mardi 26 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2123351 |
| Type | Décision |
| Formation | 2e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | OBADIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 2 novembre 2021, le 26 septembre 2022, et le 10 octobre 2023, la société Laboratoire LBC, représentée par Me Obadia, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2013, 2014 et 2015, pour un montant de 668 888 euros, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la procédure d'imposition est entachée d'irrégularité dès lors que la vérificatrice a pris connaissance de factures indiquant l'identité des patients et la nature des prestations les concernant, informations couvertes par le secret médical, et a ensuite demandé que lui soient communiqués d'autres factures similaires, en méconnaissance du secret professionnel et de l'article L. 13-0 A du livre des procédures fiscales ;
- les impositions supplémentaires ne sont pas fondées dès lors que c'est à tort que l'administration fiscale a refusé d'admettre en déduction des résultats des exercices clos en 2013, 2014 et 2015 les factures émises par son fournisseur, la société PRODMED, qui ne sont pas fictives et correspondent à l'achat de prothèses non finies, dont la matérialité est établie ;
- les pénalités de 40% qui lui ont été notifiées sont insuffisamment motivées et sont infondées.
Par des mémoires en défense, enregistré le 29 avril 2022 et le 5 décembre 2023, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions tendant à la décharge des rehaussements acceptés par la société lors de la procédure contradictoire sont irrecevables ;
- la consultation d'éléments couverts par le secret médical ou professionnel, à la supposer établie, ne peut que rester sans influence sur la régularité des rehaussements d'impositions sans rapport avec les faits révélés par cet examen et les conclusions tendant à la décharge d'impositions établies sans qu'une telle consultation ait eu lieu sont donc irrecevables ;
- les moyens invoqués par la société Laboratoire LBC ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 27 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Laforêt,
- les conclusions de M. Halard, rapporteur public,
- et les observations de Me Gaspar, représentant la société Laboratoire LBC.
Considérant ce qui suit :
1. La société Laboratoire LBC, qui exerce une activité de prothésiste dentaire, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les exercices clos en 2013, 2014 et 2015. Les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés résultant de ce contrôle ont été mises en recouvrement le 31 juillet 2018 pour un montant, en droits et pénalités de 668 888 euros. Par la présente requête, elle demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article 226-13 du code pénal : " La révélation d'une information à caractère secret par une personne qui en est dépositaire soit par état ou par profession, soit en raison d'une fonction ou d'une mission temporaire, est punie d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende ". L'article L. 1110-4 du code de la santé publique dispose : " I.- Toute personne prise en charge par un professionnel de santé, un établissement ou service, un professionnel ou organisme concourant à la prévention ou aux soins dont les conditions d'exercice ou les activités sont régies par le présent code, le service de santé des armées, un professionnel du secteur médico-social ou social ou un établissement ou service social et médico-social mentionné au I de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles a droit au respect de sa vie privée et du secret des informations la concernant. / Excepté dans les cas de dérogation expressément prévus par la loi, ce secret couvre l'ensemble des informations concernant la personne venue à la connaissance du professionnel, de tout membre du personnel de ces établissements, services ou organismes et de toute autre personne en relation, de par ses activités, avec ces établissements ou organismes. Il s'impose à tous les professionnels intervenant dans le système de santé ". Aux termes de l'article L. 13-0 A du livre des procédures fiscales : " Les agents de l'administration des impôts peuvent demander toutes informations relatives au montant, à la date et à la forme des versements afférents aux recettes de toute nature perçues par les personnes dépositaires du secret professionnel en vertu des dispositions de l'article 226-13 du code pénal. Ils ne peuvent demander de renseignements sur la nature des prestations fournies par ces personnes ".
3. Bien que les agents des services fiscaux soient eux-mêmes tenus au secret professionnel, il ne saurait être dérogé en leur faveur, sauf disposition législative expresse, à la règle de secret professionnel édictée à l'article 226-13 du code pénal. S'il n'appartient qu'au juge répressif de sanctionner les infractions aux dispositions de cet article, il incombe au juge de l'impôt, lorsqu'un contribuable astreint au secret professionnel conteste, devant lui, la régularité de la procédure d'imposition suivie à son égard, au motif que celle-ci aurait porté atteinte à ce secret, d'examiner le bien-fondé d'un tel moyen. La révélation d'une information à caractère secret vicie la procédure d'imposition et entraîne la décharge de l'imposition contestée lorsqu'elle a été demandée par le vérificateur, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 13-0 A du livre des procédures fiscales, ou que, alors même qu'elle ne serait imputable qu'au seul contribuable, elle fonde tout ou partie de la rectification.
4. En l'espèce, la société Laboratoire LBC soutient que la procédure d'imposition est entachée d'irrégularité dès lors qu'il a été porté atteinte au secret médical. Elle fait valoir à ce titre que les factures adressées à ses clients chirurgiens-dentistes, dont la vérificatrice a pris connaissance, comportent le nom des patients, corrélé à la liste des prothèses et autres dispositifs réalisés pour eux. Si l'administration soutient que les factures d'un prothésiste dentaire ne sauraient être couvertes par un tel secret, il résulte des dispositions de l'article 226-13 du code pénal que le respect du secret médical, comme de tout secret professionnel, s'impose à toute personne qui est en dépositaire, quelle que soit sa profession. En outre, il résulte de l'instruction que les factures versées à l'instance sont effectivement couvertes par ce secret dès lors qu'elles révèlent la nature des soins dispensés à chaque patient, nommément désigné. Toutefois, si la vérificatrice a pris connaissance de ces informations lors de l'examen des factures dont la communication était indispensable à son contrôle, ces révélations ne sont imputables qu'à la société Laboratoire LBC, à laquelle il appartenait d'occulter les noms des patients avant de transmettre ces documents. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction qu'elles aient fondé tout ou partie de la rectification.
5. S'il résulte également de l'instruction que la vérificatrice, par un courrier du 3 novembre 2016, a sollicité la production de factures manquantes sans inviter la société à occulter les noms des patients, cette demande du service ne constitue pas, par elle-même, une demande de renseignement sur l'identité des clients concernés ou la nature des prestations fournies.
6. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la procédure d'imposition est entachée d'irrégularité en raison de la violation, lors du contrôle, du secret médical.
Sur le bien-fondé de l'imposition :
7. En premier lieu, aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ". Il appartient au contribuable, pour l'application des dispositions précitées, de justifier tant du montant des provisions et charges qu'il entend déduire du bénéfice net que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité.
8. La société requérante conteste la remise en cause par l'administration de factures de la société PRODMED qu'elle a comptabilisées en charge au titre des exercices clos en 2013, 2014 et 2015 pour un montant total de 1 282 484 euros. Elle fait valoir que cette société de droit libanais lui fournit des prothèses non finies, réalisées à partir de photographies numériques de la dentition des patients et envoyées par voie postale, ce qui lui permet de réduire de moitié ses coûts de production. Toutefois, si la société requérante verse à l'instance des photographies descriptives des différentes étapes du procédé, ainsi que le compte fournisseur de la société PRODMED, elle ne produit qu'une seule facture, datée du 10 février 2015, qui comporte uniquement la mention " prothèses non finies " et un prix non détaillé s'élevant à 11 640 euros. Ces éléments ne suffisent pas à justifier de la nature des prestations réalisées par la société PRODMED. En outre, l'administration fiscale fait valoir que la société PRODMED ne déclare ni immobilisation ni salarié à l'administration fiscale libanaise, et que la nature réelle de son activité ne semble donc pas être celle de créateur de prothèses. Dans ces conditions, la société requérante n'apporte pas la preuve de la réalité des charges portées en déduction du bénéfice imposable. Dès lors c'est à bon droit que le service a refusé la déductibilité de ces charges et les a réintégrées au résultat imposable de la société requérante.
9. Il résulte de tout ce qui précède, que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de sa requête, la société Laboratoire LBC n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2013, 2014 et 2015.
Sur les pénalités :
10. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".
11. Pour justifier l'application de la majoration de 40 % pour manquement délibéré, l'administration s'est fondée sur le fait que la société requérante a comptabilisé comme charges des sommes importantes alors qu'elle n'est pas en mesure de justifier de la livraison de marchandises par la société PRODMED et qu'elle ne pouvait ignorer que les factures émises par cette société, sur lesquelles ne figurent ni la désignation exacte des pièces vendues, ni leur quantité, ni leur montant unitaire, ni leur montant net, ne contenaient pas les mentions prescrites par la réglementation et n'étaient donc pas de nature à justifier de l'exactitude des résultats indiqués dans sa déclaration. Dans ces conditions, l'administration fiscale, qui a suffisamment motivée sa décision, doit être regardée comme apportant la preuve de l'intention délibérée de la société requérante d'éluder l'impôt et celle-ci n'est pas fondée à soutenir que les dispositions précitées de l'article 1729 du code général des impôts ont été méconnues.
Sur les frais liés à l'instance :
12. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la société Laboratoire LBC doivent dès lors être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Laboratoire LBC est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Laboratoire LBC et à la direction régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Evgénas, présidente,
Mme Laforêt, première conseillère,
Mme Marchand, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.
La rapporteure,
L. LAFORÊT
La présidente,
J. EVGENAS
La greffière,
M-C. POCHOT
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2400082
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Le Printemps immobilier, qui demandait une réduction de sa cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties pour l'année 2021. La juridiction a jugé que la société, sur laquelle pesait la charge de la preuve en vertu de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales, n'avait pas démontré le caractère exagéré de l'imposition. Elle n'a pas établi que la surface réelle de ses locaux était inférieure à celle déclarée, ni que l'administration avait fait une application erronée des règles de calcul, notamment celles de l'article 1518 A du code général des impôts.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2504630
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de M. C... visant à annuler la décision de la Ville de Paris de ne pas renouveler son contrat à durée déterminée. Le juge rappelle qu'un agent en CDD n'a pas de droit au renouvellement, mais que l'administration doit agir dans l'intérêt du service, ce qui peut inclure des considérations sur la manière de servir. Il écarte les moyens soulevés (incompétence du signataire, défaut de motivation, absence d'entretien préalable et de communication du dossier), estimant que la décision contestée n'avait pas le caractère d'une sanction disciplinaire et que les procédures spécifiques à celle-ci ne s'appliquaient donc pas. La décision s'appuie sur les principes généraux du droit de la fonction publique.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2314176
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... qui contestait son imposition en France sur ses revenus d'enseignement perçus de 2019 à 2021. La juridiction a jugé que, conformément à la convention fiscale franco-allemande du 21 juillet 1959, ses revenus salariaux étaient imposables en France, lieu où l'activité professionnelle était exercée, et non en Allemagne où elle résidait. Le tribunal a ainsi validé le principe d'imposition des revenus d'emploi dans l'État où le travail est effectué, tel que prévu par ladite convention et le code général des impôts.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2324985
Le Tribunal administratif de Paris a été saisi par la société Camille Fournet, qui contestait une sanction administrative pour non-respect des délais de paiement inter-entreprises. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation, estimant que l'amende de 13 000 euros et sa publication étaient légales et proportionnées au regard des manquements constatés. La décision s'appuie sur les articles L. 441-10 et L. 441-11 du code de commerce relatifs aux délais de paiement.
07/04/2026