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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2125398

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2125398

vendredi 3 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2125398
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre
Avocat requérantPAQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 novembre 2021, M. Quentin Duru, représenté par Me François Paquet-Cauet, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception d'un montant de 4 904,26 euros émis le 8 décembre 2020 par le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris et la décision implicite par laquelle il a rejeté le recours formé contre ce titre ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer la somme de 4 904,26 euros et la pénalité de retard de 490 euros, subsidiairement, de prononcer l'échelonnement du règlement de cette somme ;

3°) à titre subsidiaire, de le décharger de l'obligation de payer la somme de 264 euros ;

4°) à titre infiniment subsidiaire, de condamner l'Etat à lui verser la somme de 4 904,26 euros ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le titre attaqué est dépourvu de signature et donc irrégulier ;

- la somme réclamée le 8 décembre 2020 est prescrite depuis le 1er juin 2020 ;

- en tout état de cause, le trop-perçu n'est que de 4 640 euros ;

- en lui versant son traitement pour les mois de mars à mai 2018 alors qu'il l'avait avertie de son changement de situation puis en ne lui en réclamant le remboursement que près de trois ans plus tard, l'administration a commis une faute qui lui a causé un préjudice qui peut être évalué à la somme qui lui est réclamée.

La requête a été communiquée au garde des sceaux, ministre de la justice, et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris qui n'ont pas produit de mémoire.

Une mise en demeure a été adressée le 6 avril 2023 au garde des sceaux, ministre de la justice, et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.

Par une ordonnance du 10 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 juin 2023.

Un mémoire, présenté par le garde des sceaux, ministre de la justice, a été enregistré le 12 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Julinet, premier conseiller ;

- et les conclusions de M. Degand, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, du 9 mars 2018, M. Quentin Duru, greffier des services judiciaires affecté au tribunal de grande instance de Paris, a été placé en position de congé parental à compter du 9 mars 2018 pour une période de six mois. Le 8 décembre 2020, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris (DRFIPIF) a émis et rendu exécutoire un titre de perception d'un montant de 4 904,26 euros pour le remboursement d'un trop perçu de rémunérations pour les mois de mars à mai 2018. Le 5 mars 2021, M. A a contesté ce titre devant le garde des sceaux, ministre de la justice, qui, le 30 mars 2021, l'a invité à le faire selon les modalités figurant sur le titre. Par une lettre de relance du 12 mars 2021, le DRFIPIF l'a invité à régulariser sa situation dans les meilleurs délais et lui a infligé une majoration de 490 euros. Par un courrier du 1er avril 2023, il a accusé réception du recours de M. A contre le titre de perception du 5 mars 2021 qui lui avait été transmis par le ministre de la justice et l'a informé qu'il l'avait transmis au ministre de la justice, seul compétent pour y répondre, dans un délai de six mois. Par un courrier du 6 avril 2023, M. A lui a adressé directement son recours contre le titre de perception. Par sa requête, il demande l'annulation du titre de perception et de la décision implicite de rejet de son recours administratif et la décharge de l'obligation de payer la somme de 4 904,26 euros et la pénalité de retard de 490 euros.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :

2. Aux termes de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000, dans sa rédaction alors applicable, issue de l'article 94 de la loi n° 2011-1978 du 28 décembre 2011 portant loi de finances rectificative pour 2011 : " Les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement du versement erroné, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive. / Toutefois, la répétition des sommes versées n'est pas soumise à ce délai dans le cas de paiements indus résultant soit de l'absence d'information de l'administration par un agent de modifications de sa situation personnelle ou familiale susceptibles d'avoir une incidence sur le montant de sa rémunération, soit de la transmission par un agent d'informations inexactes sur sa situation personnelle ou familiale. / () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'une somme indûment versée par une personne publique à l'un de ses agents au titre de sa rémunération peut, en principe, être répétée dans un délai de deux ans à compter du premier jour du mois suivant celui de sa date de mise en paiement sans que puisse y faire obstacle la circonstance que la décision créatrice de droits qui en constitue le fondement ne peut plus être retirée. Dans les deux hypothèses mentionnées au deuxième alinéa de l'article 37-1, la somme peut être répétée dans le délai de droit commun prévu à l'article 2224 du code civil. Ces dispositions sont applicables aux différents éléments de la rémunération d'un agent de l'administration.

4. Il résulte de l'instruction que M. A, malgré son placement en position de congé parental à compter du 9 mars 2018 par un arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, du 9 mars 2018, a continué à percevoir sa rémunération pour les mois de mars à mai 2018, qui lui a été versée le 26 mars, le 24 avril et le 25 mai 2018. Dès le 24 mai 2018, il en a informé son administration et lui a demandé comment régulariser sa situation. Le 28 mai 2018, il lui a été répondu qu'il recevrait un titre de perception pour le trop-perçu de rémunérations du 9 mars au 31 mai 2018. Dès lors, il n'entre pas dans le champ d'application du deuxième alinéa de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 précisant les cas dans lesquels le délai de prescription de deux ans ne peut pas être opposé à l'administration.

5. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".

6. A l'appui de sa requête, M. A produit le recours administratif qu'il a formé contre le titre de perception dans lequel il soutient qu'il n'a jamais eu connaissance d'un courrier recommandé du 4 mars 2020 adressé par le service des traitements du SAR de la cour d'appel de Paris à un destinataire d'ailleurs non précisé auquel il est fait référence dans le titre de perception sans qu'il y soit joint. Une copie de cette requête a été communiquée le 10 décembre 2021 au garde des sceaux, ministre de la justice, et au DRFIPIF, qui ont été mis en demeure le 6 avril 2023 de produire un mémoire en défense. Cette mise en demeure est demeurée sans effet. L'inexactitude des faits allégués par M. A ne ressort d'aucune des pièces versées au dossier. Dans ces conditions, le ministre de la justice et le DRFIPIF doivent être réputés avoir admis leur exactitude matérielle conformément aux dispositions précitées de l'article R. 612-6 du code de justice administrative. Dès lors, le délai de répétition des créances ne peut être regardé comme ayant été interrompu. Par suite, en application des dispositions précitées du premier alinéa de l'article 37­1 de la loi du 12 avril 2000, les créances correspondant aux trop-perçus de rémunération pour les mois de mars, avril et mai 2018 étaient prescrites depuis respectivement le 1er avril, le 1er mai et le 1er juin 2020, avant l'émission le 8 décembre 2020 du titre de perception attaqué.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation du titre de perception du 8 décembre 2020 et de la décision implicite de rejet de son recours administratif et la décharge de l'obligation de payer la somme de 4 904,26 euros et la pénalité de retard de 490 euros.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (garde des sceaux, ministre de la justice), sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre exécutoire d'un montant de 4 904,26 euros émis le 8 décembre 2020 par le DRFIPIF est annulé.

Article 2 : M. A est déchargé de l'obligation de payer la somme de 4 904,26 euros et la pénalité de retard de 490 euros.

Article 3 : L'Etat (garde des sceaux, ministre de la justice) versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. Quentin Duru, au garde des sceaux, ministre de la justice, et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Une copie en sera adressée au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris (DRFIPIF).

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Aubert, présidente,

M. Julinet, premier conseiller,

Mme Massiou, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2023.

Le rapporteur,

S. JULINET

La présidente,

S. AUBERT La greffière,

A. LOUART

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique chacun en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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