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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2200494

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2200494

jeudi 11 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2200494
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantJOUANIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 janvier 2022, complétée par un mémoire enregistré le 14 juillet 2022, Mme A B doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 27 octobre 2021 par laquelle la rectrice de l'académie de Strasbourg a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie dont elle souffre.

Elle soutient qu'elle a été victime, au cours de l'année 2000, d'agissements constitutifs de harcèlement moral par sa hiérarchie, lesquels ont occasionné chez elle un trouble anxiodépressif.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 juin et 20 septembre 2022 le recteur de l'académie de Strasbourg conclut au rejet de la requête de Mme B.

Il soutient que la requête est irrecevable, et qu'en tout état de cause les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 21 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 24 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Feghouli,

- les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique,

- les observations de Mme B ;

- les observations de Me Jouanin pour le recteur de l'académie de Strasbourg.

Considérant ce qui suit :

1.Mme B, fonctionnaire appartenant au corps des chefs d'établissement, est affectée depuis 2016 au rectorat de Strasbourg en qualité de " Conseillère technique-Etablissement et vie scolaire ". Elle a également été chargée en 2017 des fonctions de " Conseillère sécurité-sureté " et en 2019 de directrice adjointe de cabinet du recteur. Par la présente requête, Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler décision du 27 octobre 2021 par laquelle la rectrice de l'académie de Strasbourg a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie dont elle souffre, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique.

2.Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, créé par l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017, en vigueur depuis le 21 janvier 2017, et désormais codifié à l'article L. 822-20 du code général de la fonction publique : " I. Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. () / IV. -Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. () / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'État ".

3. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service. En outre, une maladie contractée par un fonctionnaire peut être regardée comme imputable au service sans qu'il soit nécessaire d'établir l'existence d'un incident survenu dans le cadre du service, ni celle d'un dysfonctionnement grave ou d'un comportement fautif de l'administration.

4. Il ressort des pièces du dossier que la pathologie dont la requérante souffre, correspond à un état anxiodépressif et un sentiment général de dépréciation, dont elle impute la cause aux agissements de sa hiérarchie, qui, à compter du mois de mars 2020, aurait drastiquement réduit ses fonctions, l'aurait tenue à l'écart de réunions relevant pourtant de son champ de compétence ou encore l'aurait privée de consignes ou d'arbitrages sur nombre de sujets relevant de ses fonctions. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que les compétences et l'expertise de Mme B, dans les domaines de la gestion de crise et des politiques de sécurité dans les établissements scolaires, sont unanimement reconnues et saluées par sa hiérarchie, comme l'atteste, notamment, son évaluation professionnelle au titre de l'année 2020/2021, où l'ensemble de ses compétences a été évalué comme " excellente " par sa rectrice et son souhait d'occuper un poste d'inspectrice d'académie - directrice académique des services de l'éducation nationale considéré comme légitime compte tenu de ses qualités et compétences. D'autre part, il est constant que l'arrivée d'une nouvelle rectrice, Mme C, en février 2020 à la tête du rectorat de Strasbourg a été immédiatement suivie de la crise sanitaire en mars 2020 dont les mesures gouvernementales ont très fortement impacté les établissements scolaires et contraint, partant, les agents des rectorats à des indispensables réorganisations de leur méthode de travail, souvent dans l'urgence. Or, en dépit de l'intervention de cette crise, et contrairement à ce que soutient la requérante, il ressort des pièces du dossier que cette dernière est demeurée sollicitée et donc mobilisée sur les missions qui étaient les siennes, comme le suivi de la mise en œuvre des équipes mobiles de sécurité sanitaires ou la participation à l'équipe académique " Valeurs de la République ", lesquelles, au demeurant, ont pu, compte tenu de la crise sanitaire, être légitiment adaptées en fonction des impératifs de l'actualité et des consignes gouvernementales. Par ailleurs, sa mise à l'écart d'une réunion qui s'est tenue le 13 avril 2021, et à supposer même que la présence de la requérante y était justifiée par la nature de ses missions au rectorat, est, en tout état de cause, insuffisante, à elle seule, à établir un lien direct avec la maladie de la requérante. Enfin, si Mme B met personnellement en cause Mme C dans la dégradation de ses conditions de travail et ses prétendues mises à l'écart, cette affirmation est contredite par les pièces du dossier, et il sera relevé que la requérante a pu, non sans une certaine contradiction, sollicité l'aide personnelle de la rectrice dans sa recherche de mobilités et la relecture de ses lettres de motivation. Aussi, compte tenu de l'ensemble de ces éléments, rien ne permet sérieusement de dire, dans ce contexte, que ses conditions de travail de la requérante seraient directement à l'origine de la pathologie dont elle se plaint. Dans ces conditions, la demande de Mme B ne peut qu'être rejetée.

5. Il résulte de ce qui précède sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Strasbourg.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

M. Feghouli, premier conseiller,

M. Rebellato, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.

Le rapporteur,

M. FEGHOULI

Le président,

L. GROS

La greffière,

C. CHAKELIAN

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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