vendredi 12 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2126811 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 4e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET DUHAMEL RAMEIX GURY MAITRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 décembre 2021, M. A B, représenté par Mes Bouillot et Lastelle, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° 2021-772 et la décision n° 2021-0772 du 15 septembre 2021 par lesquels les questeurs du Sénat ont refusé son élévation de classe au 1er juin 2019 ;
2°) d'enjoindre au Sénat de réexaminer son élévation de classe et de reconstituer sa carrière sur le fondement de la décision qui sera prise ;
3°) de mettre à la charge du Sénat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions attaquées sont intervenues à l'issue d'une procédure irrégulière eu égard au délai trop court dont il a bénéficié pour consulter son dossier ;
- elles ont le caractère d'une sanction déguisée ;
- elles n'ont pas été précédées d'un examen de sa situation professionnelle ;
- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2022, le Sénat, représenté par la SCP Gury et Maître, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le moyen tiré du vice de procédure est inopérant et n'est en tout état de cause pas fondé ;
- les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 ;
- l'ordonnance n° 58-1100 du 17 novembre 1958 ;
- le règlement intérieur du Sénat ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Julinet, premier conseiller ;
- les conclusions de M. Degand, rapporteur public ;
- les observations de Mes Bouillot et Lastelle, représentant M. B, et celles de Me Gury, représentant le Sénat.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, administrateur principal du Sénat, a été affecté à la direction de l'architecture, du patrimoine et des jardins. Placé en garde à vue à compter du 25 novembre 2018, il a été mis en examen le 29 novembre 2018 et placé sous contrôle judiciaire avec notamment une interdiction d'exercer ses fonctions d'administrateur au Sénat. Parallèlement, par une décision du 27 novembre 2018 du secrétaire général de la questure, il a fait l'objet d'une interdiction provisoire d'exercice de ses fonctions sur le fondement de l'article 150 du règlement intérieur du Sénat à compter du 28 novembre 2018. Par une décision du 30 novembre 2018, le secrétaire général de la questure a pris une nouvelle interdiction temporaire d'exercice de ses fonctions à compter du 1er décembre 2018 sur le fondement des dispositions de l'article 151 du règlement intérieur du Sénat. Cette interdiction provisoire d'exercer ses fonctions a été confirmée par un arrêté du président et des questeurs du Sénat du 5 décembre 2018 puis renouvelée par arrêtés successifs du président et des questeurs du Sénat des 27 mars 2019, 26 juin 2019, 22 octobre 2019, 25 février 2020, 23 juin 2020, 21 octobre 2020, 16 février 2021, 30 juin 2021, 14 octobre 2021 et 17 février 2022. Pendant toute la durée d'interdiction d'exercice de ses fonctions, seuls son traitement indiciaire et son indemnité de résidence ont été maintenus, à l'exclusion de toute autre indemnité ou prime. Par ailleurs, M. B, qui aurait pu prétendre à une élévation à la 3ème classe de son grade le 1er juin 2019, a été informé, le 27 mai 2019, de l'intention du Sénat d'émettre un avis défavorable à son élévation de classe au 1er juin 2019 et a été invité à consulter son dossier préalablement à l'intervention d'une décision. Par un arrêté n° 2019-535 et une décision n° 2019-0535 des questeurs du 29 mai 2019, l'examen de l'élévation de classe de M. B a été reporté de trois mois à compter de la reprise de ses fonctions à l'issue de la période de suspension de ses fonctions. Par un arrêté n° 2021-423 et une décision n° 2021-0423 des questeurs du 27 mai 2021, M. B a été élevé à la 3ème classe de son grade à compter du 1er juin 2021. Par un jugement n° 1916375 du 8 juillet 2021, le tribunal a annulé l'arrêté n° 2019-535 et la décision n° 2019-0535 des questeurs du 29 mai 2019. Par un courrier du 10 septembre 2021, M. B a été informé de l'intention de la secrétaire générale de la questure d'émettre un avis défavorable à son élévation de classe entre le 1er juin 2019 et le 31 mai 2021 et a été invité à consulter son dossier préalablement à l'intervention d'une décision. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté n° 2021-772 et la décision n° 2021-0772 du 15 septembre 2021 par lesquels les questeurs ont refusé son élévation à la 3ème classe de son grade entre le 1er juin 2019 et le 31 mai 2021.
2. Aux termes de l'article 83 du règlement intérieur du Sénat : " Le minimum de temps exigé pour passer d'une classe à la classe supérieure est fixé à deux ans. / Peuvent bénéficier de ce minimum les fonctionnaires qui ont donné satisfaction à leurs chefs hiérarchiques par leur travail, leur conduite et leur assiduité. / () / Le fonctionnaire qui a acquis quatre ans d'ancienneté dans une classe est élevé à la classe supérieure. L'élévation de classe prend effet au premier jour du mois ". L'article 84 du même règlement intérieur dispose que : " L'élévation de classe est prononcée : / 1° Par arrêté du Président ou des Questeurs, selon la nature des directions, sur la proposition du Secrétaire général compétent, pour tout fonctionnaire relevant des cadres des administrateurs () L'élévation de classe est prononcée au vu de l'avis motivé du directeur intéressé (), adressé à la direction des Ressources humaines et de la Formation () ". Il résulte de ces dispositions que la circonstance qu'un fonctionnaire du Sénat a acquis deux ans d'ancienneté dans une classe et remplit ainsi la condition d'ancienneté minimale pour être élevé à la classe supérieure de son grade ne lui donne pas un droit à cette promotion, qui a lieu exclusivement au choix, la décision devant être prise en considération de son travail, de sa conduite et de son assiduité, à la différence de la promotion à l'ancienneté des fonctionnaires qui ont acquis quatre ans d'ancienneté.
3. En vertu des dispositions de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905, un agent public faisant l'objet d'une mesure prise en considération de sa personne, qu'elle soit ou non justifiée par l'intérêt du service, doit être mis à même d'obtenir communication de son dossier.
4. Les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements. Un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé l'intéressé d'une garantie.
5. Si les questeurs peuvent refuser à un fonctionnaire du Sénat le bénéfice de l'élévation de classe au minimum d'ancienneté au regard de l'appréciation portée sur son travail, sa conduite et son assiduité, cette décision, même si elle est dépourvue de caractère disciplinaire, constitue une mesure prise en considération de la personne de l'intéressé. Dès lors, elle doit être précédée de la formalité instituée par l'article 65 de la loi du 22 avril 1905, qui est applicable à tout agent public.
6. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier recommandé du vendredi 10 septembre 2021, la secrétaire générale de la questure a informé M. B que son directeur avait émis un avis défavorable à son élévation de classe avant le 1er juin 2021, qu'elle envisageait de proposer aux questeurs un refus d'élévation de classe entre le 1er juin 2019 et le 31 mai 2021, que cette question serait abordée lors d'une réunion le 15 septembre 2021 dont elle ne précisait pas l'heure et qu'il pouvait venir consulter son dossier individuel. M. B soutient sans être contredit par le Sénat, qui n'en produit pas l'avis de réception, avoir reçu ce courrier le lundi 13 septembre 2021. En raison de la brièveté du délai qui s'est écoulé entre le moment où M. B a pu recevoir cette lettre du 10 septembre 2021 et la date à laquelle les questeurs se sont réunis et ont arrêté leur décision, il ne peut, dans les circonstances de l'espèce, être regardé comme ayant disposé d'un délai suffisant pour prendre connaissance de son dossier avant de faire parvenir aux questeurs ses observations sur la mesure envisagée avant leur réunion. Dès lors, il est fondé à soutenir que la décision attaquée a été prise sur une procédure irrégulière.
7. Il ressort des pièces du dossier que ce vice de procédure a privé M. B de la garantie fondamentale que constitue pour tout fonctionnaire la possibilité de consulter son dossier. Dès lors, il a entaché cette décision d'illégalité.
8. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté n° 2021-772 et de la décision n° 2021-0772 du 15 septembre 2021 par lesquels les questeurs ont refusé son élévation à la 3ème classe de son grade entre le 1er juin 2019 et le 31 mai 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. En raison du motif qui la fonde, l'annulation des décisions attaquées implique seulement que le Sénat réexamine la situation de M. B. Il y a lieu de lui enjoindre, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
10. M B n'étant pas la partie perdante, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à sa charge la somme demandée par le Sénat. Il y a lieu en revanche de mettre à la charge du Sénat une somme de 1 500 euros à verser à M. B en application de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté n° 2021-772 et la décision n° 2021-0772 des questeurs du Sénat du 15 septembre 2021 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au Sénat de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le Sénat versera une somme de 1 500 euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 5 : Les conclusions présentées par le Sénat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au Sénat.
Délibéré après l'audience du 15 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Aubert, présidente,
M. Julinet, premier conseiller,
Mme Massiou, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2024.
Le rapporteur,
S. JULINET
La présidente,
S. AUBERTLa greffière,
A. LOUART
La République mande et ordonne au président du Sénat en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2126811
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2304140
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A, agent contractuel, qui contestait une retenue sur son traitement de 250 euros pour un indu de prime exceptionnelle liée à la pandémie. La requérante invoquait un défaut de motivation et une faute de l'administration, mais le tribunal a jugé que la décision de retenue était fondée sur l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 et le décret n° 2020-570 du 14 mai 2020. Il a estimé que l'administration avait établi le bien-fondé de l'indu, car Mme A ne remplissait pas les conditions pour bénéficier de la prime, et qu'aucune faute n'était caractérisée. Les conclusions indemnitaires et subsidiaires ont également été rejetées.
25/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2305883
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé le compte rendu d'entretien professionnel de Mme B..., capitaine de police, établi le 23 janvier 2023 au titre de l'année 2017. La requérante soutenait notamment que l'évaluation avait été réalisée par une autorité incompétente et sans entretien préalable. Le tribunal a fait droit à sa demande en se fondant sur l'autorité de la chose jugée attachée à un précédent jugement du 25 mars 2022, qui avait déjà annulé un premier compte rendu pour les mêmes motifs (absence d'entretien et évaluation partielle). La décision s'appuie sur les dispositions de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 et du décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 relatifs à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires.
25/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2307997
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B A, réserviste opérationnel, qui demandait l'annulation de la décision du 18 janvier 2023 de la commission de recours de l'invalidité lui refusant une pension militaire d'invalidité pour une affection non imputable au service. Le tribunal a jugé que M. A n'apportait pas la preuve, exigée par les articles L. 121-1 et suivants du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, que son infirmité était directement causée par l'exercice de ses fonctions de réserviste. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête, incluant la demande de pension et celle au titre des frais de justice.
25/09/2025