mardi 23 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2126186 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | POISSON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 7 décembre 2021, le 24 juillet 2022 et le 28 septembre 2023, M. B A, représentée par Me Poisson, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux, assorties des intérêts de retard et d'une majoration de 80% pour manœuvres frauduleuses, mises à sa charge au titre des années 2010, 2011 et 2012 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors qu'il est manifeste que le service n'a pas bénéficié d'une communication spontanée du dossier le concernant de la part de l'autorité judiciaire mais a obtenu cette information informellement, avant mise en œuvre de son droit de communication ;
- pour les mêmes motifs, le service ne pouvait légalement avoir recours au délai de reprise dérogatoire prévu par les dispositions de l'article 188 C du livre des procédures fiscales ;
- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors que la proposition de rectification qui lui a été adressée, qui procède par jonction d'un extrait non daté d'une proposition de rectification adressée à une personne morale, est insuffisamment motivée et contient des mentions figurant au sein de documents obtenus par droit de communication, qui, faute d'être produits, ne l'ont pas mis en mesure de présenter ses observations ;
- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors que le service n'a pas mis en œuvre à l'égard de la société D@t@risk la procédure de demande de désignation des bénéficiaires prévue à l'article 117 du code général des impôts ;
- le caractère fictif des factures de sous-traitance régulièrement comptabilisées par la société D@t@risk n'est pas établi ;
- le caractère professionnel des dépenses regardées comme personnelles par le service est établi ;
- outre que c'est à tort que le service a fait un lien automatique entre la rectification du résultat imposable de la société D@t@risk et l'existence d'une distribution à son avantage, le service n'apporte pas la preuve qui lui incombe qu'il aurait appréhendé les sommes litigieuses ;
- le service n'apporte pas la preuve qui lui incombe de l'existence d'agissements destinés à égarer ou restreindre volontairement le pouvoir de contrôle de l'administration, de nature à justifier l'application d'une majoration de 80% pour manœuvres frauduleuses ;
- un sursis à statuer est sollicité jusqu'au jugement de l'affaire pénale en cours sur laquelle le service a fondé les impositions en litige.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 5 avril 2022 et le 17 juillet 2023, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par ordonnance en date du 29 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 octobre 2023 à 12 heures.
Par courrier du 2 avril 2024, pris en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de paris a été invité à fournir :
- la proposition de rectification en date du 29 novembre 2017 adressée à M. A, ainsi que ses pièces jointes ;
- les observations présentées par M. A par courrier du 26 janvier 2018 et la réponse aux observations du contribuable en date du 28 mars 2018 ;
- les avis d'imposition correspondant aux impositions supplémentaires mises à la charge de M. A en date du 31 juillet 2018.
Ces pièces, produites par le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de paris en réponse à cette demande, ont été enregistrées le 4 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lenoir,
- et les conclusions de M. Guiader, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée (SAS) D@t@ Risk, dont M. A est le président, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période comprenant les exercices clos en 2010, 2011 et 2012. A la suite de ce contrôle, par une proposition de rectification en date du 29 novembre 2017 ayant donné à échanges contradictoires, le service a fait part à M. et Mme A de son intention de rectifier leurs bases imposables à l'impôt sur le revenu au titre des années 2010 à 2012, en considérant que quatre-vingt-dix pourcents du montant des factures déduites du résultat imposable de la société D@t@ Risk et regardées comme fictives, de même que les frais de voyage et cadeaux correspondant à des dépenses personnelles de M. A, constituaient des revenus distribués imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Le service a également fait part à M. et Mme A de son intention d'appliquer à ces rehaussements un multiplicateur de 1,25 en application des dispositions de l'article 158-7 du code général des impôts, d'en tirer les conséquences en matière de prélèvements sociaux et d'assortir ces rectifications des intérêts de retard, dont le calcul a été modifié au titre de la réponse aux observations du contribuable en date du 28 mars 2018, et d'une majoration de 80% pour manœuvres frauduleuses en application de l'article 1729 du code général des impôts. Les impositions correspondantes, mises en recouvrement par voie de rôle en date du 31 juillet 2018, ont été contestées par M. et Mme A par une réclamation du 20 février 2019. Cette réclamation ayant fait l'objet d'une décision de rejet en date du 8 octobre 2021, par la requête susvisée, M. A demande au tribunal la décharge, en droits, intérêts de retard et majoration pour manœuvres frauduleuses, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux mises à sa charge et à celle de Mme A au titre des années 2010, 2011 et 2012.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la procédure d'imposition :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 82 C du livre des procédures fiscales : " A l'occasion de toute procédure judiciaire, le ministère public peut communiquer les dossiers à l'administration des finances. / Cette dernière porte à la connaissance du ministère public, spontanément dans un délai de six mois après leur transmission ou à sa demande, l'état d'avancement des recherches de nature fiscale auxquelles elle a procédé à la suite de la communication de ces dossiers. / Le résultat du traitement définitif de ces dossiers par l'administration des finances fait l'objet d'une communication au ministère public ".
3. D'autre part, l'article L. 101 du même livre dispose que : " L'autorité judiciaire doit communiquer à l'administration des finances toute indication qu'elle recueille, à l'occasion de toute procédure judiciaire, de nature à faire présumer une fraude commise en matière fiscale ou une manœuvre quelconque ayant eu pour objet ou pour résultat de frauder ou de compromettre un impôt. / L'administration des finances porte à la connaissance du juge d'instruction ou du procureur de la République, spontanément dans un délai de six mois après leur transmission ou à sa demande, l'état d'avancement des recherches de nature fiscale auxquelles elle a procédé à la suite de la communication des indications effectuée en application du premier alinéa. / Le résultat du traitement définitif de ces dossiers par l'administration des finances fait l'objet d'une communication au ministère public. "
4. Il résulte de l'instruction que, dans le cadre de la procédure pénale concernant M. A, l'administration fiscale a demandé par courriers en date du 20 juin 2017, d'une part, au procureur de la République adjoint en faisant usage de son droit de communication et en application des dispositions de l'article L. 82 C du livre des procédures fiscales et, d'autre part, au vice-président en charge de l'instruction de cette affaire au titre des dispositions de l'article L. 101 livre des procédures fiscales, l'autorisation de consulter les pièces de la procédure judiciaire. Ces autorisations ont été délivrées respectivement le 25 juin 2017 par le procureur de la République adjoint et le 22 juin 2017 par le vice-président en charge de l'instruction. S'agissant de la mise en œuvre par le service des dispositions de l'article L. 101 du livre des procédures fiscales, si l'obligation incombant à l'autorité judiciaire, en vertu de cet article, n'est soumise à aucune formalité particulière et n'est pas, notamment, subordonnée au dépôt préalable d'une demande de communication émanant de l'administration fiscale, l'existence d'une telle demande n'est pas de nature à entacher d'irrégularité la procédure de communication de documents aux services fiscaux. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la demande adressée par l'administration, antérieure à la communication des pièces par le ministère public et l'autorité judiciaire, révélerait une méconnaissance des dispositions citées aux points 2 et 3 doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. " L'article R. 57-1 de ce même livre dispose que : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée () ".
6. La proposition de rectification en date du 29 novembre 2017 adressée à M. et Mme A, à laquelle se trouvaient annexés des extraits des propositions de rectifications adressées à la société D@t@ Rsik, explicite la méthode et les modalités de détermination des bases imposables retenues par le service ainsi que les motifs l'ayant conduit à caractériser l'existence d'une distribution en faveur de M. A. Dans ces conditions, sans qu'ait d'incidence la circonstance que n'étaient pas jointes à la proposition de rectification les documents obtenus de tiers ayant permis au service d'établir les impositions en litige, le moyen tiré du défaut de motivation de la proposition de rectification en date du 29 novembre 2017 doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande. "
8. A supposer que M. A ait entendu se prévaloir de la méconnaissance par le service des dispositions qui précèdent en soutenant que, faute pour le service d'avoir joint les documents sur lesquels il s'est fondé pour établir les impositions, le principe du contradictoire avait été méconnu, il ne résulte ni des termes du courrier d'observation de M. et Mme A en réponse à la proposition de rectification en date du 29 novembre 2017, dans lequel ceux-ci se bornaient à faire état d'une contestation des chefs rectifications retenus par le service pour des motifs équivalents à ceux développés dans les observations présentées par la société D@t@ Risk, ni de l'instruction, que M. A aurait explicitement demandé la communication de ces documents dans le cadre de la procédure les concernant. Au demeurant, il ressort des termes de la réponse aux observations du contribuable en date du 28 mars 2018 qu'y étaient jointes les pièces mentionnées dans l'annexe 1 de la proposition de rectification. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire soulevé par M. A doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 117 du code général des impôts : " Au cas où la masse des revenus distribués excède le montant total des distributions tel qu'il résulte des déclarations de la personne morale visées à l'article 116, celle-ci est invitée à fournir à l'administration, dans un délai de trente jours, toutes indications complémentaires sur les bénéficiaires de l'excédent de distribution. / En cas de refus ou à défaut de réponse dans ce délai, les sommes correspondantes donnent lieu à l'application de la pénalité prévue à l'article 1759. "
10. Il résulte des dispositions qui précèdent que, si l'administration s'abstient d'inviter une personne morale à lui faire parvenir des indications sur les bénéficiaires d'un excédent de distribution qu'elle a constaté, cette abstention a seulement pour effet de la priver de la possibilité d'assujettir cette personne morale à l'impôt sur le revenu à raison des sommes correspondantes, mais est sans influence sur la régularité de la procédure d'imposition suivie à l'égard des personnes physiques qui ont bénéficié de la distribution et que l'administration, compte tenu des renseignements dont elle dispose, est en mesure d'identifier. Le moyen tiré de l'absence de mise en œuvre par le service de la procédure prévue à l'article 117 du code général des impôts doit par suite être écarté.
En ce qui concerne le bienfondé des impositions :
S'agissant du délai de reprise :
11. D'une part, aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due () ".
12. D'autre part, aux termes de l'article 188 C du livre des procédures fiscales dans sa version applicable aux années d'imposition 2010 et 2011 : " Même si les délais de reprise sont écoulés, les omissions ou insuffisances d'imposition révélées par une instance devant les tribunaux ou par une réclamation contentieuse peuvent être réparées par l'administration des impôts jusqu'à la fin de l'année suivant celle de la décision qui a clos l'instance et, au plus tard, jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due ".
13. Enfin, aux termes de l'article L. 188 C du livre des procédures fiscales issue du 3° du II de l'article 92 de la loi du 29 décembre 2015 de finances rectificative pour 2015 : " Même si les délais de reprise sont écoulés, les omissions ou insuffisances d'imposition révélées par une procédure judiciaire, par une procédure devant les juridictions administratives ou par une réclamation contentieuse peuvent être réparées par l'administration des impôts jusqu'à la fin de l'année suivant celle de la décision qui a clos la procédure et, au plus tard, jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due ". Le IV de ce dernier article dispose que cette rédaction " () s'applique aux délais de reprise venant à expiration à compter de la publication de la présente loi. L'article L. 188 C du livre des procédures fiscales demeure applicable, dans sa rédaction résultant de l'article 10 de la loi n° 2012-1510 du 29 décembre 2012 de finances rectificative pour 2012, aux révélations intervenues avant la publication de la présente loi "
14. Ainsi qu'il a été dit au point 4, c'est sans méconnaître les dispositions des articles L. 82 C et L. 101 du livre des procédures fiscales que le service a sollicité auprès de l'autorité judiciaire et du ministère public des informations s'agissant de M. A, qui avait fait l'objet d'une mise en examen dans le cadre de l'information judiciaire ouverte en 2015 à son encontre. Au surplus, il ne résulte pas de l'instruction que les éléments détenus par l'administration fiscale pouvaient lui permettre, par la mise en œuvre des procédures d'investigations dont elle dispose, d'établir, avant l'exercice de son droit de communication auprès de l'autorité judiciaire, les insuffisances ou omissions d'imposition imputées à M. A. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le service a pu se prévaloir du délai de reprise spécial prévu à l'article L. 188 C du livre des procédures fiscales.
S'agissant des rectifications dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers :
15. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ".
16. M. A n'a pas accepté les redressements découlant du rattachement à son revenu des bénéfices de la SAS D@t@ Risk regardés comme distribués au titre des années 2010 à 2012, à hauteur respectivement de 125 965 euros, 221 446 euros et 365 348 euros, tant en ce qui concerne l'existence et le montant des charges regardées par le service comme fictives ou engagées dans le seul intérêt de M. A qu'au regard de la réalité de la distribution. Dans ces conditions, il incombe à l'administration de prouver, d'une part, l'existence des bénéfices qui auraient été distribués par la société et, d'autre part, le montant des sommes qui auraient été attribuées à cet associé personnellement.
Quant aux factures regardées par le service comme fictives :
17. D'une part, pour remettre en cause la réalité des prestations de prospection téléphonique, assistance commerciale, location de fichiers mails et routage comptabilisées en charges par la SAS D@t@ Risk au titre des exercices clos 2010, 2011 et 2012, le service a, d'abord, relevé que l'activité de la SAS D@t@ Risk correspondait à l'exercice par M. A de la fonction de chef des ventes au sein de l'agence 92A de la société Akzio, créée par décision des associés de la société ASP64. Se fondant sur les procès-verbaux d'entretien avec les commerciaux de la société Akzio, le service a relevé que les ventes de prestations réalisées par le groupe Akzio ne dépendaient pas de la SAS D@t@ Risk, qui leur était peu ou pas connue, et des données que celles-ci auraient pu acquérir mais que la force de vente, pour son activité de prospection commerciale, utilisait des fichiers préexistants, dont celui d'un concurrent. Le service a en outre relevé que les perquisitions réalisées au domicile de M. A, également siège de la SAS D@t@ Risk, n'avaient pas permis de retrouver une quelconque trace de démarchage provenant de fichiers clients ayant fait l'objet d'une facturation. Par ailleurs, le service a relevé plusieurs incohérences de nature à corroborer l'absence de réalité de ces prestations, telles que la tarification pratiquée par les sociétés AM Diff et ACC, organisée en multiples d'un même montant de 21 000 euros, quel que soit l'objet de la prestation facturée, et de montants totaux considérablement plus élevés que ceux pratiqués par ces sociétés à l'égard d'autres clients, conduisant, s'agissant de la société AM Diff, à ce qu'une location de 2 millions de mails pendant deux semaines soit facturée 7 875 euros à un client autre que la SAS D@t@ Risk, devant quant à elle acquitter un montant de 21 000 euros pour une location de 105 000 mails pendant un mois. Le service a enfin relevé que les facturations effectuées par les sociétés AM Diff et ACC étaient incohérentes, pouvant intervenir de façon anticipée comme après la location organisée.
18. D'autre part, s'agissant des prestations correspondant aux commissions d'apporteur d'affaires acquittées par la SAS D@t@ Risk auprès des sociétés A.S.L. Diffusion, ACC et AM Diff, le service a relevé que celles-ci étaient dépourvues de logique économique dès lors qu'elles avaient pour objet la prospection de sociétés déjà clientes de la société ASP 64.
19. Enfin, s'agissant de l'appréhension effective par M. A de 90% des factures ainsi regardées comme fictives par le service, soit 104 039 euros, 207 216 euros et 337 918 euros respectivement au titre des années 2010, 2011 et 2012, le service s'est fondé sur le procès-verbal d'interrogatoire de M. A du 14 juin 2016 reprenant les déclarations du dirigeant de la société AM Diff, indiquant que les montants acquittés par la SAS D@t@ Risk au titre des factures qui lui étaient adressées faisaient l'objet d'une restitution en espèces à M. A, après prélèvement d'une commission de 5% par la société AM Diff. Au cours de cet interrogatoire, M. A a en outre indiqué, s'agissant de la société ACC, qu'après que son dirigeant avait établi une facture, " je lui donnais un chèque en retour taxe sur la valeur ajoutée incluse et il me reversait 90% en espèces du hors taxes ".
20. En premier lieu, M. A soutient que l'absence de connaissance par les employés interrogés de la SAS D@t@ Risk n'est pas susceptible de justifier l'absence de réalité des prestations que cette société avait choisi de sous-traiter, lesquelles étaient effectives et correspondaient à son activité d'identification de prospects. Toutefois, il ressort des termes du contrat entre la SAS D@t@ Risk et la société Akzio produit par M. A, comme de ses déclarations au titre de son audition du 8 mars 2016 citées par le service dans l'annexe 2 à la proposition de rectification en date du 29 novembre 2017, que les missions de la société D@t@ Risk, exercées par M. A, étaient uniquement de recruter, de former et d'animer la force de vente de l'agence située à Gennevilliers de la société Akzio, les opérations de démarchage étant assurées par cette équipe de commerciaux. En outre, il ressort des termes de la même audition du 8 mars 2016 que, s'agissant des fichiers clients utilisés, la force de vente se fondait sur un fichier " Risc Group ", qui constituait, ainsi que l'a relevé le service, un ancien concurrent, ainsi que sur " la base Compass et France prospect ".
21. En deuxième lieu, si M. A conteste les observations du service quant au montant de la facturation effectuée des sociétés ACC et AM Diff, non susceptible de justifier, en lui-même, l'absence de réalité des prestations ainsi facturées, ainsi qu'il a été dit au point 17, ces observations ont été relevées par le service afin de corroborer ses conclusions quant au caractère économiquement incohérent et quant à l'absence de toute élément de nature à justifier une réalisation effective des prestations facturées par les sociétés ACC et AM Diff.
22. En troisième lieu, si M. A soutient que l'appréhension effective des sommes n'est pas établie dès lors que le service ne se fonde que sur des procès-verbaux d'interrogatoire, il ne remet pas en cause le contenu des déclarations restituées par ces documents. En outre, la circonstance que les sommes aient été distribuées à M. A par interposition de sociétés tierces, telles que les sociétés ACC et AM Diff, est sans incidence sur son appréhension effective des sommes litigieuses.
23. Il résulte de ce qui a été dit aux points 17 à 22, sans que M. A puisse utilement se prévaloir du caractère, selon lui, incompréhensible du tableau figurant en pages 20 et 21 de la proposition de rectification en date du 29 novembre 2017 relatif aux commissions d'apporteur d'affaires et alors même que l'intéressé avait soutenu, lors de ses interrogatoires, que les prestations facturées par les sociétés ACC et AM Diff étaient effectives, que le service doit être regardé comme apportant la preuve, d'une part, de l'existence des bénéfices distribués par la société D@t@ Risk relatifs aux prestations de prospection et, d'autre part, du montant des sommes attribuées à M. A personnellement.
Quant aux frais de voyage et cadeaux :
24. D'une part, pour considérer que les frais de voyage et de cadeaux comptabilisés en charges par la SAS D@t@ Risk à hauteur de 21 926 euros, 14 230 euros et 27 430 euros au titre des exercices clos en 2010, 2011 et 2012 n'avaient pas été engagées dans l'intérêt de la société mais dans le seul intérêt de M. A, le service a relevé que la SAS D@t@ Risk n'avait pour clients que les sociétés ASP64 et Akzio et que, vendant les produits et solutions de ces sociétés, elle ne pouvait dès lors justifier de l'intérêt de frais propres relatifs à des salons professionnels. Le service a en outre relevé, à partir des déclarations de M. A dans ses interrogatoires des 8 mars 2016 et 14 juin 2016 qu'il n'avait " jamais mis un pied chez un client ", qu'il avait conscience d'avoir utilisé les fonds sociaux de la société à des fins contraires aux intérêts de celle-ci en effectuant du 1er avril 2010 au 31 mars 2013 des dépenses en bijoux, voyages et frais d'hôtellerie.
25. M. A ne se prévalant d'aucun élément de nature à justifier que les sommes correspondant aux frais de voyage et de cadeaux avaient été exposés dans l'intérêt de la SAS D@t@ Risk, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve que lesdites sommes n'étaient pas déductibles du résultat de cette société et de leur appréhension par M. A.
En ce qui concerne les pénalités :
26. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : () / c. 80 % en cas de manœuvres frauduleuses () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration peut appliquer la majoration de 80 % pour manœuvres frauduleuses prévue par le c) de l'article 1729 du code général des impôts, si l'intéressé a fait usage d'artifices destinés à égarer ou à restreindre le pouvoir de contrôle de l'administration.
27. Pour assortir les impositions supplémentaires mises à la charge de M. A de la majoration pour manœuvres frauduleuses, le service a, d'une part, relevé que le caractère intentionnel des manquements observés, générant une augmentation du revenu imposable de l'intéressé comprise entre de 200 et 370% du revenu déclaré, ressortait du contenu même des interrogatoires de M. A dans le cadre de la procédure judiciaire dont il a fait l'objet, au cours desquels l'intéressé a pu indiquer que " si quelque chose s'est passé, c'est plus du ressort de la fraude fiscale que du blanchiment ". Le service a, d'autre part, considéré que le système de comptabilisation, entre les années 2010 et 2012, de factures fictives par la SAS D@t@ Risk, permettant à M. A de percevoir au moins 90% du montant facturé en espèces après prélèvement d'une commission par les sociétés ACC et AM Diff, de même que la comptabilisation en charges par la SAS D@t@ Risk de frais de voyage et bijoux personnels, étaient constitutifs d'artifices destinés à restreindre le pouvoir de contrôle de l'administration. Dans ces conditions, et alors que M. A se borne à soutenir que les charges remises en cause par le service ont été régulièrement comptabilisées et payées par la SAS D@t@ Risk, c'est à bon droit que le service a assorti les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux mises à la charge de M. A de la majoration de 80% pour manœuvres frauduleuses prévue au c de l'article 1729 du code général des impôts.
28. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de surseoir à statuer jusqu'au jugement de l'affaire pénale en cours, que les conclusions présentées par M. A à fin de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux, assorties des intérêts de retard et d'une majoration de 80% pour manœuvres frauduleuses, mises à sa charge au titre des années 2010, 2011 et 2012 doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
29. Les dispositions de l'article L. 761-1 font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme réclamée par M. A au titre de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 3 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Rohmer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Lenoir, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.
Le rapporteur,
A. LENOIR
Le président,
B. ROHMERLa greffière,
V. FLUET
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./1-3
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01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2422817
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour. Le juge a constaté que l'administration n'avait pas répondu à la demande de communication des motifs de son refus implicite, ce qui constitue une illégalité. Cette solution s'appuie sur les articles L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration et R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026