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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2123312

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2123312

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2123312
TypeDécision
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantRISCHMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 novembre 2021 et un mémoire enregistré le 3 avril 2022, Mme A C, représentée par Me Rischmann, puis par Me Cailloce, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'ordonner avant dire droit une expertise en confiant à l'expert la mission de se faire remettre les pièces de son dossier médical et administratif, ainsi que toute autre pièce utile à l'exécution de sa mission, de l'entendre et de l'examiner, et de se prononcer sur le lien de causalité entre ses différents arrêts de travail et la maladie dont elle est atteinte ;

2°) d'annuler la décision de la maire de Paris du 27 mai 2021 la maintenant en disponibilité d'office pour raison de santé du 1er août 2021 au 28 février 2022 ;

3°) d'enjoindre à la maire de Paris de la placer en congé de maladie imputable au service ;

4°) de mettre à la charge de la ville de Paris une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) de condamner la ville de Paris aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée de défaut de motivation et de défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée de l'incompétence de son auteur ;

- elle est entachée de vice de procédure, la commission de réforme n'ayant pas été saisie ;

- elle est entachée d'erreur de droit et de méconnaissance des dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, dès lors que sa maladie doit être regardée comme imputable au service et qu'elle n'est pas en état de reprendre son service ;

- elle est entachée d'erreur de fait, sa maladie étant aggravée par ses fonctions ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle et professionnelle ;

- elle est dépourvue de base légale, la décision initiale du 18 mai 2021 étant irrégulière ;

- elle est entachée d'erreur de droit, dès lors qu'elle aurait dû être placée en congés pour accident de service.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 6 janvier 2022 et le 1er juin 2022, la maire de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Arnaud, conseillère,

- et les conclusions de Mme Belkacem, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C est une adjointe administrative principale de la ville de Paris. Par un arrêté du 27 mai 2021, elle a été maintenue en disponibilité d'office pour raison de santé du 1er août 2021 au 28 février 2022. Mme C demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, les décisions maintenant d'office un fonctionnaire en disponibilité en raison de l'expiration de ses droits statutaires à congés de maladie ne relèvent d'aucune des catégories de décisions qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision du 27 mai 2021 prolongeant la mise en disponibilité de la requérante est inopérant et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise l'arrêté portant mise en disponibilité d'office de Mme C et le procès-verbal de la séance du comité médical départemental du 10 mai 2021. Il ne ressort donc pas des pièces du dossier que la situation de l'intéressée n'aurait pas été examinée par l'administration. Le moyen tiré du défaut d'examen doit donc être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été signée par Mme D B, référente retraite invalidité et responsable adjointe du bureau maladies retraites invalidité, qui disposait à cette fin d'une délégation de signature consentie par arrêté du 3 juillet 2020, régulièrement publié au bulletin officiel de la ville de Paris du 3 juillet 2020. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 37 du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987, dans sa rédaction en vigueur à la date de l'arrêté attaqué: " Le fonctionnaire ne pouvant, à l'expiration de la dernière période de congé de longue maladie ou de longue durée, reprendre son service est soit reclassé dans un autre emploi, en application du décret n° 85-1054 du 30 septembre 1985 susvisé, soit mis en disponibilité, soit admis à la retraite après avis de la commission de réforme prévue par le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales () . ". Aux termes de l'article 38 du même décret : " La mise en disponibilité visée aux articles 17 et 37 du présent décret est prononcée après avis du comité médical ou de la commission de réforme prévue par le décret n° 65-773 du 9 septembre 1965 susvisé, sur l'inaptitude du fonctionnaire à reprendre ses fonctions. / () Le renouvellement de la mise en disponibilité est prononcé après avis du comité médical. Toutefois, lors du dernier renouvellement, l'avis est donné par la commission de réforme. ".

6. Ces dispositions n'impliquent pas que la commission de réforme soit saisie préalablement à une décision prolongeant la période de disponibilité d'office pour raisons de santé d'un fonctionnaire, hormis le cas du dernier renouvellement. Par suite, le moyen tiré de l'absence de saisine de la commission de réforme doit, en l'espèce, être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 57 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984, applicable au présent litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévus en application de l'article 58. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. () " Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 : " II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. () IV.- Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. () Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. "

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme C a été placée en congé de longue durée, puis en disponibilité d'office pour raisons de santé en raison de troubles anxio-dépressifs. Cette maladie ne figurant pas dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale, il revient dès lors à Mme C d'établir que sa pathologie est essentiellement et directement causée par l'exercice de ses fonctions. Or, Mme C, qui au demeurant n'allègue ni n'établit avoir demandé à son employeur la reconnaissance de l'imputabilité au service de cette maladie, ne produit aucun élément permettant de faire supposer un tel lien de causalité entre ses fonctions et sa maladie.

9. D'autre part, si la requérante soutient qu'elle a subi un accident de service, elle n'apporte aucune précision concernant l'accident allégué, dont la réalité ne ressort d'aucune des pièces du dossier. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit et celui tiré de la méconnaissance de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 doivent être écartés.

10. En sixième lieu, si la requérante soutient que sa maladie a été aggravée par l'exercice de ses fonctions, elle n'assortit cette allégation d'aucune précision et ne produit aucun élément permettant de l'établir. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit donc être écarté.

11. En septième lieu, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et professionnelle n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé et doit dès lors être écarté.

12. En dernier lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception n'est recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée, sauf dans le cas où l'acte et la décision ultérieure constituant les éléments d'une même opération complexe, l'illégalité dont l'acte serait entaché peut être invoquée en dépit du caractère définitif de cet acte.

13. Si la requérante se prévaut, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision du 18 mai 2021 la plaçant en disponibilité d'office pour raisons de santé du 29 avril 2020 au 31 juillet 2021, la décision du 27 mai 2021 a toutefois été adoptée sur le fondement de la loi du 13 juillet 1983, de la loi du 26 janvier 1984 et en considération de l'épuisement des droits à congé de maladie de l'intéressée et du procès-verbal de la séance du comité médical départemental du 10 mai 2021. La décision du 18 avril 2021 ne peut donc être regardée comme constituant la base légale de la décision attaquée, laquelle n'a pas non plus été prise pour l'application de cette première décision. Ces deux décisions ne constituent pas davantage les éléments d'une même opération complexe. Par suite, Mme C ne peut utilement exciper de l'illégalité de la décision du 18 mai 2021 au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision du 27 mai 2021.

14. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner l'expertise demandée, que les conclusions à fin d'annulation de Mme C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la maire de Paris.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,

M. Coz, premier conseiller,

Mme Arnaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

La rapporteure,

B. ARNAUD

Le président,

C. FOUASSIERLa greffière,

C. ELHOUSSINE

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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