mercredi 4 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2126801 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | MOREL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 décembre 2021 et le 21 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Morel, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 25 août 2021 par lequel le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a notifié le refus des conditions matérielles d'accueil, ensemble la décision rejetant implicitement son recours administratif préalable obligatoire exercé le 2 septembre 2021 ;
3°) d'enjoindre, à titre principal, à l'OFII de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif à compter du 25 août 2021, d'examiner sa demande d'admission dans un lieu prévu à l'article L. 552-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de lui indiquer le lieu d'hébergement susceptible de l'accueillir dans un délai de sept jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, à l'OFII de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de sept jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
M. B soutient que :
-la décision est entachée d'incompétence ;
-elle n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen individuel, complet et sérieux de sa situation personnelle ;
-elle méconnaît les articles L. 522-1 et suivants et l'article R. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 21 et 22 de la directive 2013/33/UE ;
-elle méconnaît les dispositions relatives aux conditions matérielles d'accueil, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de fait.
Une mise en demeure a été adressée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 23 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme Dousset,
-et les conclusions de M. Guiader, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant malien né le 31 décembre 1994 à Kayes, a sollicité l'asile le 2 octobre 2018 en procédure normale. Sa demande a été rejetée et M. B a sollicité un réexamen de cette dernière le 24 août 2021. Il a demandé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) mais cette demande a été rejetée le 25 août 2021. M. B a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision le 2 septembre 2021, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. M. B doit être regardé comme demandant l'annulation de cette décision implicite, qui s'est substituée à la décision du 25 août 2021.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait déposé une demande d'aide juridictionnelle. Par suite, ses conclusions tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, une décision implicite étant réputée prise par l'autorité qui en est saisie, la décision contestée est réputée avoir été prise par le directeur de l'OFII. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entachée la décision contestée ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En outre, aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".
5. M. B n'établit ni même n'allègue avoir sollicité auprès de l'OFII la communication des motifs de la décision implicite dont il demande l'annulation. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.
6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de M. B avant de prendre la décision litigieuse. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ".
8. M. B ayant déposé une demande de réexamen et non une première demande d'asile, il ne peut utilement se prévaloir des dispositions précitées de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne lui étaient pas applicables. Il ne résulte, par ailleurs, d'aucune disposition législative ou réglementaire qu'un entretien de vulnérabilité doit être organisé à l'occasion d'une demande de réexamen de la demande d'asile d'un ressortissant étranger. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'un tel entretien, qui est inopérant, ne peut qu'être écarté. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que l'OFII n'aurait pas examiné sérieusement la vulnérabilité du requérant. Ainsi, M. B n'a pas été privé d'une garantie et le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 522-1 et R. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que des articles 21 et 22 de la directive 2013/33/UE doit être écarté.
9. Enfin, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ".
10. Il est constant que M. B a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile et l'OFII était fondé, pour ce motif, en application des dispositions précitées de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à refuser de lui accorder les conditions matérielles d'accueil. En outre, en se bornant à produire des certificats médicaux qui évoquent une pathologie psychotique chronique nécessitant un suivi médical spécialisé et à évoquer son absence de ressources et de domicile fixe, il n'établit pas être dans une situation de vulnérabilité telle qu'elle exigerait le rétablissement immédiat de ses droits, malgré la précarité de sa situation actuelle. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation de la décision du directeur territorial de l'OFII du 25 août 2021 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Morel et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Rohmer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Lenoir, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2023.
La rapporteure,
A. DOUSSET
Le président,
B. ROHMER
La greffière,
S. CAILLIEU-HELAIEM
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./1-3
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