lundi 30 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2126273 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CMS FRANCIS LEFEBVRE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés le 6 décembre 2021 et le 20 octobre 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Far East Access, initialement représentée par Me Riquelme et Salles puis, en dernier lieu, par Me Foissac, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été notifiés au titre des exercices 2013, 2014 et 2015 ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la minoration du chiffre d'affaires déclaré à la taxe sur la valeur ajoutée qui lui est reprochée est infondée, dès lors que le retraitement des écritures comptables permet de distinguer les avances de trésorerie, non taxables, des paiements de factures ;
- l'abandon d'intérêts correspondant aux soldes débiteurs de son associée et de ses filiales a été consenti dans son propre intérêt ;
- la remise en cause des amortissements pratiqués au titre de l'appartement du 44, boulevard Péreire est injustifiée, dès lors que ce bien a été acquis dans une perspective de détention durable, et non dans une optique de revente à court terme ;
- les deux provisions qu'elle a inscrites dans ses comptes remplissaient les conditions de déductibilité ;
- les charges litigieuses ont été engagées dans l'intérêt direct de l'exploitation ;
- la correction du montant du déficit reportable constaté au début de l'exercice 2013 a été effectuée dans l'attente de la réponse de l'administration à la réclamation du 19 décembre 2013 ;
- les pénalités ne sont pas justifiées.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 juin 2022 et 4 janvier 2023, la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Errera,
- et les conclusions de M. Coz, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Far East Access a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2014, prolongée jusqu'au 31 décembre 2015 en matière de taxe sur la valeur ajoutée, à l'issue de laquelle le service lui a notifié, selon la procédure de rectification contradictoire, des rehaussements de bases imposables à l'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée. Par la présente requête, la SAS Far East Access demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquelles elle a ainsi été assujettie, ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne la minoration du chiffre d'affaires déclaré à la taxe sur la valeur ajoutée :
2. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. - Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. () ". Aux termes de l'article 269 du même code : " 1. Le fait générateur de la taxe se produit :/ a. au moment où la livraison, l'acquisition intracommunautaire du bien ou de la prestation de services est effectuée () / 2. La taxe est exigible : / a. pour les livraisons et les achats visés au a du 1 et pour les opérations mentionnées aux b et d du même 1, lors de la réalisation du fait générateur () ; / c. pour les prestations de services autres que celles visées au b bis, lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits () ". Il résulte de ces dispositions que la société Far East Access, qui se trouve à la tête d'un groupe de sociétés de gestion patrimoniale spécialisées dans la location d'immeubles commerciaux ainsi que dans l'activité hippique, est redevable de la taxe sur la valeur ajoutée sur les encaissements au titre de ses différentes activités de prestataires de services, en application de l'article 269-2-c du code général des impôts.
3. Il résulte de l'instruction que le chiffre d'affaires réalisé par la société Far East Access provient de la facturation de la location de bureaux situés au domicile de sa présidente, Mme C, à Neuilly-sur-Seine, et de prestations administratives et de conseil auprès de ses filiales, les SCI Rouvignies et Gondrange. La société loue également un appartement à usage de bureaux situé au 44, boulevard Péreire à Paris à M. A B, époux de Mme C. Dans le cadre des opérations de contrôle, le service a constaté que la société inscrivait les factures clients correspondantes au débit des comptes 455 et 467, qui correspondent respectivement aux comptes courants de ses filiales (SCI Rouvignies et Gondrange) et au compte débiteur divers 467 intitulé " locataire 44 bd Péreire ". Les paiements étaient effectués en créditant ces comptes grâce à des mouvements débiteurs réalisés sur les comptes de banque ou le compte courant de Mme C. Le service vérificateur a également constaté que la société requérante avait comptabilisé des avances de trésorerie consenties à ses filiales, les SCI Rouvignies et Gondrange et les Haras de la Valette, dans le cadre d'une convention de trésorerie. En dépit d'une demande d'information adressée à la dirigeante de la société, et en l'absence de justificatifs quant à la nature exacte des paiements, le service n'a pas été en mesure de distinguer, sur le plan comptable, les paiements des factures clients des simples remboursements d'avances de trésorerie. Par conséquent, les montants encaissés ont été, dans leur intégralité, considérés comme correspondant au paiement de factures clients au titre de prestations de services rendues, et ont par conséquent été considérés comme passibles de la taxe sur la valeur ajoutée au titre des années 2013, 2014 et 2015 pour les montants respectifs de 9 575 euros, 3 832 euros et 26 849 euros.
4. La société requérante admet que ces modalités de comptabilisation étaient erronées et que les avances de trésorerie d'une part, et les facturations de prestations d'autre part, auraient dû être comptabilisées dans des comptes distincts. Elle impute ces erreurs à son ancien expert-comptable, avec lequel elle est en litige et qui aurait conservé une partie des pièces comptables. Elle soutient que son nouvel expert-comptable a été en mesure de procéder à un réexamen des écritures comptables et de distinguer les opérations taxables des simples mouvements de trésorerie. Elle verse différents tableaux récapitulatifs, déjà produits devant la commission départementale des impôts, faisant apparaître des retraitements d'écritures permettant de réaffecter les mouvements comptables de manière appropriée.
5. Toutefois, comme le relève le service dans son mémoire en défense, les tableaux ainsi produits par la société requérante, qui consistent en un simple retraitement des écritures des comptes courants des SCI Rouvignies et Gondrange, telles que relevées dans la comptabilité de la requérante au titre de la période vérifiée, ne permettent pas, du fait de l'absence de traçabilité et de tout tableau de correspondance entre les numéros d'écritures, de déterminer la nature exacte des paiements en cause et, en particulier, d'établir que les mouvements créditeurs enregistrés dans les comptes courants d'associés correspondent nécessairement à des remboursements d'avances de trésorerie. Il n'est pas non plus possible d'établir une correspondance entre ces retraitements et les montants évoqués dans l'avis de la commission départementale des impôts, respectivement de 83 022,33 euros pour l'exercice 2013 et de 209 020 euros pour l'exercice 2015, présentés comme correspondant à des remboursements d'avances de trésorerie effectués par les SCI Gondrange et Rouvignies et comme ne devant pas, à ce titre, être compris dans les encaissements taxables. Enfin, comme le relève le service, les montants figurant en page 5 du document récapitulatif du comptable ne sont pas en cohérence avec ceux qui figurent dans le tableau récapitulatif joint à la réponse de la société, datée du 3 octobre 2016, à la proposition de rectification. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence de minoration du chiffre d'affaires déclaré à la taxe sur la valeur ajoutée doit être écarté.
En ce qui concerne la renonciation à produits financiers :
6. En vertu des dispositions combinées des articles 38 et 209 du code général des impôts, le bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés est celui qui provient des opérations de toute nature effectuées par l'entreprise, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion normale. S'il appartient à l'administration d'apporter la preuve des faits sur lesquels elle se fonde pour estimer qu'un abandon de créances ou d'intérêts consenti par une entreprise à un tiers constitue un acte anormal de gestion, elle est réputée apporter cette preuve dès lors que cette entreprise n'est pas en mesure de justifier qu'elle a bénéficié en retour de contreparties.
7. Il résulte de l'instruction que le service a constaté, au cours des opérations de contrôle, que les comptes courants ouverts dans les livres de la société requérante aux noms des SCI Rouvignies et Gondrange, de Mme C ainsi que de la SCEA Les Haras de la Valette, étaient restés débiteurs tout au long des exercices 2014 et 2015, pour les montants suivants :
Le service a également constaté que ces soldes, qui correspondent à des avances ou à des prêts consentis par la société Far East Access à son associée et à ses filiales, n'avaient pas donné lieu à l'enregistrement comptable d'intérêts, ce qui confère à ces mouvements le caractère de prêts non rémunérés. Le service a donc estimé que l'avantage ainsi consenti sans contrepartie ne relevait pas d'une gestion normale, et a réintégré dans les résultats de la société requérante, au titre des exercices 2013 et 2014, le montant des produits financiers qu'elle avait ainsi renoncé à percevoir, pour des montants respectifs de 188 490 et 191 839 euros. Ces produits, qui correspondent au montant des intérêts que la société Far East Access aurait dû réclamer à son associée et à ses filiales, ont été calculés sur la base d'un taux d'intérêt annuel égal à la moyenne des taux effectifs moyens pratiqués par les établissements de crédit pour des prêts à taux variable aux entreprises, d'une durée initiale supérieure à deux ans, soit, 2,79 %, au titre de chacun des exercices vérifiés. Le service a donc mis à la charge de la société requérante les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés correspondantes.
8. La société requérante soutient qu'elle a, ce faisant, agi dans son intérêt propre, d'une part afin de se prémunir d'un risque de déficit d'image en cas de faillite d'une de ses filiales, d'autre part afin de préserver la viabilité économique de ses filiales, qui sont aussi ses clients. Elle soutient qu'elle a conclu avec ses filiales, le 28 décembre 2012, une convention de trésorerie, au titre de laquelle ses filiales sont dispensées de lui verser des intérêts.
9. Il résulte toutefois de l'instruction que la société requérante se borne à avancer, au soutien de ses allégations, des éléments très généraux et non circonstanciés. Le service relève, en défense, que tant la SCI Rouvignies que la SCI Gondrange ont respectivement dégagé, au titre des exercices litigieux, un chiffre d'affaires de 339 282 euros en 2013 et de 347 367 euros en 2014, et de 838 633 euros en 2013 et 832 248 euros en 2014. La situation financière de ces filiales ne justifiait donc aucunement que la société Far East Access consentît des abandons d'intérêts en leur faveur, pour des montants d'avances, de surcroît, extrêmement supérieurs au chiffre d'affaires réalisé par chacune des filiales concernées. La SCEA Les Haras de la Valette n'a quant à elle dégagé, au titre des exercices en cause, qu'un chiffre d'affaires insignifiant, de 5 541 euros en 2013 et de 773 euros en 2014, alors que son solde était débiteur de plus de 5 millions d'euros, ces montants respectifs étant sans commune mesure. Dans ces conditions, dès lors que la société requérante n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle a bénéficié en retour de contreparties, l'administration apporte la preuve du caractère anormal de l'abandon d'intérêts litigieux.
En ce qui concerne les amortissements :
10. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts, applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " 1. Sous réserve des dispositions des articles 33 ter, 40 à 43 bis et 151 sexies, le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. / 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés () ". Aux termes de l'article 38 ter de l'annexe III au même code : " Le stock est constitué par l'ensemble des marchandises, des matières premières, des matières et fournitures consommables, des productions en cours, des produits intermédiaires, des produits finis, des produits résiduels et des emballages non destinés à être récupérés, qui sont la propriété de l'entreprise à la date de l'inventaire et dont la vente en l'état ou au terme d'un processus de production à venir ou en cours permet la réalisation d'un bénéfice d'exploitation () ".
11. Il résulte de l'instruction que la société requérante a acquis auprès de Mme C et de son époux, le 27 octobre 2009, un appartement situé au 44, boulevard Péreire à Paris 17ème, en déclarant, dans l'acte d'acquisition, agir en sa qualité de marchand de biens. Elle s'est acquittée, à ce titre, de droits d'enregistrement au taux réduit. Sur le plan comptable, la société n'a pas inscrit ce bien en stock, mais en tant qu'immobilisation, au compte 2135 " immeuble 44 Péreire ". Un bail de location à usage de bureau a été signé le 22 décembre 2009 au nom de M. A B, époux de Mme C. À compter du 1er janvier 2010, la société a déduit de son résultat imposable des amortissements afférents à ce bien, ainsi qu'aux travaux de rénovation et d'aménagement qui y ont été réalisés. Le service, estimant que cette acquisition, effectuée sous le régime des marchands de biens comme il vient d'être dit, aurait dû être comptabilisée en stock et non en immobilisation, a, en application des dispositions citées au point 10, réintégré aux résultats imposables des exercices clos en 2013 et 2014 les dotations aux amortissements effectuées par la société, pour des montants de respectivement 86 978 euros et 30 845 euros.
12. Pour contester ce chef de redressement, la société requérante soutient qu'à la date de l'acquisition du bien, la destination devant être donnée à ce dernier n'avait pas encore été déterminée, et que la circonstance qu'elle se soit acquittée de droits d'enregistrement réduits ne faisait pas obstacle à ce que, par une décision de gestion opposable à l'administration, elle inscrive ce bien à l'actif immobilisé et procède à son amortissement selon les règles applicables à cette catégorie d'actifs.
13. Toutefois, pour les sociétés dont l'objet social permet notamment le négoce immobilier, les immeubles affectés à ce négoce ne constituent pas des éléments de l'actif immobilisé, mais des stocks. En l'espèce, il résulte de l'instruction qu'aux termes de l'article 2 de ses statuts en vigueur à l'époque des faits, la société requérante a pour objet, entre autres, l'exercice de l'activité de marchand de biens. Il ressort également de l'acte d'acquisition que la gérante de la société a expressément indiqué, dans le cadre de la vente par adjudication, agir en sa qualité de marchand de biens, l'opération ayant précisément été placée, ainsi qu'il a été dit, sous le régime fiscal des marchands de biens. Dans ces conditions, l'appartement acquis par la société requérante, qui appartenait au demeurant en indivision à son époux, ne constituait pas un élément de l'actif immobilisé, mais devait être comptabilisé dans les stocks de la société, nonobstant la circonstance que, dans l'attente de sa revente, ce bien ait été donné en location. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a réintégré dans les résultats de la société les amortissements pratiqués à tort sur ce bien.
En ce qui concerne la déductibilité des provisions :
14. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'œuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire. / Toutefois les rémunérations ne sont admises en déduction des résultats que dans la mesure où elles correspondent à un travail effectif et ne sont pas excessives eu égard à l'importance du service rendu. Cette disposition s'applique à toutes les rémunérations directes ou indirectes, y compris les indemnités, allocations, avantages en nature et remboursements de frais ()/ 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice () Les provisions qui, en tout ou en partie, reçoivent un emploi non conforme à leur destination ou deviennent sans objet au cours d'un exercice ultérieur sont rapportées aux résultats dudit exercice. Lorsque le rapport n'a pas été effectué par l'entreprise elle-même, l'administration peut procéder aux rectifications nécessaires dès qu'elle constate que les provisions sont devenues sans objet () ". Il résulte de ces dispositions, d'une part, qu'une entreprise peut valablement porter en provision et déduire des bénéfices imposables d'un exercice des sommes correspondant à des pertes ou charges qui ne seront supportées qu'ultérieurement par elle, à la condition que ces pertes ou charges soient nettement précisées quant à leur nature et susceptibles d'être évaluées avec une approximation suffisante, qu'elles apparaissent comme probables eu égard aux circonstances constatées à la date de clôture de l'exercice et qu'elles se rattachent aux opérations de toute nature déjà effectuées à cette date par l'entreprise.
15. La société Far East Access conteste la remise en cause par le service de la déductibilité, d'une part, d'une provision pour dépréciation des créances rattachées à des participations, pour un montant de 3 729 960 euros, et, d'autre part, d'une provision pour litige d'un montant de 25 000 euros. La société indique que la première provision correspond à 74 % d'une créance qu'elle détient sur la SCEA Les Haras de la Valette au titre d'une avance qu'elle lui a consentie, cette SCEA étant filiale de la société FLH, qui est elle-même une filiale de la société requérante. Elle soutient que cette créance avait vocation à soutenir l'activité à venir de sa sous-filiale, dont l'activité a été compromise à la suite de l'abandon d'un projet de construction et d'extension d'un haras à Dourdan. Elle indique que les actifs de la SCEA Les Haras de la Valette, qui présentait une situation nette négative de 4,2 millions d'euros, sont composés de chevaux de concours dépréciés. Toutefois, la société, en se bornant à ces allégations à caractère général, non documentées en dehors d'un simple plan du projet de haras, n'établit pas que la provision litigieuse remplissait les conditions prévues à l'article 39 du code général des impôts et citées au point 14. La société n'apporte par ailleurs aucun élément quant à la provision de 25 000 euros. La société n'est, dès lors, pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration a remis en cause la déductibilité des provisions litigieuses.
En ce qui concerne les déductions de charges :
16. Il résulte des dispositions citées au point 14 que, pour être admis en déduction, les frais et charges de l'entreprise doivent être exposés dans l'intérêt direct de l'exploitation, correspondre à une charge effective et être appuyés de justifications suffisantes.
17. Il résulte de l'instruction que le service a refusé la déduction, au titre de l'exercice 2013, de deux charges correspondant à des honoraires juridiques, pour un montant global de 14 000 euros, et d'une charge correspondant à une assurance, pour un montant de 9 063 euros, et, au titre de l'exercice 2014, d'une charge correspondant à une assurance, d'un montant de 9 150 euros, et d'une dépense comptabilisée en charge exceptionnelle, d'un montant de 3 825 euros, au motif que ces charges n'étaient pas assorties de pièces justificatives. Si la société soutient qu'elle est en litige avec son ancien expert-comptable, qui aurait conservé un certain nombre de pièces, et que les charges litigieuses ont bien été engagées dans l'intérêt de son exploitation, elle n'apporte aucun élément justificatif. Dans ces conditions, la société n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, du caractère déductible des charges en cause.
En ce qui concerne le rejet du report déficitaire :
18. Aux termes du troisième alinéa du I. de l'article 209 du code général des impôts : " Sous réserve de l'option prévue à l'article 220 quinquies, en cas de déficit subi pendant un exercice, ce déficit est considéré comme une charge de l'exercice suivant et déduit du bénéfice réalisé pendant ledit exercice (). Si ce bénéfice n'est pas suffisant pour que la déduction puisse être intégralement opérée, l'excédent du déficit est reporté dans les mêmes conditions sur les exercices suivants. Il en est de même de la fraction de déficit non admise en déduction en application de la première phrase du présent alinéa ".
19. Il résulte de l'instruction que le service a constaté, au cours des opérations de contrôle, que, dans la rubrique du formulaire 2058 B consacrée au suivi des déficits, à la clôture de l'exercice 2012, le montant des déficits restant à reporter indiqué en ligne YK, d'un montant de 139 032 euros, ne correspondait pas au montant des déficits restant à reporter antérieurs, tel que mentionné à l'ouverture de l'exercice suivant, d'un montant de 1 822 421 euros, soit une discordance d'un montant de 1 683 389 euros. Le service a donc constaté une majoration indue du montant des déficits reportables au 1er janvier 2013 à concurrence d'un montant de 1 683 389 euros.
20. La société soutient qu'elle a effectué cette correction du montant du déficit reportable en considération de la réclamation qu'elle a formée le 19 décembre 2013, portant sur l'exercice 2010, et à la suite de la vérification de comptabilité dont elle a fait l'objet au titre de la période allant du 1er janvier 2008 au 31 décembre 2009. À l'issue de ce contrôle, le service, se plaçant sur le terrain de l'abus de droit, a remis en cause l'exonération des dividendes perçus par la société Far East Access, en provenance de sa filiale, la SA FLH, dans le cadre du régime mère-fille. La société Far East Access s'est vu notifier des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice 2008, pour un montant de 6 680 400 euros. Dans la réclamation formée le 19 décembre 2013, la société Far East Access indiquait que, dans l'hypothèse où ces rectifications seraient maintenues, et pour éviter une double imposition, elle entendait déposer une déclaration rectificative au titre de l'exercice 2010, et par laquelle elle procédait à la réintégration extra-comptable d'une provision, générant ainsi un déficit.
21. La société doit être regardée comme ayant entendu se prévaloir d'une réclamation assortie d'une déclaration rectificative, dont le sort dépendrait de l'issue du contentieux qu'elle a engagé devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise sous le numéro 1905623 et tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés qui lui ont été notifiées au titre de l'exercice 2008. Toutefois, ce faisant, et comme le relève le service en défense, la société a tout à la fois préjugé de la réponse de l'administration à sa réclamation, et anticipé l'issue du contentieux qu'elle a porté devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise à la suite de cette réclamation, le jugement étant intervenu le 20 juin 2023. Il résulte par ailleurs de l'instruction que le service n'a pas rendu de décision expresse sur la réclamation du 19 décembre 2013. Par conséquent, en l'absence de prise de position du service sur la réclamation du 19 décembre 2013, la société n'était pas fondée à corriger la montant du déficit reportable en anticipation de ce que pourrait être la réponse du service. La société n'est donc pas fondée à contester la majoration des déficits reportables au 1er janvier 2013 à laquelle le service a procédé.
Sur les majorations :
22. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ".
23. Pour justifier l'application des pénalités pour manquement délibéré, l'administration fait valoir qu'en ce qui concerne la minoration du chiffre d'affaires déclaré à la taxe sur la valeur ajoutée, la gérante, en sa qualité de présidente et d'associée unique de la société, avait connaissance du montant des recettes encaissées, et ne pouvait ignorer que la société avait encaissé les factures clients soit sur les comptes courants d'associés des filiales dont elle était elle-même dirigeante, soit sur son propre compte courant, soit enfin sur le compte débiteur divers au nom de son époux. L'administration fait également valoir que la société, en entretenant la confusion entre les comptes clients et les comptes courant d'associés 455, et débiteurs et créditeurs divers 467, a cherché à dissimuler le montant réel des encaissements de chiffre d'affaires. L'administration relève également que Mme C connaissait la nature exacte et le montant des opérations affectant les comptes courants 455 et 467, qu'elle ne pouvait ignorer ni la situation débitrice de ces différents comptes, ni qu'en renonçant à percevoir des produits financiers sur les avances accordées, la société avait commis un acte ne relevant pas d'une gestion commerciale normale. L'administration relève en outre que Mme C, en tant que professionnelle du secteur immobilier, ne pouvait ignorer que le bien acheté par la société, agissant en qualité de marchand de biens, aurait dû être inscrit en stock et ne pouvait faire l'objet d'amortissements déductibles. L'administration souligne que Mme C a cherché à l'égarer concernant la nature et le montant des provisions. Enfin, l'administration fait valoir que, s'agissant du montant erroné des déficits en report, la requérante ne pouvait ignorer qu'elle inscrivait à l'ouverture de l'exercice 2013 un déficit reporté pour un montant injustifié. La société Far East Access ne conteste pas utilement ces éléments, constitutifs d'un faisceau d'indices concordants, en se bornant à imputer les erreurs comptables commises à son ancien expert-comptable, et que la gérante n'a rien cherché à dissimuler à l'administration. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve que la société Far East Access a commis des manquements délibérés et, par suite, du bien-fondé de la pénalité de 40 % dont étaient assortis les rehaussements en litige.
Sur les frais liés au litige :
24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la société Far East Access au titre de frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société Far East Access est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Far East Access et à la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 16 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Errera, premier conseiller,
Mme Abdat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.
Le rapporteur,
A. ERRERA
Le président,
J. SORINLa greffière,
D.-E. JEANG
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2512599
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté préfectoral du 14 janvier 2025 l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que le droit d'être entendu, garanti par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, n'imposait pas une nouvelle audition dans ce cas, la décision d'éloignement découlant nécessairement du rejet définitif de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile. La juridiction a appliqué les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 611-1.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2400857
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête d'un agent du SIAAP demandant la révision de son taux d'incapacité permanente partielle (IPP) et l'indemnisation de préjudices. Le tribunal juge que le taux d'IPP, fixé à 34% selon le barème légal, ne peut être modifié en raison de l'existence éventuelle d'une faute de l'employeur. Concernant l'indemnisation, le tribunal rappelle que le régime des accidents de service et maladies professionnelles des fonctionnaires, régi par la loi du 13 juillet 1983 et le décret du 2 mai 2005, répare forfaitairement certains préjudices, mais n'exclut pas une action en responsabilité pour faute visant à réparer d'autres chefs de préjudice.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401146
Le Tribunal administratif de Paris a annulé une sanction disciplinaire (un jour d'exclusion temporaire de fonction) infligée par l'AP-HP à un infirmier. La juridiction a estimé que la sanction, fondée sur une simple "suspicion d'inhalation de kalinox", ne reposait pas sur des faits établis, ce qui constitue une erreur de droit. Le tribunal a enjoint à l'administration d'effacer la sanction du dossier de l'agent et l'a condamnée à lui verser 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401760
**Sujet principal** : Contestation par une société de rappels de TVA et d'une majoration, concernant le taux applicable (taux réduit de 5,5% pour la vente de livres ou taux normal de 20% pour des prestations de voyance). **Juridiction** : Tribunal Administratif de Paris (formation de jugement). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la requête de la société. Il estime que l'activité principale constitue une prestation immatérielle de voyance taxable au taux normal et que, de toute façon, la société n'a pas apporté la preuve permettant d'isoler la part éventuelle de son chiffre d'affaires relevant de la vente de livres. **Textes appliqués** : Articles 278 et 278-0 bis A-3° du code général des impôts (taux normal et taux réduit de TVA).
30/03/2026