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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2127090

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2127090

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2127090
TypeDécision
Formation5e Section - 4e Chambre
Avocat requérantCABINET AUGE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I°) Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le n° 2127090 les 15 décembre 2021, 29 novembre 2022, 3 février et 25 septembre 2023 et 8 janvier 2024, la société Garage Parking Villette Cambrai, représentée par Me Augé, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge partielle de la cotisation foncière des entreprises (CFE) due au titre de l'année 2020 à hauteur de 11 220 euros et de mettre à la charge de l'Etat le versement des intérêts moratoires correspondants ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- les places et les boxes de stationnement qu'elle sous-loue mais n'utilise pas dans le cadre de son activité professionnelle et aux utilisateurs desquels elle ne fournit aucune autre prestation, ne doivent pas être pris en compte pour le calcul de la CFE alors même que les sous-locataires ne sont pas eux-mêmes redevables de la taxe professionnelle, qu'on se place sur le terrain de la loi ou sur celui de la doctrine administrative exprimée au n° 91 du projet d'instruction du 18 juin 2010, aux n° 99 et 100 de l'instruction 6 E-7-11 du 8 juillet 2011, au n° 30 du BOI-IF-CFE-20-20-10-10 du 12 septembre 2012 ; elle se prévaut à titre d'exemple de la situation de l'étudiant sous-locataire telle qu'elle résulte de la jurisprudence et de la même doctrine ;

- il résulte des dispositions du 2° de l'article 1467 du code général des impôts, de l'article 3 de la loi du 10 juillet 1965 et du 4° du III de l'article 231 ter du code général des impôts, d'une part, et de la doctrine administrative exprimée aux n° 8 et n° 14 de l'instruction 8 P-1-11 du 18 avril 2011, au n° 270 et au n° 320 du BOI-IF-AUT-50-10-10 du 19 février 2020, d'autre part, que les parties communes du garage, qui sont exclusivement utilisées par les sous-locataires, ne doivent pas être prises en compte pour le calcul de la CFE ;

- les surfaces sous-louées s'élevant au total à 12 992 m², les surfaces disponibles au titre desquelles elle était redevable de la CFE en 2020 s'élevaient à un total de 5 588 m² et devaient donner lieu à une contribution de 48 731 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 juin 2022 et 3 janvier 2023, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'augmentation de la CFE due entre 2019 et 2020 résulte de la prise en compte de la déclaration du bailleur selon laquelle la surface louée à la société requérante est de 33 014 m² et non de 9 201 m² ;

- elle produit la base de calcul de la CFE ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 11 décembre 2023, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris prononce un dégrèvement partiel, s'élevant à 67 201 euros.

Il fait valoir que, pour le calcul de la cotisation, il a ramené la valeur locative de 213 825 euros à 83 359 euros.

Par une ordonnance du 9 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 février 2024.

Un mémoire présenté pour la société Garage Parking Villette Cambrai a été enregistré le 20 mars 2024.

II°) Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le n° 2224789 les 30 novembre 2022, 25 septembre 2023, 8 janvier et 21 mars 2024, la société Garage Parking Villette Cambrai, représentée par Me Augé, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge partielle de la cotisation foncière des entreprises (CFE) due au titre de l'année 2021 à hauteur de 15 823 euros et de mettre à la charge de l'Etat le versement des intérêts moratoires correspondants ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- les places et les boxes de stationnement qu'elle sous-loue mais n'utilise pas dans le cadre de son activité professionnelle et aux utilisateurs desquels elle ne fournit aucune autre prestation, ne doivent pas être pris en compte pour le calcul de la CFE alors même que les sous-locataires ne sont pas eux-mêmes redevables de la taxe professionnelle, qu'on se place sur le terrain de la loi ou sur celui de la doctrine administrative exprimée au n° 91 du projet d'instruction du 18 juin 2010, aux n° 99 et 100 de l'instruction 6 E-7-11 du 8 juillet 2011, au n° 30 du BOI-IF-CFE-20-20-10-10 du 12 septembre 2012 ; elle se prévaut à titre d'exemple de la situation de l'étudiant sous-locataire telle qu'elle résulte de la jurisprudence et de la même doctrine ;

- il résulte des dispositions du 2° de l'article 1467 du code général des impôts, de l'article 3 de la loi du 10 juillet 1965 et du 4° du III de l'article 231 ter du code général des impôts, d'une part, et de la doctrine administrative exprimée aux n° 8 et n° 14 de l'instruction 8 P-1-11 du 18 avril 2011, au n° 270 et au n° 320 du BOI-IF-AUT-50-10-10 du 19 février 2020, au n° 14 de l'instruction 8 P-1-11 du 18 avril 2011 et au n° 320 du BOI-IF-AUT-50-10-10 du 19 février 2020, d'autre part, que les parties communes du garage, qui sont exclusivement utilisées par les sous-locataires, ne doivent pas être prises en compte pour le calcul de la CFE ;

- les surfaces sous-louées s'élevant au total à 12 992 m², les surfaces disponibles au titre desquelles elle était redevable de la CFE en 2021 s'élevaient à un total de 5 588 m² et devaient donner lieu à une contribution de 46 520 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2023, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'augmentation de la CFE due entre 2019 et les années 2020 et 2021 résulte de la prise en compte de la déclaration du bailleur selon laquelle la surface louée à la société requérante est de 33 014 m² et non de 9 201 m² ;

- elle produit la base de calcul de la CFE ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 18 mars 2024, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris prononce un dégrèvement partiel, s'élevant à 62 158 euros.

Il fait valoir que, pour le calcul de la cotisation, il a ramené la valeur locative de 213 825 euros à 83 359 euros.

Par une ordonnance du 12 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 mars 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis ;

- le code civil ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 31 mai 2024 :

- le rapport de M. Medjahed, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Beugelmans-Lagane, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Augé, représentant la société Garage Parking Villette Cambrai.

Considérant ce qui suit :

1. La société Garage Parking Villette Cambrai, qui exerce l'activité principale d'édification, d'acquisition et d'exploitation directe ou indirecte de garages et parkings publics souterrains situés dans le périmètre des rues de Crimée, Curial et Cambrai, a sous-loué à des personnes physiques et morales des boxes et places de stationnement d'un immeuble situé 234 rue de Crimée dans le 19ème arrondissement de Paris qu'elle a pris à bail auprès de l'office public de l'habitat Paris Habitat, propriétaire exclusif de cet immeuble d'une superficie totale de 33 014 m². La société requérante a été assujettie au titre des années 2020 et 2021 à la contribution foncière des entreprises (CFE) à raison de l'activité exercée dans cet immeuble pour des montants s'élevant respectivement à 127 152 euros et 124 501 euros. L'administration fiscale a prononcé, par des décisions des 7 décembre 2023 pour l'année 2020 et 8 mars 2024 pour l'année 2021, le dégrèvement partiel de ces impositions à hauteur respectivement de 67 201 euros et 62 158 euros. Par les présentes requêtes, la société Garage Parking Villette Cambrai demande au tribunal de prononcer la décharge partielle de la CFE due au titre des années 2020 et 2021 à hauteur respectivement, après dégrèvements, de 11 220 euros et 15 823 euros et de mettre à la charge de l'Etat le versement des intérêts moratoires correspondants.

Sur la jonction :

2. Les requêtes nos 2127090 et 2224789 concernent le même contribuable, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin de décharge :

3. Aux termes de l'article 1447 du code général des impôts : " I. La cotisation foncière des entreprises est due chaque année par les personnes physiques ou morales ou par les sociétés non dotées de la personnalité morale qui exercent à titre habituel une activité professionnelle non salariée. / Pour l'établissement de la cotisation foncière des entreprises, les activités de location ou de sous-location d'immeubles, autres que les activités de location ou sous-location d'immeubles nus à usage d'habitation, sont réputées exercées à titre professionnel ; / () ". Aux termes de l'article 1467 du même code dans sa rédaction alors applicable : " La cotisation foncière des entreprises a pour base la valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière situés en France, à l'exclusion des biens exonérés de taxe foncière sur les propriétés bâties en vertu des 11° et 12° de l'article 1382, dont le redevable a disposé pour les besoins de son activité professionnelle pendant la période de référence définie aux articles 1467 A et 1478, à l'exception de ceux qui ont été détruits ou cédés au cours de la même période. / Toutefois, ne sont pas compris dans la base d'imposition à la cotisation foncière des entreprises : / () / 2° Les parties communes des immeubles dont dispose l'entreprise qui exerce une activité de location ou de sous-location d'immeubles. / () ".

4. Il résulte des dispositions précitées de l'article 1467 du code général des impôts que les biens dont la valeur locative est intégrée dans l'assiette de la cotisation foncière des entreprises sont ceux placés sous le contrôle du redevable et que celui-ci utilise matériellement pour la réalisation des opérations qu'il effectue pendant la période de référence. En cas de sous-location d'un immeuble, le sous-locataire, qui a la jouissance de cet immeuble, en dispose.

[0]

5. Il en résulte que pour l'application du 2° de l'article 1467 du code général des impôts, les parties communes d'un immeuble doivent s'entendre, conformément aux dispositions de la loi du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis, comme étant les parties des bâtiments et des terrains qui, n'étant pas la propriété exclusive d'un copropriétaire déterminé et réservées à son usage, sont affectées à l'usage ou l'utilité de tous les copropriétaires ou de plusieurs d'entre eux.

6. Si les espaces communs aux boxes et places de stationnement, notamment les dégagements en permettant l'accès et la sortie, loués par la société requérante à l'OPH Paris Habitat dans l'immeuble situé 234 rue de Crimée dans le 19ème arrondissement de Paris, ne sont pas des parties communes au sens des dispositions de loi du 10 juillet 1965, l'OPH Paris Habitat étant seul propriétaire de cet immeuble, et n'entrent donc pas dans le champ de l'exclusion de la base d'imposition à la cotisation foncière des entreprises du 2° de l'article 1467 du code général des impôts, il résulte toutefois de l'instruction, notamment du tableau des sous-locataires et des tableaux des surfaces sous-louées produits par la société requérante, et il n'est pas contesté que les boxes et places de stationnement sous-loués ainsi que les espaces communs qui les desservent et en sont ainsi l'accessoire, dont les valeurs locatives ont été incluses dans la base d'imposition en litige, sont mis à la disposition des sous-locataires qui en ont la jouissance effective alors même qu'ils ne sont pas redevables de la contribution foncière des entreprises. L'administration fiscale ne produit aucun élément ni aucune pièce démontrant que la société requérante avait le contrôle tant des boxes et places de stationnement sous-loués que des espaces communs accessoires à ces emplacements ou qu'elle les utilisait matériellement pour les besoins de son activité professionnelle. La circonstance, à la supposer établie, que ces emplacements sont surveillés par le bailleur par un système de vidéosurveillance n'est pas de nature à caractériser un contrôle de sa part. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la société requérante est fondée à demander la réduction de la base d'imposition de la cotisation foncière des entreprises à laquelle elle a été assujettie pour les années 2020 et 2021 de la somme correspondant à la prise en compte de la valeur locative des boxes et places de stationnement sous-loués, d'une superficie non contestée de 12 992 m², et des espaces communs qui en sont l'accessoire, d'une superficie non contestée de 14 413 m².

Sur les conclusions tendant au versement d'intérêts moratoires :

7. Les intérêts moratoires prévus par l'article L. 208 du livre des procédures fiscales sont, en vertu de l'article R. 208-1 de ce code, " payés d'office en même temps que les sommes remboursées par le comptable chargé du recouvrement des impôts ". Il n'existe aucun litige né et actuel entre le comptable et la société requérante au sujet des impositions dont le présent jugement prononce la décharge et des intérêts moratoires correspondants. Dès lors, les conclusions tendant au versement d'intérêts moratoires doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administration, le versement à la société Garage Parking Villette Cambrai d'une somme totale de 3 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'assiette de la cotisation foncière des entreprises mise à la charge de la société Garage Parking Villette Cambrai au titre des années 2020 et 2021 est réduite de la somme correspondant à la prise en compte de la valeur locative des boxes et places de stationnement sous-loués et des espaces communs qui en sont l'accessoire situés 234 rue de Crimée dans le 19ème arrondissement de Paris.

Article 2 : L'Etat versera à la société Garage Parking Villette Cambrai la somme totale de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des requêtes est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Garage Parking Villette Cambrai et au directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Aubert, présidente,

M. Julinet, premier conseiller,

M. Medjahed, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

Le rapporteur,

N. MEDJAHED

La présidente,

S. AUBERT

La greffière,

A. LOUART

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2127090 et 2224789

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