jeudi 12 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2123709 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | RENARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 novembre 2021 et 10 janvier 2022, M. B A, représenté par Me Renard, demande au tribunal :
1°) de condamner la Banque de France à lui verser la somme de 7 910,30 euros, assortie des intérêts aux taux légal, correspondant à des astreintes effectuées et non réglées, entre août 2018 et août 2019 ;
2°) de mettre à la charge de Banque de France une somme de 2 400 euros au titre des frais de justice.
Il soutient que ses conclusions sont recevables et que la Banque de France a commis une faute en l'excluant du bénéfice des astreintes qu'il a effectuées ; la Banque de France a ainsi méconnu l'étendue de sa compétence et le principe d'égalité de traitement.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 24 décembre 2021 et 10 mars 2022, la Banque de France conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- à titre principal les conclusions sont irrecevables en raison du caractère confirmatif de la décision liant le contentieux ;
- à titre subsidiaire, les moyens invoqués pour M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 11 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 1er avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rebellato, rapporteur,
- et les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A cadre de direction au sein de la Banque de France, demande au tribunal de condamner cette dernière à lui verser la somme 7 910,30 euros correspondant aux astreintes effectuées et non réglées entre août 2018 et août 2019.
2. En vertu de l'article R. 421-1 du code de justice administrative dispose : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle (). " Aux termes de l'article R. 421-2 du même code : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. () " En vertu de l'article 19 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations : " Toute demande adressée à une autorité administrative fait l'objet d'un accusé de réception délivré dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du code précité : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ". L'article 18 de la loi susmentionnée n° 2000-321 dispose que : " Sont considérées comme des demandes au sens du présent chapitre les demandes et les réclamations, y compris les recours gracieux ou hiérarchiques, adressées aux autorités administratives. A l'exception de celles de l'article 21, les dispositions des articles 19 à 24 ne s'appliquent pas aux relations entre les autorités administratives et leurs agents ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. A a adressé par un courriel en date du 2 juillet 2020, à la Banque de France, une demande indemnitaire préalable tendant au paiement d'astreintes effectuées pour un montant de 7 000 euros. Une décision de rejet est née, le 2 septembre 2020, du silence de cette autorité sur cette sollicitation. Par un second courrier en date du 29 mars 2021, M. A a réitéré sa demande de paiement des astreintes pour la même période.
4. D'une part et contrairement à ce que soutient le requérant, la Banque de France étant une personne publique sui generis, M. A devait, comme il l'a d'ailleurs fait, former une demande indemnitaire préalable auprès de la Banque de France. D'autre part, il résulte du point 2, que le délai de deux mois suivant la décision implicite de rejet du 2 septembre 2020 est opposable à M. A, même en l'absence d'accusé de réception, dès lors qu'en vertu de l'article 18 de la loi 2000-321 du 12 avril 2000, cette formalité n'est pas applicable aux relations entre l'administration et ses agents. M. A n'a pas contesté dans le délai de deux mois suivant sa naissance, la décision du 2 septembre 2020 née du silence de la Banque de France. Ainsi et alors même que M. A n'aurait pas chiffré sa seconde demande, la décision implicite de rejet qui est née à la suite de la première demande du 2 juillet 2020 a lié le contentieux. Le rejet implicite opposé par M. A à la seconde demande de l'intéressé, fondée sur la même cause et en vue d'obtenir la réparation des mêmes préjudices, constitue une décision confirmative de la première décision de rejet et n'était pas, dès lors, de nature à rouvrir les délais du recours contentieux. Par suite, ses conclusions dirigées contre cette décision sont irrecevables.
5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la Banque de France.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gros, président,
M. Rebellato, premier conseiller,
M. Hélard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 12 octobre 2023.
Le rapporteur,
J. REBELLATO
Le président,
L. GROS La greffière,
A. LOUART
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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