vendredi 3 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2200025 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 4e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET BAKER & MCKENZIE A.A.R.P.I. |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 3 janvier et 12 septembre 2022 et le
12 septembre 2023, la société TF1 Production, représentée par l'AARPI Baker et McKenzie, par Me Donnat et Me de Saint-Pern, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 7 juin 2021 par laquelle le président du centre national du cinéma et de l'image animée (CNC) a refusé de lui délivrer une autorisation préalable relative à l'octroi d'une aide financière à la production du documentaire " Back to Amy " et les décisions des 26 novembre 2021 et 2 février 2022 rejetant son recours gracieux dirigé contre cette première décision ;
2°) de mettre à la charge du CNC la somme de 5 000 euros en application de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- les décisions des 7 juin 2021 et 2 février 2022 ont été prises par une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- la décision du 7 juin 2021 est entachée d'un défaut de base légale, compte tenu de l'illégalité des articles 311-6 et 311-56 du règlement général des aides financières du centre national du cinéma et de l'image animée sur lesquels elle est fondée ; ces articles méconnaissent l'objectif à valeur constitutionnelle de clarté et d'intelligibilité de la norme et sont entachées d'incompétence négative ;
- les décisions attaquées sont entachées d'erreur de droit et méconnaissent l'article
D. 311-1 du code du cinéma et de l'image animée le CNC ayant statué sur la demande sans avoir établi au préalable les critères de définition du documentaire de création ;
- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation, le programme " Back to Amy " présentant les qualités d'un documentaire de création à vocation patrimoniale au sens des dispositions des articles 311-6 et 311-56 du règlement général des aides financières du centre national du cinéma et de l'image animée ;
- elles sont entachées d'erreur de fait, le président du CNC ayant retenu à tort que le documentaire est descriptif et le choix des intervenants injustifié.
Par des mémoires en défense enregistrés les 28 février 2023 et 13 octobre 2023, le CNC, représenté par son président, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions dirigées contre le courrier électronique du 26 novembre 2021 sont irrecevables, ne s'agissant pas d'une décision administrative faisant grief ;
- les moyens invoqués au soutien de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 13 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 octobre 2023.
Une pièce produite par la société TF1 Production le 7 février 2024 à la suite d'une mesure d'instruction a été communiquée au CNC.
Des pièces produites par le CNC le 27 février 2024 à la suite d'une mesure d'instruction ont été communiquées à la société TF1 Production.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du cinéma et de l'image animée et le règlement général des aides financières du centre national du cinéma et de l'image animée ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Massiou, première conseillère ;
- les conclusions de M. Degand, rapporteur public ;
- et les observations de Me de Saint-Pern, représentant la société TFI Production.
Considérant ce qui suit :
1. La société TF1 Production, qui exerce une activité de production de contenus audiovisuels, a demandé au centre national du cinéma et de l'image animée (CNC) le 17 mars 2021 l'octroi d'une allocation d'investissement pour un projet de documentaire intitulé " Back to Amy ", sur le fondement de l'article 311-26 du règlement général des aides financières du CNC, annexé au code du cinéma et de l'image animée. Par une décision du 7 juin 2021, le président du CNC a refusé de lui attribuer cette aide. La société TFI Production a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision le 3 septembre suivant. Par un courrier du 13 septembre 2021, le président du CNC l'a informée que la commission spécialisée compétente avait été saisie conformément à l'article 311-80 du règlement général des aides financières. Lors de sa séance du 18 novembre 2021, cette commission a émis un avis défavorable à la qualification documentaire de l'œuvre, ce dont le CNC a informé la société requérante par un courrier électronique du 26 novembre suivant. Par une décision du 2 février 2022, le président du CNC a rejeté son recours gracieux. La société TF1 Production demande l'annulation des décisions des 7 juin 2021 et 2 février 2022 et de celle contenue dans le courrier électronique du 26 novembre 2021.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le président du CNC :
2. Le courrier électronique du 26 novembre 2021 par lequel le CNC a informé la société requérante du sens de l'avis rendu par la commission spécialisée compétente dans le cadre de l'examen de son recours gracieux dirigé contre la décision du 7 juin 2021 présente un simple caractère informatif et non celui d'une décision faisant grief susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Le président du CNC est, dès lors, fondé à soutenir que les conclusions de la société TF1 Production tendant à l'annulation de ce courrier électronique sont irrecevables.
Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
S'agissant de la décision du 7 juin 2021 :
3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 112-23 du code du cinéma et de l'image animée : " Le président du Centre national du cinéma et de l'image animée () dirige l'établissement. A ce titre : / () / 6° Il prend les décisions individuelles d'attribution des aides financières / () ". Aux termes de l'article R. 112-24 du même code : " Sauf en ce qui concerne les transactions mentionnées au 8° de l'article R. 112-23, le président du Centre national du cinéma et de l'image animée peut déléguer sa signature () aux agents de l'établissement, dans les limites de leurs attributions et dans les conditions qu'il détermine. / () ".
4. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'organigramme du CNC, que, par des décisions du 20 mai 2021 régulièrement publiées au Journal officiel de la République française du 28 mai suivant, le président du CNC a donné délégation à Mme A B, directrice adjointe à la direction de l'audiovisuel et signataire de la décision attaquée, à l'effet de signer tous actes et décisions de dépense entrant dans le champ de ses attributions, dès lors que leur montant est inférieur ou égal à 200 000 euros, à l'exception des marchés publics d'un montant supérieur à 90 000 euros HT et de toutes décisions prises contre l'avis d'une commission, Mme B étant la seule directrice adjointe de la direction de l'audiovisuel, qui est notamment en charge de la mise en œuvre du fond de soutien audiovisuel. La société requérante n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article D. 311-2 du code du cinéma et de l'image animée : " Les aides financières automatiques du Centre national du cinéma et de l'image animée sont attribuées de droit aux personnes qui remplissent les conditions pour les recevoir. / () ".
6. La décision attaquée vise les articles 311-6 et 311-56 du règlement général des aides financières du CNC et fait état des motifs pour lesquels l'aide demandée n'est pas accordée à la société requérante. En outre, la circonstance, à la supposer établie, que les dispositions qu'elle vise ne mentionne pas de critères sur lesquels le CNC pouvait s'appuyer est sans incidence sur le respect de l'obligation de motivation d'une décision. Dès lors, la société TF1 Production n'est pas fondée à soutenir que la décision n'est pas suffisamment motivée.
S'agissant de la décision du 2 février 2022 :
7. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il suit de là que les moyens tirés de ce que la décision du 2 février 2022 rejetant le recours gracieux dirigé contre celle du 7 juin 2021 est entachée d'un vice d'incompétence et insuffisamment motivée sont inopérants et doivent être écartés.
En ce qui concerne la légalité interne :
8. Aux termes de l'article L. 111-2 du code du cinéma et de l'image animée : " Le Centre national du cinéma et de l'image animée a pour missions : / () / 2° De contribuer, dans l'intérêt général, au financement et au développement du cinéma et des autres arts et industries de l'image animée et d'en faciliter l'adaptation à l'évolution des marchés et des technologies. A cette fin, il soutient, notamment par l'attribution d'aides financières : / a) La création, la production, la distribution, la diffusion et la promotion des œuvres cinématographiques et audiovisuelles et des œuvres multimédias, ainsi que la diversité des formes d'expression et de diffusion cinématographique, audiovisuelle et multimédia ; / () ". Aux termes de l'article L. 311-1 du même code : " Les aides financières du Centre national du cinéma et de l'image animée mentionnées aux a et b du 2° de l'article L. 111-2 sont attribuées sous forme automatique ou sélective ". Aux termes de l'article D. 311-1 du même code : " Les conditions générales d'attribution des aides financières sont fixées par délibérations du conseil d'administration du Centre national du cinéma et de l'image animée dans un document consolidé et dénommé "règlement général des aides financières du Centre national du cinéma et de l'image animée". / () ". Aux termes de l'article 311-6 du règlement général des aides financières du CNC, dans sa version alors en vigueur : " Les œuvres audiovisuelles éligibles aux aides financières à la production et à la préparation sont des œuvres à vocation patrimoniale qui présentent un intérêt particulier d'ordre culturel, social, scientifique, technique ou économique. / Elles doivent faire l'objet, par les entreprises de production, d'une exploitation durable en cohérence avec leur vocation patrimoniale ". Aux termes de l'article 311-56 du même règlement, dans sa version alors en vigueur : " Les entreprises de production ont la faculté d'investir les sommes inscrites sur leur compte automatique pour la production et la préparation des œuvres audiovisuelles qui appartiennent à l'un des genres suivants : / () / 3° Documentaire de création ; / () ". Aux termes de l'article 311-80 du même règlement, dans sa version alors en vigueur : " En cas de contestation ou de difficulté d'interprétation sur l'appartenance d'une œuvre audiovisuelle à un genre déterminé, le président du Centre national du cinéma et de l'image animée peut consulter la commission spécialisée compétente pour l'attribution des aides sélectives ".
9. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées que les documentaires de création, qui sont éligibles aux aides financières à la production et à la préparation sont des œuvres à vocation patrimoniale qui présentent un intérêt particulier d'ordre culturel, social, scientifique, technique ou économique qui doivent faire l'objet d'une exploitation durable et qu'en cas de difficulté d'appartenance à un genre déterminé une commission spécialisée peut être saisie pour rendre un avis éclairé. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que les décisions attaquées se fondent sur des dispositions qui méconnaissent l'objectif de clarté et d'intelligibilité de la norme doit, en tout état de cause, être écarté. Il en va de même du moyen tiré de l'erreur de droit.
10. En deuxième lieu, il résulte des énonciations du point précédent que la notion de documentaire de création est définie par le règlement général des aides financières du CNC. Dès lors, l'absence de définition plus précise ne permet pas de regarder les décisions attaquées comme étant fondées sur des dispositions entachées d'incompétence négative.
11. En troisième lieu, pour refuser la qualification de documentaire de création à vocation patrimoniale au projet intitulé " Back to Amy ", relatif à l'artiste britannique Amy Winehouse, le président du CNC s'est fondé, dans sa décision du 7 juin 2021, sur l'absence de traitement approfondi ou d'analyse critique témoignant d'un point de vue original d'auteur, le caractère trop descriptif du projet, en ce qui concerne notamment le portrait de l'artiste, l'intérêt excessif pour la vie privée et en particulier la vie sentimentale de l'artiste au détriment de sa carrière musicale et le choix de certains des intervenants, qui n'est pas suffisamment justifié.
12. Il ressort des pièces du dossier que le projet prend le parti de retracer de manière chronologique la vie d'Amy Winehouse, en mettant particulièrement en lumière ses addictions, ses conflits avec son père et sa vie sentimentale mouvementée, en lien avec sa carrière artistique, la créativité de l'autrice étant associée à ces divers éléments biographiques. Le dossier de demande fait apparaître un projet teinté de voyeurisme sans point de vue original d'auteur, les différents effets de réalisation et de montage proposés - jeux de miroirs, plans serrés ou voix off notamment - n'étant pas de nature à établir une vision d'auteur à cet égard. En outre, la circonstance que ce projet porte sur l'œuvre d'une artiste reconnue ayant eu un très grand succès et dont la qualité de la production musicale a été saluée ne permet pas d'établir que le documentaire projeté a une valeur patrimoniale, celle-ci devant se rapporter au traitement du sujet et non au sujet lui-même. De même, l'existence d'éventuelles discussions avec des diffuseurs étrangers ne permet pas d'établir l'exploitation durable de ce documentaire, qui doit être en cohérence avec sa vocation patrimoniale. Enfin, le choix des intervenants français appelés à témoigner dans le documentaire n'est que très peu justifié dans le dossier de demande, ces derniers étant présentés comme devant notamment " éclairer sur la face cachée du succès " ou étant auteurs de biographies de l'artiste, sans qu'il soit précisé quel sera leur apport au point de vue projeté. Dans ces conditions, la société TF1 Production n'est pas fondée à soutenir que la décision est entachée d'erreur de fait ou d'erreur manifeste d'appréciation.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la société TF1 Production doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société TF1 Production est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société TF1 Production et au centre national du cinéma et de l'image animée (CNC).
Copie en sera adressée à la ministre de la culture.
Délibéré après l'audience du 12 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Aubert, présidente,
M. Julinet, premier conseiller,
Mme Massiou, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2024.
La rapporteure,
B. MASSIOU
La présidente,
S. AUBERT
La greffière,
A. LOUART
La République mande et ordonne à la ministre de la culture en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2304140
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A, agent contractuel, qui contestait une retenue sur son traitement de 250 euros pour un indu de prime exceptionnelle liée à la pandémie. La requérante invoquait un défaut de motivation et une faute de l'administration, mais le tribunal a jugé que la décision de retenue était fondée sur l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 et le décret n° 2020-570 du 14 mai 2020. Il a estimé que l'administration avait établi le bien-fondé de l'indu, car Mme A ne remplissait pas les conditions pour bénéficier de la prime, et qu'aucune faute n'était caractérisée. Les conclusions indemnitaires et subsidiaires ont également été rejetées.
25/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2305883
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé le compte rendu d'entretien professionnel de Mme B..., capitaine de police, établi le 23 janvier 2023 au titre de l'année 2017. La requérante soutenait notamment que l'évaluation avait été réalisée par une autorité incompétente et sans entretien préalable. Le tribunal a fait droit à sa demande en se fondant sur l'autorité de la chose jugée attachée à un précédent jugement du 25 mars 2022, qui avait déjà annulé un premier compte rendu pour les mêmes motifs (absence d'entretien et évaluation partielle). La décision s'appuie sur les dispositions de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 et du décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 relatifs à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires.
25/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2307997
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B A, réserviste opérationnel, qui demandait l'annulation de la décision du 18 janvier 2023 de la commission de recours de l'invalidité lui refusant une pension militaire d'invalidité pour une affection non imputable au service. Le tribunal a jugé que M. A n'apportait pas la preuve, exigée par les articles L. 121-1 et suivants du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, que son infirmité était directement causée par l'exercice de ses fonctions de réserviste. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête, incluant la demande de pension et celle au titre des frais de justice.
25/09/2025