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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2126666

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2126666

vendredi 20 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2126666
TypeDécision
PublicationC
Formation3e Section - 1re Chambre - R.222-13
Avocat requérantCABINET FRANCK COHEN AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 décembre 2021 et le 29 mars 2022, M. A B, représenté par Me Cohen, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 27 avril 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour défaut de points et lui a enjoint de le restituer ;

2°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur et des outre-mer a retiré onze points sur son permis de conduire à la suite des infractions des 5 février 2019, 17 avril 2019 et 7 août 2020, ainsi que la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours gracieux présenté à l'encontre desdites décisions ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer les points illégalement retirés ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la réalité des infractions n'est pas établie ;

- il n'a pas reçu l'information relative au permis à points au moment de la constatation des infractions en méconnaissance des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Paris pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Paris a présenté son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a commis, les 5 février 2019, 17 avril 2019 et 7 août 2020, diverses infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de 11 points affectés à son permis de conduire. Par une décision en date du 27 avril 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a notifié à M. B le dernier retrait de points et a constaté, en lui rappelant les précédentes décisions portant retrait de points, qu'il avait perdu le droit de conduire. M. B demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions, ainsi que la décision implicite de son recours gracieux à leur encontre.

En ce qui concerne l'infraction commise le 17 avril 2019 :

2. L'infraction commise le 17 avril 2020 a été constatée au moyen d'un assistant numérique personnel donnant lieu à un procès-verbal de constatation de l'infraction. Le ministre soutient que les données de l'infraction ont ensuite été télétransmises au " centre national de traitement du contrôle sanction automatisé " et qu'un avis de contravention comportant l'ensemble des informations prescrites par les textes a été envoyé automatiquement par courrier au domicile du requérant. Toutefois, il ressort du relevé d'information intégral du requérant a fait l'objet d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée concernant cette infraction. Si le ministre produit un modèle d'avis de contravention vierge qui comporte les informations prescrites par l'article L. 223-3 du code de la route et un document intitulé " historique des documents émis ", il ne peut pas être regardé comme apportant la preuve, en l'absence de paiement de l'amende forfaitaire, que le requérant a reçu un avis de contravention identique pas plus qu'il ne peut être regardé comme établi, en l'absence de preuve de paiement de l'amende forfaitaire majorée, que le requérant a reçu un avis d'amende forfaitaire majorée comportant les informations requises. Par suite, la décision de retrait d'un point consécutive à l'infraction commise le 17 avril 2019 est entachée d'illégalité et doit être annulée.

En ce qui concerne l'infraction commise le 7 août 2020 :

3. Il ressort des mentions du relevé intégral d'information qu'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée a été émis pour l'infraction relevée à l'encontre de M. B par radar automatique le 7 août 2020. Le ministre de l'intérieur ne produit pas d'attestation du trésorier principal du contrôle automatisé relative à l'encaissement du montant de cette amende. Si le ministre produit un accusé de réception, aucun élément ne permet de démontrer qu'il s'agisse de l'accusé de réception relative à cette dernière. Par suite, M. B est fondé à soutenir qu'il n'a pas reçu les informations prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route. Le moyen tiré du défaut d'information concernant cette infraction doit donc être accueilli.

En ce qui concerne l'infraction commise le 5 février 2019 :

4. L'infraction constatée le 5 février 2019 a donné lieu à un procès-verbal établi par voie électronique qui ne comporte ni la signature de l'intéressé ni l'ensemble des informations légalement prévues. Ce dernier ne permet donc pas d'établir que M. B a reçu les informations prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. De plus, il n'est pas établi que le requérant a bénéficié, préalablement au retrait de points consécutifs à l'infraction du 5 février 2019, de l'information prévue par les dispositions précitées. Dans ces conditions, l'omission de cette information a effectivement privé M. B la garantie instituée par la loi. Dès lors, il est fondé à soutenir que le retrait de trois points dont il a fait l'objet à la suite de l'infraction constatée le 5 février 2019 est intervenu à la suite d'une procédure irrégulière et à en demander l'annulation.

5. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à soutenir que les décisions relatives aux infractions commises les 5 février 2019, 17 avril 2019 et 7 août 2020 par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré onze points de son permis de conduire sont entachées d'illégalité, et par suite, à en demander l'annulation.

6. La décision du ministre de l'intérieur constatant la perte de validité du permis de conduire de M. B fait état de décisions de retrait de points annulées par le présent jugement. En vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le permis de conduire ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nul. Le solde de points du permis de M. B n'est pas nul du fait de l'annulation de ces décisions de retrait de points. Ainsi la décision ministérielle en date du 27 avril 2021, en tant qu'elle invalide le permis litigieux, doit être annulée, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux présenté à leur encontre.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

8. Le présent jugement implique nécessairement que l'administration restitue à M. B les onze points qui lui ont été irrégulièrement retirés à la suite des infractions commises les 5 février 2019, 17 avril 2019 et 7 août 2020.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur et des outre-mer a procédé au retrait de onze points du capital de points affecté au permis de conduire de M. B, à la suite des infractions commises les 5 février 2019, 17 avril 2019 et 7 août 2020 sont annulées.

Article 2 : La décision du ministre de l'intérieur et des outre-mer du21 avril 2021 en tant qu'elle constate que le permis de conduire de M. B a perdu sa validité, est annulée, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux présenté à son encontre.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de restituer, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, les points illégalement retirés par les décisions annulées à l'article 1er, dans la limite du capital de points affecté à son permis de conduire et sous réserve des infractions non prises en compte à la date des décisions attaquées.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

A. PARIS Le greffier,

Y. FADEL La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2126666

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