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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2123480

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2123480

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2123480
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET CHALOUPECKY HASENOHRLOVA-SILVAIN (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 novembre 2021 et le 10 mai 2022, Mme A B, représentée par Me Hasenohrlova-Silvain, demande au tribunal d'annuler la décision en date du 10 septembre 2021 par laquelle la direction spécialisée du contrôle fiscal d'Ile-de-France a rejeté sa réclamation préalable du 28 juillet 2021.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que sa réclamation du 10 juillet 2018 a été présentée dans les délais légaux et que la décision d'acceptation partielle du 11 janvier 2019 ne lui est jamais parvenue ;

- lorsqu'un mandat a été donné à un conseil et qu'un contribuable élit domicile chez celui-ci, l'administration est tenue d'adresser au mandataire l'ensemble des actes de la procédure d'imposition.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 14 avril 2022 et le 20 mai 2022, l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France (division juridique) conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- s'agissant de l'étendue du litige, celui-ci s'élève à 193 083 euros, Mme B ayant tenu compte, dans sa réclamation, des majorations de recouvrement et n'ayant pas soustrait le dégrèvement accordé au titre de la décision partielle d'acceptation du 11 janvier 2019 ;

- les conclusions à fin d'annulation de la décision du 10 septembre 2021 par laquelle le service a statué sur sa réclamation préalable sont irrecevables, faute d'être dirigées contre une décision pouvant faire l'objet d'un recours contentieux ;

- dès lors que les délais de réclamation, tant général que spécial, expiraient le 31 décembre 2018, les réclamations introduites par Mme B en date du 21 mars 2019 et du 28 juillet 2021 n'ont pas été présentées dans les délais légaux ;

- faute d'avoir saisi la juridiction dans les deux mois ayant suivi la réception du courrier du 11 janvier 2019 portant rejet de sa réclamation préalable en date du 10 juillet 2018, la requête est irrecevable pour cause de forclusion ;

- les autres moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lenoir,

- et les conclusions de M. Guiader, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a fait l'objet d'un examen contradictoire de situation fiscale personnelle, portant sur les années 2011 à 2013. A l'issue de ce contrôle, le service a fait connaître à Mme B, par une proposition de rectification en date du 22 décembre 2015, son intention de procéder à des rectifications de son revenu imposable dans les catégories des bénéfices non commerciaux, revenus de capitaux mobiliers et salaires, d'assortir ces rectifications des intérêts de retard, de majorations de 10% et 40% pour dépôts tardifs et de prononcer à son encontre des amendes pour défaut de déclarations de comptes bancaires en République tchèque. Mme B ayant par ailleurs fait l'objet d'une vérification de comptabilité, les impositions supplémentaires mises à sa charge ont été mises en recouvrement par voie d'avis d'imposition n°201630160240 et d'avis de mise en recouvrement n°20160700026 respectivement en date du 31 octobre 2016 et du 18 juillet 2016.

2. Mme B a été destinataire de trois mises en demeure, en date du 31 mai 2021, tenant lieu de commandement de payer les sommes de 126 844 euros, 103 788 euros et 5 558 euros correspondant aux cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux, assorties de majoration, mises à sa charge au titre des années 2011 à 2013. Mme B a une introduit réclamation contentieuse en date du 28 juillet 2021 faisant " suite à la mise en demeure de payer du 31 mai 2021 " et par laquelle elle contestait " l'intégralité du montant réclamé, ainsi que des majorations ". Par une décision du 10 septembre 2021, l'administration fiscale a analysé cette réclamation comme une contestation d'assiette entachée d'irrecevabilité, en raison de l'expiration du délai de réclamation dont disposait Mme B pour contester les impositions mises à sa charge au titre des années 2011, 2012 et 2013 à l'issue de la procédure d'imposition dont elle avait fait l'objet. Par la requête susvisée, Mme B demande l'annulation de cette décision.

Sur la contestation d'assiette :

3. D'une part, aux termes de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial, selon le cas, de la direction générale des finances publiques ou de la direction générale des douanes et droits indirects dont dépend le lieu de l'imposition. " L'article R. 196-1 de ce même livre dispose que : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts autres que les impôts directs locaux et les taxes annexes à ces impôts, doivent être présentées à l'administration au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle, selon le cas : / a. De la mise en recouvrement du rôle ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement (). "

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 198-10 du même livre : " L'administration des impôts ou l'administration des douanes et droits indirects, selon le cas, statue sur les réclamations dans le délai de six mois suivant la date de leur présentation (). / Les décisions de l'administration sont notifiées dans les mêmes conditions que celles prévues pour les notifications faites au cours de la procédure devant le tribunal administratif ". Aux termes de l'article R. 431-1 du code de justice administrative : " Lorsqu'une partie est représentée devant le tribunal administratif par un des mandataires mentionnés à l'article R. 431-2, les actes de procédure, à l'exception de la notification de la décision prévue aux articles R. 751-3 et suivants, ne sont accomplis qu'à l'égard de ce mandataire ". L'article R. 751-3 du même code dispose que : " Sauf disposition contraire, les décisions sont notifiées le même jour à toutes les parties en cause et adressées à leur domicile réel, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception () ". Aux termes, enfin, de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales : " L'action doit être introduite dans le délai de deux mois à partir du jour de la réception de l'avis par lequel l'administration notifie au contribuable la décision prise sur sa réclamation () ".

5. En indiquant que les décisions par lesquelles l'administration statue sur une réclamation sont notifiées dans les mêmes conditions que celles prévues pour les notifications faites au cours de la procédure devant le tribunal administratif, l'article R. 198-10 du livre des procédures fiscales a entendu renvoyer aux dispositions qui régissent la notification des décisions clôturant l'instance. Il suit de là que le délai de recours devant le tribunal administratif court à compter du jour où la notification de la décision de l'administration statuant sur la réclamation du contribuable a été faite au contribuable lui-même, à son domicile réel, alors même que cette réclamation aurait été présentée par l'intermédiaire d'un mandataire au nombre de ceux mentionnés à l'article R. 431-2 du code de justice administrative. La circonstance que le contribuable aurait non seulement mandaté un conseil pour le représenter, mais aussi fait élection de domicile en son cabinet, est sans incidence sur l'application de cette règle.

6. D'une part, il est constant que Mme B disposait, pour contester les impositions mises à sa charge au terme de la procédure d'imposition dont elle a fait l'objet au titre des années 2011 à 2013, d'un délai de réclamation s'achevant le 31 décembre 2018. D'autre part, il résulte de l'instruction qu'à la suite de la mise en recouvrement des impositions mises à la charge de Mme B, celle-ci a introduit une " réclamation contentieuse " en date du 10 juillet 2018. Cette réclamation, si elle se présentait comme faisant " suite à la mise en demeure de payer du 20 juin 2018 " et a initialement été adressée au pôle de recouvrement spécialisé Parisien 2 de la direction générale des finances publiques, tendait à la formulation d'une " réclamation contentieuse des montants mentionnés dans les avis d'imposition sur les revenus, prélèvements sociaux et majorations " au titre des années 2011, 2012 et 2013. L'administration fiscale, qui produit un avis de réception en date du 16 janvier 2019, établit qu'une décision de rejet de cette réclamation a été notifiée à cette date à l'adresse réelle de Mme B, qui avait fait état dans sa réclamation en date du 10 juillet 2018 de l'adresse où elle était " hébergée " en relevant qu'elle ne résidait pas à l'adresse de ses parents où le service avait initialement adressé les mises en demeure de payer du 20 juin 2018.

7. Il résulte de ce qui précède que la réclamation présentée par Mme B en date du 28 juillet 2021 était tardive. En outre Mme B, dont la requête n'a été enregistrée que le 4 novembre 2021, disposait d'un délai de deux mois à compter de la notification, le 16 janvier 2019, de la décision de rejet par l'administration fiscale de sa réclamation préalable du 10 juillet 2018, pour saisir la juridiction. Dans ces conditions, l'administration est fondée à soutenir que la contestation d'assiette introduite par Mme B est irrecevable et doit être rejetée.

Sur la contestation de recouvrement :

8. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée ".

9. A supposer que la contestation soulevée par Mme B puisse également être regardée comme une contestation de recouvrement, dès lors que la réclamation du 28 juillet 2021 était dirigée, non contre une décision d'imposition, mais contre un acte de poursuite, la requérante ne saurait utilement se prévaloir des éventuels vices entachant la décision par laquelle l'administration a rejeté cette réclamation. Il en va de même, au demeurant, des moyens d'assiette soulevés par Mme B dans cette réclamation, inopérants en application des dispositions de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales citées au point 8. Dans ces conditions, la contestation de recouvrement introduite par Mme B doit également être rejetée.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris dans ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France (division juridique).

Délibéré après l'audience du 21 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rohmer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Lenoir, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.

Le rapporteur,

A. LENOIR

Le président,

B. ROHMERLa greffière,

V. FLUET

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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