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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2123757

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2123757

mardi 28 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2123757
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 1re Chambre
Avocat requérantGERBET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 novembre 2021, la société Adda Taxie, représentée par Me Gerbet, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 10 juin 2021, 22 juillet 2021 et 5 septembre 2021 par lesquelles le directeur général des finances publiques a rejeté ses demandes d'aide exceptionnelle pour les mois de mars, avril 2021 et juillet 2021 au titre du premier volet du fonds de solidarité institué pour aider les entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie du covid-19, ensemble les décisions implicites rejetant ses recours gracieux formulés les 23 et 24 août 2021 ;

2°) d'enjoindre au directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris de lui verser les aides demandées, soit les sommes de 10 000 euros au titre de l'aide du mois de mars 2021, 10 000 euros au titre de l'aide du mois d'avril 2021 et 2 346 euros au titre de l'aide du mois de juillet 2021 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- s'agissant de l'aide du mois de mars 2021, elle a fourni à l'administration les explications demandées concernant le calcul de son chiffre d'affaires de référence ;

- s'agissant de l'aide du mois d'avril 2021, c'est à tort que l'administration a considéré qu'elle ne relevait pas d'un secteur d'activité interdit d'accueil au public durant le mois d'avril 2021. Par ailleurs, l'administration ne pouvait pas davantage lui opposer, pour lui refuser l'aide au titre d'avril 2021, la circonstance qu'elle n'avait pas bénéficié de l'aide au titre d'avril ou de mai 2021 ;

- s'agissant de l'aide du mois de juillet 2021, c'est à tort que l'administration a considéré qu'elle ne relevait pas d'un secteur d'activité interdit d'accueil au public ou qu'elle n'avait pas bénéficié des aides au titre des mois d'avril ou de mai 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile de France et de Paris conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir que, pour obtenir la levée des filtres liés au traitement automatisé des demandes présentées par la société requérante et afin de permettre le réexamen du dossier, au vu des précisions apportées par la société Adda Taxie, la société requérante est invitée à présenter de nouvelles demandes auprès du service des impôts des entreprises dont elle relève.

Par un mémoire enregistré le 18 août 2023, la société Adda Taxie, représentée par Me Gerbet, déclare maintenir sa requête.

Par une ordonnance en date du 21 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020, modifié ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Evgénas,

- et les conclusions de M. Halard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Adda Taxie qui exerce une activité de galerie d'art a présenté des demandes d'aide exceptionnelle pour les mois de mars, avril et juillet 2021 au titre du premier volet du fonds de solidarité, institué à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19. Ses demandes ont été rejetées par des décisions du 10 juin 2021, s'agissant de l'aide pour le mois de mars 2021, du 22 juillet 2021, s'agissant de l'aide pour le mois d'avril 2021, et du 5 septembre 2021, s'agissant de l'aide pour le mois de juillet 2021. Par deux courriers du 23 et 24 août 2021, la société requérante a formé des recours gracieux contre les décisions rejetant ses demandes pour les mois de mars et d'avril 2021 auxquels l'administration fiscale n'a pas répondu. Par la présente requête, la société Adda Taxie demande au tribunal d'annuler les décisions du 10 juin 2021, 22 juillet 2021 et 5 septembre 2021 par lesquelles le directeur général des finances publiques a rejeté ses demandes d'aide exceptionnelle pour les mois de mars, d'avril 2021 et juillet 2021, ensemble les décisions implicites rejetant ses recours gracieux.

Sur l'exception de non-lieu à statuer sur la requête invoquée par l'administration :

2. Si, dans son mémoire en défense, l'administration invite la société requérante à formuler une nouvelle demande d'aide auprès de ses services, cette circonstance qui ne donne pas satisfaction à la société requérante qui demande l'annulation des décisions attaquées lui refusant le bénéfice des aides en cause ne prive pas d'objet le présent litige. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée par le directeur régional des finances publiques d'Ile de France et du département de Paris doit être écartée.

Sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions attaquées :

S'agissant du cadre du litige :

3. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

4. En l'espèce, il résulte de ce qui précède que le recours de la société Adda Taxie doit également être regardé comme dirigé contre les décisions du 10 juin 2021, 22 juillet 2021 et 5 septembre 2021 par lesquelles l'administration a rejeté ses demandes d'aide exceptionnelle pour les mois de mars, d'avril et juillet 2021.

5. Aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation, dans sa rédaction applicable au litige : " Il est institué, jusqu'au 31 août 2021, un fonds de solidarité ayant pour objet le versement d'aides financières aux personnes physiques et morales de droit privé exerçant une activité économique particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du covid-19 et des mesures prises pour en limiter la propagation. () ". L'article 3 de la même ordonnance dispose : " Un décret fixe le champ d'application du dispositif, les conditions d'éligibilité et d'attribution des aides, leur montant ainsi que les conditions de fonctionnement et de gestion du fonds () ".

S'agissant de la légalité de la décision du 10 juin 2021 portant sur le mois de mars 2021 :

6. Aux termes de l'article 3-24 du décret du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation, modifié par le décret n° 2021-423 du 10 avril 2021 : " " I.-A.-Les entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret, n'ayant pas fait l'objet d'un arrêté pris par le préfet de département ordonnant la fermeture de l'entreprise en application du troisième alinéa de l'article 29 du décret du 16 octobre 2020 susvisé ou du troisième alinéa de l'article 29 du décret du 29 octobre 2020 précité, bénéficient d'aides financières prenant la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours du mois de mars 2021, lorsqu'elles remplissent les conditions suivantes : () / 2° Ou elles ont subi une perte de chiffre d'affaires d'au moins 50 % durant la période comprise entre le 1er mars 2021 et le 31 mars 2021 et elles appartiennent à l'une des cinq catégories suivantes : / a) Elles exercent leur activité principale dans un secteur mentionné à l'annexe 1 dans sa rédaction en vigueur au 12 avril 2021 ; () ".

7. Pour refuser de faire droit à la demande d'aide présentée par la société Adda Taxie au titre du mois de mars 2021, le directeur général des finances publiques a relevé dans sa décision du 10 juin 2021 que le chiffre d'affaires mensuel de référence 2019 saisi par la société Adda Taxie dans sa demande " n'est pas tout à fait cohérent avec les données en possession de l'administration dans le cadre de ses déclarations fiscales ". La société requérante fait valoir, tant dans sa requête que dans son recours gracieux formé le 24 août 2021, que la différence entre le montant de son chiffre d'affaires de référence inscrit dans sa demande et le montant mentionné sur sa déclaration de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) du premier trimestre 2019 s'explique par le fait que sur le montant de 22 918 euros de chiffre d'affaires réalisé au mois de mars 2019 et mentionné dans sa demande d'aide, la somme de 14 622,66 euros correspond à du chiffre d'affaires assujetti à la TVA sur la marge. La TVA sur la marge étant calculée, non pas sur la totalité du chiffre d'affaires mais sur la marge réalisée, le montant figurant dans sa déclaration trimestrielle de TVA ne comportait donc pas la somme de 14 622,66 euros mais la marge réalisée sur ce chiffre d'affaires, soit la somme de 4 136 euros. Au soutien de son argumentation, la société Adda Taxie produit l'extrait du grand livre des comptes généraux de classe 7 pour mars 2019 où apparaît le montant du chiffre d'affaires de référence qu'elle a inscrit dans sa demande, soit 22 918 euros, ainsi qu'un tableau établi pour les besoins de la cause détaillant le chiffre d'affaires réalisé en mars 2019 et les montants de TVA déclarés. Dès lors que les explications fournies par la société requérante ne sont pas contestées par l'administration, laquelle a invité la société Adda Taxie, dans son mémoire en défense, à se rapprocher du service pour le réexamen de sa situation " au vu des précisions apportées par la requérante, en matière de chiffre d'affaires pour la période de référence ", la société Adda Taxie est fondée à soutenir que l'administration ne pouvait refuser de lui verser l'aide demandée au titre du mois de mars 2021 au motif de l'incohérence du chiffre d'affaires de référence saisi dans sa demande avec les données en possession de l'administration dans le cadre de ses déclarations fiscales. Dans ces conditions, il y a lieu d'annuler la décision du 10 juin 2021, ensemble la décision rejetant implicitement le recours gracieux formé le 24 août 2021 par la société Adda Taxie.

S'agissant de la légalité de la décision du 22 juillet 2021 portant sur le mois d'avril 2021 :

8. Aux termes de l'article 3-26 du décret n° 2020-371 dans sa version modifiée par le décret n° 2021-840 du 29 juin 2021 : " I.-A.-Les entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret, n'ayant pas fait l'objet d'un arrêté pris par le préfet de département ordonnant la fermeture de l'entreprise en application du troisième alinéa de l'article 29 du décret du 16 octobre 2020 précité ou du troisième alinéa de l'article 29 du décret du 29 octobre 2020 précité, bénéficient d'aides financières prenant la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours du mois d'avril 2021, lorsqu'elles remplissent les conditions suivantes : / 1° Elles ont fait l'objet : / a) D'une interdiction d'accueil du public sans interruption du 1er avril 2021 au 30 avril 2021 et ont subi une perte de chiffre d'affaires, y compris le chiffre d'affaires réalisé sur les activités de vente à distance, avec retrait en magasin ou livraison, ou sur les activités de vente à emporter, d'au moins 20 % durant la période comprise entre le 1er avril 2021 et le 30 avril 2021 ; () "

9. Pour refuser de faire droit à la demande d'aide présentée par la société Adda Taxie au titre du mois d'avril 2021, le directeur général des finances publiques a retenu dans sa décision du 22 juillet 2021 que l'entreprise ne relève pas d'un secteur d'activité interdit totalement au public sur le mois complet et qu'elle n'avait pas bénéficié de l'aide au titre d'avril ou de mai 2021. Toutefois, il résulte de l'instruction et n'est pas contesté par l'administration fiscale, laquelle a invité la société Adda Taxie, dans son mémoire en défense, à se rapprocher du service pour le réexamen de sa situation " au vu des précisions apportées par la requérante, en matière () d'interdiction d'accueil du public ", que la société Adda Taxie, qui exploite une galerie d'art à Paris, a fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public sans interruption du 1er avril 2021 au 30 avril 2021. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que le directeur général des finances publiques a fait une inexacte application des dispositions de l'article 3-26 du décret du 30 mars 2020 susvisé en refusant pour ces motifs de lui octroyer l'aide sollicitée au titre du mois d'avril 2021. Il y a, dès lors, lieu d'annuler la décision du 22 juillet 2021, ensemble la décision rejetant implicitement son recours gracieux formé le 23 août 2021.

S'agissant de la légalité de la décision du 5 septembre 2021 portant le mois de juillet 2021 :

10. Aux termes de l'article 3-28 du décret n° 2020-371 dans sa version modifiée par le décret n° 2021-1087 du 17 août 2021 : " I.-A.-Les entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret, n'ayant pas fait l'objet d'un arrêté pris par le préfet de département ordonnant la fermeture de l'entreprise en application du troisième alinéa de l'article 29 du décret du 1er juin 2021 susvisé, du troisième alinéa de l'article 29 du décret du 29 octobre 2020 susvisé ou du troisième alinéa de l'article 29 du décret du 16 octobre 2020 susvisé, bénéficient d'aides financières prenant la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours de chaque période mensuelle comprise entre le 1er juin 2021 et le 31 août 2021, dite période mensuelle considérée, lorsqu'elles remplissent les conditions suivantes : () / 3° Ou, au cours de la période mensuelle considérée, elles ont subi une perte de chiffre d'affaires d'au moins 10 %, elles ont bénéficié d'une aide versée au titre des articles 3-26 ou 3-27 du présent décret et elles appartiennent à l'une des trois catégories suivantes : / a) elles exercent leur activité principale dans un secteur mentionné à l'annexe 1 dans sa rédaction en vigueur au 11 mars 2021 ; () ".

11. L'administration fait valoir dans son mémoire en défense que l'aide au titre du mois de juillet 2021 a été refusée à la société Adda Taxie " en raison du refus de l'aide pour le mois d'avril " 2021. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 9 que la décision du 22 juillet 2021 par laquelle le directeur général des finances publiques a rejeté la demande d'aide exceptionnelle présentée par la société Adda Taxie au titre du mois d'avril 2021 doit être annulée. Dès lors, il y a lieu d'annuler également la décision du 5 septembre 2021 par laquelle le directeur général des finances publiques a rejeté sa demande d'aide exceptionnelle au titre du mois de juillet 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. L'exécution du présent jugement implique seulement que les demandes d'aide présentées pour les mois de mars, d'avril et de juillet 2021 par la société Adda Taxie soient réexaminées. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris de procéder à ce réexamen dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Adda Taxie et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 10 juin 2021, du 22 juillet 2021 et du 5 septembre 2021 par lesquelles le directeur général des finances publiques a rejeté les demandes d'aide exceptionnelle de la société Adda Taxie pour les mois de mars, d'avril et de juillet 2021 sont annulées, ensemble les décisions rejetant implicitement ses recours gracieux formés les 23 et 24 août 2021.

Article 2 : Il est enjoint au directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris de procéder au réexamen des demandes de la société Adda Taxie tendant au bénéfice de l'aide financière exceptionnelle au titre du fonds de solidarité lié à l'épidémie de covid-19 pour les mois de mars, d'avril et de juillet 2021 dans un délai d'un mois à compter du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à la société Adda Taxie la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Adda Taxie et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et du département de Paris, pôle juridictionnel administratif.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Evgénas, présidente,

Mme Laforêt, première conseillère,

Mme Marchand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.

La présidente-rapporteure,

J. EVGENAS

L'assesseure la plus ancienne,

L. LAFORET

La greffière,

M.-C. POCHOT

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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