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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2127037

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2127037

lundi 25 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2127037
TypeDécision
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantSEMAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 décembre 2021, M. A, représenté par Me Semak, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 21 avril 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu son bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir rétroactivement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 21 avril 2021, et ce dans un délai de dix jours à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; d'examiner sa demande d'admission dans un lieu prévu à l'article L. 744-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ce dans un délai de dix jours à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; et d'effectuer une évaluation de sa vulnérabilité et ce dans un délai de dix jours à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 2 400 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat ; ou, à défaut, à lui verser une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, des articles 17 et 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et des articles L. 744-6, L. 744-7 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Abdat,

- et les conclusions de M. Lahary, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né le 1er janvier 1996, a demandé le bénéfice d'une protection internationale en France le 8 janvier 2021, a été placé en procédure dite " Dublin " le même jour et a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par un arrêté du 19 février 2021, le préfet de police a décidé de son transfert vers la Belgique et l'a assigné à résidence avec obligation de se présenter deux fois par semaines devant les services de police. A la suite de son placement en fuite par le préfet de police, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a cessé de lui verser l'allocation de demandeur d'asile par une décision du 21 avril 2021. Il demande, par la présente requête, l'annulation de cette décision.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. " Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision du 21 avril 2021 fait référence aux dispositions des articles L. 744-7 et R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi qu'au point 18 de la décision n° 428530 du 31 juillet 2019 du Conseil d'Etat. En outre, elle précise que M. A n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités et que ce motif justifiait, selon les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Elle indique, en outre, que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale ne fait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni de besoins particuliers en matière d'accueil. Ainsi, contrairement à ce que soutient M. A, la décision attaquée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et précise suffisamment les motifs du refus litigieux, permettant ainsi au requérant de la contester. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII aurait pris la décision attaquée sans procéder à un examen complet de la situation de M. A dès lors que la décision attaquée mentionne la prise en compte de la situation personnelle et familiale de l'intéressé.

5. En troisième lieu, s'il démontre s'être présenté à diverses convocations de la préfecture de police dans le cadre du suivi de la procédure Dublin, il n'établit pas s'être présenté aux présentations bihebdomadaires auprès des services de police du commissariat central de police prévues par l'arrêté du 19 février 2021, notamment aux dates du 8 mars, 15 mars et 22 mars 2021. En outre, s'il indique souffrir d'une pathologie médicale caractéristique d'une situation de vulnérabilité particulière, il ressort des pièces du dossier, et en particulier des pièces relatives à l'entretien de vulnérabilité dont il a bénéficié le 8 janvier 2021, que s'il a fait état d'un problème de santé, il n'a produit aucun document médical probant ni sollicité le bénéfice d'un avis MEDZO. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'OFII aurait entaché sa décision d'une erreur de fait.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. "

7. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier en date du 1er avril 2021, dont il a accusé réception le 16 avril 2021, M. A a été informé de ce que l'OFII envisageait de suspendre ses conditions matérielles d'accueil et l'a invité à présenter ses observations dans un délai de quinze jours. Dès lors, le moyen tiré d'une méconnaissance de procédure contradictoire préalable doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 17 de la Directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres font en sorte que les demandeurs aient accès aux conditions matérielles d'accueil lorsqu'ils présentent leur demande de protection internationale. Les États membres font en sorte que les mesures relatives aux conditions matérielles d'accueil assurent aux demandeurs un niveau de vie adéquat qui garantisse leur subsistance et protège leur santé physique et mentale. " Aux termes de l'article 20 de cette directive : " 1. Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : a) abandonne le lieu de résidence fixé par l'autorité compétente sans en avoir informé ladite autorité ou, si une autorisation est nécessaire à cet effet, sans l'avoir obtenue ; ou b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national () 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs () ". Aux termes de l'article L. 744-7 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable à la date de la décision attaquée : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : () 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. "

9. Il ressort des pièces du dossier, et n'est pas contesté par le requérant, qu'en vertu de l'arrêté du 19 février 2021, il était tenu de se présenter de façon bihebdomadaire auprès des services de police du commissariat central de police et qu'il n'a pas déféré à ses convocations des 8 mars, 15 mars et 22 mars 2021, sans présenter d'élément à l'appui de son recours pour justifier ces absences, conduisant ainsi à son placement en fuite. En outre, si le requérant souligne sa situation de précarité, il résulte de ce qui a été dit au point 4 qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII n'ait pas tenu compte de sa situation personnelle. Dans ces conditions, l'OFII n'a pas méconnu les dispositions des articles 17 et 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ou de leur transposition par l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines () ". Aux termes de l'article R. 744-14 du même code : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application de l'article L. 744-6, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. "

11. Si le requérant soutient n'avoir bénéficié d'aucun entretien personnel avec un agent de l'OFII après l'enregistrement de sa demande d'asile et d'aucune évaluation de sa vulnérabilité, il ressort des pièces du dossier qu'il a bénéficié d'un tel examen par le truchement d'un interprète le 8 janvier 2021. Dès lors, le moyen tiré d'une méconnaissance des articles L. 744-6 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A autres que celles visant à ce que lui soit accordé, à titre provisoire, l'aide juridictionnelle, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 11 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Errera, premier conseiller,

Mme Abdat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2023.

La rapporteure,

G. ABDATLe président,

J. SORINLa greffière,

B. CHAHINE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2/2-

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