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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2126151

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2126151

lundi 2 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2126151
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 décembre 2021, M. B D, représenté par Me Hug, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 29 novembre 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de rétablir les conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir le versement de l'allocation de demandeur d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement de la somme de 1 200 euros à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et sa situation particulière n'a pas été examinée ;

- il n'est pas établi que le signataire de la décision aurait disposé d'une délégation de signature régulière ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de prise compte de sa vulnérabilité,

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte atteinte à sa dignité humaine ;

- le refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil fondé uniquement sur la non présentation aux autorités pendant la procédure " Dublin " est contraire aux objectifs de la directive 2013/33/UE.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2023, le directeur général l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Paris en date du 9 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Abdat,

- et les conclusions de M. Lahary, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant somalien né le 4 avril 1995, a sollicité le bénéfice de l'asile en France le 8 mars 2019 et a accepté le même jour l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). D'abord placé en procédure dite " Dublin " en vue de son transfert vers l'Allemagne, M. D a été placé en fuite le 9 septembre 2019 et s'est vu notifier la suspension de ses conditions matérielles d'accueil par l'OFII. M. D a ensuite déposé une nouvelle demande d'asile en procédure normale le 16 septembre 2020, laquelle a fait l'objet d'une décision de rejet le 24 novembre 2021. Par une décision du 29 novembre 2021, l'OFII lui a notifié le refus du rétablissement des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il ne justifiait pas des raisons pour lesquelles il n'avait pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge. En outre, sa demande d'asile a été définitivement rejetée par la Cour national du droit d'asile le 13 juin 2022. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de la décision du 29 novembre 2021 par laquelle le directeur général de l'OFII lui a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Postérieurement à l'enregistrement de la requête, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. D par une décision du 9 février 2022. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision du 29 novembre 2021 fait référence aux dispositions des articles L. 744-7 et R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi qu'au point 18 de la décision n° 428530 du 31 juillet 2019 du Conseil d'Etat. En outre, elle précise que M. D n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités et que ce motif justifiait, selon les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Elle indique, de plus, que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale ne fait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni de besoins particuliers en matière d'accueil. Ainsi, contrairement à ce que soutient M. D, la décision attaquée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et précise suffisamment les motifs du refus litigieux, permettant ainsi au requérant de la contester. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que M. D a fait l'objet d'un entretien de vulnérabilité le 22 septembre 2021, alors même qu'il avait déjà bénéficié d'un tel entretien auprès des services de l'OFII le 11 mars 2019 dans le cadre de sa demande d'asile. Si lors de ce réexamen le requérant a fait l'état d'un problème de santé, il apparaît qu'il avait préalablement sollicité et obtenu le bénéfice d'un avis MEDZO en date du 11 août 2021 par lequel le médecin coordinateur de zone de l'OFII l'avait déclaré en niveau 1 de vulnérabilité. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII aurait pris la décision attaquée sans procéder à un examen complet de la situation de M. D. Pour les mêmes raisons, le moyen tiré d'un vice de procédure en l'absence d'entretien en vue du rétablissement des conditions matérielles d'accueil doit également être écarté.

5. En troisième lieu, la décision attaquée a été signée par M. A C, directeur territorial de l'OFII à Paris, qui bénéficiait à cette fin d'une délégation de signature du directeur général de l'OFII en vertu d'une décision du 10 septembre 2021 régulièrement publiée sur le site internet de l'OFII. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise par une autorité incompétente manque ainsi en fait et ne peut qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE dispose que : " Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur: a) abandonne le lieu de résidence fixé par l'autorité compétente sans en avoir informé ladite autorité ou, si une autorisation est nécessaire à cet effet, sans l'avoir obtenue; ou b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national; ou c) a introduit une demande ultérieure telle que définie à l'article 2, point q), de la directive 2013/32/UE. / En ce qui concerne les cas visés aux points a) et b), lorsque le demandeur est retrouvé ou se présente volontairement aux autorités compétentes, une décision dûment motivée, fondée sur les raisons de sa disparition, est prise quant au rétablissement du bénéfice de certaines ou de l'ensemble des conditions matérielles d'accueil retirées ou réduites. () 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs. Les États membres veillent à ce que les conditions matérielles d'accueil ne soient pas retirées ou réduites avant qu'une décision soit prise conformément au paragraphe 5. "

7. Contrairement à ce que soutient le requérant, ni les dispositions de la directive du 26 juin 2013 ni aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'interdisent à l'OFII de refuser le rétablissement des conditions matérielles d'accueil motif pris du non-respect par l'intéressé des obligations de présentation aux autorités mises à sa charge. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté, étant en outre relevé que ce refus ne porte pas, par lui-même, atteinte au droit d'asile.

8. En dernier lieu, le requérant soutient que le directeur général de l'OFII a commis une erreur d'appréciation de sa vulnérabilité et a méconnu le principe de dignité humaine. Toutefois, M. D, qui soutient qu'il est contraint de dormir dehors, sans ressource pour se nourrir, se vêtir et se loger, n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations. Par suite, le directeur général de l'OFII a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation de sa vulnérabilité et sans méconnaître le principe de dignité humaine, refuser au requérant le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, alors même qu'il ressort des pièces du dossier que les entretiens de vulnérabilité dont a bénéficié le requérant n'ont permis de mettre en évidence aucun facteur particulier de vulnérabilité. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de M. D tendant à l'annulation de la décision du 29 novembre 2021 par laquelle l'OFII a refusé de rétablir les conditions matérielles d'accueil doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et ses conclusions au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle présentée par M. D.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 11 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Errera, premier conseiller,

Mme Abdat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2023.

La rapporteure,

G. ABDATLe président,

J. SORINLa greffière,

B. CHAHINE

La République mande et ordonne ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2/2-

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