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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2125065

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2125065

vendredi 15 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2125065
TypeDécision
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET LACOURTE, RAQUIN, TATAR (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 24 novembre et le 23 décembre 2021, la société Ordinvest, représentée par Me de Lesquen, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 septembre 2021 par lequel la maire de Paris a refusé de délivrer le permis de construire portant sur un changement de destination de locaux existants à usage de commerce par transformation en locaux nécessaires à un espace de logistique urbaine avec modification de l'aspect extérieur et démolitions partielles au rez-de-chaussée et deux niveaux de sous-sol d'une construction existante située 170 rue Ordener dans le 18ème arrondissement de Paris ;

2°) d'enjoindre à la maire de Paris de lui délivrer le permis de construire demandé dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et ce, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de condamner la Ville de Paris à lui verser une somme de 727 380 euros assortie des intérêts au taux légal ;

4°) de mettre à la charge de la Ville de Paris la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en méconnaissance de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ;

- il est entaché d'erreur de droit dès lors qu'il se fonde sur l'absence d'avis des services de sécurité et accessibilité des bâtiments alors qu'un tel avis n'est pas requis pour ce type de local ;

- la notice de sécurité ne faisait pas partie des pièces exigées et son absence au dossier ne pouvait légalement justifier un refus de permis de construire ;

- le permis de construire n'a pas vocation à vérifier le respect des règles de construction et l'absence de précision relative à des dispositifs constructifs ne peut fonder le refus de permis de construire sauf à l'entacher d'une erreur de droit ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait dès lors que la notice de présentation du dossier de permis de construire comportait des informations précises pour démontrer l'absence d'atteinte à la sécurité publique ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation dès lors qu'aucun élément du dossier ne laisse supposer que le projet portera atteinte à la sécurité publique ;

- il est entaché d'un détournement de pouvoir ;

- la société requérante a subi un préjudice direct et certain découlant du refus illégal de permis de construire ;

- elle a également subi un préjudice tenant au manque à gagner, notamment la perte des loyers attendus du projet sur une durée d'une année.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 20 mars et le 21 avril 2023, la Ville de Paris, représentée par la SCP Foussard-Froger, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Ordinvest en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les moyens ne sont pas fondés ;

- la demande indemnitaire n'est pas justifiée ;

- la maire de Paris était en situation de compétence liée pour refuser le permis de construire dès lors que le changement de destination prévu est contraire aux dispositions de l'article UG2.2.2 du plan local d'urbanisme ; il convient de procéder à une substitution de motifs.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Voillemot, rapporteure ;

- les conclusions de Mme de Schotten, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Froger, représentant la Ville de Paris.

Considérant ce qui suit :

1. La société Ordinvest a déposé le 26 avril 2021 un permis de construire pour le changement de destination de locaux existants à usage de commerce par transformation en locaux nécessaires à un espace de logistique urbaine avec modification de l'aspect extérieur et démolitions partielles au rez-de-chaussée et deux niveaux de sous-sol d'une construction existante située 170 rue Ordener dans le 18ème arrondissement de Paris. Par un arrêté du 24 septembre 2021, la maire de Paris a refusé de délivrer le permis de construire sollicité. La société Ordinvest demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

3. En vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modification substantielle nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

4. D'une part, la circonstance que la délégation permanente de la commission de sécurité de la préfecture de Police n'a pas formulé d'avis favorable circonstancié sur la base des précisions apportées concernant les aménagements proposés et les mesure de sécurité n'est pas, à elle seule, de nature à justifier un refus de permis de construire alors, en outre, qu'il n'est ni établi ni même allégué que le projet était susceptible d'engendrer un risque particulier d'incendie.

5. D'autre part, contrairement à ce qu'indique l'arrêté attaqué, le dossier de demande de permis de construire, notamment la notice de présentation, comprend les éléments nécessaires pour connaître les mesures destinées à éviter et réduire les impacts susceptibles d'être générés par le projet. Elle précise, notamment, que l'espace permet l'organisation de la livraison du dernier kilomètre dans des véhicules utilitaires légers et électriques ou en mode doux par des flottes de vélo-cargo et à pied et elle indique les flux journaliers projetés pour les différents véhicules.

6. Enfin, le risque de nuisances phoniques, de pollution ou d'atteinte à la sécurité des usagers de la voie publique, motif sur lequel est fondée également la décision attaquée, n'est démontrée par aucun élément alors que le projet remplacera une ancienne concession automobile à usage de garage, que des mesures ont été prises pour prendre en compte les aspects environnementales et énergétiques avec un engagement d'obtenir une certification " certibruit " et alors qu'une partie des livraisons sera effectuée par des véhicules utilitaires légers et électriques ou en mode doux par des flottes de vélo-cargo et à pied. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet est susceptible de porter atteinte à la tranquillité, la salubrité et la sécurité publiques. Dans ces conditions, la société requérante est fondée à soutenir que le maire ne pouvait opposer le motif tiré de ce que le projet méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en ce qu'il porte atteinte à la sécurité publique pour rejeter sa demande de permis de construire.

7. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

8. La décision attaquée a été prise sur le fondement des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 6 que ces motifs ne peuvent, à eux seuls, justifier ce refus.

9. Le plan local d'urbanisme de la ville de Paris, au titre des " constructions et installations nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif ", identifie notamment la possibilité de prévoir des espaces de logistique urbaine. Il définit, par ailleurs, les entrepôts comme les locaux d'entreposage et de reconditionnement de produits ou de matériaux, en précisant que sont assimilés à cette destination tous les locaux d'entreposage liés à une activité industrielle, commerciale ou artisanale, lorsque leur taille représente plus de 1/3 de la surface de plancher totale, et, de façon plus générale, tous les locaux recevant de la marchandise ou des matériaux non destinés à la vente aux particuliers dans lesdits locaux. En outre, le 1° de l'article UG 2.2.2 de ce plan local d'urbanisme prévoit que : " () La transformation en entrepôt de locaux existants en rez-de-chaussée est interdite ".

10. La maire de Paris fait valoir en défense que la demande de permis de construire devait être refusée sur le fondement des dispositions précitées de l'article UG. 2.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris. Il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté par la société requérante, que le projet a pour objet de permettre la mutualisation et massification des flux de marchandises " amont ou reverse ", la préparation des tournées de livraison, des activités de transformation et de prestations à valeur ajoutée et plus largement, l'organisation de la livraison du dernier kilomètre de produits non destinés à la vente aux particuliers dans ces locaux, ce qui correspond à une activité relevant de la destination " Entrepôt ", telle que définie par le même plan local d'urbanisme. Par conséquent, le local situé en rez-de-chaussée à destination de commerce ou d'artisanat ne peut, en application des dispositions précitées, faire l'objet d'un changement de destination pour devenir un entrepôt au sens de ces dispositions. Dans ces conditions, il résulte de l'instruction que la maire de Paris aurait pris la même décision si elle avait entendu se fonder initialement sur ce motif. Ce dernier peut être substitué aux motifs fondant la décision dès lors que cette substitution n'a pour effet de priver la société Ordinvest d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation.

11. Enfin, il ne ressort ni des pièces du dossier ni de l'arrêté attaqué qu'il est insuffisamment motivé ou qu'il est entaché d'un détournement de pouvoir.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

14. Il résulte de ce qui précède que la Ville de Paris n'a commis aucune faute en refusant de délivrer le permis de construire sollicité et sa responsabilité ne peut donc être engagée. Ainsi les conclusions indemnitaires tendant à la réparation des préjudices subis du fait du refus de permis de construire attaqué doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Ordinvest la somme que la Ville de Paris demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par la société Ordinvest soit mise à la charge de la Ville de Paris, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Ordinvest est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la Ville de Paris sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Odinvest et à la Ville de Paris.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Simonnot, président,

Mme Voillemot, première conseillère,

M. Paret, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2023.

La rapporteure,

C. VOILLEMOT Le président,

J-F. SIMONNOT

La greffière,

L.CLOMBE

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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