nécessitait l'assistance d'une tierce personne pendant une heure par jour durant la période qui a débuté après la première opération de reprise, soit le 4 février 2016 et jusqu'à la consolidation de son état de santé, soit le 13 octobre 2016, hors deux séjours à l'hôpital les 16 mars et 13 juillet 2016. Il y a lieu de retenir pour la période concernée de 251 jours, un coût horaire brut augmenté des charges sociales applicables de 15 euros, rapporté à une base annuelle de 412 jours. Ainsi, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à une somme de 4 250 euros.

S'agissant de l'incidence professionnelle :

6. M. C sollicite une indemnisation de 30 000 euros au titre des difficultés qu'il rencontre pour retrouver du travail, expliquant qu'il ne peut plus désormais exercer une activité de force, alors qu'il travaillait dans le bâtiment avant son opération.

7. Toutefois, si M. C soutient qu'il exerçait une activité de peintre avant l'intervention chirurgicale du 16 septembre 2015, il ne le démontre pas, étant souligné qu'il était déjà atteint, selon l'expert, avant l'intervention chirurgicale litigieuse, d'un déficit fonctionnel de 6% en lien avec le déficit de flexion et l'attitude en griffe de son auriculaire gauche. Il résulte par ailleurs des propres déclarations de M. C faites à l'expert qu'il " n'envisage pas de formation professionnelle, vivant actuellement d'aides financières de ses frères et de sa compagne ". Par suite, faute de démonstration par le requérant d'un préjudice d'incidence professionnelle, sa demande indemnitaire présentée à ce titre doit être rejetée.

En ce qui concerne les préjudices personnels :

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

8. Ainsi qu'il a été indiqué au point 1, M. C a fait l'objet de trois interventions de reprise du tendon fléchisseur de l'auriculaire gauche, les 3 février, 16 mars et 13 juillet 2016, au cours desquelles son déficit fonctionnel temporaire a été total. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise, que le déficit fonctionnel temporaire de M. C a été de 15% entre le 5 décembre 2015 et le 2 février 2016, veille de la première intervention de reprise, soit durant 60 jours, puis de 25 % du 4 février 2016 au 13 octobre 2016, date de la consolidation de son état de santé, à l'exception des deux journées d'intervention des 16 mars 2016 et 13 juillet 2016, soit durant 251 jours. Sur la base d'un forfait journalier de 20 euros pour un déficit fonctionnel total, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en le fixant à la somme de 1 495 euros.

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

9. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que M. C reste atteint d'un déficit fonctionnel permanent de 12%, en raison de son déficit de flexion de l'auriculaire gauche, dont 6% imputable à la faute de l'hôpital. Compte tenu de l'âge de M. C à la date de consolidation de son état de santé, il sera fait une juste évaluation de ce poste de de préjudice en le fixant à la somme de 6 000 euros.

S'agissant du préjudice esthétique :

10. Il sera fait une juste évaluation du préjudice esthétique de M. C, qualifié de " modéré puis léger " par l'expert en raison de la persistance d'une cicatrice, tant au titre de la période antérieure à la consolidation qu'à celle qui lui est postérieure, en le fixant à la somme de 1 000 euros.

S'agissant des souffrances endurées :

11. Il sera fait une juste évaluation de ce poste de préjudice, qualifié par l'expert de " modéré à moyen ", en raison des souffrances endurées par le requérant en lien avec les trois interventions de reprise et avec la rééducation qui s'en est suivie, en le fixant à la somme de 3 000 euros.

S'agissant du préjudice d'agrément :

12. Si M. C soutient qu'il ne pourra pas reprendre la pratique de la boxe, alors qu'il était coach sportif avant son intervention chirurgicale, il n'établit ni la réalité de sa pratique sportive, ni son impossibilité à la reprendre, étant rappelé que l'intervention chirurgicale en litige n'a fait que majorer de 6% le déficit fonctionnel de M. C qui était déjà présent à hauteur de 6%.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est fondé à demander la condamnation de l'AP-HP à l'indemniser de ses préjudices subis à hauteur de la somme globale de 15 745 euros.

Sur les frais de l'instance :

En ce qui concerne les dépens :

14. Il y a lieu de mettre les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 1 500 euros T.T.C par ordonnance du 8 février 2022 du vice-président du tribunal administratif de Paris, à la charge définitive de l'AP-HP.

En ce qui concerne les frais non compris dans les dépens :

15. Il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est mis hors de cause.

Article 2 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris versera à M. C la somme de 15 745 euros.

Article 3 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 1 500 euros, sont mis à la charge de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris.

Article 4 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris versera la somme de 1 500 euros à M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, et à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Weidenfeld, présidente

Mme Lambert, première conseillère,

M. Théoleyre, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.

La rapporteure,

F. Lambert

La présidente,

K. WeidenfeldLa greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2123044/6-

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