mardi 3 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2127319 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | SIMON |
Vu la procédure suivante :
I.- Par une requête enregistrée sous le n°2127319, le 16 décembre 2021, M. A B, représenté par Me Simon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 juin 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé à son encontre une interdiction administrative du territoire.
2°) d'annuler la décision du 17 novembre 2021 fixant l'Algérie comme pays de destination ;
3°) d'enjoindre au ministre de procéder à l'effacement de son signalement dans le fichier des personnes recherchées (FPR) ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Simon, son conseil, au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle, ou, si sa demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée, de lui verser cette somme, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant interdiction administrative du territoire :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation du fait de l'absence de menace grave à la sécurité intérieure ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant interdiction administrative du territoire ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. B a été rejetée par une décision du 1er février 2022.
Par une ordonnance du 16 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 1er juin 2023.
II.- Par une requête, enregistrée sous le n° 2208461, le 11 avril 2022, M. A B, représenté par Me Simon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 13 février 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a décidé de l'assigner à résidence ;
2°) à titre subsidiaire, d'annuler l'obligation de résider dans un périmètre restreint et l'obligation de pointage ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Simon, son conseil, au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle, ou, si sa demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée, de lui verser cette somme, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant interdiction administrative du territoire ;
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoit une obligation d'information des étrangers assignés à résidence ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, porte atteinte à la liberté d'aller et venir et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne les modalités de l'assignation à résidence :
- l'obligation de résider dans les limites du territoire de la commune de Niort méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'obligation de se présenter entre 9h et 10h du lundi au samedi au commissariat de Niort porte atteinte à sa liberté d'exercer toute activité professionnelle et de mener une vie normale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au non-lieu à statuer à titre principal et au rejet de la requête à titre subsidiaire.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 16 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 1er juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Castéra ;
- et les conclusions de Mme Ménéménis, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 25 juin 1995, est arrivé en France en 2015. Par la requête n°2127319, M. B demande au tribunal d'annuler d'une part, la décision du 10 juin 2021, notifiée le 15 novembre 2021, par laquelle le ministre de l'intérieur a pris à son encontre une interdiction administrative de territoire et d'autre part, la décision du 17 novembre 2021 fixant l'Algérie comme pays de destination. Par un arrêté du 13 février 2022, le ministre de l'intérieur a décidé d'assigner à résidence M. B. Par la requête n° 2208461, M. B demande l'annulation de la décision d'assignation à résidence ainsi que des modalités de contrôle de cette assignation.
2. Les requêtes susvisées n°2127319 et n° 2208461, présentées par M. B, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 10 juin 2021 portant interdiction administrative du territoire et de la décision du 17 novembre 2021 fixant l'Algérie comme pays de destination :
3. Aux termes de l'article L. 321-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger peut, dès lors qu'il ne réside pas habituellement en France et ne se trouve pas sur le territoire national, faire l'objet d'une interdiction administrative du territoire lorsque sa présence en France constituerait une menace grave pour l'ordre public, la sécurité intérieure ou les relations internationales de la France ".
4. Pour prendre l'interdiction administrative du territoire, le ministre s'est notamment fondé sur le motif tiré de ce que M. B " a attiré l'attention par son comportement au regard de l'ordre public et fait l'objet d'un signalement en raison de sa radicalisation islamiste ". Il ressort des pièces du dossier, en particulier d'un courriel daté du 3 décembre 2021, que M. B a fait l'objet d'un signalement le 25 avril 2017 : l'intéressé, présent parmi un groupe d'individus consommant de l'alcool sur la voie publique avait invectivé les policiers venus les disperser en ces termes " J'en ai marre de cette situation, je vais faire comme sur les Champs-Elysées, je vais prendre une kalachnikov et je vais tuer tout le monde à Beaubourg. Tiens toi prêt ". Il avait alors été interpellé et placé en garde à vue pour apologie du terrorisme. M. B soutient d'une part, que cette unique phrase, prononcée en 2017 sous état alcoolique n'est pas suffisante pour caractériser une menace grave pour l'ordre public, la sécurité intérieure ou les relations internationales de la France et d'autre part, qu'il est Kabyle, qu'il n'est pas pratiquant et qu'il n'est pas lié, de près ou de loin, à aucune organisation terroriste. Il ressort par ailleurs d'une attestation d'accompagnement éducatif, qu'il a été accompagné par le centre d'action sociale protestant de 2015 à 2018 et qu'il a participé aux diverses actions proposées. Enfin, M. B produit deux attestations d'amis qui le décrivent comme étant une personne digne de confiance, faisant preuve d'intégrité, qui a toujours fait preuve de bonne conduite, sérieux et honnête. Compte tenu de ces éléments, les seuls faits reprochés à M. B, qui sont anciens et isolés, ne suffisent pas à caractériser une menace grave pour l'ordre public, la sécurité intérieure ou les relations internationales de la France. Dès lors, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision du 10 juin 2021 portant interdiction administrative du territoire et, par voie de conséquence celle du 17 novembre 2021 fixant le pays de destination, doivent être annulées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 13 février 2022 portant assignation à résidence et modalités de contrôle de cette assignation :
En ce qui concerne la demande de non-lieu :
5. Si le ministre de l'intérieur fait valoir que l'assignation à résidence de M. B a cessé de produire ses effets six mois après son édiction, la décision du 13 février 2022 portant assignation à résidence a produit des effets et n'a été ni retirée ni abrogée. Ainsi, la requête n'a pas perdu son objet et les conclusions aux fins de non-lieu présentées par le ministre de l'intérieur doivent être rejetées.
En ce qui concerne la légalité de l'assignation à résidence :
6. Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : () 8° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction administrative du territoire français. "
7. En l'espèce, l'arrêté du 13 février 2022 portant assignation à résidence a été pris dans l'attente de l'exécution de la décision du 10 juin 2021 portant interdiction administrative du territoire. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, l'arrêté du 13 février 2022 doit être annulé par voie de conséquence de l'illégalité de la décision du 10 juin 2021 évoquée au point 3 du présent jugement.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Aux termes de l'article 2 du décret du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées : " () IV. - Peuvent être inscrits dans le fichier à la demande des autorités administratives compétentes : () 12° Les étrangers qui font l'objet d'une interdiction administrative du territoire () ". Aux termes de l'article 7 du même décret : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas () d'extinction du motif de l'inscription. () ".
9. Il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de prendre toute mesure pour procéder, le cas échéant, à l'effacement du signalement au fichier des personnes recherchées dont M. B aurait fait l'objet en raison de l'interdiction administrative du territoire prise à son encontre le 10 juin 2021. Il n'y a pas lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de réexaminer la situation de M. B.
Sur les frais liés au litige :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 10 juin 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a interdit à M. B d'entrer et de séjourner sur le territoire français est annulée.
Article 2 : La décision du 17 novembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a fixé le pays de destination est annulée.
Article 3 : La décision du 13 février 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a assigné à résidence M. B est annulée.
Article 4 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de prendre toute mesure pour procéder, le cas échéant, à l'effacement du signalement au fichier des personnes recherchées dont M. B aurait fait l'objet en raison de l'interdiction administrative du territoire prise à son encontre le 10 juin 2021.
Article 5 : L'Etat versera à M. B une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 7: Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Giraudon, présidente,
- Mme Marcus, première conseillère,
- Mme Castéra, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.
La rapporteure,
A. Castéra
La présidente,
M.-C. GiraudonLe greffier,
Y. Fadel
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2609180
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. D... C... visant à annuler le refus d'enregistrement de sa liste pour l'élection des conseillers des Français de l'étranger. Le tribunal a jugé que la déclaration de candidature, bien que déposée par courriel avant l'heure limite, n'avait été effectivement reçue et enregistrée par le consulat qu'après cette échéance, constituant ainsi un dépôt hors délai. La décision s'appuie sur les dispositions de l'article 19 de la loi n°2013-659 du 22 juillet 2013, qui fixe les conditions et délais de dépôt des candidatures.
28/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2609330
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de Mme C... visant à annuler le refus d'enregistrement de sa liste pour l'élection des conseillers des Français de l'étranger. Le tribunal a jugé que l'ambassadeur, en situation de compétence liée par la loi du 22 juillet 2013, devait refuser le récépissé définitif car la déclaration de candidature, déposée après l'heure limite locale (18h) et incomplète, ne satisfaisait pas aux conditions impératives de l'article 19 de cette loi. Les moyens invoqués par la requérante, notamment sur la confusion horaire ou les circonstances exceptionnelles, n'ont pas été retenus comme de nature à affecter cette appréciation légale.
28/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2609315
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler le refus d'enregistrement de sa liste pour l'élection des conseillers des Français de l'étranger en Algérie. Le tribunal a jugé que le consul général, agissant en situation de compétence liée, devait légalement refuser l'enregistrement car le dossier complet et conforme a été reçu après l'heure limite de dépôt fixée à 18h par l'article 19 de la loi du 22 juillet 2013. Les moyens invoqués par le requérant, notamment une erreur matérielle dans l'envoi, n'ont pas été retenus pour faire échec à cette obligation de rejet.
28/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2609178
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours en plein contentieux visant l'annulation du refus d'enregistrement d'une liste candidate aux élections des conseillers des Français de l'étranger pour la circonscription de Monaco. Le tribunal a annulé la décision du chef de poste consulaire, considérant que ce dernier avait excédé son pouvoir de contrôle en vérifiant des conditions non prévues par la loi, telle que l'inscription sur la liste électorale consulaire. La décision s'appuie sur l'article 19 de la loi n°2013-659 du 22 juillet 2013, qui limite strictement les motifs de refus d'enregistrement d'une candidature.
28/03/2026