mardi 3 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2128483 |
| Type | Décision |
| Publication | C+ |
| Formation | 2e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CMS FRANCIS LEFEBVRE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 30 décembre 2021 et 28 juillet 2022, la société Heliospolis Saint Cassien, représentée par Mes Bitar et Granier, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le remboursement du crédit de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) dont elle s'estime titulaire au titre du 3ème trimestre 2020 pour un montant total de 752 897 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable, la demande de remboursement de crédit de TVA ayant été déposée le 15 octobre 2020 ;
- elle a payé les factures émises par les fournisseurs de la société Cycleos, à laquelle elle est liée par une convention de délégation parfaite, pour un montant générant un crédit de TVA de 250 687,93 euros ;
- elle a droit au remboursement de la TVA qu'elle a acquittée afférente à l'ensemble des factures liées à la construction d'une centrale photovoltaïque pour 419 525 euros, ainsi que cela résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne et du principe de neutralité de la TVA.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au non-lieu à statuer à hauteur dégrèvement de 82 684 euros accordé en cours d'instance et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions aux fins de remboursement sont irrecevables à hauteur de 595 729 euros dès lors que le crédit correspondant, portant sur l'année 2017, avait déjà fait l'objet d'une demande de remboursement, rejetée par une décision du 30 juillet 2019 devenue définitive ;
- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 29 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er août 2022.
La société Heliospolis Saint Cassien, représentée par Mes Bitar et Granier, a produit un mémoire enregistré le 29 mars 2023, après la clôture de l'instruction.
Par un courrier du 2 juin 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la tardiveté de la demande de remboursement formée par la requérante le 15 octobre 2020.
La société Heliospolis Saint Cassien a produit des observations en réponse par deux mémoires enregistrés les 9 et 27 juin 2023.
Le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris a produit des observations en réponse par un mémoire enregistré le 19 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Halard, premier conseiller,
- et les conclusions de M. Mazeau, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Heliospolis Saint Cassien, qui exerce une activité de production d'électricité, a sollicité, le 15 octobre 2020, le remboursement d'un crédit de TVA dont elle s'estime titulaire au titre du troisième trimestre 2020, d'un montant de 752 897 euros. Sa demande ayant été implicitement rejetée le 15 mars 2021, la société Heliospolis Saint Cassien demande au tribunal de lui accorder ce remboursement.
Sur l'étendue du litige :
2. Par une décision du 28 juin 2022, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris a remboursé à la société Heliospolis Saint Cassien une partie du crédit de TVA visé par la présente requête, pour un montant de 82 684 euros. Dès lors, les conclusions présentées par la société requérante sont devenues sans objet à hauteur de ce remboursement prononcé en cours d'instance.
Sur la recevabilité des conclusions aux fins de remboursement d'un crédit de TVA de 595 729 euros au titre de 2017 :
3. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable : " " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération () IV. La taxe déductible dont l'imputation n'a pu être opérée peut faire l'objet d'un remboursement dans les conditions, selon les modalités et dans les limites fixées par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article 242-0-A de l'annexe II au code général des impôts, pris sur le fondement de l'article 271 précité : " Le remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée déductible dont l'imputation n'a pu être opérée doit faire l'objet d'une demande des assujettis. Le remboursement porte sur le crédit de taxe déductible constaté au terme de chaque année civile. " Aux termes de l'article 242-0 C de la même annexe : " I. 1. Les demandes de remboursement doivent être déposées au cours du mois de janvier () II. - 1. Par dérogation aux dispositions du I, les assujettis soumis de plein droit ou sur option au régime normal d'imposition peuvent demander un remboursement lorsque la déclaration mentionnée au 2 de l'article 287 du code général des impôts fait apparaître un crédit de taxe déductible. La demande de remboursement doit porter sur un montant au moins égal à 760 euros () ".
4. Il résulte de l'instruction que la société Heliospolis Saint Cassien a demandé, sur sa déclaration CA12 souscrite le 24 octobre 2018 au titre de l'année 2017, le remboursement d'un crédit de TVA d'un montant de 595 729 euros se rapportant à la construction et l'exploitation d'une centrale électrique photovoltaïque installée dans le Grand Port Maritime de Marseille. Pour vérifier le bien-fondé de ce crédit, la société a fait l'objet d'une vérification de comptabilité du 17 avril au 10 juillet 2019, portant sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017 et jusqu'au 31 décembre 2018 pour la TVA, à l'issue de laquelle le service lui a notifié, le 5 août 2019, une proposition de rectification en date du 30 juillet 2019. Outre des rectifications en matière d'imposition des bénéfices, cette proposition de rectification a rejeté la demande de remboursement de crédit de TVA au motif principal qu'il n'apparaissait pas dans les écritures comptables de la société, les comptes de TVA déductible 4456 n'ayant pas été mouvementés du montant de TVA déductible porté sur la déclaration.
5. Après avoir sollicité, le 22 août 2019, la prolongation de trente jours du délai de réponse à cette proposition de rectification, la société a formulé des observations le 2 octobre 2019, contestant le rejet de sa demande de remboursement de ce crédit, auquel le service a répondu par une réponse aux observations du contribuable en date du 28 octobre 2019. Le 28 novembre 2019, la société a ensuite saisi, par la voie du recours hiérarchique, l'inspecteur principal des finances publiques, lequel lui a notifié, par un courrier du 21 avril 2020, le compte-rendu de l'entretien qui s'était tenu le 6 février 2020. Enfin, par un courrier du 28 novembre 2019, la société a saisi la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, qui a rendu son avis le 2 février 2022, notifié le 28 février 2022, après s'être notamment estimée incompétente en ce qui concerne le crédit de TVA litigieux.
6. Le 15 octobre 2020, la société Heliospolis Saint Cassien a enfin présenté une demande tendant au remboursement du crédit de TVA d'un montant de 752 897 euros dont elle s'estime titulaire au titre du troisième trimestre 2020, lequel inclue, en particulier, le crédit de 595 729 euros de 2017 précédemment mentionné.
7. Lorsque l'administration, saisie d'une demande de remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée, effectue, afin d'en apprécier le bien-fondé, une vérification de la comptabilité du contribuable, elle n'engage pas une procédure de reprise ou de redressement, mais procède seulement à l'instruction de cette réclamation. Ainsi la décision rendue à l'issue de ce contrôle doit être contestée directement devant le tribunal administratif dans le délai de deux mois prévu par les dispositions de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales. Il en va toutefois autrement dans le cas où la décision expresse de rejet de la réclamation ne mentionne pas les voies et délais de recours, le contribuable disposant alors, pour saisir le tribunal, d'un délai ne pouvant, sauf circonstances exceptionnelles, excéder un an à compter de la date à laquelle il a eu connaissance de la décision.
8. En l'espèce, la proposition de rectification du 30 juillet 2019, notifiée le 5 août 2019, contenant la décision refusant expressément le remboursement du crédit de TVA litigieux, ne mentionnait pas les voies et délais de recours. Il appartenait par suite à la société Heliospolis Saint Cassien, le cas échéant, de contester cette décision devant le tribunal administratif dans un délai expirant un an après sa notification, soit le 5 août 2020, sans qu'ait d'incidence sur le point de départ de ce délai la circonstance qu'elle ait effectivement bénéficié de la possibilité de présenter ses observations à la proposition de rectification et de saisir le supérieur hiérarchique et la commission départementale des impôts, qui s'est au demeurant déclarée incompétente. La société requérante ne peut pas davantage utilement soutenir qu'elle s'était désistée de sa demande de remboursement du 24 octobre 2018 et que la décision de l'administration serait ainsi caduque dès lors que, ainsi qu'il a été dit, la proposition de rectification du 30 juillet 2019 rejette expressément, pour un motif de fond, sa demande de remboursement du crédit de TVA.
9. Enfin, en l'absence de contestation dans le délai d'un an de la décision notifiée le 5 août 2019 valant rejet de sa demande de remboursement, cette décision a revêtu un caractère définitif qui privait la société de la possibilité de se prévaloir d'un droit au report de ce crédit de taxe fondant une nouvelle demande de remboursement ou d'imputation de cette somme. Dès lors, la société Heliospolis Saint Cassien ne saurait utilement se prévaloir de la nouvelle demande de remboursement de son crédit de TVA incluant la somme de 595 729 euros correspondant à l'année 2017 qu'elle a présentée le 15 octobre 2020.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant au remboursement du crédit de TVA de 596 729 euros sont tardives et, par suite, irrecevables.
Sur le surplus des conclusions aux fins de remboursement du crédit de TVA d'un montant de 74 484 euros :
11. Aux termes de l'article L. 177 du livre des procédures fiscales : " En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée déductible dans les conditions fixées par l'article 271 du code général des impôts, les redevables doivent justifier du montant de la taxe déductible et du crédit de taxe dont ils demandent à bénéficier, par la présentation de documents même établis antérieurement à l'ouverture de la période soumise au droit de reprise de l'administration () ".
12. Il résulte de ces dispositions que les redevables qui demandent le remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée déductible dont l'imputation n'a pu être opérée sur la taxe sur la valeur ajoutée collectée, doivent satisfaire aux conditions d'exercice du droit à déduction, et supportent la charge de la preuve du bien-fondé du crédit de taxe sur la valeur ajoutée dont ils demandent le remboursement.
13. Pour justifier du crédit de TVA restant en litige de 74 484 euros dont elle demande le remboursement et qui résulte, selon sa déclaration, d'un crédit de 29 904 euros dégagé au titre du troisième trimestre 2020 et d'un report de crédit de 44 580 euros issu de ses précédentes déclarations (2ème trimestre 2019), la requérante se borne à produire un tableau récapitulatif mentionnant des factures émises entre 2014 et 2017 transmis le 10 janvier 2019 au service qui avait instruit sa demande initiale, ainsi qu'une liasse comprenant 259 pages de factures non classées, en français, anglais, allemand ou danois, émises aussi bien pour elle-même que pour la société Cycleos, certaines mentionnant de la TVA et d'autres non, une partie d'entre elles étant de surcroît illisibles en raison d'une impression de mauvaise qualité ou de mentions manuscrites indéchiffrables. Par la seule production de ces éléments disparates et inexploitables, la société ne rapporte pas la preuve du bien-fondé de sa demande de remboursement.
14. Il résulte de ce qui précède que le surplus des conclusions aux fins de remboursement présentées par la société Heliospolis Saint Cassien doit être rejeté.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme demandée par la société Heliospolis Saint Cassien au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer, à hauteur de la somme de 82 684 euros, sur les conclusions aux fins de remboursement présentées par la société Heliospolis Saint Cassien.
Article 2 : Le surplus des conclusions présentées par la société Heliospolis Saint Cassien est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Heliospolis Saint Cassien et à la direction régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris (pôle juridictionnel administratif)
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Evgénas, présidente,
Mme Laforêt, première conseillère,
M. Halard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.
Le rapporteur,
G. HALARD
La présidente,
J. EVGENASLa greffière
M-C. POCHOT
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2400082
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Le Printemps immobilier, qui demandait une réduction de sa cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties pour l'année 2021. La juridiction a jugé que la société, sur laquelle pesait la charge de la preuve en vertu de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales, n'avait pas démontré le caractère exagéré de l'imposition. Elle n'a pas établi que la surface réelle de ses locaux était inférieure à celle déclarée, ni que l'administration avait fait une application erronée des règles de calcul, notamment celles de l'article 1518 A du code général des impôts.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2504630
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de M. C... visant à annuler la décision de la Ville de Paris de ne pas renouveler son contrat à durée déterminée. Le juge rappelle qu'un agent en CDD n'a pas de droit au renouvellement, mais que l'administration doit agir dans l'intérêt du service, ce qui peut inclure des considérations sur la manière de servir. Il écarte les moyens soulevés (incompétence du signataire, défaut de motivation, absence d'entretien préalable et de communication du dossier), estimant que la décision contestée n'avait pas le caractère d'une sanction disciplinaire et que les procédures spécifiques à celle-ci ne s'appliquaient donc pas. La décision s'appuie sur les principes généraux du droit de la fonction publique.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2314176
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... qui contestait son imposition en France sur ses revenus d'enseignement perçus de 2019 à 2021. La juridiction a jugé que, conformément à la convention fiscale franco-allemande du 21 juillet 1959, ses revenus salariaux étaient imposables en France, lieu où l'activité professionnelle était exercée, et non en Allemagne où elle résidait. Le tribunal a ainsi validé le principe d'imposition des revenus d'emploi dans l'État où le travail est effectué, tel que prévu par ladite convention et le code général des impôts.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2324985
Le Tribunal administratif de Paris a été saisi par la société Camille Fournet, qui contestait une sanction administrative pour non-respect des délais de paiement inter-entreprises. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation, estimant que l'amende de 13 000 euros et sa publication étaient légales et proportionnées au regard des manquements constatés. La décision s'appuie sur les articles L. 441-10 et L. 441-11 du code de commerce relatifs aux délais de paiement.
07/04/2026