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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2128192

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2128192

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2128192
TypeDécision
PublicationC
Formation3e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET SEVEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 décembre 2021 et 20 juillet 2022, la société Sika Team, représentée par Me Goloko, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision n° 075GUHZ0100 du 9 septembre 2021 par laquelle le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, a retiré la décision portant autorisation de placement en position d'activité partielle pour la période du 1er mai au 30 juin 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente pour ce faire ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, l'absence de baisse significative du chiffre d'affaires n'étant pas un critère sur lequel l'administration peut légalement se fonder pour refuser une autorisation de placement en position d'activité partielle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la réduction de son activité sur la période considérée.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 avril 2022, le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société Sika Team ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Marthinet,

- et les conclusions de Mme Ménéménis, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision implicite du 23 juin 2021, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, a autorisé la société Sika Team à placer ses salariés en position d'activité partielle sur la période du 1er mai au 30 juin 2021. Par une décision n° 075GUHZ0100 du 9 septembre 2021, le même préfet a procédé au retrait de cette autorisation. Par un courrier du 4 octobre 2021, transmis par courriel le 27 octobre 2021, la société Sika Team a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision de retrait. Par un courriel du 29 octobre suivant, le préfet a rejeté ce recours. La société requérante doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision susmentionnée du 9 septembre 2021, ensemble la décision du 29 octobre 2021 portant rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 5122-1 du code du travail : " Les salariés sont placés en position d'activité partielle, après autorisation expresse ou implicite de l'autorité administrative, s'ils subissent une perte de rémunération imputable : /-soit à la fermeture temporaire de leur établissement ou partie d'établissement ; /-soit à la réduction de l'horaire de travail pratiqué dans l'établissement ou partie d'établissement en deçà de la durée légale de travail. / En cas de réduction collective de l'horaire de travail, les salariés peuvent être placés en position d'activité partielle individuellement et alternativement. / II. - Les salariés reçoivent une indemnité horaire, versée par leur employeur, correspondant à une part de leur rémunération antérieure dont le pourcentage est fixé par décret en Conseil d'Etat. L'employeur perçoit une allocation financée conjointement par l'Etat et l'organisme gestionnaire du régime d'assurance chômage. Une convention conclue entre l'Etat et cet organisme détermine les modalités de financement de cette allocation. () ". Aux termes de l'article R. 5122-1 du même code : " L'employeur peut placer ses salariés en position d'activité partielle lorsque l'entreprise est contrainte de réduire ou de suspendre temporairement son activité () ".

3. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration (CRPA) : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.

A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ".

4. La décision attaquée du 9 septembre 2021 est fondée sur une " absence de baisse significative du chiffre d'affaires ", le rejet du recours gracieux faisant, pour sa part, état de ce que " le chiffre d'affaires se maintient entre 2019 et 2020 ", cette évolution traduisant, selon l'administration, une absence de réduction de l'activité de l'entreprise Sika Team.

5. Il ressort cependant des pièces du dossier que le chiffre d'affaires enregistré durant les mois de mai à août 2021 est significativement inférieur à celui enregistré tant au titre des mois de décembre 2019 à mars 2020 (-25%), ayant précédé la crise sanitaire, qu'à celui des quatre mêmes mois de l'année 2019 (-14%). Par suite, la société requérante est fondée à soutenir qu'en se fondant sur une absence, sur la période en cause, de réduction de l'activité déduite d'une supposée stagnation du chiffre d'affaires de la société requérante ou, à tout le moins, d'une baisse jugée non significative, l'administration a entaché les décisions attaquées d'une erreur d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède que les décisions attaquées doivent être annulées.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Sika Team et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision n° 075GUHZ0100 du 9 septembre 2021 par laquelle le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, a retiré la décision portant autorisation de placement en position d'activité partielle pour la période du 1er mai au 30 septembre 2021 est annulée, ensemble la décision du 29 octobre 2021 portant rejet du recours gracieux formé par la société Sika Team.

Article 2 : L'Etat versera à la société Sika Team une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Sika Team et au ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Copie en sera adressée à la direction régionale de l'économie, de l'emploi du travail et des solidarités d'Ile-de-France

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bailly, présidente,

- M. Marthinet, premier conseiller,

- Mme Marcus, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

Le rapporteur,

L. Marthinet

La présidente,

P. Bailly Le greffier,

Y. Fadel

La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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