jeudi 21 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2128400 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET DU ROULE (SELAS) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 30 décembre2021 et le 15 janvier 2022, la société Dax Finance, représentée par Me Gard, demande au tribunal :
1°) de prononcer le sursis de paiement ;
2°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 43 905 euros auxquels elle a été assujettie au titre des années 2015 à 2017 assortis des intérêts moratoires ;
3°) de prononcer la décharge des cotisations de taxe sur les salaires à hauteur de 2 493 euros au titre des années 2015 et 2016 ;
4°) de prononcer la déduction des sommes de 12 026 euros au titre de l'exercice 2015 et 15 587 euros au titre de l'exercice 2016 que l'administration a rejetées en tant que charges ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 7 619 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Dax Finance soutient que :
- elle doit être regardée comme étant un " conseiller en investissements financiers " soumis à la taxe sur la valeur ajoutée ;
- la décision antérieure du directeur des services fiscaux de lui accorder des remboursements de crédits de taxe sur la valeur ajoutée ne pouvait être contestée que devant le tribunal administratif et constitue une prise de position au sens de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales ;
- elle ne peut, en tant qu'assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée être imposée à la taxe sur les salaires ;
- c'est à tort que le service a rejeté les frais de représentation en tant que charges déductibles.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2022, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut à l'irrecevabilité des conclusions tendant à la décharge de taxe sur les salaires et au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la société Dax Finance n'a pas demandé la décharge de taxe sur les salaires dans sa réclamation préalable ;
- les moyens soulevés par la société Dax Finance ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Coz,
- et les conclusions de Mme Belkacem, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société Dax Finance, qui exerce une activité de conseil en investissements financiers, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016, étendue en matière de taxe sur la valeur ajoutée jusqu'au 31 décembre 2017. A l'issue de ce contrôle, par une proposition de rectification du 23 juillet 2018, l'administration lui a notifié son intention de procéder à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017 et à des rappels de taxe sur les salaires pour les années 2015 et 2016, ainsi qu'à un rehaussement à l'impôt sur les sociétés au titre des exercices 2015 et 2016, entraînant une minoration du déficit reportable dès lors que le résultat fiscal imposable rectifié demeurait nul. La société Dax Finance a présenté des observations le 28 septembre 2018, auxquelles l'administration a répondu le 24 octobre 2018 en maintenant sa position. Le 16 décembre 2019, la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires a considéré que les dépenses dont l'administration rejetait la déductibilité pouvaient être considérées comme des charges déductibles. Par des avis de mises en recouvrement émis le 31 juillet 2020 s'agissant de la taxe sur les salaires et le 14 août 2020 s'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée, l'administration fiscale a confirmé sa position. Par une réclamation en date du 30 septembre 2020, demeurée sans réponse, la société Dax Finance a contesté les rappels de taxe sur la valeur ajoutée et le refus d'admettre en déduction de son résultat imposable les frais de représentation d'un montant supérieur à 100 euros.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales : " L'administration des impôts contrôle les déclarations ainsi que les actes utilisés pour l'établissement des impôts, droits, taxes et redevances. / Elle contrôle, également les documents déposés en vue d'obtenir des déductions, restitutions ou remboursements, ou d'acquitter tout ou partie d'une imposition au moyen d'une créance sur l'Etat ". Aux termes de l'article L. 80 A du même livre : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. / Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. Sont également opposables à l'administration, dans les mêmes conditions, les instructions ou circulaires publiées relatives au recouvrement de l'impôt et aux pénalités fiscales. ". Et aux termes de l'article L. 80 B du même livre : " La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : / 1° Lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal ; elle se prononce dans un délai de trois mois lorsqu'elle est saisie d'une demande écrite, précise et complète par un redevable de bonne foi () ".
3. D'une part, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales que l'administration peut, dans le cadre de son pouvoir de contrôle, remettre en cause l'existence d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée dont le remboursement a été accordé. Dès lors, la société requérante ne peut utilement invoquer un prétendu principe de " symétrie des formes " pour soutenir qu'un inspecteur des finances publiques ne pourrait pas remettre en cause un remboursement accordé par un directeur, sauf à saisir un tribunal administratif.
4. D'autre part, si la société requérante fait valoir que des décisions lui accordant des remboursements de taxe sur la valeur ajoutée ont été prises à l'issue d'une procédure d'instruction de ses demandes, ces décisions ne sont pas motivées. Dès lors, elles ne peuvent ni constituer une interprétation formelle de la loi fiscale, ni comporter une appréciation de la situation de fait du redevable, qui soient opposables à l'administration en vertu des dispositions des articles L 80 A et L 80 B du livre des procédures fiscales. La société Dax Finance ne peut pas plus se prévaloir de l'instruction BOI n°124 du 20 juillet 2005 référencée 13L-3-05 qui ne comporte pas une interprétation de la loi différente de celle dont il est fait application ci-dessus.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
S'agissant de l'assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée :
5. Aux termes de l'article 261 C du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux années d'imposition en litige : " Sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée : / 1° Les opérations bancaires et financières suivantes : / () e. Les opérations, autres que celles de garde et de gestion portant sur les actions, les parts de sociétés ou d'associations, les obligations et les autres titres, à l'exclusion des titres représentatifs de marchandises et des parts d'intérêt dont la possession assure en droit ou en fait l'attribution en propriété ou en jouissance d'un bien immeuble ou d'une fraction d'un bien immeuble ; / f. La gestion des organismes de placement collectif en valeurs mobilières et des placements collectifs relevant des paragraphes 1, 2 et 6 de la sous-section 2, du paragraphe 2 ou du sous-paragraphe 1 du paragraphe 1 de la sous-section 3, ou de la sous-section 4 de la section 2 du chapitre IV du titre Ier du livre II du code monétaire et financier et de fonds communs de créances ".
6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, pour remettre en cause les remboursements de crédits de taxe sur la valeur ajoutée accordés à la société Dax Finance, l'administration a estimé que la société n'avait, au cours de la période vérifiée, réalisé d'opérations soumise à la taxe sur la valeur ajoutée qu'à hauteur de 3 850 euros en 2015 et 4 367 euros en 2016 et qu'elle ne disposait, dès lors, d'un droit à déduction qu'à due concurrence de ces montants.
7. En deuxième lieu, il ressort des dispositions précitées de l'article 261 C du code général des impôts que, pour apprécier l'assujettissement ou non d'une opération bancaire et financière, il convient d'apprécier la nature des opérations et non la qualité de la personne qui les réalise. Par suite, la société Dax Finance ne peut pas utilement faire valoir, pour invoquer son assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée pour l'ensemble de ses activités, qu'elle est inscrite au registre unique des intermédiaires en assurance, banque et finance en tant que conseiller en investissement financier, qu'elle a adhéré à la chambre nationale des conseillers en investissement financier et que le règlement de l'Autorité des marchés financiers, dont la méconnaissance constituerait une infraction pénale, ne permet pas d'exercer concomitamment des activités de gestion et de conseil, ces circonstances étant sans incidence sur la nature des opérations réalisées. Dans ces conditions, et en l'absence d'autres justificatifs pertinents, il ne résulte pas de l'instruction que la société Dax Finance aurait, ainsi qu'elle le prétend, réalisé des opérations soumises à la taxe sur la valeur ajoutée au cours de la période vérifiée autres que celles retenues par l'administration. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a mis à la charge de la société Dax Finance des rappels correspondant aux remboursements de crédit de taxe sur la valeur ajoutée qui lui avaient été indûment versés.
S'agissant de l'assujettissement à la taxe sur les salaires :
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 231 du code général des impôts : " 1. Les sommes payées à titre de rémunérations aux salariés, à l'exception de celles correspondant aux prestations de sécurité sociale versées par l'entremise de l'employeur, sont soumises à une taxe égale à 4,25 % de leur montant évalué selon les règles prévues à l'article L. 136-2 du code de la sécurité sociale, sans qu'il soit toutefois fait application du deuxième alinéa du I et du 6° du II du même article. Cette taxe est à la charge des entreprises et organismes qui emploient ces salariés, () lorsqu'ils ne sont pas assujettis à la taxe sur la valeur ajoutée ou ne l'ont pas été sur 90 % au moins de leur chiffre d'affaires au titre de l'année civile précédant celle du paiement desdites rémunérations. "
9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 6 et 7 que l'administration a pu, à bon droit, considérer que la requérante n'était pas assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée pour une fraction supérieure à 90 % de son chiffre d'affaires en 2015 et 2016, et il n'est pas contesté qu'il en était de même en 2014. Par conséquent, la société Dax Finance ne peut soutenir que les rémunérations qu'elle verse n'auraient pas dû être imposées à la taxe sur les salaires, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de ses conclusions.
S'agissant des charges déductibles au titre de l'impôt sur les sociétés :
10. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts, applicable à l'impôt sur les sociétés en vertu des dispositions du I de l'article 209 du même code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ". Aux termes de l'article 54 du code général des impôts : " Les contribuables mentionnés à l'article 53 A sont tenus de représenter à toute réquisition de l'administration tous documents comptables, inventaires, copies de lettres, pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats indiqués dans leur déclaration. "
11. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions ou le comité mentionnés à l'article L. 59 ou le comité prévu à l'article L. 64 est saisi d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission ou le comité. "
12. Il résulte de l'instruction que le service a admis la déduction des frais professionnels d'un montant inférieur à 100 euros et d'une partie de ceux supérieurs à cette somme mais a rejeté une liste de charges au motif que leur caractère professionnel n'est pas établi en l'absence de pièces justificatives et de clientèle en province, ce que la société requérante, qui n'apporte aucun élément précis pour justifier ces dépenses ne remet pas en cause utilement. Par conséquent, la société Dax Finance n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration a procédé au rehaussement de son bénéfice après avoir rejeté ces sommes.
Sur les conclusions à fin de sursis de paiement :
13. Les dispositions de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales, qui ont pour objet de permettre de surseoir au paiement des impositions lorsqu'il a été formé contre elles une réclamation contentieuse, n'ont de portée que pendant la durée de l'instance devant le tribunal administratif. Lorsque le tribunal s'est prononcé au fond, son jugement rend à nouveau exigibles les impositions dont il n'a pas prononcé la décharge. Par suite, la société Dax Finance n'est, en tout état de cause, pas fondée à demander au tribunal de prononcer en sa faveur le bénéfice du sursis de paiement des impositions en litige.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de la société Dax Finance doivent être rejetées, ainsi que celles à fin de sursis de paiement. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et au versement d'intérêts moratoires, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de ces dernières.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Dax Finance est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Dax Finance et à la directrice régionale des finances publiques d'Île-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 7 mars 2024 à laquelle siégeaient :
M. Fouassier, président,
M. Coz, premier conseiller,
Mme Arnaud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.
Le rapporteur,
Y. COZ
Le président,
C. FOUASSIER
La greffière,
C. EL HOUSSINE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./2-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517378
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'un ressortissant malien. La juridiction a estimé que le préfet avait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne tenant pas suffisamment compte de l'ancienneté et de la stabilité de l'insertion professionnelle du requérant, qui justifiait une admission exceptionnelle au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la situation du requérant dans un délai de quinze jours.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2519184
Le Tribunal administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant un titre de séjour et imposant une obligation de quitter le territoire à M. B..., un ressortissant algérien. La juridiction a retenu que la décision était entachée d'une erreur de droit, notamment en méconnaissant l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 7 de l'accord franco-algérien, en ne tenant pas compte de la situation professionnelle ancienne et régulière du requérant. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2522990
Le Tribunal administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre le refus de renouvellement d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français (OQTF) et la fixation du pays de renvoi. Le requérant invoquait notamment des vices de procédure, une incompétence de l'autorité signataire, une insuffisance de motivation et une méconnaissance de ses droits au titre de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a rejeté la demande de communication du dossier médical, estimant qu'elle relevait d'une procédure distincte, et a annulé les trois décisions attaquées pour vice de procédure, en raison de l'absence de communication au requérant de l'avis médical sur lequel elles se fondaient, méconnaissant ainsi les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2201394
Le Tribunal Administratif de Paris a statué sur un recours en excès de pouvoir visant l'annulation d'un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant la reconduite à la frontière d'un ressortissant sénégalais. La juridiction a jugé que, l'intéressé n'ayant pas obtenu la reconnaissance de la nationalité française par le tribunal judiciaire, le refus de titre de séjour était légalement fondé. Toutefois, elle a annulé la décision pour erreur de droit, considérant que le préfet n'avait pas examiné la demande à l'aune des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006, qui prévoient une admission exceptionnelle au séjour pour motifs humanitaires.
07/04/2026