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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2123912

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2123912

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2123912
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET GOUTAIL AVOCAT (SARL)

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 10 novembre 2021 sous le n° 2123912, M. C A, représenté par Me Goutail, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 27 septembre 2021 par laquelle le directeur régional des finances publiques (DRFIP) d'Ile-de-France a rejeté son recours gracieux du 27 juillet 2021 dirigé contre la décision du 29 juin 2021 du directeur du pôle pilotage et ressources de la DRFIP d'Ile-de-France l'informant de la récupération d'un trop-perçu d'un montant de 4 480,89 euros, pour la période comprise entre le 23 mars 2020 et le 30 juin 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'illégalité dès lors qu'elle a procédé au retrait de la décision créatrice de droit du 13 juillet 2018 portant affectation sur un poste d'huissier des finances publiques, au-delà d'un délai de quatre mois ;

- le versement des indemnités de fonction pour son poste d'huissier des finances publiques était de droit dès lors qu'il avait été affecté à son poste à compter du 1er septembre 2018, sans qu'ait d'incidence son placement en congé de longue maladie à compter de la même date ;

- la suspension du versement de ces indemnités s'apparente à une sanction déguisée ;

- ce versement constitue un avantage financier créateur de droit, qui ne pouvait par suite être retiré au-delà d'un délai de quatre mois.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Le ministre soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que la décision du 29 juin 2021 constitue une simple information, insusceptible de recours pour excès de pouvoir ;

- à titre subsidiaire, les moyens invoqués par M. A sont infondés.

II. Par une requête, enregistrée le 10 novembre 2021 sous le n° 2123914, M. C A, représenté par Me Goutail, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 septembre 2021 par laquelle le directeur régional des finances publiques (DRFIP) d'Ile-de-France l'a informé de ce qu'un indu d'un montant de 1 883, 87 euros, correspondant aux indemnités qu'il avait perçues en tant qu'huissier des finances publiques pour la période comprise entre le 23 mars 2020 et le 1er juillet 2021, serait mis à sa charge à compter de la paye de septembre 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'illégalité dès lors qu'elle a procédé au retrait de la décision créatrice de droit du 13 juillet 2018 portant affectation sur un poste d'huissier des finances publiques, au-delà d'un délai de quatre mois ;

- le versement des indemnités de fonction pour son poste d'huissier des finances publiques était de droit dès lors qu'il avait été affecté à son poste à compter du 1er septembre 2018, sans qu'ait d'incidence son placement en congé de longue maladie à compter de la même date ;

- la suspension du versement de ces indemnités s'apparente à une sanction déguisée ;

- ce versement constitue un avantage financier créateur de droit, qui ne pouvait par suite être retiré au-delà d'un délai de quatre mois.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Le ministre soutient que les moyens invoqués par M. A sont infondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n°2002-710 du 2 mai 2002 ;

- le décret n°2006-1827 du 23 décembre 2006 ;

- le décret n°2010-986 du 26 août 2010 ;

- le décret n° 2011-1501 du 10 novembre 2011 ;

- l'arrêté du 21 juillet 2014 relatif à l'allocation complémentaire de fonctions des personnels de la DGFIP ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pény,

- et les conclusions de M. Cicmen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, à la suite de sa réussite au concours d'inspecteur du Trésor public, a été nommé en qualité de stagiaire dans le grade d'inspecteur du Trésor public à compter du 1er septembre 2009 puis titularisé dans ce grade au 1er septembre 2010 et classé au 5ème échelon de ce dernier. Il a été affecté en tant qu'huissier des finances publiques par un arrêté du ministre de l'action et des comptes publics du 13 juillet 2018, publié au BOFIP-RHO-18-0756 du 26 juillet 2018. M. A a été placé en congé de longue maladie du 22 mars 2017 au 21 mars 2020 puis a bénéficié, au cours de l'épidémie de la Covid-19, d'un placement en autorisation d'absence pour contraintes particulières du 22 mars au 12 juin 2020. Par un arrêté du 24 juillet 2020, M. A a été reconnu apte à une reprise de fonctions à temps partiel thérapeutique à 50 %, à compter du 22 juin 2020, et jusqu'au 21 septembre suivant. M. A a sollicité le bénéfice du régime indemnitaire afférent aux fonctions d'huissier à compter du 1er septembre 2018. Par un courrier du 29 juin 2021, la DGFIP de Paris et d'Ile-de-France l'a informé qu'ayant été affecté sur des fonctions d'huissier " sans en avoir la qualité ", il avait bénéficié d'un cumul d'indemnités en tant qu'huissier des finances publiques qui n'aurait pas dû lui être versé, pour un montant total, avant compensation, de 4 480,89 euros, pour la période comprise entre le 23 mars 2020 et le 30 juin 2021 et, qu'en conséquence, sa situation devait être régularisée par la suspension du versement des indemnités correspondantes. Par un courrier du 27 juillet 2021, M. A a exercé un recours gracieux, qui a été implicitement rejeté. Par une décision du 14 septembre 2021 du directeur régional des finances publiques de Paris et d'Ile-de-France, un indu d'un montant de 1 883, 87 euros a été mis à la charge de M. A, correspondant, après compensation, aux indemnités qu'il avait perçues en tant qu'huissier des finances publiques pour la période comprise entre le 23 mars 2020 et le 30 juin 2021. Par les présentes requêtes, M. A demande l'annulation du courrier du 29 juin 2021 et de la décision du 14 septembre 2021.

2. Les deux requêtes, sont présentées par la même personne et présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu par suite de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions dirigées contre les décisions du 29 juin 2021 et du 14 septembre 2021 :

3. En premier lieu, les actes du 29 juin 2021 et du 14 septembre 2021 attaqués ont été signés par M. D, administrateur général des finances publiques, lequel disposait, en vertu de l'arrêté 75-207-10-12-003 du 12 octobre 2017, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n°75-2017-362 du même jour, d'une délégation de signature de M. B, directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et du département de Paris, afin de signer " tous les actes relatifs à [sa] gestion et aux affaires qui s'y rattachent, en cas d'absence ou d'empêchement () ". Par suite, et sans qu'ait d'incidence la circonstance que le signataire de ces décisions soit différent de celui de l'arrêté d'affectation du 13 juin 2018, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des deux actes en litige manque en fait et doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, les actes attaqués comprennent les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de leur insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ".

6. Contrairement à ce que soutient M. A, les actes en litige n'ont pas eu pour effet de retirer la décision du 13 juillet 2018 portant affectation sur un poste d'huissier des finances publiques, mais uniquement de statuer sur son éligibilité au régime indemnitaire afférent et de mettre à sa charge un trop-perçu correspondant aux indemnités de fonctions, dont l'administration estimait qu'elles n'auraient pas dû lui être versées. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'illégalité du retrait faute d'avoir été pris dans le délai de quatre mois prévu par les dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration est inopérant et doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 4 du décret du 26 août 2010 portant statut particulier des personnels de catégorie A de la direction générale des finances publiques : " () IV. - Les inspecteurs des finances publiques participent, au sein des structures mentionnées au I, aux travaux d'expertise ou de conception dans le cadre des missions incombant à la direction générale des finances publiques. () / Ils peuvent se voir confier la responsabilité d'un poste comptable ou les fonctions d'adjoint au responsable d'un tel poste ainsi que les fonctions d'huissier dans les conditions prévues par le décret n° 2011-1501 du 10 novembre 2011 relatif à l'exercice des poursuites par les agents de la direction générale des finances publiques pour le recouvrement des créances publiques susvisé ". Aux termes de l'article 1 du décret du 10 novembre 2011 relatif à l'exercice des poursuites par les agents de la direction générale des finances publiques pour le recouvrement des créances publiques : " Les agents de l'administration habilités à exercer des poursuites au nom du comptable public mentionnés aux articles L. 258 A et L. 286 C du livre des procédures fiscales sont les inspecteurs des finances publiques auxquels les fonctions d'huissier sont attribuées en application de l'article 4 du décret du 26 août 2010 susvisé. Ils peuvent se voir confier, à titre accessoire, d'autres activités liées au recouvrement des créances publiques. () ". Et aux termes de l'article 3 de ce décret : " Les inspecteurs des finances publiques chargés des fonctions d'huissier sont commissionnés par le préfet du département de leur résidence administrative, devant lequel ils prêtent serment préalablement à leur entrée en fonctions. / Ils jurent de loyalement remplir leurs fonctions avec exactitude et probité et d'observer en tout les devoirs qu'elles leur imposent ". Aux termes du décret du 2 mai 2002 relatif à l'allocation complémentaire de fonctions en faveur des personnels du ministère de l'économie, des finances et de l'industrie, des établissements publics administratifs placés sous sa tutelle, des juridictions financières et des autorités administratives indépendantes relevant du ministère de l'économie, des finances et de l'industrie pour leur gestion : " Les fonctionnaires, les personnels relevant du décret du 25 août 1995 susvisé ainsi que les agents non titulaires de droit public sous contrat à durée indéterminée du ministère de l'économie, des finances et de l'industrie, des établissements publics administratifs placés sous sa tutelle, des juridictions financières et des autorités administratives indépendantes relevant du ministère de l'économie, des finances et de l'industrie pour leur gestion peuvent bénéficier d'une allocation complémentaire de fonctions dans les conditions et suivant les modalités fixées par le présent décret ". Aux termes de l'article 1 de l'arrêté du 21 juillet 2014 relatif à l'allocation complémentaire de fonctions des personnels de la DGFIP : " Les personnels mentionnés à l'article 1er du décret du 2 mai 2002 susvisé et exerçant leurs fonctions au sein de la direction générale des finances publiques peuvent bénéficier de l'allocation complémentaire de fonctions ". Et aux termes de l'article 2 de cet arrêté : " Cette indemnité a pour objet de rémunérer les travaux de toute nature qui peuvent être confiés aux personnels au sein des services de la direction générale des finances publiques, compte tenu des contraintes et sujétions de service liées à la technicité de leurs fonctions, à l'exercice de fonctions et responsabilités particulières, ainsi qu'aux fonctions d'encadrement et d'expertise ".

8. Il ressort des pièces du dossier, et n'est pas sérieusement contesté, qu'à l'issue de son congé de longue maladie, M. A a été affecté à compter du 22 juin 2020 dans le service en charge des demandes d'admission en non-valeur des créances fiscales des particuliers, de sorte qu'il n'exerçait pas de manière effective les fonctions d'huissier des finances publiques. A cet égard, si M. A a participé, du 12 au 16 octobre 2020, au premier module de la formation " Le métier d'huissier " au centre professionnel de Nevers, il n'a pu compléter celle-ci en raison d'une absence non justifiée pour la journée du 12 octobre 2020 et d'un comportement jugé inapproprié ayant eu des répercussions néfastes sur la conduite du stage professionnel. En conséquence, le centre de formation a informé la hiérarchie de M. A que ce dernier ne serait pas admis à suivre les deux derniers modules de ce stage professionnel. Enfin, M. A n'a pas procédé à la prestation de serment prévu à l'article 3 du décret du 10 novembre 2011, qui constituait une formalité administrative obligatoire préalablement à l'exercice des fonctions d'huissier. Le requérant ne peut ainsi être regardé comme ayant exercé les fonctions d'huissier des finances publiques au cours de la période en litige. L'administration était donc fondée à lui réclamer le trop-perçu correspondant aux allocations complémentaires de fonctions (ACF) dites " responsabilité particulière ", " poursuites et recouvrement " et " contraintes particulières ", qu'il avait perçues et qui étaient attachées à l'accomplissement effectif de ces fonctions. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

9. En dernier lieu, et compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, le moyen tiré de ce que la décision en cause constitue une sanction déguisée doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Delesalle, président,

- M. Pény, premier conseiller,

- M. Doan, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

Le rapporteur,

A. Pény

Le président,

H. Delesalle La greffière,

A. Cardon

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2123912-2123914/6-3

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