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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2127119

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2127119

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2127119
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantSTECK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 15 décembre 2021 et les 3 avril et 26 juillet 2022, la société civile immobilière (SCI) NNDA, représentée par Me Steck, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2021 par lequel le préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, a refusé de prononcer la levée des arrêtés préfectoraux des 24 janvier 2012 et 30 septembre 2015 l'ayant mise en demeure, dans un délai de trois mois, de faire cesser la mise à disposition aux fins d'habitation des lots n° 59 et n° 60 dont elle est propriétaire au 81, rue d'Amsterdam à Paris (75008), et la décision du 17 mars 2022 par laquelle l'Agence régionale de santé (ARS) d'Île-de-France a rejeté son recours gracieux formé contre cette décision ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, de lever ces arrêtés préfectoraux dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative, dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 1331-22 du code de la santé publique et des articles 40-3 et 40-4 du règlement sanitaire départemental ;

- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation dès lors que les travaux réalisés, consistant notamment en une réunion des lots 59 et 60 dont elle est propriétaire dans l'immeuble, ont eu pour effet de rendre habitable le local d'habitation, notamment sur le plan de sa superficie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2022, le préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la SCI NDDA ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la santé publique ;

- l'arrêté du 23 novembre 1979 portant règlement sanitaire du département de Paris ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pény,

- les conclusions de M. Cicmen, rapporteur public ;

- et les observations de Me Steck, pour la SCI NNDA.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI NNDA est propriétaire de deux locaux d'habitation situés 81, rue d'Amsterdam à Paris (75008). Par un arrêté du 15 septembre 2021, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, a refusé de prononcer la levée des arrêtés préfectoraux des 24 janvier 2012 et 30 septembre 2015 l'ayant mise en demeure, dans un délai de trois mois, de faire cesser la mise à disposition aux fins d'habitation de ces locaux. Par la présente requête, la SCI NNDA demande l'annulation de cet arrêté. La société doit également être regardée comme demandant l'annulation de la décision du 17 mars 2022 par laquelle le directeur de l'Agence régionale de santé d'Île-de-France a rejeté son recours gracieux du 6 octobre 2021, cette décision s'étant substituée à la décision implicite de rejet initiale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 1331-22 du code de la santé publique : " Les caves, sous-sols, combles, pièces dépourvues d'ouverture sur l'extérieur et autres locaux par nature impropres à l'habitation ne peuvent être mis à disposition aux fins d'habitation, à titre gratuit ou onéreux. Le représentant de l'Etat dans le département met en demeure la personne qui a mis les locaux à disposition de faire cesser cette situation dans un délai qu'il fixe. (). ". Aux termes de l'article L. 1331-23 de ce code : " Ne peuvent être mis à disposition aux fins d'habitation, à titre gratuit ou onéreux, les locaux insalubres dont la définition est précisée conformément aux dispositions de l'article L. 1331-22, que constituent les caves, sous-sols, combles, pièces dont la hauteur sous plafond est insuffisante, pièces de vie dépourvues d'ouverture sur l'extérieur ou dépourvues d'éclairement naturel suffisant ou de configuration exiguë, et autres locaux par nature impropres à l'habitation, ni des locaux utilisés dans des conditions qui conduisent manifestement à leur sur-occupation. ". Aux termes de l'article 40-3 de l'arrêté du 20 novembre 1979 portant règlement sanitaire du département de Paris relatif à la superficie des pièces : " L'une au moins des pièces principales de logement doit avoir une surface au sens du décret du 14 juin 1969 supérieure à neuf mètres carrés. / Les autres pièces d'habitation ne peuvent avoir une surface inférieure à sept mètres carrés. Dans le cas d'un logement comportant une seule pièce principale, ou constitué par une chambre isolée, la surface de ladite pièce doit être au moins égale à neuf mètres carrés. / Pour l'évaluation de la surface de chaque pièce, les parties formant dégagement ou cul-de-sac d'une largeur inférieure à deux mètres ne sont pas prises en compte. ". Et aux termes de l'article 40-4 de ce règlement relatif à la hauteur sous plafond : " La hauteur sous plafond ne doit pas être inférieure à 2,20 mètres. ".

3. Un local ne peut être qualifié d'impropre par nature à l'habitation, au sens des dispositions précitées de l'article L. 1331-22 du code de la santé publique, au seul motif de la méconnaissance de la règle de surface minimale de la pièce principale prescrite par le règlement sanitaire départemental.

4. Pour refuser de procéder à la levée des arrêtés préfectoraux des 24 janvier 2012 et 30 septembre 2015 par lesquels la SCI NNDA a été mise en demeure, dans un délai de trois mois, de faire cesser la mise à disposition aux fins d'habitation des locaux dont elle est propriétaire, au 81, rue d'Amsterdam à Paris, le préfet a relevé, en se fondant sur le rapport d'inspection de août 2021 du service technique de l'habitat (STH) de la Ville de Paris, qu'en dépit des travaux effectués par la société ayant conduit à la réunion des deux lots au sein d'un même local, ceux-ci formaient deux pièces distinctes, dont chacune était d'une superficie et d'une surface insuffisantes pour un usage d'habitation. L'Agence régionale de santé d'Île-de-France a en outre estimé que les locaux, d'une hauteur sous plafond de 1,80 mètre, ne respectaient pas la hauteur minimale exigée par l'article de 40-4 du règlement sanitaire départemental.

5. Il résulte de l'instruction que les travaux effectués par la société NNDA ont eu pour effet de réunir les deux lots en cause par l'ouverture d'un passage, créant ainsi un unique local d'habitation. Le rapport de visite du 4 août 2021 du STH de la Ville de Paris indique, à cet égard, que la surface totale de ce local avec une hauteur sous plafond supérieure à 2,20 mètres est de 10m² pour un volume de 25,7 m3, et de 11,7 m² pour la surface avec une hauteur sous plafond de 1, 80 mètre. Il résulte également de l'instruction que le lot 59 est une pièce d'une surface au sol de 8,7 m² et de 7,2 m² pour une hauteur sous plafond supérieure ou égale à 1,80 mètre, tandis que le lot 60 est une pièce d'une surface de 8m², se réduisant à 5,80 m² pour une hauteur sous plafond supérieure ou égale à 1,80 mètre. Ces éléments sont corroborés par un certificat de superficie du 4 octobre 2021 produit par la SCI indiquant que le local dispose d'une superficie totale de 12,34 m² pour la surface avec une hauteur sous plafond de 1,80 mètre, et d'une surface au sol totale de 19,28 m². Ce local dispose, en outre, d'une salle d'eau comportant une douche, un lavabo, un sèche-serviettes électrique, ainsi qu'un chauffage électrique et un accès aux toilettes communs sur le palier. Il dispose également d'un coin cuisine, équipé d'un évier, d'un système d'aération fonctionnel et d'un vasistas doté d'un volet roulant électrique. Si le préfet fait valoir qu'aucun système de ventilation n'est prévu dans la salle d'eau ni aucun ouvrant, cette seule circonstance n'est pas de nature à faire regarder comme impropre à l'habitation ce local d'habitation dès lors qu'un système d'aération fonctionnel a été mis en place dans le logement et qu'un vasistas dans la cuisine permet également d'assurer son aération. Au regard de l'ensemble de ces éléments, qui témoignent de la superficie suffisante de ce local ainsi que des aménagements effectués pour le mettre à disposition, la SCI NNDA est fondée à soutenir que le préfet a entaché ses décisions d'une erreur d'appréciation en refusant de prononcer la levée des arrêtés préfectoraux des 24 janvier 2012 et 30 septembre 2015 l'ayant mise en demeure, dans un délai de trois mois, de faire cesser la mise à disposition aux fins d'habitation des locaux dont elle est propriétaire.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, qu'il y a lieu d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2021 par lequel le préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, a refusé de prononcer la levée des arrêtés préfectoraux des 24 janvier 2012 et 30 septembre 2015, ensemble la décision du 17 mars 2022 rejetant le recours gracieux de la SCI NNDA.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 511-2 du code de la construction et de l'habitation : " La police mentionnée à l'article L. 511-1 a pour objet de protéger la sécurité et la santé des personnes en remédiant aux situations suivantes : () / 4° L'insalubrité, telle qu'elle est définie aux articles L. 1331-22 et L. 1331-23 du code de la santé publique. ". Aux termes de l'article L. 511-4 de ce code : " L'autorité compétente pour exercer les pouvoirs de police est : () / 2° Le représentant de l'Etat dans le département dans le cas mentionné au 4° du même article. ". Et aux termes de l'article L. 511-14 de ce code : " L'autorité compétente constate la réalisation des mesures prescrites ainsi que leur date d'achèvement et prononce la mainlevée de l'arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité et, le cas échéant, de l'interdiction d'habiter, d'utiliser, ou d'accéder aux lieux. / L'arrêté de mainlevée est notifié selon les modalités prévues par l'article L. 511-12. () ".

8. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, procède à la levée des arrêtés préfectoraux des 24 janvier 2012 et 30 septembre 2015 ayant mis en demeure la SCI NNDA de faire cesser la mise à disposition aux fins d'habitation des locaux dont elle est propriétaire au 81, rue d'Amsterdam à Paris. Il y a donc lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à la SCI NNDA d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 15 septembre 2021 par lequel le préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, a refusé de prononcer la levée des arrêtés préfectoraux des 24 janvier 2012 et 30 septembre 2015, ensemble la décision du 17 mars 2022 rejetant le recours gracieux de la SCI NNDA, sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris de procéder dans un délai d'un mois à la levée des arrêtés préfectoraux des 24 janvier 2012 et 30 septembre 2015 ayant mis en demeure la SCI NNDA de faire cesser la mise à disposition aux fins d'habitation des locaux dont elle est propriétaire, situés 81, rue d'Amsterdam à Paris (75008).

Article 3 : L'État versera à la SCI NNDA une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCI NNDA et au ministre de la santé et de la prévention.

Copie en sera adressée au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Delesalle, président ;

M. Pény, premier conseiller ;

M. Doan, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

Le rapporteur,

A. Pény Le président,

H. DelesalleLa greffière,

A. Cardon

La République mande et ordonne préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2127119/6-3

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