mercredi 20 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2124614 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | OBADIA |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête n° 2124614 et des mémoires, enregistrés le 18 novembre 2021 et les 15 février et 28 mars 2022, Mme A B, représentée par Me Obadia, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 58 195,75 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
-les impositions mises en recouvrement les 30 avril et 30 juin 2013 et les 30 avril et 30 juin 2014 étaient prescrites à la date à laquelle elle a reçu les mises en demeure du 16 juin 2021, en application de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales ;
-l'administration n'établit pas qu'elle a reçu les mises en demeure du 15 juin 2020.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 décembre 2021 et les 19 janvier et 22 février 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
II - Par une requête, n° 2212546/1-3 et un mémoire, enregistrée les 9 juin et 9 septembre 2022, Mme A B, représentée par Me Obadia, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 58 195,75 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
-l'administration n'établit pas qu'elle a reçu les mises en demeure du 15 juin 2020 et l'opposition à poursuite est régulière au regard de l'article R. 281-3-1 du livre des procédures fiscales ;
-les impositions mises en recouvrement les 30 avril et 30 juin 2013 et les 30 avril et 30 juin 2014 étaient prescrites à la date à laquelle elle a reçu les mises en demeure du 16 juin 2021, en application de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
-l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période ;
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme Dousset,
-les conclusions de M. Guiader, rapporteur public,
-et les observations de Me Gaspar, substituant Me Obadia, représentant Mme B.
Une note en délibéré, présenté par Me Obadia, pour Mme B a été enregistrée le 6 mars 2024.
Considérant ce qui suit :
1. A l'issue de la vérification de comptabilité de l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée Harmony, le service a notifié à Mme B, sa gérante, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales par des avis de mises en recouvrement des 30 avril et 30 juin 2013 pour les années 2008, 2009 et 2010 et 30 avril et 30 juin 2014 pour l'année 2010. Le 16 juin 2021, l'administration fiscale a adressé à Mme B trois mises en demeure de payer les sommes restant dues. Mme B a formé une opposition à poursuite le 20 juillet 2021, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. En outre, l'intéressée a contesté, le 14 février 2022, des mises en demeure de payer du 15 juin 2020. Cette opposition à poursuite a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Mme B demande au tribunal de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme totale de 58 195,75 euros.
Sur les conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer :
2. Aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales : " Sauf dispositions contraires et sous réserve de causes suspensives ou interruptives de prescription, l'action en recouvrement des créances de toute nature dont la perception incombe aux comptables publics se prescrit par quatre ans à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi du titre exécutoire tel que défini à l'article L. 252 A. () ". Aux termes de l'article L. 257-0 A du même livre dans sa version applicable : " 1. A défaut de paiement des sommes mentionnées sur l'avis d'imposition à la date limite de paiement ou de celles mentionnées sur l'avis de mise en recouvrement et en l'absence d'une réclamation assortie d'une demande de sursis de paiement formulée dans les conditions prévues au premier alinéa de l'article L. 277, le comptable public compétent adresse au contribuable une mise en demeure de payer avant la notification du premier acte de poursuite devant donner lieu à des frais au sens de l'article 1912 du code général des impôts. / 2. Lorsque la mise en demeure de payer n'a pas été suivie de paiement ou d'une demande de sursis de paiement au sens de l'article L. 277, le comptable public compétent peut engager des poursuites à l'expiration d'un délai de trente jours suivant sa notification. / 3. La mise en demeure de payer interrompt la prescription de l'action en recouvrement. Elle peut être contestée dans les conditions prévues à l'article L. 281. () ".
3. En outre, aux termes de l'article 11 de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période : " S'agissant des créances dont le recouvrement incombe aux comptables publics, les délais en cours à la date du 12 mars 2020 ou commençant à courir au cours de la période définie au I de l'article 1er prévus à peine de nullité, caducité, forclusion, prescription, inopposabilité ou déchéance d'un droit ou d'une action sont suspendus jusqu'au terme d'un délai de deux mois suivant la fin de la période mentionnée au même I de l'article 1er ".
En ce qui concerne les redressements mis en recouvrement les 30 avril et 30 juin 2013 :
4. Il est constant que Mme B s'est acquittée d'une partie des impositions mises en recouvrement le 30 avril et 30 juin 2013 et que le dernier versement est intervenu le 11 janvier 2017, interrompant ainsi le délai de prescription mentionné à l'article L. 274 du livre des procédures fiscales. L'administration soutient que le délai a de nouveau été interrompu par l'envoi de mises en demeure de payer datées du 15 juin 2020. Mme B soutient qu'elle n'a jamais reçu ces mises en demeure et il est constant que ces dernières ont été adressées à la requérante par courriers simples. Si l'administration se prévaut du fait qu'elles ont été envoyées à l'adresse habituelle de la requérante, elle n'établit pas que les plis contenant ces documents ont effectivement été présentés à cette adresse. Par suite, ces mises en demeure ne peuvent être regardées comme ayant interrompu la prescription. Toutefois, le délai de prescription, qui aurait dû être atteint le 12 janvier 2021, a, en vertu de l'article 11 de l'ordonnance du 25 mars 2020 précité, été suspendu du 12 mars 2020 au 23 août 2020, soit pendant 164 jours. Il a recommencé à courir le 24 août 2020 et arrivait à échéance le 24 juin 2021. Par suite, à la date de présentation à l'adresse de la requérante du pli à contenant les mises en demeure du 16 juin 2021, soit le 23 juin 2021 ainsi que cela ressort de l'accusé de réception produit par l'administration, la prescription n'était pas atteinte. A la supposer établie, la circonstance que la requérante n'ait pris connaissance de ce pli que le 1er juillet 2021 est, à cet égard, sans incidence. Par suite, Mme B n'est pas fondée à demander la décharge de l'obligation de payer les sommes correspondantes.
En ce qui concerne les impositions mises en recouvrements les 30 avril et 30 juin 2014 :
5. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. () ". Aux termes de l'article R. 281-1 du même livre : " Les contestations relatives au recouvrement prévues par l'article L. 281 peuvent être formulées par le redevable lui-même ou la personne tenue solidairement ou conjointement. () " et aux termes de l'article R. 281-3-1 dudit livre : " La demande prévue à l'article R. 281-1 doit, sous peine d'irrecevabilité, être présentée dans un délai de deux mois à partir de la notification : / a) De l'acte de poursuite dont la régularité en la forme est contestée ; / b) A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, de tout acte de poursuite si le motif invoqué porte sur l'obligation au paiement ou sur le montant de la dette ; () ".
6. D'une part, l'administration fait valoir que le moyen tiré de la prescription de l'action en recouvrement est irrecevable dès lors qu'il n'a pas été invoqué à l'encontre du premier acte de poursuite à savoir la mise en demeure du 15 juin 2020. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 4, il n'est pas établi que cette mise en demeure a été réceptionnée par Mme B. Par suite, le moyen est recevable.
7. D'autre part, il est constant que la prescription a été interrompue par un avis à tiers détenteur du 23 novembre 2015. Il ne résulte pas de l'instruction que l'administration aurait émis un autre acte de poursuite dans le délai de quatre ans suivant cet avis. Si elle se prévaut d'un courrier du 15 janvier 2018, distribué le 24 janvier suivant, ce dernier ne concerne pas la même dette fiscale puisqu'elle mentionne des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux pour les années 2013 et 2014. Ainsi, Mme B est fondée à soutenir que la créance était prescrite le 16 juin 2021, date d'adoption des mises en demeure de payer.
8. Dans ces conditions, Mme B est fondée à demander la décharge de l'obligation de payer les sommes en litige, soit un montant de 23 923 euros.
Sur les frais liés au litige :
9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Mme B au titre de frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E
Article 1er : Mme B est déchargée de l'obligation de payer la somme de 23 923 euros.
Article 2 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 6 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Rohmer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Lenoir, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2024.
La rapporteure,
A. DOUSSET
Le président,
B. ROHMER
La greffière,
S. CAILLIEU-HELAIEM
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-3,
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2317492
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté les demandes de la SARL 42 Consulting visant à obtenir la restitution du crédit d'impôt recherche pour les années 2019 et 2020. La juridiction a estimé que la société n'avait pas apporté la preuve que les projets litigieux remplissaient les conditions scientifiques et techniques d'éligibilité prévues par l'article 244 quater B du code général des impôts. Elle a également jugé non fondés les griefs relatifs à une irrégularité de la procédure administrative.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2409280
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la demande de décharge d'impôt sur la plus-value immobilière présentée par Mme A... pour l'année 2020. Le litige portait sur l'interprétation de la condition d'exonération prévue au 1° bis du II de l'article 150 U du code général des impôts, concernant la première cession d'un logement autre que la résidence principale. Le tribunal a jugé que le fait que la requérante ait été propriétaire de son ancienne résidence principale dans les quatre années précédant la vente faisait obstacle au bénéfice de l'exonération, et ce, même si ce bien n'était plus son domicile au moment de la cession.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2420874
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour formulée par un ressortissant sénégalais. La juridiction a jugé que le préfet de police avait méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ne tenant pas compte de l'ancienneté de la présence du requérant en France et de son insertion professionnelle continue. Le tribunal a enjoint à l'administration de délivrer un titre de séjour "salarié" dans un délai de trois mois et une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours, et a condamné l'État à verser 1 000 euros au requérant au titre des frais exposés.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2422817
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour. Le juge a constaté que l'administration n'avait pas répondu à la demande de communication des motifs de son refus implicite, ce qui constitue une illégalité. Cette solution s'appuie sur les articles L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration et R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026