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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2124232

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2124232

lundi 27 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2124232
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantTANON LOPES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires en réplique enregistrés le 15 novembre 2021, le 27 juillet 2022 et le 9 septembre 2022, Mme A B, représentée par Me Tanon Lopes, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui verser une somme de 38 117, 54 euros en indemnisation des préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux qu'elle estime avoir subis en raison de l'illégalité fautive de la décision du 4 janvier 2019 prononçant à son égard une sanction disciplinaire, participant à une situation de harcèlement moral, ainsi que du refus de l'AP-HP de lui accorder la protection fonctionnelle ;

2°) de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'AP-HP est engagée en raison de l'illégalité fautive de la décision du 4 janvier 2019 prononçant une sanction disciplinaire à son égard ;

- elle a été victime d'agissements constitutifs d'harcèlement moral ;

- le refus d'octroi de la protection fonctionnelle constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'AP-HP ;

- le montant des préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux subis s'élève à 28 117,54 euros et 10 000 euros respectivement.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juillet 2022, le directeur général de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 9 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 30 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Saint Chamas,

- et les conclusions de M. Lahary, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été recrutée en qualité d'ouvrière professionnelle le 5 décembre 2005 par l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), titularisée le 2 janvier 2007 et, à compter du 17 mars 2015, affectée au service des archives de l'hôpital Tenon. Les 3 et 4 janvier 2019, le directeur général de l'AP-HP a, respectivement, prononcé son changement d'affectation au sein du service de restauration de l'hôpital Trousseau et lui a infligé un avertissement en raison de son comportement inadapté et d'insuffisances professionnelles. Par un jugement n°2124232/2-2 du 16 novembre 2020, le tribunal administratif de Paris a annulé la décision du 4 janvier 2019 prononçant une sanction disciplinaire pour insuffisance de motivation. Par un courrier réceptionné le 3 mai 2021, la requérante a formulé une demande indemnitaire en indemnisation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de l'illégalité fautive de la décision du 4 janvier 2019. A la suite du rejet implicite de sa demande, Mme B demande par la présente requête au tribunal de prononcer la condamnation de l'AP-HP à lui verser 38 117,54 euros au titre des préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux qu'elle estime avoir subis.

Sur la responsabilité :

En ce qui concerne les faits d'harcèlement moral et le refus d'octroi de la protection fonctionnelle :

2. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'évaluation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus " Aux termes de l'article 11 de la même loi : " () IV.-La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté () ".

3. D'une part, il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. D'autre part, pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui, le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime devant alors être intégralement réparé.

4. En premier lieu, pour établir les faits de harcèlement moral invoqués, la requérante dénonce une attitude excédant les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique dans le cadre de la procédure à son encontre ayant conduit aux décisions des 3 et 4 janvier 2019 et à invoquer le caractère de sanction déguisée de son changement d'affectation. Mme B soutient notamment que les faits qui lui étaient reprochés lors de l'édiction de la décision du 4 janvier 2019 par laquelle le directeur de l'AP-HP a prononcé un avertissement à son encontre, n'étaient pas avérés, dès lors qu'ils reposaient sur les témoignages produits pour les besoins de la cause.

5. Toutefois, il résulte de l'instruction que, d'une part, l'annulation de la décision du 4 janvier 2019 a été prononcée par le tribunal de céans en raison d'un vice de forme tiré du défaut de motivation de la décision, d'autre part, que le tribunal, par ce même jugement devenu définitif, a confirmé la décision du 3 janvier 2019 prononçant le changement d'affectation de Mme B, estimant que celle-ci devant être regardée comme une mesure d'ordre intérieur et non comme une sanction déguisée. La formation de jugement a notamment fait état du rapport relatif à la manière de servir de la requérante du 17 septembre 2018 et du rapport du 8 novembre 2018 rassemblant les témoignages du supérieur hiérarchique de l'intéressée et de six de ses collègues, qui précisaient que celle-ci " a fait preuve d'un investissement et d'une mobilisation insuffisants dans l'exercice de ses fonctions, d'un manque d'attention et d'assiduité, notamment en recourant à un usage intempestif d'internet ou de son téléphone professionnel à des fins personnelles, et en conversant longuement et de façon répétée avec une de ses collègues pendant le temps de travail. Ce manque de mobilisation a occasionné des erreurs commises dans l'accomplissement de ses responsabilités, notamment quant à l'indexation ou l'enregistrement des dossiers de patients dont elle a la charge ". Elle a également relevé que " la requérante a été la source de difficultés et de tensions relationnelles, tant envers son supérieur hiérarchique qu'auprès de ses collègues qui relèvent, d'une part, la dégradation notable des conditions de travail, en raison de critiques dénigrantes régulièrement formulées par la requérante et une de ses collègues, et, d'autre part, les obstacles que ce comportement constitue pour le bon fonctionnement du service ". Mme B n'ayant pas contesté le jugement du 16 novembre 2020 devenu définitif, les faits qui lui sont reprochés doivent être regardés comme établis.

6. En second lieu, la requérante soutient également ne s'être vue proposer que des " postes provisoires qui ne sont pas en adéquation avec ses compétences " depuis son retour de disponibilité d'office pour raisons de santé et avoir fait l'objet d'injonctions contradictoires et humiliantes, notamment pour l'obtention de la restitution de ses droits à congés annuels 2019, le bénéfice d'une formation au logiciel ORBIS ou encore l'élaboration de son planning. Toutefois, elle n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité de ses allégations alors que l'AP-HP démontre avoir proposé à Mme B, qui les a refusés, cinq postes qui lui aurait permis d'exercer des fonctions conformes à ses souhaits, ses compétences et restrictions médicales et avoir tenu compte de son droit à congés en 2019. La circonstance que Mme B ait déposé plainte contre la cheffe du personnel de l'hôpital Tenon pour harcèlement moral le 14 avril 2021 n'est pas davantage de nature à établir l'exactitude matérielle des faits de harcèlement moral allégués, alors, au demeurant, que l'AP-HP précise, sans être contredite, que cette même plainte a été classée sans suite par le procureur de la République. Dans ces circonstances, Mme B n'apporte aucun élément de fait de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral. Dès lors, la responsabilité de l'AP-HP ne peut être recherchée à ce titre.

7. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle a été victime de faits constitutifs de harcèlement moral de nature à lui ouvrir droit au bénéfice de la protection fonctionnelle qu'elle a sollicitée sur ce fondement. Par suite, la requérante n'établit pas que l'AP-HP aurait commis une faute en lui refusant le bénéfice de la protection fonctionnelle. Mme B n'est par suite pas fondée à soutenir que la responsabilité de l'AP-HP devrait être engagée à son égard sur ces fondements.

En ce qui concerne la décision du 4 janvier 2019 :

8. La décision du 4 janvier 2019 prononçant une sanction disciplinaire à l'égard de la requérante a été annulée par un jugement du tribunal administratif de céans en date du 16 novembre 2020, devenu définitif, en raison d'un vice de légalité externe.

9. Lorsqu'une personne sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité, pour un vice de procédure, de la décision lui infligeant une sanction, il appartient au juge de plein contentieux, saisi de moyens en ce sens, de déterminer, en premier lieu, la nature de cette irrégularité procédurale puis, en second lieu, de rechercher, en forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, si, compte tenu de la nature et de la gravité de cette irrégularité procédurale, la même décision aurait pu être légalement prise, s'agissant tant du principe même de la sanction que de son quantum, dans le cadre d'une procédure régulière.

10. Ainsi qu'il a été dit au point 5, les faits ayant conduit à la décision du 4 janvier 2019 prononçant un avertissement à l'égard de la requérante doivent être regardés comme établis. Ces faits sont d'une gravité suffisante pour justifier le prononcé d'une sanction disciplinaire. Ainsi, il apparaît que la sanction litigieuse aurait pu légalement être prise dans le cadre d'une procédure régulière. Par suite, si le défaut de motivation de la décision du 4 janvier 2019 constitue une faute, celle-ci n'est pas, dans les circonstances de l'espèce, de nature à engager la responsabilité de l'AP-HP à l'égard de Mme B, ni, partant, à lui ouvrir droit à réparation.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que la requérante n'est pas fondée à demander la condamnation de l'AP-HP à lui verser une somme en indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis. Par suite, les conclusions à fin d'indemnisation doivent être rejetées ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris.

Délibéré après l'audience du 13 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Errera, premier conseiller,

Mme de Saint Chamas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2023.

La rapporteure,

M. de SAINT CHAMASLe président,

J. SORINLa greffière,

B. CHAHINE

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2/2-

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