lundi 27 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2127046 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET WILLKIE, FARR ET GALLAGHER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 novembre 2021, la Fondation Fernando Sanchez and Quintin Yearby, représentée par Me Mondoloni, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 septembre 2021 par laquelle l'administration a rejeté sa réclamation tendant au remboursement du prélèvement prévu par l'article 244 bis A du code général des impôts dont elle s'est acquittée au titre de la plus-value réalisée lors de la cession d'un immeuble situé au 5 rue Furstemberg à Paris, pour un montant de 273 900 euros ;
2°) de prononcer la restitution de ce prélèvement, assorti des intérêts moratoires ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 8 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les dispositions de l'article 244 bis A du code général des impôts, en tant qu'elles introduisent une différence de traitement fiscal au détriment des organismes sans but lucratif dont le siège est situé hors de France, qui sont soumis au prélèvement d'un tiers sur les plus-values immobilières, par rapport aux organismes sans but lucratif dont le siège est situé en France, constituent une restriction à la libre circulation des capitaux au sens de l'article 63 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- une fondation sans but lucratif ayant son siège dans un pays tiers, à laquelle le prélèvement de 33,1/3 % est appliqué, est soumise à une charge fiscale supérieure à celle supportée par une fondation sans but lucratif établie en France réalisant la même opération, exonérée d'impôt sur les sociétés à raison des plus-values réalisées lors de la cession d'un immeuble qu'elle détient en France, alors même qu'elle n'a pas été reconnue d'utilité publique ;
- elle est une entité poursuivant un but charitable dont la gestion est désintéressée, et bénéficie d'une exonération fiscale à ce titre aux États-Unis.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 mai 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la fondation ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Errera,
- et les conclusions de M. Lahary, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La fondation de droit américain Fernando Sanchez and Quintin Yearby a réalisé une plus-value de cession d'un montant de 821 700 euros à la suite de la cession, le 11 avril 2018, d'un bien immobilier situé au 5, rue Furstemberg à Paris (6ème). En application des dispositions du A de l'article 244 bis du code général des impôts, elle a été assujettie à un prélèvement de 273 900 euros. Par une réclamation contentieuse du 11 avril 2019, la fondation a demandé la restitution de ce prélèvement. Par décision du 8 septembre 2021, le service a rejeté cette réclamation. Par la présente requête, la fondation Fernando Sanchez and Quintin Yearby demande au tribunal de la restitution du prélèvement prévu par les dispositions de l'article 244 bis A du code général des impôts dont elle s'est acquittée.
2. Aux termes de l'article 244 bis A du code général des impôts, dans sa rédaction alors en vigueur : " I.-1. Sous réserve des conventions internationales, les plus-values, telles que définies aux e bis et e ter du I de l'article 164 B, réalisées par les personnes et organismes mentionnés au 2 du I lors de la cession des biens ou droits mentionnés au 3 sont soumises à un prélèvement selon les taux fixés au III bis. () 2. Sont soumis au prélèvement mentionné au 1 : () b) Les personnes morales ou organismes, quelle qu'en soit la forme, dont le siège social est situé hors de France () ".
3. Aux termes de l'article 63 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne : " 1. Dans le cadre des dispositions du présent chapitre, toutes les restrictions aux mouvements de capitaux entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers sont interdites () ". Aux termes de l'article 65 du même traité : " L'article 63 ne porte pas atteinte au droit qu'ont les États membres : a) d'appliquer les dispositions pertinentes de leur législation fiscale qui établissent une distinction entre les contribuables qui ne se trouvent pas dans la même situation en ce qui concerne leur résidence ou le lieu où leurs capitaux sont investis () ".
4. Lorsqu'un contribuable non-résident conteste, au regard de la libre circulation des capitaux, l'imposition à laquelle il a été assujetti sur ses revenus de source française, il convient de comparer la charge fiscale supportée respectivement par ce contribuable et un contribuable résident de France placé dans une situation comparable. Lorsqu'il apparaît que le contribuable non-résident a été effectivement traité de manière défavorable, il appartient à l'administration fiscale et, le cas échéant, au juge de l'impôt, de dégrever l'imposition en litige dans la mesure nécessaire au rétablissement d'une équivalence de traitement.
5. En l'espèce, il appartient à la fondation requérante d'établir que sa gestion présente un caractère désintéressé et que sa situation est objectivement comparable à celle des organismes sans but lucratif français. La fondation requérante soutient, à cet égard, qu'elle est une entité poursuivant un but charitable dont la gestion est désintéressée, et qu'elle bénéficie d'une exonération fiscale à ce titre aux États-Unis. Il ressort des pièces du dossier que la fondation requérante appartient à la catégorie des Charitable organizations, exonérées d'impôt sur le revenu en application de la section 501(c)(3) du code des impôts des États-Unis. Selon l'article 1er de ses statuts, elle est une association de type B, relevant de la section 201 de la loi américaine sur les associations à but non lucratif. Il ressort de l'article 4 des statuts de la fondation que celle-ci a pour objets : " 1. Premièrement, la promotion des sciences médicales, pour des usages qui pourraient profiter à l'humanité par l'intermédiaire de la recherche, des dotations, de prix et de subvention, tels que les travaux actuellement réalisés par le Dr. Jerome Groopman du Beth Israël Deaconess Medical Centers dans le domaine de la recherche contre le SIDA ; / 2. Aide financière pour l'enseignement et la formation des étudiants en médecine ou des personnes impliquées dans les sciences médicales sur le territoire américain ou à l'étranger ; / 3. À un degré moindre, par rapport aux objets exposés dans les Paragraphes 1 et 2 ci-dessus, la promotion des beaux-arts, par l'intermédiaire de subventions accordées à des individus, des groupes ou des institutions, tel que la restauration et la préservation des costumes conservés et fabriqués par l'Institut des Costumes du Musée d'Art Métropolitain de la Ville de New York (Metropolitan Museum of Art of the City of New York) ; / 4. Au profit des actions de bienfaisances de la fondation telles qu'exposées dans les présentes, que les Directeurs pourront déterminer à leur seule discrétion ; / 5. Aucune disposition contenue dans les présentes n'autorisera l'association à diriger, entretenir ou gérer une " charter school " (école publique américaine proposant un enseignement laïque), une école maternelle, une école primaire, un collège, un lycée, une université ou à faire la publicité de ou proposer des enseignements ou des diplômes donnant droit à des unités de valeur dans l'État de New York () ". L'article 6 des statuts indique que : " L'Association n'envisage pas de réaliser des gains pécuniaires ou des bénéfices, que ce soit de manière accidentelle ou autre. Aucune partie des bénéfices nets de l'Association ne devra être mise à disposition ou distribuable à quelque membre, administrateur, directeur ou membre du bureau de l'Association que ce soit ou à un quelconque particulier ou une quelconque personne morale ".
6. Toutefois, si la fondation requérante indique qu'elle bénéficie du statut d'exonération fiscale de la section 501 (c) du code fédéral des impôts américain, conformément à l'objectif énoncé à l'article 5 de ses statuts, et que ce texte vise à son paragraphe (3) " les fondations, organismes de bienfaisance, charitables, religieuses, scientifiques, littéraires ou éducatifs ", cette assertion est contestée par le service en défense. Ce dernier soutient en effet que la fondation requérante ne produit aucune attestation de l'administration fiscale américaine certifiant de son but non lucratif et de son non assujettissement à l'impôt aux États-Unis. Le service fait également état, sans être contredit à cet égard, de ce que l'exonération fiscale fédérale de la fondation requérante a été automatiquement révoquée le 15 mai 2015 pour manquement à ses obligations déclaratives pendant trois années consécutives. L'avis de révocation automatique a été publié le 10 août 2015 sur le site de l'administration fiscale des États-Unis. Par ailleurs, la fondation ne fournit aucune précision quant aux modalités de rémunération de ses dirigeants.
7. Au regard des éléments mentionnés au point précédent, la fondation requérante, qui n'a ni répliqué aux écritures en défense du service, ni répondu à la mesure supplémentaire d'instruction diligentée par le tribunal le 2 novembre 2023, n'établit pas qu'elle se trouverait, compte tenu des modalités de l'exercice de son activité à but non lucratif, comme étant dans une situation objectivement comparable aux organismes sans but lucratif en France. Dans ces conditions, la fondation requérante n'est pas fondée à soutenir que l'application qui a été faite des dispositions de l'article 244 bis A du code de général des impôts serait incompatible avec les stipulations du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne relatives à la libre circulation des capitaux. Sa requête doit donc être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la fondation Fernando Sanchez and Quintin Yearby est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la fondation Fernando Sanchez and Quintin Yearby et à la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 13 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Errera, premier conseiller,
Mme de Saint Chamas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2023.
Le rapporteur,
A. ERRERALe président,
J. SORINLa greffière,
B. CHAHINE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2512599
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté préfectoral du 14 janvier 2025 l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que le droit d'être entendu, garanti par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, n'imposait pas une nouvelle audition dans ce cas, la décision d'éloignement découlant nécessairement du rejet définitif de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile. La juridiction a appliqué les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 611-1.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2400857
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête d'un agent du SIAAP demandant la révision de son taux d'incapacité permanente partielle (IPP) et l'indemnisation de préjudices. Le tribunal juge que le taux d'IPP, fixé à 34% selon le barème légal, ne peut être modifié en raison de l'existence éventuelle d'une faute de l'employeur. Concernant l'indemnisation, le tribunal rappelle que le régime des accidents de service et maladies professionnelles des fonctionnaires, régi par la loi du 13 juillet 1983 et le décret du 2 mai 2005, répare forfaitairement certains préjudices, mais n'exclut pas une action en responsabilité pour faute visant à réparer d'autres chefs de préjudice.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401146
Le Tribunal administratif de Paris a annulé une sanction disciplinaire (un jour d'exclusion temporaire de fonction) infligée par l'AP-HP à un infirmier. La juridiction a estimé que la sanction, fondée sur une simple "suspicion d'inhalation de kalinox", ne reposait pas sur des faits établis, ce qui constitue une erreur de droit. Le tribunal a enjoint à l'administration d'effacer la sanction du dossier de l'agent et l'a condamnée à lui verser 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401760
**Sujet principal** : Contestation par une société de rappels de TVA et d'une majoration, concernant le taux applicable (taux réduit de 5,5% pour la vente de livres ou taux normal de 20% pour des prestations de voyance). **Juridiction** : Tribunal Administratif de Paris (formation de jugement). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la requête de la société. Il estime que l'activité principale constitue une prestation immatérielle de voyance taxable au taux normal et que, de toute façon, la société n'a pas apporté la preuve permettant d'isoler la part éventuelle de son chiffre d'affaires relevant de la vente de livres. **Textes appliqués** : Articles 278 et 278-0 bis A-3° du code général des impôts (taux normal et taux réduit de TVA).
30/03/2026