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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2200574

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2200574

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2200574
TypeDécision
PublicationC
Formation3e Section - 1re Chambre - R.222-13
Avocat requérantCABINET DUFOUR ASSOCIES (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 janvier 2022, M. B A, représenté par Me Dufour, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 29 juin 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui a notifié le retrait de l'ensemble des points de son permis de conduire et a constaté la perte de validité de son titre de conduite pour défaut de points ;

2°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur et des outre-mer a retiré des points sur son permis de conduire à la suite des infractions des 19 décembre 2017, 6 mars 2020, 10 avril 2020, 4 août 2020, 29 janvier 2021 et 2 février 2021, ainsi que la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours gracieux du 13 octobre 2021 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer les points illégalement retirés dans un délai de trois à compter de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- les décisions de retrait de points qui n'ont pas été matérialisées par un écrit n'ont jamais été notifiées ;

- les décisions de retrait de points qui n'ont pas été matérialisées par un écrit sont, pour cette raison, dépourvues de motivation en droit et en fait ;

- la réalité des infractions n'est pas établie ;

- il n'a pas reçu l'information relative au permis à points au moment de la constatation des infractions en méconnaissance des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- l'administration ne démontre pas que les infractions relevées lui sont imputables.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au non-lieu partiel et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- le point retiré consécutivement à l'infraction du 19 décembre 2017 a été restitué, les conclusions dirigées contre ce retrait sont donc sans objet ;

- M. A a eu provisoirement un solde de points positif ;

- la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître du moyen tiré de l'imputabilité d'une infraction à un usager de la route ;

- le moyen tiré du défaut de notification des décisions de retrait de points est inopérant ;

- les autres moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Paris pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Paris a présenté son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a commis, les 19 décembre 2017, 6 mars 2020, 10 avril 2020, 4 août 2020, 29 janvier 2021 et 2 février 2021, diverses infractions au code de la route ayant entraîné le retrait des 12 points affectés à son permis de conduire. Par une décision en date du 29 juin 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a notifié à M.A le dernier retrait de points et a constaté, en lui rappelant les précédentes décisions portant retrait de points, qu'il avait perdu le droit de conduire. M. A demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions, ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux en date 13 octobre 2021 à l'encontre des retraits de points susvisées.

Sur l'étendue du litige :

2. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral du requérant édité le 7 mars 2022 et produit par le ministre de l'intérieur et des outre-mer, que le point retiré du capital de points affectés au permis de conduire de M. A à la suite de l'infraction du 19 décembre 2017 a été restitué antérieurement à l'introduction de la requête de M. A enregistrée le 11 janvier 2022. Il s'ensuit que les conclusions tendant à l'annulation de cette décision relative à ce retrait, dépourvue d'objet, sont en conséquence irrecevables et doivent être rejetées.

3. En deuxième lieu, l'infraction commise le 2 février 2021 n'a pas donné lieu à retrait de point, par suite, dès lors que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de cette décision, qui doit être regardée comme ayant été retirée par le ministre de l'intérieur et des outre-mer postérieurement à l'introduction de la requête, sont devenues sans objet, il n'y a plus lieu d'y statuer.

4. En dernier lieu, en revanche, le relevé comporte toujours une décision en date du 29 juin 2021 constatant l'invalidation du permis de conduire de l'intéressé qui a un solde de points nul ; il y donc lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de cette décision 48SI.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

S'agissant du moyen tiré de l'imputabilité des infractions commises :

5. L'appréciation de l'imputabilité à l'intéressé des infractions à raison desquelles des points ont été retirés au capital de points affecté à son permis de conduire relève de l'office du juge judiciaire dans le cadre de la procédure pénale. Par suite, la contestation de cette imputabilité ne constitue pas un moyen susceptible d'être invoqué devant le juge administratif à l'encontre des décisions de retraits de points prises par le ministre de l'intérieur et des outre-mer.

S'agissant du moyen tiré du défaut de notification des décisions de retraits de points :

6. Les conditions de notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévue par les dispositions précitées, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, le moyen tiré du défaut de notification des décisions attaquées doit être écarté.

Sur la motivation des décisions de retrait de points :

7. Les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur et des outre-mer procède au retrait de points du permis de conduire d'un conducteur sont établies sur des formulaires référencés " 48 " qui comportent les articles du code de la route dont il est fait application et qui sont édités à partir des mentions inscrites dans le relevé intégral d'information qui indiquent pour chaque infraction la date, l'heure, le lieu et la nature de l'infraction, les conditions dans lesquelles la réalité de l'infraction est établie et le nombre de points retirés. Si M. A soutient que les décisions de retrait de points litigieuses seraient dépourvues de motivation du fait qu'elles ne seraient pas formalisées, il résulte toutefois de l'instruction que ces décisions, bien que non produites, existent dès lors qu'elles ont fait l'objet d'une inscription au relevé d'information intégral, qui révèle qu'elles étaient assorties des éléments tenant aux circonstances de fait et de droit qui les fondent. Par suite, le moyen sera écarté.

S'agissant du moyen tiré du défaut d'information préalable :

8. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues à ces articles, lesquelles constituent une garantie essentielle en ce qu'elles mettent l'intéressé en mesure de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis.

En ce qui concerne les infractions commises les 6 mars 2020 et 29 janvier 2021 :

9. Les infractions commises les 6 mars 2020 et 29 janvier 2021 ont été constatées au moyen d'un assistant numérique personnel donnant lieu à un procès-verbal de constatation de l'infraction mentionnant la perte de points encourue. Le ministre soutient que les données des infractions ont ensuite été télétransmises au centre national de traitement de Rennes et qu'un avis de contravention comportant l'ensemble des informations prescrites par les textes a été envoyé automatiquement par courrier au domicile du requérant. Toutefois, les procès-verbaux produits par le ministre ne sont pas signés par le requérant et ne comportent pas l'ensemble des informations légalement exigées. Il ressort du relevé intégral d'information relatif à sa situation personnelle que le requérant a fait l'objet de titres exécutoires d'amende majorée pour toutes ces infractions. Si le ministre produit un modèle d'avis de contravention vierge, il n'apporte pas la preuve, en l'absence de paiement de l'amende, que le requérant a reçu des avis de contravention identiques. Par suite, les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 6 mars 2020 et 29 janvier 2021 sont entachées d'irrégularité et doivent dès lors, être annulées.

En ce qui concerne l'infraction du 4 août 2020 :

10. En ce qui concerne l'infraction du 4 août 2020 relevée par radar automatique, il résulte de l'instruction, et notamment de l'attestation de paiement émanant du trésorier du contrôle automatisé produite par le ministre que M. A a payé l'amende forfaitaire majorée correspondant à cette infraction. Le paiement de l'amende forfaitaire majorée établit que le contrevenant a reçu un avis d'amende forfaitaire majorée qui comporte les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route. En l'absence de tout élément avancé par l'intéressé de nature à mettre en doute la réalité du paiement ainsi attesté, ce document, dont les mentions sont suffisamment précises, permet d'établir que l'intéressé s'est acquitté de l'amende forfaitaire majorée correspondant à l'infraction en cause. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information prescrite à l'article L. 223-3 du code de la route à l'occasion de l'infraction commise le 4 août 2020.

En ce qui concerne l'infraction du 10 avril 2020 :

11. Il ressort du relevé d'information intégral relatif à la situation de M. A que l'infraction relevée par radar automatique le 10 avril 2020 a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer ne produit en défense aucun document attestant du paiement spontané par l'intéressé de cette amende ou toute autre pièce de nature à établir que M. A aurait nécessairement reçu l'information prévue par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route. Si le ministre fait valoir qu'il aurait bénéficié à l'occasion d'autres infractions similaires de l'ensemble des informations légalement exigées, il est constant que le requérant n'a reçu aucune information sur la qualification de l'infraction commise à cette date, information déterminante pour connaître le nombre de points en jeu, ce qui a eu pour effet de le priver d'une garantie substantielle instituée par la loi. Il suit de là que la décision de retrait de points correspondant à cette infraction doit être regardée comme étant intervenue au terme d'une procédure irrégulière et doit être annulée.

S'agissant du moyen tiré du défaut d'établissement de la réalité des infractions :

12. En vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le nombre de points affecté au permis de conduire est réduit de plein droit lorsqu'est établie, par le paiement d'une amende forfaitaire, l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive, la réalité de l'infraction donnant lieu à retrait de points.

13. Eu égard aux mentions du relevé intégral d'information, relatif à la situation du requérant, extrait du système national du permis de conduire, versé au dossier par le ministre de l'intérieur, et en l'absence de tout élément avancé par l'intéressé de nature à mettre en doute leur exactitude, il doit être tenu pour établi qu'un titre exécutoire a été émis pour recouvrement de l'amende forfaitaire majorée encourue à raison du non-paiement de l'amende forfaitaire afférente à l'infraction commise le 4 août 2020. Si M. A soutient avoir formé une réclamation auprès de l'officier du ministère public près le tribunal de police compétent à l'encontre de l'amende forfaitaire majorée relative à cette infraction et joint à sa requête copie de son courrier de réclamation, il n'établit ni avoir formé cette réclamation dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale ni que cette réclamation ait été déclarée recevable par le ministère public de telle sorte que le juge judiciaire ait à se prononcer sur la responsabilité pénale de l'intéressé. Ainsi le moyen tiré de ce que la réalité de l'infraction ne serait pas établie doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à soutenir que les décisions relatives aux infractions des 6 mars 2020, 10 avril 2020 et 29 janvier 2021 par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré des points de son permis de conduire doivent être annulées, ensemble le rejet implicite de son recours gracieux à leur encontre. En revanche il n'est pas fondé à soutenir que la décision relative à l'infraction du 4 août 2020 serait entachée d'illégalité, ni par suite, à en demander l'annulation.

15. La décision du ministre de l'intérieur constatant la perte de validité du permis de conduire de M. A fait état de décisions de retrait de points annulées par le présent jugement. En vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le permis de conduire ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nul. Le solde de points du permis de M. A n'est pas nul du fait de l'annulation de ces décisions de retrait de points. Ainsi la décision ministérielle en date du 29 juin 2021, en tant qu'elle invalide le permis litigieux, doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

16. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

17. Le présent jugement implique nécessairement que l'administration restitue à M. A les points qui lui ont été irrégulièrement retirés à la suite des infractions des 6 mars 2020, 10 avril 2020 et 29 janvier 2021.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

18. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme que M. A demande au titre des frais exposés

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision relative à l'infraction du 2 février 2021.

Article 2 : Les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur et des outre-mer a procédé au retrait de points du capital de points affecté au permis de conduire de M. A, à la suite des infractions commises les 6 mars 2020, 10 avril 2020 et 29 janvier 2021 sont annulées, ensemble le rejet implicite du recours gracieux de M. A à leur encontre.

Article 3 : La décision du ministre de l'intérieur et des outre-mer du 29 juin 2021, en tant qu'elle constate que le permis de conduire de M. A a perdu sa validité, est annulée.

Article 4 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de restituer dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, les points illégalement retirés par les décisions annulées à l'article 2, dans la limite du capital de points affecté à son permis de conduire et sous réserve des infractions non prises en compte à la date de la décision attaquée.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

A. PARIS Le greffier,

P. TARDY-PANITLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2200574/3-1

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