mercredi 8 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2127355 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | TIGOKI IYA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 décembre 2021, Mme B D demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 juin 2021 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a invitée à quitter le territoire français dans un délai de soixante-douze heures vers l'Espagne où elle est titulaire d'une carte de résident de longue durée, sauf à s'exposer à l'édiction à son encontre d'une obligation de quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour demandé dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de la munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour, en application des dispositions de l'article L. 113-1 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un jugement du 23 mars 2022, le tribunal administratif, avant de statuer sur la requête de Mme D, a sursis à statuer sur cette requête afin de transmettre au Conseil d'Etat, en application de l'article L. 113-1 du code de justice administrative, le dossier de l'affaire et lui soumettre les questions suivantes :
1°) Une invitation à quitter le territoire français adressée à un étranger assortie d'un délai contraint et d'une information sur le risque encouru d'une obligation de quitter le territoire français passé ce délai, doit-elle être regardée comme une décision faisant grief ou comme une simple invitation normalement insusceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir, l'obligation de quitter le territoire français, si elle était prise, étant alors seule susceptible d'être contestée au contentieux '
2°) Dans le cas où une telle invitation devrait être regardée comme une décision faisant grief, sur quel fondement légal en droit interne l'autorité préfectorale est-elle habilitée à la prononcer étant précisé qu'elle paraît trouver son fondement dans le paragraphe 2 de l'article 6 de la directive " retour " qui ne semble plus transposé depuis que la loi n° 2016-274 du 7 mars 2016 a aligné le champ d'application des obligations de quitter le territoire français sur celui des décisions de retour '
3°) A supposer que l'autorité préfectorale soit compétente pour prendre une telle mesure, celle-ci est-elle applicable à un étranger bénéficiant du statut de résident longue durée - UE dans un autre Etat membre '
Le Conseil d'Etat a statué sur la question posée par le tribunal administratif par un avis n°462766 du 27 octobre 2022.
En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées, par un courrier en date du 4 septembre 2023, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que, dès lors que lorsque le refus de titre de séjour ou le retrait de titre de séjour opposé à la demande d'un étranger s'accompagne d'une " invitation à quitter le territoire français ", cette invitation, qui est la conséquence nécessaire de la décision de refus ou de retrait de titre ne fait pas, par elle-même, grief et ne constitue pas, dès lors, une décision susceptible de recours (avis du Conseil d'Etat n°462766 du 27 octobre 2022), les conclusions à fin d'annulation de l'invitation à quitter le territoire français signifiée à Mme D sont irrecevables.
Vu les autres pièces du dossier, y compris celles visées par le jugement du 23 mars 2023.
Vu :
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Lenoir.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B D, ressortissante marocaine née le 16 mars 1989, est entrée en France sous couvert d'une carte de résident de longue durée délivrée par l'Espagne. Elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Par un arrêté du 11 juin 2021, le préfet de police a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé et l'a invitée à quitter le territoire français dans un délai de soixante-douze heures vers l'Espagne, sauf à s'exposer à l'édiction à son encontre d'une obligation de quitter le territoire français. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le refus de titre :
2. En premier lieu, l'arrêté contesté du 11 juin 2021 a été signé par Mme A C, attachée d'administration de l'Etat et adjointe à la cheffe du 9ème bureau, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature du préfet de police en vertu de l'article 10 de l'arrêté n° 2021-00539 du 9 juin 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris du même jour. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté du 11 juin 2021 vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi. Cet arrêté mentionne que si Mme D a sollicité son admission au séjour en application des dispositions de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de l'accord franco-marocain, cette demande a été rejetée par la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation du travail et de l'emploi par une décision en date du 31 mars 2021, qu'elle ne peut être regardée comme justifiant de motifs exceptionnels au regard de son expérience, de ses qualifications, des spécificités de l'emploi auquel elle postule et que Mme D, célibataire et sans charge de famille en France, ne peut être regardée comme établissant la réalité de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour. Ainsi, la décision rejetant la demande de titre de séjour de Mme D, qui comporte l'énoncé des circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée.
4. En troisième lieu, il ressort des énonciations de la décision attaquée, qui fait état, ainsi qu'il a été dit au point qui précède, d'éléments de fait propres à la situation de l'intéressée, que le préfet de police a procédé à l'examen de la situation personnelle de Mme D.
5. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire de la carte de résident de longue durée-UE, définie par les dispositions de la directive 2003/109/ CE du Conseil du 25 novembre 2003 relative au statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée, accordée dans un autre Etat membre de l'Union européenne, et qui justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir à ses besoins et, le cas échéant, à ceux de sa famille, ainsi que d'une assurance maladie obtient, sous réserve qu'il en fasse la demande dans les trois mois qui suivent son entrée en France, et sans que la condition prévue à l'article L. 412-1 soit opposable : / 1° La carte de séjour temporaire portant la mention portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " entrepreneur/ profession libérale " s'il remplit les conditions prévues aux articles L. 421-1, L. 421-3 ou L. 421-5 () ". Aux termes de l'article 3 de l'accord-franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. Après trois ans de séjour continu en France, les ressortissants marocains visés à l'alinéa précédent pourront obtenir un titre de séjour de dix ans. Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence. Les dispositions du deuxième alinéa de l'article 1er sont applicables pour le renouvellement du titre de séjour après dix ans. "
6. D'autre part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".
7. Pour contester la décision par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", Mme D se borne à soutenir qu'elle réside depuis bientôt dix ans sur le territoire, qu'elle dispose d'une attestation de son employeur faisant état de son recrutement en qualité d'auxiliaire de vie au moment du confinement ainsi que de son investissement dans ces fonctions et que, au regard de ces motifs, le préfet de police ne pouvait considérer, sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, qu'elle n'établissait pas la réalité des motifs exceptionnels ou considérations humanitaires justifiant son admission exceptionnelle au séjour en application des dispositions de l'article précité L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, au regard des seuls éléments dont elle se prévaut, et dont elle ne justifie pas, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. En outre, en tout état de cause, elle n'établit ni même n'allègue qu'elle remplirait les conditions exigées par l'article 3 de l'accord-franco-marocain du 9 octobre 1987 précité pour la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ".
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 11 juin 2021 par laquelle le préfet de police a rejeté la demande de titre de séjour de Mme D doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'invitation à quitter le territoire français :
9. En cinquième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 411-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En cas de refus de délivrance ou de renouvellement de tout titre de séjour ou autorisation provisoire de séjour, l'étranger est tenu de quitter le territoire ".
10. Lorsque le refus de titre de séjour ou le retrait de titre de séjour opposé à la demande d'un étranger s'accompagne d'une " invitation à quitter le territoire français ", cette invitation, qui est la conséquence nécessaire de la décision de refus ou de retrait de titre ne fait pas, par elle-même, grief et ne constitue pas, dès lors, une décision susceptible de recours. Il en va ainsi alors même que cette invitation est assortie d'un délai et de l'indication qu'au-delà de ce délai, à défaut d'avoir volontairement quitté le territoire français, l'étranger concerné s'expose à l'édiction, à son encontre, d'une obligation de quitter le territoire français, prise sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'invitation à quitter le territoire français signifiée à Mme D dans un délai de soixante-douze heures vers l'Espagne où l'intéressée est titulaire d'une carte de résident de longue durée, sauf à s'exposer à l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français, sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Les conclusions présentées par Mme D tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué étant rejetées, les conclusions présentées par celle-ci à fin d'injonction doivent également, et par voie de conséquence, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée par Mme D sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Rohmer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Lenoir, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2023.
Le rapporteur,
A. LENOIR
Le président,
B. ROHMERLa greffière,
S. CAILLIEU-HELAIEM
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2317492
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté les demandes de la SARL 42 Consulting visant à obtenir la restitution du crédit d'impôt recherche pour les années 2019 et 2020. La juridiction a estimé que la société n'avait pas apporté la preuve que les projets litigieux remplissaient les conditions scientifiques et techniques d'éligibilité prévues par l'article 244 quater B du code général des impôts. Elle a également jugé non fondés les griefs relatifs à une irrégularité de la procédure administrative.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2409280
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la demande de décharge d'impôt sur la plus-value immobilière présentée par Mme A... pour l'année 2020. Le litige portait sur l'interprétation de la condition d'exonération prévue au 1° bis du II de l'article 150 U du code général des impôts, concernant la première cession d'un logement autre que la résidence principale. Le tribunal a jugé que le fait que la requérante ait été propriétaire de son ancienne résidence principale dans les quatre années précédant la vente faisait obstacle au bénéfice de l'exonération, et ce, même si ce bien n'était plus son domicile au moment de la cession.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2420874
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour formulée par un ressortissant sénégalais. La juridiction a jugé que le préfet de police avait méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ne tenant pas compte de l'ancienneté de la présence du requérant en France et de son insertion professionnelle continue. Le tribunal a enjoint à l'administration de délivrer un titre de séjour "salarié" dans un délai de trois mois et une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours, et a condamné l'État à verser 1 000 euros au requérant au titre des frais exposés.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2422817
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour. Le juge a constaté que l'administration n'avait pas répondu à la demande de communication des motifs de son refus implicite, ce qui constitue une illégalité. Cette solution s'appuie sur les articles L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration et R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026