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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2123591

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2123591

mercredi 8 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2123591
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantBAISECOURT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 novembre 2021 et le 13 juillet 2022, Mme D A B, représentée par Me Baisecourt, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 février 2021 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de résident de dix dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle de deux ans, dans les mêmes conditions de délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées révèlent un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elles méconnaissent les dispositions du 2° de l'article L. 314-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont entachées d'une erreur d'appréciation ;

- elles méconnaissent les dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont entachées d'une erreur d'appréciation ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ainsi que l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet de police, qui n'a pas produit de mémoire.

Une mise en demeure a été adressée au préfet de police le 18 mai 2022.

Par ordonnance du 30 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er août 2022.

Des pièces complémentaires ont été produites par Mme A B le 5 octobre 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lenoir,

- et les observations de Me Baisecourt, représentant Mme A B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante camerounaise, née le 2 janvier 1987, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en application des dispositions du 2° de l'article L. 314-9 et du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, tous deux alors applicables. Par un arrêté en date du 17 février 2021, le préfet de police a rejeté cette demande. Par la requête susvisée, Mme A B demande l'annulation de cet arrêté, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme A B. Le moyen doit par suite être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 314-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " La carte de résident est délivrée de plein droit : () / 2° A l'étranger qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France et titulaire depuis au moins trois années de la carte de séjour temporaire mentionnée au 6° de l'article L. 313-11 ou d'une carte de séjour pluriannuelle mentionnée au 2° de l'article L. 313-18, sous réserve qu'il remplisse encore les conditions prévues pour l'obtention de cette carte de séjour et qu'il ne vive pas en état de polygamie. " Aux termes de l'article 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée ; / Lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent, en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, justifie que ce dernier contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du même code, ou produit une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme A B s'était vue délivrer deux cartes de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en date du 20 septembre 2017 et 26 novembre 2018, d'une durée respective d'un an et de deux ans. Il est en outre constant que Mme A B, ne vivant pas en état de polygamie, contribue effectivement à l'entretien et l'éducation de sa fille C, née le 22 septembre 2016, de nationalité française et dont le père, de nationalité française, avait reconnu la paternité. Mme A B, qui soutient que les contributions du père de la jeune C ont longtemps été faites en espèces, justifie en outre de quatre virements d'un montant de soixante-dix ou soixante-sept euros entre le 31 mars et le 23 novembre 2018, de la déclaration d'un montant de quatre cents euros de pension alimentaire au titre de ses revenus de 2020, ainsi que de virements réguliers à compter du mois de février 2021. Toutefois, eu égard à la circonstance qu'il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de la demande transmise par Mme A B au juge des affaires familiales en date du 7 juillet 2021, révélant un état antérieur, que le père de la jeune C ne contribuait pas à l'éducation de son enfant, les éléments produits par Mme A B ne sont pas de nature à établir que le père de la jeune C contribue effectivement à son entretien et à son éducation au sens et pour l'application de l'article 371-2 du code civil. Par ailleurs, si Mme A B produit, ainsi qu'il a été dit précédemment, une demande transmise au juge des affaires familiales en date du 7 juillet 2021, ayant donné lieu à jugement du 31 mars 2022, celle-ci ne peut être regardée comme une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant intervenue antérieurement à la décision attaquée.

5. D'autre part, pour considérer que le rejet de la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme A B ne portait pas une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de l'enfant, le préfet de police a relevé que l'intéressée, présente en France depuis six ans, selon ses déclarations, est célibataire et que si elle est mère d'un autre enfant mineur scolarisé en France, sa sœur réside au Canada, et qu'elle ne justifie pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine. Si, par ailleurs, Mme A B soutient être orpheline de mère et ne pas avoir de filiation paternelle et justifie avoir occupé un emploi en qualité d'employée de restauration, du 9 mars au 8 juin 2020, ainsi qu'avoir suivi avec assiduité des formations dans le cadre du contrat d'intégration républicaine au moyen de deux attestations établies au mois d'octobre 2017, ces seuls éléments sont insuffisants pour établir qu'en rejetant sa demande de renouvellement de titre de séjour ainsi que son recours gracieux, le préfet de police aurait méconnu les dispositions du 2° de l'article L. 314-9 et du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicables, ni que cette décision serait entachée d'une erreur d'appréciation.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990, publiée par décret le 8 octobre 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

7. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que Mme A B n'est pas fondée à soutenir que les décisions attaquées auraient méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A B à fin d'annulation de l'arrêté du 17 février 2021, ensemble le rejet de son recours gracieux, doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, de même que celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A B, à Me Baisecourt et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rohmer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Lenoir, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2023.

Le rapporteur,

A. LENOIR

Le président,

B. ROHMERLa greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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