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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2200226

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2200226

lundi 8 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2200226
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET MAISON ECK (AARPI)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 janvier 2022, la société civile d'exploitation agricole (SCEA) La Voie Priée, représentée par Me Havet, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée pour l'année 2020 d'un montant de 36 000 euros, assorti des intérêts moratoires prévus à l'article L. 208 du livre des procédures fiscales ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, en ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition en litige, qu'elle a communiqué au service l'ensemble des pièces justifiant du bien-fondé de sa demande de remboursement de taxe sur la valeur ajoutée ; la facture du 30 juin 2018, d'un montant de 216 000 euros dont 36 000 euros de taxe sur la valeur ajoutée, correspond à l'achat d'une moissonneuse-batteuse à la société MAT LOC.COM qu'elle a réglé par neuf virements entre le 29 juin et le 7 septembre 2018 ainsi que par une compensation de dette à hauteur de 87 000 euros ; le caractère déductible de la taxe grevant cette facture est né à la date de la facture, indépendamment de la date de paiement effectif.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au non-lieu partiel et au rejet du surplus des conclusions.

Il soutient que :

- un remboursement de 48 347 euros de taxe sur la valeur ajoutée pour l'année 2020 a été accordé le 11 février 2022 ;

- les autres moyens soulevés par la SCEA La Voie Priée ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant au versement d'intérêts moratoires sur le fondement de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, en l'absence de litige né et actuel concernant leur versement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Barruel,

- les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SCEA La Voie Priée, société civile d'exploitation agricole qui exerce une activité d'exploitation et de culture de terres agricoles, orientée vers l'agriculture biologique, a sollicité, le 8 juillet 2021, le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée pour l'année 2020 d'un montant de 84 347 euros. Par décision du 28 octobre 2021, l'administration fiscale a rejeté sa demande. Après la saisine du conciliateur fiscal de Paris, le service a prononcé le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée à hauteur de 48 347 euros. Par la présente requête, la SCEA La Voie Priée demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de prononcer le remboursement du crédit de taxe dont elle s'estime titulaire à hauteur de 36 000 euros.

Sur l'étendue du litige :

2. Le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris fait valoir que, par une décision du 20 janvier 2022, postérieure à l'introduction de la requête, le conciliateur de Paris a accordé à la SCEA La Voie Priée le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée de 48 347 euros et qu'il a procédé au remboursement de cette somme le 11 février suivant. S'il soutient que les conclusions de la requérante relatives à ces impositions sont, dans cette mesure, devenues sans objet, il résulte de l'instruction que la SCEA La Voie Priée a abandonné ces conclusions dans son dernier mémoire. Par suite, il n'y a pas lieu de prononcer de non-lieu partiel.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

3. Aux termes de l'article R. 256 du code général des impôts : " I. - Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. / II. - 1° Est considéré comme livraison d'un bien, le transfert du pouvoir de disposer d'un bien corporel comme un propriétaire ". Aux termes de l'article 269 de ce code : " 1 Le fait générateur de la taxe se produit : / a) Au moment où la livraison, l'acquisition intracommunautaire du bien ou la prestation de services est effectué ; () / 2. La taxe est exigible : / a) Pour les livraisons et les achats visés au a du 1 et pour les opérations mentionnées aux b et d du même 1, lors de la réalisation du fait générateur ". Aux termes de l'article 271 du même code : " I. - 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable. () II. - 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures ".

4. D'une part, il résulte de ces dispositions que le fait générateur de la taxe sur la valeur ajoutée est constitué par la livraison, laquelle intervient au moment du transfert du pouvoir de disposer du bien comme un propriétaire, marquant ainsi la date d'exigibilité de la taxe pour le vendeur des biens considérés et, corrélativement, la date de naissance du droit à déduction de la taxe pour l'acheteur, indépendamment de la remise effective ou du paiement de ces biens.

5. D'autre part, en vertu des dispositions combinées des articles 271, 272 et 283 du code général des impôts, un contribuable n'est pas en droit de déduire de la taxe sur la valeur ajoutée dont il est redevable à raison de ses propres opérations la taxe portée sur des factures correspondant à des biens ou à des prestations de services qui ne lui ont pas été effectivement fournis. Dans le cas où l'auteur de la facture est régulièrement inscrit au registre du commerce et des sociétés et assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée, il appartient à l'administration, si elle entend refuser à celui qui a reçu la facture le droit de déduire la taxe qui y est mentionnée, d'établir qu'il s'agit d'une facture fictive. Si l'administration apporte des éléments suffisants permettant de penser que la facture ne correspond pas à une opération réelle, il appartient alors au contribuable d'apporter toutes justifications utiles sur la réalité de cette opération.

6. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a refusé à la SCEA La Voie Priée le remboursement de 36 000 euros de taxe sur la valeur ajoutée qui grevaient une facture d'achat du 30 juin 2018 d'une moissonneuse batteuse auprès de la société MAT LOC.COM pour un montant total de 216 000 euros. Pour justifier sa demande de remboursement, la société requérante a produit la facture correspondante dont il est constant qu'elle a été établie par une société qui était, à la date de cette facture, régulièrement inscrite au registre du commerce et des sociétés. Pour remettre en cause la réalité de la prestation, l'administration fait valoir que ce fournisseur a pour objet principal la location et non la vente de matériel, qu'en liquidation judiciaire depuis le 15 septembre 2020, il n'a déposé aucune déclaration de taxe sur la valeur ajoutée et n'a, par suite, pas déclaré la taxe sur la valeur ajoutée litigieuse. Elle relève également que, si le grand livre du compte fournisseur de la SCEA La Voie Priée fait apparaître, en règlement de cette facture, neuf virements, cette dernière ne justifie pas de leur réelle exécution ni du paiement du solde de 87 000 euros. Toutefois, dans le cadre de la présente instance, la SCEA La Voie Priée apporte la preuve, par la production de ses relevés bancaires, de la réalisation de neuf virements au profit de la société MAT LOC.COM entre le 29 juin et le 7 septembre 2018 pour un montant total de 129 000 euros. De plus, il ressort des mentions portées au compte fournisseur ainsi que des écritures comptables que le solde de 87 000 euros a été réglé par apport personnel de l'associé qui détenait une créance du même montant sur la société MAT LOC.COM. Dans ces conditions, les éléments relevés par l'administration sont insuffisants pour établir que la facture en question serait fictive. De plus, dès lors que, ainsi qu'il a été dit au point 4, le droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée né indépendamment de la date du paiement du prix, la SCEA La Voie Priée est fondée à demander le remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée regrevant cette facture au titre de l'année 2020.

7. Il résulte de ce qui précède que la SCEA La Voie Priée est fondée à solliciter le remboursement d'un montant de 36 000 euros correspondant au crédit de taxe sur la valeur ajoutée déductible dont elle disposait à l'expiration de l'année 2020.

Sur les conclusions tendant au versement d'intérêts moratoires :

8. Aux termes de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales : " Quand l'Etat est condamné à un dégrèvement d'impôt par un tribunal () les sommes déjà perçues sont remboursées au contribuable et donnent lieu au paiement d'intérêts moratoires () ". Aux termes du 3ème alinéa de l'article R*. 208-1 du même livre, ces intérêts sont " payés d'office en même temps que les sommes remboursées au contribuable par le comptable chargé du recouvrement des impôts ".

9. Il résulte de ces dispositions qu'en exécution d'une décision de justice ordonnant une décharge ou un remboursement, la restitution des sommes déjà versées par un contribuable, assortie des intérêts moratoires, doit être faite par le comptable chargé du recouvrement, sans qu'il soit besoin d'adresser à cette fin une injonction à l'administration fiscale. Dans ces conditions, et en l'absence de litige né et actuel avec le comptable chargé du recouvrement, les conclusions de la SCEA La Voie Priée tendant au versement d'intérêts moratoires sont irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SCEA La Voie Priée et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il est accordé à la SCEA La Voie Priée le remboursement d'un montant de 36 000 euros correspondant au crédit de taxe sur la valeur ajoutée déductible dont elle disposait à l'expiration de l'année 2020.

Article 2 : L'Etat versera à la SCEA La Voie Priée une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la SCEA La Voie Priée est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCEA La Voie Priée et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 25 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Roux, présidente,

Mme Barruel, première conseillère,

Mme Berland, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2024.

La rapporteure,

L. BARRUELLa présidente,

M-O. LE ROUX

La greffière,

F. RAJAOBELISON

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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