mercredi 8 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2128476 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | PANARELLI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 31 décembre 2021 et les 10 mars, 10 avril et 4 mai 2023, Mme A B, représentée par Me Panarelli, demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement l'Institut de Formation en Soins Infirmiers de la Pitié-Salpêtrière et l'Assistance publique-hôpitaux de Paris à lui verser la somme de 91 567 euros à parfaire ;
2°) de condamner l'Institut de Formation en Soins Infirmiers de la Pitié-Salpêtrière et l'Assistance publique-hôpitaux de Paris à verser les intérêts de droit à compter du jour de la demande préalable d'indemnisation du 23 juin 2021 et l'anatocisme des articles 1231-7 et 1343-2 du code civil si plus d'une année d'intérêts était due ;
3°) de mettre à la charge de l'Institut de Formation en Soins Infirmiers de la Pitié-Salpêtrière et de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
-la décision du 9 octobre 2017 est entachée d'illégalité et cette faute engage la responsabilité C ;
-des fautes d'encadrement ont été commises ;
-le refus opposé à sa demande de réintégration est fautif ;
-elle a subi des pressions et un harcèlement constitutifs d'une faute ;
-la responsabilité sans faute C est engagée en raison d'une rupture d'égalité ;
-elle a subi un préjudice matériel qui s'élève à 71 567 euros comprenant le coût de la formation de 767 euros, les frais matériels liés aux procédures de 300 euros, une perte de chance de 55 500 euros et une perte de temps et de chance de 15 000 euros ;
-le montant de son préjudice moral s'élève à 20 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2023, l'Assistance publique-hôpitaux de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code de l'éducation ;
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme Dousset,
-les conclusions de M. Guiader, rapporteur public,
-et les observations de Me Panarelli, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a été admise aux épreuves de sélection pour l'entrée en Institut de formation en soins infirmiers (IFSI) de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris au titre de l'année 2014 et a commencé sa formation à compter du 2 février 2015 à l'IFSI de la Pitié-Salpêtrière. A la suite d'un rapport défavorable la concernant lors d'un stage de rattrapage effectué au service de gérontopsychiatrie de la Pitié-Salpêtrière, la directrice C l'a informée, le 28 juillet 2016, de la suspension de ce stage pour des manquements à la sécurité des patients. Mme B a sollicité ce même jour, et obtenu, l'interruption de sa formation à compter de cette date. Elle a ensuite sollicité la reprise de sa scolarité par courrier du 27 mars 2017. Après avis du conseil pédagogique du 5 octobre 2017, la directrice de l'Institut a exclu définitivement Mme B C pour des actes incompatibles avec la sécurité des personnes soignées par une décision en date du 9 octobre 2017. Par un arrêt du 5 février 2021, devenu définitif, la cour administrative d'appel de Paris a annulé cette décision. Par un courrier du 18 juin 2021, Mme B a demandé à l'IFSI de l'indemniser de l'ensemble des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de cette exclusion. Du silence gardé par l'Institut sur cette demande est née une décision de refus. Dans le cadre de la présente instance, Mme B demande au tribunal de condamner l'IFSI et l'Assistance publique-hôpitaux de Paris à lui verser la somme de 91 567 euros en réparation de l'ensemble des préjudices qu'elle estime avoir ainsi subis.
Sur la responsabilité pour faute :
En ce qui concerne l'illégalité de la décision d'exclusion du 9 octobre 2017 :
2. Lorsqu'une personne sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité, pour un vice de procédure, d'une décision, il appartient au juge de plein contentieux, saisi de moyens en ce sens, de déterminer, en premier lieu, la nature de cette irrégularité procédurale puis, en second lieu, de rechercher, en forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, si, compte tenu de la nature et de la gravité de cette irrégularité procédurale, la même décision aurait pu être légalement prise, dans le cadre d'une procédure régulière.
3. Par un arrêt du 5 février 2021, devenu définitif, la cour administrative d'appel de Paris a annulé la décision du 9 octobre 2017 par laquelle la directrice C de la Pitié-Salpêtrière a exclu Mme B définitivement de la formation en vue de l'obtention du diplôme d'Etat d'infirmier au motif qu'il était entaché d'un vice de procédure, à défaut de mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable. Mme B soutient que cette décision est illégale pour plusieurs autres motifs.
4. En premier lieu, aux termes de l'article 10 de l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux dans sa version applicable : " Le conseil pédagogique est notamment consulté pour avis sur : () 6. Les situations individuelles : () d) Etudiants ayant accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge ; / e) Modalités de reprise de la formation après une interruption de formation inférieure à trois ans, dans les conditions prévues aux articles 38 et 39 ; () ". Et aux termes de l'article 11 du même arrêté dans sa même version :" Lorsque l'étudiant a accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes soignées, le directeur de l'institut de formation, en accord avec le responsable du lieu de stage, peut décider de la suspension du stage de l'étudiant, dans l'attente de l'examen de sa situation par le conseil pédagogique qui doit se réunir, au maximum, dans un délai de quinze jours à compter de la suspension. / Lorsque le conseil pédagogique se réunit, il examine la situation et propose une des possibilités suivantes : / - soit autoriser l'étudiant à poursuivre la scolarité au sein de l'institut ; dans ce cas, le conseil pédagogique peut alerter l'étudiant sur sa situation en lui fournissant des conseils pédagogiques pour y remédier ou proposer un complément de formation théorique et/ou pratique ; - soit soumettre l'étudiant à une épreuve théorique, soit le soumettre à une épreuve pratique complémentaire sous la responsabilité du tuteur, selon des modalités fixées par le conseil. A l'issue de cette épreuve, le directeur de l'institut décide de la poursuite de la formation ou de l'exclusion définitive de l'institut de formation ; / - soit exclure l'étudiant de l'institut de façon temporaire ou définitive ". Enfin, aux termes de l'article 38 du même arrêté : " Une interruption de formation, quel qu'en soit le motif, ne peut excéder trois ans, durant lesquels l'étudiant conserve le bénéfice des notes obtenues antérieurement à celle-ci. Au-delà de cette durée, l'étudiant perd le bénéfice de la formation acquise. Il conserve néanmoins pendant deux années supplémentaires le bénéfice des épreuves de sélection. / La formation est reprise au point où elle avait été interrompue, selon des modalités fixées après avis du conseil pédagogique. () ".
5. Mme B soutient qu'alors qu'elle souhaitait reprendre sa formation après une suspension, le conseil pédagogique, lors de sa réunion du 5 octobre 2017, ne pouvait statuer que sur sa réintégration, qui est de droit, en application des dispositions de l'article 38 de l'arrêté du 21 avril 2007. Toutefois, Mme B ne se prévaut d'aucun texte faisant obstacle à ce qu'une exclusion définitive soit prononcée par le directeur de l'institut de formation à l'issue d'une période d'interruption sans que l'élève n'ait été réintégré au préalable. En outre, il résulte de l'instruction que le conseil pédagogique s'est prononcé le 5 octobre 2017 à la fois sur l'exclusion de la requérante et sur sa réintégration et qu'il a d'ailleurs émis un avis favorable à cette dernière à 9 voix contre 5 pour l'exclusion. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision est irrégulière pour ce motif.
6. En deuxième lieu, la décision du 9 octobre 2017 qui vise les textes dont elle fait application et mentionne avec suffisamment de précision les faits sur lesquels elle se fonde est suffisamment motivée.
7. En troisième lieu, si Mme B se prévaut du fait que le conseil pédagogique s'est prononcé à la majorité en faveur de sa réintégration, cette circonstance ne faisait pas obstacle à ce que la directrice, seule autorité décisionnaire en la matière, prononce son exclusion à titre définitif. En outre, Mme B soutient qu'elle n'a commis aucun acte incompatible avec la sécurité des personnes soignées. Toutefois, le rapport du 25 juillet 2016 concernant le stage en gériatrie aigüe que devait effectuer la requérante du 11 juillet 2016 au 12 août 2016 et signé par une cadre de santé, une cadre supérieure de santé, une infirmière et une aide-soignante évoque des lacunes théoriques, des défauts dans la planification des soins, une communication inadaptée auprès des patients ainsi que des manquements aux règles d'hygiène et de sécurité. Le rapport évoque également des erreurs sur l'identité et la pathologie des patients ou des oublis en termes de sécurité qui peuvent avoir des conséquences graves et fait aussi état de difficultés de communication avec l'équipe. Il souligne, en particulier, que Mme B a donné des informations erronées sur des patients à ses collègues, a oublié de fermer une barrière d'un lit, n'a pas installé un patient âgé pour un repas, a laissé seul un patient sans appui et sans le prévenir et qu'elle a oublié pendant plusieurs jours de planifier et organiser les soins ou quand elle a effectué la planification a commis des erreurs dans cette organisation. De même, le rapport précise qu'aucune progression n'a été constatée malgré des bilans répétés et une réduction de la charge de travail de quatre à deux puis un patient. Les signataires du rapport concluent qu'ils jugent très difficile de pouvoir confier un patient en toute sécurité à Mme B et insistent sur la communication inadaptée auprès des patients, l'accumulation d'insuffisances et la quasi-absence de progression. Mme B fait valoir que ses précédents stages se sont bien déroulés, que ses évaluateurs ont souligné sa motivation, son dynamisme et son sérieux et que les manquements qui lui sont reprochés résultent d'un manque d'encadrement. Toutefois, d'une part, il ressort du rapport du 25 juillet 2016 que Mme B a bénéficié d'un encadrement renforcé et que les encadrants ont essayé de l'aider notamment en réduisant le nombre de patients à traiter et en lui proposant de faire le point régulièrement sur ses difficultés et sur les tâches à effectuer. D'autre part, il ressort des évaluations de ses compétences réalisées à l'issue de ses précédents stages qu'un manque de rigueur dans l'organisation et des difficultés de positionnement vis-à-vis des patients ont été constatés à plusieurs reprises. En outre, il est constant que Mme B n'a pas validé le stage effectué du 6 juin au 8 juillet 2016 au service de psychiatrie et de santé mentale du centre hospitalier Maison Blanche et que son tuteur a indiqué dans son évaluation qu'elle devait faire preuve de plus de rigueur dans l'apprentissage des pathologies et des traitements rencontrés dans le service et que les axes d'amélioration devaient porter sur les règles d'asepsie et d'hygiène et le positionnement face au patient. Enfin, il est constant que lors de son audition, le 5 octobre 2017, par le conseil pédagogique Mme B a reconnu avoir commis des fautes et que certains actes pouvaient avoir " un impact grave sur le patient ". Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision par laquelle la directrice C a décidé de l'exclure au motif qu'elle avait accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes soignées est disproportionnée et qu'elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation.
8. Il résulte de ce qui précède que la directrice C aurait pris la même décision si les droits de la défense de Mme B avaient été respectés. Par suite, cette dernière n'est pas fondée à soutenir que l'illégalité de la décision du 9 octobre 2017 prononçant son exclusion définitive C sanctionnée par la cour administrative de Paris était de nature à engager la responsabilité de l'AP-HP.
En ce qui concerne les autres fautes imputées par Mme B à l'IFSI :
9. Il ne résulte pas de l'instruction que l'IFSI aurait commis des fautes d'encadrement en ne répondant pas rapidement à la demande de réintégration de Mme B ou en ne validant pas son stage en psychiatrie, ni que l'intéressée n'aurait pas bénéficié d'un véritable suivi pédagogique pendant la deuxième semaine de son stage, le rapport du 25 juillet 2016 prouvant au contraire qu'elle a été accompagnée par les membres de l'équipe et par ses encadrants. En outre, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'IFSI aurait commis une faute en refusant de la réintégrer après l'interruption de formation dont elle a bénéficié à compter du 25 juillet 2016. De même, il ne résulte pas de l'instruction que l'Institut aurait eu l'intention de nuire à la requérante et de la discriminer ou qu'il aurait détourné la procédure de réintégration à ces fins. Par ailleurs, si Mme B soutient qu'elle a subi des pressions pour signer le rapport du 25 juillet 2016, il est constant qu'elle a pu indiquer sur ce dernier qu'elle n'était pas d'accord avec son contenu. Enfin, Mme B ne produit aucun élément susceptible de faire présumer l'existence de faits de harcèlement qu'elle aurait subis au cours de son stage ou de la part de l'équipe C ou de volonté de nuire de la part de cette dernière.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'IFSI a commis à son égard des fautes de nature à engager sa responsabilité.
Sur la responsabilité sans faute :
11. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme B n'aurait pas bénéficié du même traitement que les autres élèves de sa promotion C et notamment qu'il lui aurait été reproché de ne pas présenter les qualités professionnelles d'une infirmière diplômée alors qu'elle n'était qu'infirmière stagiaire. De même, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait été traitée plus sévèrement qu'une infirmière en poste en faisant l'objet d'une décision plus lourde que celle qui aurait été prononcée contre une infirmière diplômée pour des faits similaires. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à rechercher la responsabilité sans faute C en raison d'une rupture d'égalité qu'elle aurait subie.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation de Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative et 37 de de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Panarelli et à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Rohmer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Lenoir, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2023.
La rapporteure,
A. DOUSSET
Le président,
B. ROHMER
La greffière,
S. CAILLIEU-HELAIEM
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2317492
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté les demandes de la SARL 42 Consulting visant à obtenir la restitution du crédit d'impôt recherche pour les années 2019 et 2020. La juridiction a estimé que la société n'avait pas apporté la preuve que les projets litigieux remplissaient les conditions scientifiques et techniques d'éligibilité prévues par l'article 244 quater B du code général des impôts. Elle a également jugé non fondés les griefs relatifs à une irrégularité de la procédure administrative.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2409280
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01/04/2026